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Full text of "Étude sur le Speculum humanae salvationis [microform]"

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MASTER 
NEGA  TIVE 
NO.  92-80616 


MICROFILMED  1992 
COLUMBIA  UNIVERSITY  LIBRARIES/NEW  YORK 


„T7      j    .  ^s  part  of  the 

houndations  of  Western  Civilization  Préservation  Project" 


■KT .  rr^^^.  Funded  by  the 

NATIONAL  ENDOWMENT  FOR  THE  HUMANITIES 


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A  UTHOR  : 


RDRIZET,  PAUL 


TITLE: 


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DE  SUR  LE 
ULUM  HUMANAE 


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908 


COLUMBIA  UNIVERSITY  LIBRARIES 
PRESERVATION  DEPARTMENT 

DIDLIOGRAPHIC  MTCROFORM  TARHFT 


Master  Négative  # 


Original  Maleriai  as  Filmed  -  Existing  Bibliograpluc  Record 


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£46 


;  I  P41    Perdrizet,  Paul  1870^ 

Etude  sur  le  spéculum  humanSe  salvationis 
'  Paris,  Champion  1908      o   10  +  178  -f  rli  d 

Académie  dissertation  at  Paris  university 


0 


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301/587-8202 


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ETUDE 


SUR    LE 


srErrLDi  nvMWf  salvationîs 


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ÉTUDE 


SUR    LE 


OUVRAGES   DU   MEME   AUTEUR 


Les  Fouilles  de  Delphes,  tome  V  (Bronzes,  vases,  terres  cuites,  anti- 
quités diverses).  Paris,  Fontenioing,  1 906-1 908. 

La  Peinture   religieuse  en  Italie  jusqu'à  la  fin  du  XIV«  siècle. 
Nancy,  imprimerie  de  l'Est,  1906. 

La  Galerie  Campana  et  les  musées  français  (en  collaboration  avec 

M.  René  Jean).  Bordeaux,  Féret,  1907. 

L'Art  symbolique  du  Moyen  Age,  à  propos  des  verrières  de  Kéylise 
Sainl-Kiienae  à  Mulhouse.  Leipzuj,  (larl  ÏJeck,  1907. 

Spéculum  humanae  salvationis  (on  collaboration  avec  M.  Jules  Lutz), 
2  vol.  f'  en  cours  .1  Mulhouse,  chez  Meininger,  depuis  1907. 

La  Vierge  de   Miséricorde,  étude  d'un  thème  iconographique.   Paris, 
Fontemoing  (Bibliothèque  des  Écoles  d'Athènes  et  de  Rome),  1908. 


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THÈSE   COMPLÉMENTAIRE 


PRÉSENTÉE 


A    LA    FACULTÉ    DES    LETTRES    DE    L'UNIVERSITÉ    DE    PARIS 


PAR 


PAUL    PERDRIZET 

MAITRE    DE    <  OXFKRENTES    A    l'uNIVERSITÉ    DE   NAXCT 


.^f. 


HONORÉ     CHAMPION,      ÉDITEUR 

5,    QUAI    MALAQUAIS,    5 


1908 


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1/ 


TABLE  DES  MATIÈRES 


Ave 


HTISSEMEM, 


Pages 

V 


CHAPITRE   [ 
"  PLAN.  LA  DESTINATION  ET  LA  FORME  DU  S.  H.  S. 
I.  Titre  et  plan  du  .S'    ff    <^        «    a-  j 

la  Piété  catholique  à  la  fin  du  M.  A  l  A  Le  S  t*  f  ''^'^'''''^''^  ^' 
fne  aux  prédicateurs  :  la  prose  rimée.  -  5  t^^^'^V^r"'''"'''.^''- 
«Innaaes  destine  aux  laïques  :  ictur,.  y.«.'/!îA,t.t"™':".':'" 

CHAPITRE  H 

ORIGINE  DOMINICAINE  DU  S.  H.  S. 

I-  U  S.  //   S.  composé  par  un  moine.  —  a    Par  un  mnJn-  n      •  •     • 

quinzième  siècle  le  crovpîf  H,,  n^    •  •        \r  morne  Dommicam  :  le 

rfm  in  corde  Vj,^-„Zt  '''"".'"'.'^-'.V'"""'  de  lîeauvais.  -  3.  al„. 
doctrine  de  la  s,^ll^!Zlo  û  ^'    "  """"  ''"  '"''  "'"'-"  '    ' 

•le  saint  Thomas  d'Aquin  el  de 


doctrine  de  ^^  sa^i^:atio  U   utero.  -  e!  M;;^;;;  ZTL 


ision  des  tnjis  flèches.  —  5.  U 

5.  //.  6'. 


CHAPITRE  m 

LA  DATE  ET  L'AUTEUR  DU  S.  H.  S. 
!•    Date   du    .V     If     f;  i  • 

^.  //.  .V.  n'es-,  p';  ^o.  ;:„' -'r,!::,,;'  -'"-•",  a...on™e.   -  3.  Le 
en  Alsace.  _  5.  Extraits  d„  v  T  Ti"   ,       °  ''"'  '='="'  ™  Souabe  <,u 

no  se  trouvent  ,„e  dans  le  s'h.  S.  ^tZl]^]^:  S!"'"'"  ""' 


CHAPITRE  IV 

LES  SOURCES  DXJ  S    H    S 

A)  Ou,™,«  .,„,„,„<„  :  ,a  So.n.e  ..  T.on.as  .■A,„tn,  ,a  «,e„.e  .„.,e 

?or;rrrd!z!„'::'^  "-'-  -r::- disL  or:det 

^.  //.  A.  _  4.  De  la  Uyen,!,  dorée  cotnme  source  de  plusieurs 


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34 


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VI 


VII 


Pages 


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idées  mystiques  (les  prêtres  supérieurs  aux  saints  et  même  aux  anges; 
David  sive  Chrîstus  quasi  lenerrimus  liyni  oerniiculus)  ou  superstitieuses 
contenues  dans  le  S.  IL  S.  (les  démons  aussi  nombreux  que  les  poussières 
de  l'air).  —  5.  De  la  Légende  dorée  comme  source  de  plusieurs  des  tra- 
ditions apocryphes  relatées  dans  le  .V.  //.  .V.  (légendes  sur  la  Nativité  et 
la  Présentation  ('e  la  Vierge,  sur  la  Nativité  du  Christ,  les  Ma<|es  et  la 
Fuite  en  Egypte) *'  ^ 


CHAPITRE  V 

LES  SOURCES  DU  S.  H.  S. 

B)  L'Histoire  scolastique 

Pierre  de  Troyes  et  son  Histoire  scolastique.  —  2.  \oquc  de  re  livn-  au 
Moyen  Age.  —  3.  Nombreux  emprunts  qu'y  a  faits  l'auteur  du  .V.  //.  .V  • 
textes  sur  1'  «  acrisie  ,.  dont  Elisée  frappa'  l'armée  syrienne,  et  sur  les 
deux  derniers  Commandements.  —  4.  Histoires  profanes  :  le  soncje  d'As- 
tyage,  la  nostalgie  de  la  reine  de  liabylone,  Antipater  se  justifie  devant 
César.  —  5.  Légendes  juives  provenant  de  Josèphe  :  le  serpent  avant  la 
tentaUon,  le  mariage  de  Moise  et  de  ïarbis.  —  G.  Ugendes  juives  em- 
pruntées par  V Histoire  scolastique  à  saint  Jérôme  et  à  Haban  :  haqqada 
de  Lamech.  —  7.  Légendes  juives  empruntées  par  Pierre  de  Troyes  aux 
rabbins  de  son  temps  :  Évilmérodach  coupe  en  trois  cents  morceaux  le 
cadavre  de  Nabuchodonosor,  Hur  meurt  sous  les  crarbats  des  Juifs,  Moise 
enfant  brise  la  couronne  de  Pharaon.  —  8.  Comment  Pierre  de  Troyes 
a-t-il  eu  connaissance  de  ces  légendes  :  fioraison  du  rabbinat  troyen  et 
champenois  au  douzième  siècle  ;  les  descendants  de  Raschi.  —  q.  Lé- 
gendes relatives  à  la  mort  des  prophètes 

CHAPITRE  VI 


a. 


LES  SOURCES  DO  S.  H.  S.  {Jin) 

Valëre  Maxime  :  raisons  de  sa  vogue  au  Moyen  Age.  -  La  légende  de  la 

table  dor.  —  Le  dévouement  de  Codrus. 
Vogue  de  la  littérature  paradoxographique  au  Moyen  Age.  —  Traces  de 
cette  littérature  dans  le  .V.  //.  S.  :  la  légende 'rabbini<,ue  du  rhamir - 
croyances  folkloriques  relatives  au  dauphin,  à  IN'-h'phant,  à  l'effet  du 
cyprès  et  de  la  vigne  fleurie  sur  les  serpents.  —  La  vigne  fleurie  et  le 
cyprès  symboles  de  la  pureté  v-irginale  de  Marie. 
3.  La  Terre  Sainte  et  les  Ordres  mendiants.  -  Description  du  Saint-Sépulcre. 
—  La  légende  du  champ  damascènc 

CHAPITRE  VII 
DU  SYMBOLISME  TYPOLOGIÛUE  AVANT   LE  S.   H.  S. 

I.  Définition  de  la  méthode  typologi<p,e.  -  a.  Cette  méthode  était  en  qerme 
dans  le  Nouveau  Testament.  -  3.  Origène  en  Orient.  Auqustin  en  Occi- 
dent  en  sont  les  créateurs.  -  4.  Elle  n'a  commencé  a  influer  sensible- 
ment  1  art  religieux  que  depuis  le  douzième  siècle.  -  5.  Les  émaux 
typoiogiqnes  d„  douzième  siècle;  ateliers  mosans  et  rhénans.  -  6.  Le 
crucifix  de  Sa.nt-Denis  et  l'ambon  de  KIoslemeubourg.  _  7.  Les  ve^ 
neres  typologuiues  du  treizième  siècle _ 


68 


94 


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I 


I. 


CHAPITRE  VIII 

LES  LIVRES  TTPOLOGIQUES  A  IMAGES  DU  ttUATORZIÈME 
ET  DU  QUINZIÈME  SIÈCLE 

La  miia  pauperum  :  que  cette  appellation  est  erronée.  -  2.  Les  libri 
portativi  pauperum,  -  3.  La  B.  P.  non  illustrée.  _  4.  De  la  5  V 
dans  ses  rapports  avec  le  S.  H.  S.  -  5.  La  Rota  Ecechielis.  -  6.  Les' 
^oncordantue  caritatis.  -  7.  Le  Defensoriurn  inrginitatis  beatœ  Ma- 
riœ  _  8.  Que  tous  les  livres  typol<,giq„es  à  images  du  quatorzième 
et  du  quinzième  siècle  sont  d'origine  allemande.  -9.  Les  origines  im' 

rTlisT  ri'H.  r"';  '""f  "'r  ^°"^  '^"^  '^^  enluminures  d.,  douzième  siecTe 
(Missel  dHildesheim)  et  du  treizième  (Bibles  moralisées). 

CHAPITRE  IX 
INFLUENCE  ICONOGRAPHIQUE  DU  S.  H.  S. 

L'influence  du  S.  IL  S    se  fait   sentir  sur  l'art   transalpin  dès  le  milieu  du 
quatorzième  siècle  :  vitraux  de  Mulhouse  et  de  Saint-Alban.  _  3    Pour 

/W.;  7  ^^'"""""^^  ^';r  '  ^''  'y^'^^^^  (triptyque  Helleputle,  Très  Belles 
I/eure,  de  Turin)  sur  l'art  flamand  issu  des  Van  E^k  (retable  de  la 
Nativie,  par  H.  de  La  Pasture;  retable  du  saint  sac'rement,  par  Dirk 
Bouts)  sur    art  franco-flamand  (tapisseries  de  Saint-Bertin,  de  lL  Chaise- 

C0nr«d  ^V'"  ^^'^'^^^^'^^^  J^--«)  ^t  sur  l'art  allemand  (peinturesde 
Conrad  W  ,tz  au  musée  de  BAIe).  _  5.  L'influence  indirecte  du  S.  H  S 
sensible  jus<,ue  dans  la  première  moitié  du  dix-septième  siècle 


Pages 


126 


% 


i5o 


CONCLUSION 


i63 


APPENDICE 
DE  QOELQDES  LÉGENDES   BIBLIOGRAPHIQUES   RELATIVES  AU  S.  H.  S. 

Joannes    Benedicfin  du  treizième  ou  du  quatorzième  siècle;  _  30 
/rater  Amandus.  .  ' 


au 


INDEX  ALPHABÉTIQUE 


167 
173 


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l. 


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A  NH^RTISSEMENT 


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C'est  rétude  du  type  iconographique  de  la  Vierge  de 
Miséricorde  qui  m'a  conduit  a  m'occuper  du  Spéculum 
linmanx  salvafionis,  La  Vierge  au  manteau  protecteur 
faisant  le  sujet  de  Tune  des  illustrations  traditionnelles 
lia  Spéculum,  j'ai  dû  rechercher  quelle  était  la  date  de 
ce  livre  à  images,  en  (jucl  pays  il  avait  été  composé, 
f[uelle  en  avait  pu  être  l'influence  iconographique.  Ces 
recherches  m'occupèrent  en  ujoS.  Je  croyais  les  avoir 
terminées,  quand  elles  parvinrent  à  la  connaissance  de 
-M.  Jules  Lutz,  qui  avait  eu,  de  son  côté,  à  étudier  le 
Spéculum  pour  expliquer  les  verrières  de  l'église  Sahit- 
l^licnne,  à  Mulhouse.  C'est  ainsi  que  j'ai  été  amené  à 
entreprendre,  en  collaboration  avec  M.  Lutz,  sur  le 
S.  IL  S,j  un  ouvrage  étendu  ('),  dont  le  patriciat  mul- 
housicn  a  voulu  faire  les  frais.  La  première  partie  en  a 
f)aru  cette  année;  le  reste  paraîtra  prochainement.  Pour 
diverses   raisons,  il   me   convient  de  pubher   à  part   le 


(•)  Spéculum   hwnanœ  salvationis,  par  J.  Lutz  et  P.    Perdrizet,   Mulhouse, 
iMcininger,  1907.  H».  Je  désignerai  cette  publication  par  l'abréviation  LP. 


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résultai  de  mes  recherches  personnelles  sur  le  Spéculum. 
Je  liens  à  dire  d'ailleurs  que,  surloul  pour  ce  qui  con- 
cerne les  manuscrits  des  livres  typologiques  dont  il  esl 
question  au  chapitre  VIII  du  présent  travail,  j'ai  large- 
ment profité  des  notes  et  des  observations  de  mon  excel- 
lent collaborateur  et  ami. 

Nancy,  20  décembre  1907. 


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ETUDE 


SUR    LE 


SPECULUM  HUMAM  SALVATIOP^IS 


CtîAPITKE  I 

LE  PLAX,  LA  DESTINATION  ET  LA  FORME 

DU  .9.  //.  S, 

i.  Titre  et  plan  du  S.  //.  .V.  -  2.  Vogue  de  ce  livre,  du  quatorzième  au 
seizième  siècle,  dans  les  pays  transalpins.  —   3.   Le   S    II    S    repré 
sentatif  ,1e  la  pié(é  catliolic,ue  à  la  fin  du  M.  A.  -  4.  Le  S.  H.  .V*  comme 
recueil  destiné  aux  pn'dicateurs  :   la  prose  rim«'e.  —  :^    Le    S    H    S 
comme  livre  d'images  destiné  aux  laïques  :  piciurœ  quasiUbri  hiconim'. 

1.  —  L'ouvrafjc  anonyme  dont  il  va  èlre  question  est  l'un 
des  très  nombreux  livres  du  Moyen  Age  qui  portent  le  nom 
imagé  de  Mfnrr  (Spen^/um,  Spieijel).  Les  jnristes  connaissent 
le  Spoculmn  dr  Durant i,  les  théologiens  le  Sprmlum  Errlesiœ 
•  nionoruis  d'Autnn,  les  mystiques  le  Spcmlum  hrafœ.  Mariœ, 
(jui  figure  dans  les  truvres  de  saint  Bonavenlure,  les  spécia- 
listes de  riiisloire  franciscaine  le  Sperulum  heati  Francisri  et 
sonorum  ejus  :  et  il  n'est  personne,  parmi  les  savants  qui  se 
sont  occupés  «lu  Moyen  Age,  qui  n'ait  eu  affaire  avec  le  Spé- 
culum ma/us,  de  Vincent  de  Heauvais.  La  Léf/ende  dorée  était 
encore  appelée  Sprmlum  sanctnruni  Q).  Les  compilateurs 
d'autrefois  ont  alFectionné  ce  titre  de  Spéculum,  autant  que 
les  nôtres  ceux  de  Tableau  ou  de  ManueL  Mais  l'invention  ne 

(')  Trithemius,  Cat.  script,  eccl.,  éd.  de  i53i,  f''  xcv». 

PERDUIZET,    ÉTUDE    SUR    LE    S.    H.    S.  , 


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2 


leur  en  appartient  pas.  Pour  cela  comme  pour  tant  d'autres 
choses,  les  docteurs  du  Moyen  Açje  n'ont  fait  qu'imiter  l'écri- 
vain latin  qu'ils  connaissaient  le  mieux  et  admiraient  le  plus, 
saint  Auqustin  :  liber  beati  Augustini,  dit  Cassiodore('),  quem 
pro  moribus  instituendis  (itrfue  corrigendis  ex  dirinii  aurtoriltite 
coUegit  Speculumque  nominauit,  magna  intentione  legendus 
est.  Outre  ce  Spéculum,  (|ui  est  authentique,  quoiqu'on  y  ait 
substitué  très  tôt  le  texte  de  la  Vulgate  au  texte  antéhiérony- 
mien  qu'utilisa  Auqustin,  le  Moyen  Aqe  en  lisait  un  autre, 
qu'il  croyait  aussi  de  l'éveque  d'Hippone,  liber  de  divinis  scrip- 
luris  siue  Spéculum  fpiod  fertur  S,  Augustini,  et  qui  soinhle, 
en  réalité,  l'cruvre  de  quel(|ue  Africain  du  cirHjuième  siècle(^). 

Le  Spéculum  huniurue  salrationis  expose,  selon  la  méthode 
typoloqique,  l'hisloire  do  la  Chute  et  de  la  Uédemption.  L'his- 
toire universelle,  jusqu'à  la  venue  du  Sauveur,  n'aurait  été 
qu'une  préfiquration  de  la  vie  de  ('ehii  i\\\\  devait  rachelei'  lo' 
monde.  Autrement  dit,  chaque  fait  de  l'histoire  évaiu)éli(jue 
aurait  été  annoncé  dans  l'histoire  antérieure,  aussi  bien  dans 
celle  des  Gentils  que  dans  celle  des  Juifs.  Soit,  par  exemple,  la 
Mise  au  tombeau:  cet  événement  aurait  été  préfiquré  quand 
Abner  fut  enseveli,  ((uaiid  Joseph  fut  descendu  dans  le  silo, 
quand  Jouas  fut  jeté  à  la  mer  et  avalé  par  la  baleine.  Chaque 
chapitre  du  Spéculum  comprend  ainsi  quatre  parties:  le  fait 
de  l'histoire  évanqélique  et  trois  préfiqures  de  ce  fait.  A  chaque 
partie,  dans  les  exemplaires  illustrés,  correspond  une  minia- 
ture. Le  texte  d'un  chapitre  compte  cent  liqnes  rimées.  Dans 
les  exemplaires  eiduminés,  un  chapitre  occupe  deux  paqes,  à 
raison  de  deux  colonnes  de  vinqt-cimj  liqnes  par  paqe,  chaque 
colonne  étant  surmontée  d'une  illustration. 

Outre  ses  quarante-deux  chapitres,  le  Spéculum  comporte 
une  préface  (prologus)  et  une  table  (proœmium), 

La  préface  ou  prologue  est  composé  de  cent  liqnes  rimées, 
exactement  comme  l'un  des  quarante-deux  chapitres  suivants. 
L'auteur  y  explique  son  propos  et  justifie  la  méthode  figurative, 
moyennant  une  parabole  qui,  dans  certains  manuscrits,  notam- 
ment dans  ceux  de  la  traduction  deMiélot,  est  illustrée  par  une 
miniature. 


(')  De  i/istitulione  divintiriim  litterarum,  ch.  XVÏ. 

(*)  Cf.  Weihrich,  dans  les  Wiener  Sitzunfjsberichle,  CI II  (i883),  p.  33,  el  le 
t.  XII  de  son  édition  d'Augustin,  dans  le  Corpus  script,  eccl.  lut.  de  l'Acadënie 
de  Vienne. 


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—     3     — 

La  table  est  dénommée  proœmium  parce  que,  dans  la  plu- 
part des  manuscrits,  elle  commence  l'ouvrage.  Elle  se  compose 
de  3oo  lignes  rimées. 

Dans  la  plupart  des  exemplaires  du  S.  Il,  S.Q),  il  y  a  de 
plus,  après  le  chapitre  XLII,  trois  chapitres  d'une  longueur 
double  de  celle  des  précédents  (exactement  208  lignes  chacun); 
dans  les  manuscrits  illustrés,  chacun  de  ces  trois  chapitres  rem- 
plit quatre  pages,  à  deux  colonnes  par  page,  de  vingt-six  lignes 
chacune,  et  comporte  huit  illustrations.  Ces  trois  chapitres  ne 
sont  pas  composés  selon  la  méthode  typologique:  ce  sont  trois 
opuscules  mystiques  consacrés,  le  premier  aux  sept  stations  de 
la  Passion,  le  second  aux  sept  Douleurs,  et  le  troisième  aux 
sept  Joies  de  la  Vierge.  11  est  possible  que  ces  trois  chapitres 
soient  une  addition  postérieure;  car,  des  deux  résumés  (5/////- 
mulx)  que  le  Moyen  Age  possédait  du  S.  //.  S.,  le  plus  ancien 
s'arréto  au  chî.pitn'  XLJI,  et  le  plus  récent  comprend  les  (|ua- 
ranle-ciuq  chapitivs.  L.'  phis  récent  est  d'un  moine  allemand 
du  quinzième  siècle,  Jean  Schlipat  ou  Sclirnpacher(^).  Le  plus 
ancieu  dal<'  du  milieu  du  quatorzième  :  il  est  dû  au  même  auteur 


(')  Les  chapitres  XLIII-XLV  manquent  dans  les  manuscrits  latins  suivants  (ie 
laisse  de  côté,  bien  entendu,  les  derur.'ati)  : 

1°  Bibl.  du  couvent  de  Hohenfurt  (Bohême),  ms  48,  daté  de  i^as.  LP,  n»  87. 

20  Bibl.  du  couvent  de  Samt-Gall,  manuscrit   918,  daté  de   i/ja.').  LP, 'n"  iSn* 

30  Bibl.  imp.  de  Vienne,  manuscrit  i43i5,  daté  de  1437.  LP,  n-^  iSy. 

4<>  Bibl.  de  Stadtilin,  manuscrit  daté  de  i/joi.  LP,  n»  168. 

50  Bibl.  du  couvent  d'Engelberg  (Suisse),  ms  328,  du  quinzième  siècle.  L  P,  no  26. 
D'autres  mss  contiennent  les  trois  opuscules,  sans  le  S.  H.  S.  proprement  dit  : 

1°  Bibl.  de  Bàle  (A  XI  72,  quinzième  siècle). 

20  Bibl.  du  couvent  Saint-Pierre  à  Saltzbourg.  Cf.  Mone,  Lat.  Hymnen  des 
.1/.  A.,  Fribounj,  i8J4,  p.  t46.  162  et  Damel,  Thésaurus  hymnologirus 
(Leipzig,  i85ô),  p.  366.  379.  Ce  manuscrit  contient  le  De  VII  tristitiis 
el  le  De  VII  gaudiis  b.  Maria?.  Chevalier,  (jui  ne  connaissait  ces  deux 
opuscules  que  par  les  recueils  de  Daniel  et  de  Mo.ne,  a  cru,  comme  ces  deux 
érudits,  que  le  De  VII  tristitiis  et  le  De  VII  guudiis  étaient  des  hvmnes 
(Cf.  son  Repertorium  hymnolofjicum,  Louvain,  1892,  t.  I,  p.  112,  no*i88i, 
et  p.  4o8,  n"  6829).  L'erreur  a  été  relevée  par  Blume,  Kritischer  Wegweiser 
durch  U.  Chevaliers  Rep.  hj-mn.  (Leipzig,  1901),  p.  i5i  et  188,  qui  fait 
observer  que  ces  prétendues  hymnes  sont  écrites  en  prose  rimée,  mais  ne 
sait  |)as  que  ce  sont  des  chapitres  du  S.  H.  S. 

3»  Bibl.  royale  de  Munich,  cgm  84o,  ff.  282-357  (traduction  allemande).  Ces 
trois  manuscrits  sont  à  ajouter  aux  listes  de  LP. 

(*)  Du  couvent  bénédictin  de  Saint-L'lrich  et  Sainte-Afrc,  à  Augsbourg,  né  en 
i4o3  à  Schougau  en  Bavière,  mort  en  1482  au  couvent  de  Melk  (Keiblinger,  Gesch. 
des  Benediktinerstifts  Melk,  Vienne,  i85i,  p.  543).  La  snmmula  de  Schlitpacher 
a  été  impnmt'e  {)ar  Zaincr  d' Augsbourg,  dans  son  édition  du  S.  II.  S.  (vers  1471  ; 
cf.  Pa>2er,  Ann.  typ.,  I,  p.  i33  et  Brunet,  Manuel,   V,  p.  478)  se  trouve  dans 


m^ 


,m  mutiir  'lé'iii  m  lan  -  luJÉmi 


IllIMHWw 


w^n$mm*. 


«Il  iiiyumu 


—    4    - 

que  les  Conrordantiœ  rdri'faf's,  Ulrich,  abhé  de  LirK'nf<'ltl(*). 
Mais,  comnu*  les  trois  opuscules  s«»  trouvent  déjà  dans  des  ma- 
nuscrits aussi  anciens  que  le  manuscrit  latin  ')C)^  de  rArsenal(^) 
ou  que  celui  des  Johann i tes  de  Sélestat  ('),  l'addition  doit 
remonter  au  moins  à  la  deuxième  moitié,  peut-être  même  au 
milieu  du  quatorzième  siècle. 

Le  Speriilum  complet,  c'est-à-dire  les  quarante-deux  cha- 
pitres à  100  lignes  chacun,  les  trois  opuscules  additionnels,  la 
prétace  (p/'o/of/r/s),  et  la  table  Çproœnfiii/n),  forme  donc  un  en- 
semble de  4200  H- G24 -r  ioo-}-3oo,  soit  0224  li(jnes,  et  de 
192  miniatures. 

2.  —  C'est  l'un  tles  ouvrages  de  piété  dont  le  Moyen  Age, 
à  son  déclin,  s'est  le  plus  nourri.  Dans  les  l)ibliolhèques  pu- 
bliqut's  et  privées  et  dans  les  catalogues  de  vente,  nous  n'en 
avons  pas  relevé,  M.  Lutz  et  moi  (^),  moins  de  224  manuscrits 
latins,  et  sans  doute  ce  chillVe  est  destiné  à  s'accroître  encore. 
11  y  faut  joindre  vingt-neuf  manuscrits,  qui  contiennent  une 
traduction  allemande  soit  en  prose,  soit  en  vers,  dix  manus- 
crits quidoiment  une  traduction  française,  un  manuscrit  d'une 
traduction  anglaise,  un  manuscrit  d'une  traduction  tchèque.  Il 
y  faut  encore  ajouter  les  très  nond)reuses  éditions  imj)rimées 
du  texte  latin  et  des  traductions.  Ces  éditions  se  succédèrent 
depuis  les  débuts  de  la  xylographie  et  de  l'imprimerie  jusque 


six  manuscrits  de  la  bibl.  n»valr  do  Munich  (dm.  A^^^,  47^4,  7'»3i,  11927,   lo^ôy, 

21637  =  ^^«  "  '  77'  70»  8'»  ^î^.  •<5'^'  ïO'"*)  ^<^n'  •<"  plu^  ancien  est  daté  dr  i^i  ; 
ilans  un  ms  de  la  bibl.  imp.  de  Vienne  (n»  .\'»70  =  LP,  n»  183),  et  dans  un  ms 
d'Auysbourg,  daté  de  i47«j  (à  ajouter  à  la  li>te  de  LP).  En  voici  Vinrijûf  : 

Lucifer  elatiis  inox  e>t  aT  Tari  ara  stratus 

et  Ve,rplicit  : 

(^uas  Domini  sensit  mater  et  obtiuuit. 

(*)  La  Siimmu/a  ou  C.ompt'ndiuin  de  labbe  Ulrich  se  trouve  dans  les  mss  suivants  : 
1°  Bibl.  de  l'abbaye  de  Lilienfeld,  manuscrit  lôi,  de  i35o  environ  (LP,  n«  46). 
2°  Paris.  Bibl.  Nai.,  lat.  nouv.  acq.  2129,  quinzième  siècle  (LP,  n9  iSa). 
3°  Vienne,  Bibl.  Inip..  manuscrit  !\<^\Z,  quinzième  siècle  (LP,  n»  188). 
4°  Vienne,  Bibl.  du  prince  de   Liechtenstein,  quinzième  siècle  (à  ajouter  à  la 
liste  de  L  P). 
Incipit  : 

UiK  liuman.T  Spéculum  est  salvationis. 
In  quo  lit  indicium  recreationis. 


E.rplicit  : 
(•-)LP,  no  127. 


Sic  Job  nati  jocundantur  simul  per  convivia. 
0)LP,  notx». 

(*)  Les  rensei«}nemenls  qui  suivent  complètent   et   recliflent  ceux  que  nous  don- 
nions l'an  pas>é  dans  noire  édition  du  6\  If.  S. 


i 


dans  le  deuxième  quart  du  seizième  siècle.  11  n'en  existe  pas 
de  traduction  italienne.  Non  que  l'Italie,  restée  plus  longtemps 
famibère  avec  le  latin,  sentît  moins  que  les  pays  transalpins  le 
besoin  de  traductions.  Si  le  Spéculum  n'a  pas  été  translaté  en 
italien,  c'est,  comme  j'essaierai  plus  loin  de  l'établir,  que  la 
méthode  allégorique  employée  par  l'auteur  répugnait  à  la  piété 
italienne.  Le  catholicisme  italien  n'a  jamais  été  tout  à  fait  le 
même  que  celui  des  peuples  transalpins:  à  la  diirérence  de 
race  et  de  civilisation  correspondent,  dans  la  religion,  des  nuan- 
ces qui  n'ont  peut-être  pas  encore  été  suffisamment  relevées. 
Pour  en  revenir  au  Spéculum,  non  seulement   on  n'en  con- 
naît pas  de  traduction  italienne,  mais  il  n'a  jamais  été  imprimé 
en  Italie,  et   il  n'a   exercé  aucune  influence  sur  l'art  italien. 
De  ce  côté  des  monts,  au  contraire,  la  vogue  du  Spéculum, 
jusqu'au  milieu  du  seizième  siècle,  a  été  immense.  Nous  tâche- 
rons plus  loin  d«'  mesurer  l'importance  de  son  action  sur  l'art 
religieux  des  pays  transalpins;  il  nous  suflit  pour  l'instant  de 
noter  combi«'n.  dans  ces  pays,  il  a  dû  être  répandu,  et  combien 
il  a  été  lu.  A  la  fin  du  Moyen  Age,  à  la  veille  de  la  Réforma- 
tion, il  n'y  avait  guère,  en  Allemagne  et  en  Suisse,  en  Lorraine 
et  en  Bourgogne,  aux  Pays-Bas  et  dans  la  France  du  Nord,  de 
bibliothèque  monastique,  de  «  librairie»  princière('),  qui   ne 
possédât  un  exemplaire,  manuscrit  ou  imprimé,  du  Spéculum. 

3.  —  Puisque  ce  livre  a  tant  plu  aux  personnes  pieuses  du 
Moyen  Age  finissant,  c'est  donc  qu'il  répondait  parfaitement  à 
leurs  besoins  religieux;  et  l'on  doit  admettre  qu'il  est  représen- 
tatif de  la  piété  catholirjue  de  ce  temps-là.  Or,  l'histoire  géné- 
rale a  le  plus  grand  intérêt  à  bien  connaître  la  piété  catholique 
de  la  fin  du  Moyen  Age;  car  c'est  seulement  movennant  cette 
connaissance  qu'on  peut  saisir  les  causes  profondes  de  la  Ré- 
formation. Ceux-là,  en  elTet,  rapetissent  l'histoire  des  origines 
de  la  Réformation,  soit  par  esprit  de  parti('),  soit  par  inintelli- 

(•)  Bibliothèque  des  ducs  de  Bourgogne  à  Bniqes  :  Barrois,  Bibl.  protupo- 
ijrapfuque,  y.  129  n"  760.  Bibliotheqi.e  d'Antoine  de  Lorraine  :  Gollioow.  dans 
Mem.  de  I  Arad.  de  Stanislas,  I90t>i907,  p.  104. 

(-)  Voir    i^r   exemple,   le   compte  rendu  que  les  .l^i,;/^r/a   BoUandiana,    iqoO 
p.  324    ont   pubbe  du  livre  de  G.  Ficker,  Das  aiis<jeh'nd.  MittelaUer  mtd  sein 

dp  r^h^' VrriW^''^"'"/''!;''  '^^.'P^ô^'  '9^3  î.^"'  n^'^"-^  ^n^«re.  ces  quelques  lignes 
de  labbe  P(aul)  L(ejay),  dans  la  Reuae  critique  du  11  novembre  igr,?,  p.  870  • 
.  Lun  des  e  ements  les  plus  noUbles  du  luthéranisme  est  la  scolastique  du  qua- 
torzième s..-cle.  s.  déformée  par  l'abus  des  subtUités  el  par  les  querelles  d'école.  Le 
hUheramsme  est.  lu.  aussi,  p  .ur  une  pari,  un  produit  de  la  décadence  philosophique 


I 


^ 


"n^"' 


—    6    — 

gence  des  choses  religieuses,  qui  veulent  expliquer  ce  mer- 
veilleux réveil  seulement  par  le  jeu  des  forces  politiques  et,  qui 
n*y  reconnaissent  pas  avant  tout  une  révolte  de  la  conscience 
religieuse.  On  voit,  dans  le  Miroir  de  rimmaine  rédrmjition, 
se  refléter  certains  des  aspects  caractéristiques  de  la  religion 
dégénérée  contre  laquelle  protestèrent  les  Réformateurs. 

L'un  des  caractères  les  plus  apparents  de  la  religion  catho- 
lique, telle  qu'elle  s'est  constituée  au  Moyen  Age,  c'est  la 
mariolâtrie.  Je  disais  tantôt  qiie,  pour  l'auteur  du  S/tenilum, 
l'histoire  universelle,  jusqu'à  la  venue  du  Sauveur,  n'aurait  été 
qu'une  préfigure  de  la  vie  de  Celui  (jui  devait  racheter  le  monde; 
il  faut  ajouter  :  et  de  la  vie  de  la  Vierge  Marie,  auxiliaire  du 
Christ  dans  l'œuvre  rédemptrice.  L'homme  est  sauvé  du  diable, 
non  par  le  Christ  seul,  mais  par  le  Christ  aidé  de  Marie.  C'est 
pourquoi  le  Spéculum  commence  l'histoire  de  la  rédemption 
non  pas  avec  l'Annonciation  à  Marie,  mais  avec  l'Annoncia- 
tion à  Joachim  (ch.  III),  et  continue  par  la  Naissance,  la  Pré- 
sentation et  le  Mariage  de  Marie  (ch.  IV-VI);  et  pourquoi, 
quand  l'auteur  a  fini  le  récit  de  la  Passion,  il  raconte  encore  la 
vie  de  la  Vierge  après  la  mort  du  Christ  (ch.  XXXV),  son 
assomption  (ch.  XXXVl)  et  l'intercession  dont  elle  couvre  les 
pécheurs  (ch.  XXXVl I-XXX IX).  Ainsi  les  chapitres  consacrés 
au  Christ  sont  comme  encadrés  entre  ceux  qui  parlent  des  pre- 
mières et  des  dernières  années  de  la  Vierge.  Le  chapitre  XXVI, 
consacré  à  la  Compassion  de  la  Vierge,  fait  pendant  aux  cha- 
pitres précédents,  qui  sont  consacrés  à  la  Passion: 

lu  pra?ce(l(Mitil)Us  audivimiis  Salvatoris  iiostri  passionoin, 
Consequenter  audiamus  diilcissimie  matris  ejus  dolorom. 

Le  chapitre  XXIX,  qui  montre  comment  le  Christ,  par  sa 
Passion,  a  vaincu  le  Diable,  a  pour  pendant  le  chaj)itre  XXX, 
qui  montre  comment  la  Vierge,  elle  aussi,  a  vaincu  l'Adver- 
saire, par  la  part  qu'elle  a  prise  à  la  Passion  de  son  fils  : 

In  prsecedcnti  capitulo  aiidiviinus  quomodo  Christus  vicit  diabolum 

[per  passionem, 
Consequenter  audiamus  quomodo  Maria  vioit  eunidein  p«'r  compas- 

[sionein. 

L'endroit  du  Spéculum  où  se  marque  le  mioux  ce  parallé- 
lisme est  le  chapitre  XXXIX,  où  l'on  voit  comment  le  Christ 


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k 


■^ 


intercède    pour  les    hommes   auprès  de  Dieu  le  Père,  et  la 
Vierge  auprès  de  son  fils: 

Audiamus  quomodo  Christus  ostendit  Patri  suo  pro  nobis  sua  vul- 

Et  Maria  ostendit  Filio  suo  pectus  et  ubera...  [nera, 

Christus  ostendit  Patri  cicatrices  vulneruiu  quae  toleravit; 

Maria  ostendit  Filio  ubera  quibus  eu  m  lactavit. 

Sicut  ergo  Christus  convenienter  potest  Antipater  appellari, 

Ita  Maria  competenter  potest  Antifilia  nuncupari. 

0  duhissime  Antipater  et  o  dulcissima  Antifilia, 

Ouam  sumine  iieccssaria  sunt  nohis  miseris  vestra  auxilia  ! 

La  haine  fanatique  du  chrétien  pour  le  juif  apparaît  presque 
à  chaque  page  du  Spéculum.  Les  chapitres  consacrés  à  la 
Passion  ne  sont  qu'une  longue  invective  contre  le  peuple  qui 
fit  périr  Jésus.  Cette  haine  s'exprime  en  termes  particulièrement 
forts  dans  le  chapitre  XVIII,  qui  montre  «  comment  Judas  trahit 
son  maître  par  un  baiser  ».  Dans  la  première  partie  du  chapitre, 
l'auteur  ne  s'en  prend  qu'à  Judas;  mais  la  deuxième  partie  en- 
veloppe dans  la  même  haine  Judas  et  les  Juifs  ses  complices: 

In  Vetori  Lege  scriptuin  erat  :  dentem  pro  dente,  oculum  prooculo  ! 

Nunqiiam  tamon  licitum  fueiat  reddere  malum  pro  bono; 

Sed  tu,  iiiiquissime  Juda,  lualum  pro  bono  reddidisti. 

Similiter  et  complices  tiii  Judœi  malum  pro  bono  reddiderunt, 

Quia  Salvatorem  suum  in  liguo  suspendeiunt... 

Vos  igitur  similcs  ostis  Cain,  qui  fratri  suo  siue  causa  invidit, 

Oui  nihil  mali  sil>i  fe«erat,  et  tamen  ipsum  occidit... 

Cain  iuterfecit  suum  uterinum  fratrem, 

Judas  et  Jud<ei  occidcrunt  Ghristum  Fratrem  suum  et  Patreui.     . 

A  écouter  ces  cris  de  haine,  ces  paroles  homicides,  qiii 
durent  plus  d'une  fois  être  développées  en  chaire  par  les  moines 
de  saint  Dominique,  on  se  rappelle  invinciblement  les  persécu- 
tions dont  les  Juifs  ont  été  l'objet  aux  treizième  et  quatorzième 
siècles,  notamment  à  Troyes,  en  i288('),  et  à  Strasbourg 
en  1349. 


(')  Sur  l'autoilafê  de  Troyes,  cf.  Renan  dans  VHist.  lill.  de  la  France,  t.  XXV^II, 
p.  474»  CeUc  abominable  tragédie  commença  le  jour  du  vendredi  saint  ;  des 
bourgeois  de  Troyes,  fanatisés  par  les  prédications  entendues  ce  jour-là,  envahirent 
le  ghetto  et  s'y  saisirent  de  treize  juifs,  qu'ils  livrèrent  aux  Dominicains  ;  les  treize 
malheureux  furent  brûlés  par  l'Inquisition. 


—    8    ^ 


Les  Juifs  auraient,  à  en  croire  notre  auteur,  soudoyé  les 
Idats  de  Pilate,  pour  qu'ils  lui  donnassent  plus  de  couds  de 


soldats  ae  niaie,  pour  q 
verges  qu'il  n'était  d'usage  : 


coups  de 


I 

i- 


XXI,  3.  Pilatus  praecepit  militibus  ut  Jcsurn  nagellarent, 

Sed  Judœi  dederuiit  ipsis  muiiera,  ut  eum  plus  solito  vorberareiit. 
Cousuetudo  legis(^)  erat  ad  majus  quadra(jinta  verhera  dari, 
Sed  Judœi  procuraveruut  supor  Jesum  verbera  muitipiicari; 

Puis,  les  Juifs  auraient  inventé  pour  le  Christ  un  supplice 
nouveau,  l'imposition  de  la  couronne  d'épines,  de  ce  terrifiant 
«  chapeau  »  fait  des  épines  de  l'acacia  :  quatre  bourreaux  le  lui 
entrèrent  dans  le  crâne,  en  pressant  dessus  avec  deux  leviers  : 


XXI 


,  7.  Et  non  suffecit  eis,  ut  ultra  debltum  nagellaictur, 

Sed  excogitaverunt  iiovam  pœiiam,  ut  spluls  coroiiaretur. 
Cousuetudo  fuit  maleficos  aliquando  llagellari, 
Sed  non  erat  jus  logis  hominem  debere  spinis  coronari. 
0  iniqui  Juda'i,  inventorcs  novarum  malitiaruni, 
Quantum  sustinebitis  nova  gonera  pœnarum  ! 


Et  quand  leur  victime  dut  subir  le  dernier  supplice,  les  Juifs, 
au  lieu  d'attacher  le  Christ  à  la  croix  avec  des  cordes,  comme 
c'était  la  loi  et  comme  on  fit  pour  les  deux  larrons,  l'y  clouèrent 
avec  des  clous  de  fer: 

xxni,  49-   Non  erat  juris  quod  lionio  cruri  cuin  ilavis  ainiocteretur, 
Sed  ut  funibus  susponderetur,  donec  inoreretur. 

Ici  se  marque  l'un  des  traits  caractéristiques  de  l'esprit  du 
Moyen  Age:  les  Juifs,  en  clouant  Jésus  à  la  croix,  au  lieu  de 
l'y  suspendre  avec  des  cordes,  comme  ils  lirent  pour  les  deux 

(')  '•  s'agit,  non  de  la  loi  romaine,  mais  de  la  loi  mosai<|ue  :  «  Il  ne  faut  pas 
<Ionner  pins  de  quarante  coups  à  relui  qui  sVst  rendu  coupable  de  querelle,  de  peur 
(lue  sj  on  le  frappait  beaucoup  plus,  fon  frère  ne  fût  avili  à  tes  veux  .  (Deutér.',  xxv,  3). 
Dans  les  prières  cpie  les  Juifs  d'aujourd'hui  rècileni  le  jour  "du  (irand  Jeune  (  Yuni 
hippour),  il  en  est  une  qui  parle  des  péchés  pour  lesquels  on  eût  été  jadis  «  condamné 
a  quarante  coups.  ..  Jadis,  en  effet,  les  Juifs  se  préparaient  au  Vom  Kippour  par  des 
liage  lai  ions  rituelles.  Or,  pour  ne  pas  enfreindre  la  défense  du  Deuiéronome,  ces 
flagellations  ne  devaient  jamais  e.xcéder  le  chiffre  de  trente-neuf  coups  par  |>ersoDne. 
On  se  donnait  ces  trente-neuf  coups  trois  par  trois,  au  moven  d'un  fouet  à  trois 
lanières,  en  récitant  à  chaque  coup  de  fouet  l'un  des  treize' mots  du  verset  38  du 
Psaume    lxxvim  (Huxdorf.    Syna,joga  judaica,   Bàle,    1712,    ch.   .XXV,   p.   5ai). 


A. 


/ 


f 


—    9    — 

larrons  Dismas  et  Oeslas,  auraient  fait  quelque  chose  qui n  était 
pas  de  droit.  Le  Moyen  Age  a  introduit  jusque  dans  la  piété 
ses  préoccupations  de  légiste,  son  goût  de  la  chicane.  On 
se  rappelle  VAdvocacie  Notre-Dame,  ce  singulier  poème  du 
quatorzième  siècle,  où,  devant  la  cour  céleste  présidée  par 
Dieu,  se  plaide  la  cause  de  l'homme,  avec  la  Vierge  pour 
défenderesse,  et  Satan  pour  demandeur:  il  est  vrai  que  c'est 
un  poème  normand.  Les  criminels  condamnés  à  mourir  sur  la 
croix  devaient,  d'après  notre  auteur,  y  être  attachés  au  moven 
de  cordes.  Si  le  Christ  a  été  crucifié  avec  des  clous,  c'est  par  un 
raffinement  unique  de  cruauté,  que  les  Juifs  inventèrent  pour 
faire  périr  le  Sauveur  : 

xxin,  48.  Ipsi  hune  modum  crucifigendi  primo  invencrunt. 

4.  —  Le  Spéculum,  ([uoi  qu'on  en  ait  dit  (^),  n'est  pas  un 
poème.  Il  est  écrit  en  prose;  non  en  prose  assonancée('),  mais 
en  prose  rimée  et,  suivant  l'expression  de  Jean  Miélot,  en 
prose  ((  rimée  par  doublettes  »,  c'est-à-dire  en  lignes  rimant 
deux  par  deux,  chacun  de  ces  distiques  formant  un  sens  com- 
plet. 

Si  Ton  voulait  écrire  d'une  façon  complète  l'histoire  de  la 
prose  rimée,  il  faudrait  remonter  jusqu'aux  grands  sophistes 
du  cinquième  siècle  avant  notre  ère,  qui  firent  faire  à  la  langue 
greccjue  sa  rhétorique.  Gorgias('),  poussant  à  l'extrême  le  pro- 
cédé de  l'aïUithèsc,  dont  l'esprit  grec  était  naturellement  épris, 
imagina,  entre  autres  choses,  de  finir  par  des  mots  de  même 
terminaison  les  rôla  symétriques  et  opposés  :  c'était  l'artifice 
i\Q\ii  paromoinsis{f)  ou  des  /lomoiotr/eutaQ),  Cette  figure  de 
mots  a  été  chère  à  la  rhétorique  gréco-romaine  Q.  Une  épi- 


(')  OuiCHAKD,  Notice,  p.  28  :  «  Le  poète  du  Spéculum  ne  s'est  imposé  aucune 
règle,  ni  de  mesure,  ni  de  quantité  ;  des  vers  ont  dix  syllabes,  d'autres  en  comptent 
jusqu'à  vingt-cinq;  on  essaierait  en  vain  de  les  scander;  l'auteur  n'avait  égard  qu'à 
la  rime,  qui  est  chez  lui  d'une  grande  richesse.  » 

(-)  Rev.  de  l'Art  ancien  et  moderne,  août  1900,  p.  92. 

(3)  Voir  la  péroraison  de  VEpituphios  {Wiet.  gneci,  éd.  Walz,  t.  V,  p.  5^8)  et 
les  études  que  Blass  {Die  attische  Beredsamkeit^,  I,  p.  C3  sq)  et  Navarre  {Essai 
sur  la  rhétorique  grecque  ainint  Aristote,  pp.  87-92)  ont  faites  de  ce  morceau. 

{*)  Aristote,  Rhét.,  III,  9,  $  9.  {<)  Walz,  Rhet.  gr.,  t.  V,  p.  55i. 

{•)  Cl.  WiiMMCwiTz,  Griecli.  Lit.  des  Altertums,  dans  Die  Kulfur  der  Gegen- 
wart,  I,  8,  p.  io3. 


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—       10      

taphe  d'Afrique  en  offre,  pourPépoque  impériale,  un  exemple 
curieux  : 

QucT  fuerunt  prteteritœ  vitae  tcstimoiiia, 

nunc  declarantur  hac  scriptura  postrema. 

Eiiiiia  hic  sita  est  PVuctuosa 

carissima  conjux,  cortae  pudicitiae  bonoque  obsequio  laudaiida  ma- 

Qiiinto  decimo  ainio  maritae  iiomen  accepit,  [troua. 

in  quo  amplias  quarii  tredecim  vivere  non  potuit. 

Carminibus  defixa, 

jacuit  per  teinpora  muta... 

^'Elius  hœc  posuit  Prociilimis  ipso  maritus, 

legiouis  tanta^  tcrtia.'  Aiigustie  trlbuuus('). 

C'est  déjà  la  prose  rimée,  telle  que  Ta  pratiquée  le  Moyen 
Age. 

.  Cette  façon  d'écrire  paraît  avoir  été  très  goûtée  à  la  fin  de 
l'antiquité.  Elle  servait,  non  seulement,  comme  on  vient  de  le 
voir,  pour  les  elogin  de  style  pompeux,  mais  pour  les  sermons 
de  la  chaire  chrétienne  :  le  style  de  l'élocmence  chrétienne  du 
troisième  au  cinquième  siècle,  écrit  Norden(^),  est  caractérisé 
principalement  par  l'opposition  antithétique  de  membres  de 
phrase  de  même  structure,  de  même  longueur,  et  rimant  en- 
semble deux  par  deux.  Saint  Augustin,  dans  son  De  rhristiana 
docfrinaQ),  (\m  est,  par  ordre  de  date,  le  premier  traité  d'ho- 
milétique,  cite,  comme  exemple  d'éloquence  tempérée,  c'est-à- 
dire  capable  de  jdaire  à  l'àme  et  de  l'émouvoir,  ce  passage  du 
De  habitii  virginum  (+)  de  saint  Cyprien  : 

Quomodo  portavimus  imaginem  ejus  qui  de  liFiio  est, 
sic  portemus  et  imaginem  ejus  qui  de  Cielo  est(î). 
Hanc  imaginem  virginitas  portât,  portât  integritas, 
sanctitas  portât  et  veritas, 
portant  disciplinée  Dei  memores, 
justitiam  cum  religione  retinentcs, 


(')  Mémoires  de  la  Société  des  Antiquaires,  l.  XXI,  p.  ia4;  C/L,  t.  VIII, 
no  2756  ;  NoRDE.N,  Die  antike  Kunstprosa,  t.  II,  p.  639. 

(*)  Id^,  t.  II,  p.  616  :  «  Die  Signatur  des  Stils  der  christlichcn  Predigt  in 
ateinischer  Sprache  ist  der  antithetische  Saizparallelismus  mit  Homoioteleutoo.  » 

(0  L.  IV,  ch.  XXI  (A  L.  XXXIV,  112). 

{*)  Ch.  XXIII  (/>.  L.  IV,  464). 

(')  C'est,  arrangé  en  pi-ose  rimée,  le  verset  de  saint  Paul  :  sicut  portavimus 
imaginem  terreni  (hominis),  portemus  et  imaginem  cwlestis  (1  Cor.  xv,  49). 


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—    II    — 

stabiles  in  fide, 

humiles  in  timoré, 

ad  omnem  tolerantiam  fortes, 

ad  sustinendam  injuriam  mites, 

ad  faciendam  misericordiam  faciles, 

fraterna  pace  unanimes  atque  concordes. 

Ce  sont  les  hornoiofrletitd  (jui  forment  le  principal  ornement 
de  ce  morceau.  De  même  pour  une  foule  d'autres  passages 
des  homélies  et  des  lettres  des  Pères  latins.  On  lit,  par 
exemple,  dans  la  soixante  dix-septième  lettre  de  saint  Cy- 
prien('): 

Conservantes  firmiter  Dominica  mandata, 
in  simplicitate  innocentiam, 
in  caritate  concordiam, 
modestiam  in  humilitate, 
diligentiam  in  administrationo, 
vigilantiam  in  adjuvandis  laborantibus, 
misericordiam  in  fovendis  pauperibus, 
in  defendenda  veritate  constantiam, 
in  disciplina  scveritate  censuram. 

De  tous  les  Pères  latins,  celui  qui  a  fait  le  plus  fréquent 
usage  de  la  prose  rimée  est  saint  Augustin.  Comme  ce  Père 
est  aussi  celui  que  le  Moyen  Age  a  le  plus  lu  et  dont  il  a 
le  plus  admiré  non  seulement  la  profondeur  théologique  et 
morale,  mais  l'éloquence  et  le  style,  rien  d'étonnant  à  ce  que 
nombre  d'auteurs  ecclésiastiques  du  Moyen  Age  aient  cultivé 
la  prose  rimée  comme  une  forme  particulièrement  artistique 
du  style  oratoire. 

Pourtant,  on  est  quelque  peu  surpris  de  trouver  de  la  prose 
rimée  dans  des  documents  de  notaires,  tels  qu'actes  de  vente 
et  de  donation:  c'est  la  surprise  que  reconnaissent  avoir  éprouvée 
les  éditeurs  du  Curtiilaire  de  Saint-Victor  de  Marseille Q), 
devant  des  textes  comme  ceux-ci  : 

Terram  mea'  potestatis  sancti  Victoris  monasterio 
haud  procul  a  mœnibus  Massilia;  fundato, 


(')  P.  L.,  IV,  l\\o,  cité  par  Norden,  op.  laud.,  t.  II,  p.  619. 
(*)  T.  I,  p.  XX  {Collection  des  documents  inédits  de  l'Histoire  de  France).  Cf. 
(jiRT,  Manuel  de  diplomatique,  p.  449  et  suiv. 


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—       12      — 

abhatibiis  ac  moiiachis  futuris  et  priesciitibus, 

ibidem  Deo  sorviontibus, 

staliii  (loiiandam 

et  perpetim  habeiidam...  (t.  I,  p.  85). 

Adrnoiieo  vos  ut  servos  Dei  ultra  non  fallatis 

aut  vestra  calliditate  decipore  cupiatis, 

ne  forte  irani  Dei  incurratis 

et  in  couspoctu  ejus  cadatis...(t.I,  p.  87). 

Suuimo  dispositori  oniuis  machinaineuti 

et  insolubilis  forcitatis  Deo  omnipotenti, 

cui  cuneta  creata  jure  est  deservire, 

ad  quem  ut  adjutorem  necosse  est  venire...(t.  I,  p.  3ii). 

Aussi  bien,  les  chartes  de  Saint-Victor,  qui  sont  écrites  en 
prose  rimée,  n'ont-elles  pas  pour  auteur  un  notaire:  elles  ont 
clé  rédigées  par  un  prélat  leltré,  Rainihaud  de  Reillannc,  nui 
tut  archevé(iue  d'Arles  de  io3o  à  loÔgC):  sans  doute,  c'est 
dans  saint  Aufjustiii  que  Raindjaud  avait  pris  le  qoût  de  cette 
façon  d'écrire. 

On  connaît  d'autres  charles  en  prose  rimée  :  «  Il  n\  a  rien 
d'étonnant,  dit  (nrv(^),  à  voir  la  prose  rimée  s'introduire  dans 
le  style  diplomatique,  à  une  époque  où  elle  était  fort  en  vogue 
dans  les  œuvres  littéraires.  »  Les  chartes  en  prose  rimée  sont, 
au  témoignage  des  diplomatistes,  plus  nombreuses  en  Vlle- 
uiagne  qu'en  France  Q).  Jean  l'Anglais,  dans  sa  Poefria,  com- 
posée à  Pans,  à  la  fin  du  treizième  siècle,  distin(|ue,  entre 
autres  «  styles  »  de  chancellerie,  le  sti/ius  YsMorianus,  qu'il 
dehnit  anisi  :  In  stijlo  Ysidnnano,  y,/o  iMur  Vsif/nrns  in 
libro  Soldoquinriim,  (l'stlnguuntur  r/misu/r  pares  in  si/llabis, 
secundiini  leonikifnn  vel  romonuntiam;  et  videntnr  r/aiisnle 
pures  in  sdlabis,  quamvis  non  sint.  Isfe  sfyltis  ralde  motivas 
est  ad  pietatem  et  ad  letdiam  et  ad  intelli(jentiam(^\  C'est  la 
définition  de  la  prose  rimée. 

Les  diplomatistes  médiévaux  l'appelaient  «  stvle  isidorien  » 
parce  que,  comme  l'indique  Jean  l'Anglais,  les  Snlihques  (), 

0)  (inllin  Chrtstiana  noyissinui,  Arles,  éd.  Albancs-Chevalier,  roJ.  .Aâ. 

(-)  Manuel  de  diplomatique,  p.  45o. 

{')  Bresslau,  Handbuch  der  Urkundenlehre,  t.  I    p   5o3 

(»)  ^'te  i^r  HocKiNGER,   linejMler  und  Fonnelbncher  des  A7.  his  XIV  Jahr- 

mn-;  J  '  P-  ^*^'  ^^  <!  «Pi^s  Hockinger,  p.r  G,ry,  op.  laud.,  „.  A61 

8.5)    Én'vnV  T"'"'':  *'^V^^  iamentutione  animée peccatncis'p.  L.,  Li.Vxi,  .* 
8.0J.  En  ^o.c.   I.s  premures  I.gne,  :  Anima  mea  in  angustiis  est,  spiritns  meus 


—     i3    — 

l'un  des  pluà  célèbres  ouvrages  d'Isidore  de  Séville,  étaient 
écrits  en  prose  rimée. 

Mais  c'est  surtout  dans  les  Vies  de  saints  et  dans  les  Ser- 
mons que  les  écrivains  latins  du  Moyen  Age  sembltMit  s'être 
servis  de  la  prose  rimée. 

Ebert  en  signale  des  exemples  dans  la  Vie  de  saint  Bruno, 
écrite  vers  gii.Vijyo  par  Ruotger  de  Cologne  (^).  De  longs  mor- 
ceaux de  prose  rimée  se  trouvent  dans  la  Vie  de  saint  Donat 
dont  Ozanam  a  publié  des  extraits  d'après  un  Laurentianus  du 
onzième  siècle  :  «  A  mesure  que  le  biographe  avance  dans  son 
récit,  dit  OzanamQ,  son  style  prend  des  formes  nouvelles  :  c'est 
encore  de  la  prose,  mais  c'est  de  la  prose  rimée.  «  En  réalité, 
dès  Vinripit  de  la  Vie  de  sa'nt  Donat,  la  |)rose  rimée  apparaît. 
Sans  chercher  plus  loin,  on  en  trouve  à  chaque  instant  dans  la 
J^égende  dorée Q^. 

Wolfllin  (')  signale  des  exemples  de  prose  rimée  dans  les 
sermons  de  Bède  le  Vénérable  (()72-735).  Bourgain,  en  publiant 
le  Planctus  Magdalenœ  attribué  à  saint  Anselme  de  Cantor- 
béry  (-J-  iiog),  remarque  que  «cette  composition  est  aussi 
curieuse  par  la  forme  que  pour  le  fond  :  les  assonances  y  sont 
presque  conliriuelles,  (juoiqu'elles  ne  rentrent  dans  aucune  des 
cond)inaisoris  rylhmicpies  si  variées  du  Moyen  Age  ;  l'auteur 
affecte  d'employer  les  mêmes  terminaisons,  sans  doute  afin  de 
mieux  peindre  par  la  répétition  de  chutes  semblables  l'unifor- 

iestuuf,  cor  meum  /I.trtniit,  nnffusfia  unimi  possidet  me,  (intjustia  animi  (ifjll(jit 
me,  cirrumddfus  sum  omnibus  mnlis,  circumsep'us  n'rumnis,  circumclusus  ud- 
versia,  obsitus  miseriis... 

(')  Hist.  fjènêrnle  de  la  lift.  Int.  du  Jf.  A.,  \.  Ili  de  la  Irad.,  p.  481.  Eberl 
signale  encore  de  la  prose  rimée  dans  Hrosvifa  (t.  III,  p.  34 1)  et  dans  la  lettre  que 
le  clunisien  Syrus  écrivit  à  ral)bé  Odilon  en  lui  envoyant  la  Vie  de  Majolus{l.  III, 
p.  Ô24). 

(-)  Ozanam,  Documents  pour  servir  à  l'hist.  lift,  de  l'Italie,  pp.  49-04.  Depuis, 
elle  a  été  publiée  in  e.rfenso  dans  les  Acta  SS  (ocl.  IX,  655). 

(•^)  Le  I>.  Delehaye,  bollandisle,  me  fait  savoir  que  son  confrère  le  P.  Poncelet 
réunit  depuis  longtemps  les  matériaux  d'une  étude  sur  la  prose  rimée  dans  les  Vies 
de  saints;  et  il  veut  bien  me  signaler,  comme  exemples,  entre  beaucoup  d'autres, 
de  Vies  de  saints  écrites  en  prose  rimée  :  La  Vie  de  saint  Lambert  par  Etienne  de 
Liège  {Dibl.  Hagiogr.  La  t.  n^  4683)  :  La  Vie  de  saint  Ghislain  par  Rainier  {BHL, 
n»^  3555-6);  La  Translation  de  saint  Corneille  à  Compiégne  {BHL,  n»  1964);  La 
Translation  de  saint  Gentian  à  Corbie  (BHL,  n«>  335i);  Le  Sermon  de  Milon 
sur  la  Translation  de  saint  Amand  {BHL,  n»  342);  Les  Miracles  de  sainte 
Waldhurge  par  Wolfiiard  {BHL,  n»  8765). 

{^)  Der  Reim  ini  Lateinischen,  dans  VArchiu  fur  lafein.  Lexicographie,  t.  I, 
p.  378.  \V.  signale  encore  de  la  prose  rimée  dans  le  recueil  de  fables  intitule 
Appendi.r  Romuli. 


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—     14    — 

mité  éloquente  des  sanglots  et  de  la  prière  Q),  »  C'est  se  donner 
beaucoup  de  mal  pour  décrire  le  procédé  qu'il  eût  suffi  d'ap- 
peler de  son  vrai  nom  :  la  prose  rimée. 

«  Le  Spéculum  ecrlesiœ  d'Honorius  d'Autun,  écrit  M.  Mâle, 
est  un  recueil  de  sermons  pour  les  principales  fêtes  de  Tannée. 
Pour  que  son  latin  pût  se  graver  plus  facilement  dans  la  mé- 
moire des  prédicateurs,  Honorius  l'a  soumis  aux  lois  d'un 
rvthme  barbare.  Chaque  phrase  rime  avec  la  précédente  par 
assonance.  Il  y  a  dans  le  Spéculum  de  vraies  laisses  théologi- 
ques tout  à  fait  comparables  aux  couplets  épiques  des  chansons 
de  gestes.  Il  est  possible  que  cette  musique  monotone  ait 
contribué  au  succès  du  livre  (*).  »  En  réalité,  le  Spéculum 
ecclesiœ,  comme  le  S.  II.  S.,  n'est  pas  assonance,  mais  rimé  ; 
les  laisses  monorimes  y  sont  l'exception,  et  même  quand  il 
s'en  trouve  une,  elle  se  décompose  en  distiques  formant  cha- 
cun un  sens  complet  :  comme  le  S.  //.  5*.,  le  Spéculum  ecclesiie 
est  «  rimé  par  doubleltes  ».  Notons  d'ailleurs  qu'IIonorius 
appelait  versus  et  non  lineci  ses  lignes  de  prose  rimée  (').  Il 
semble  avoir  affectionné  ce  genre  de  style  :  son  Hexœmeron, 
son  Expositio  in  Cantica,  sa  Gemma  animœ  sont  presque 
entièrement  en  prose  rimée. 

Comme  exempl-es  de  sermons  en  prose  rimée,  je  citerai 
encore  le  panégyrique  de  saint  Marcel,  par  Hugues,  abbé  de 
Cluny  (y  1109),  publié  par  Bourgain(^);  le  sermon  pour  la 
fête  de  Saint-Denis,  par  Hilduin,  chancelier  de  Notre-Dame  de 
Paris,  au  douzième  siècle  (>);  les  sermons  d'Odon,  chanoine  de 
saint  Augustin,  qui  sont  de  la  même  époque  (^);  le  sermon  De 
beata  Maria  Virgine  dans  les  ouvrages  faussement  attribués  à 
saint  Bernard (7);  et,  en  beaucoup  d'endroits,  les  IV Seimones 
in  antîphonam  Salve  regina,  qui  iigurent  aussi  parmi  les  apo- 
cryphes de  saint  Bernard  Q). 

A  l'imitation  de  la  prose  rimée  latine,  il  y  a  eu  une  prose 
rimée  française,  dont  voici  un  curieux  exemple  :  c'est  la  table 
en  prose  monorime,  sur  la  rime-/>^  que  le  carme  Jean  Golcin, 


i5 


(')  La  (Jiaire  française  au  douzième  siècle,  Paris,  1879,  p.  225;  cf.  p.  373. 

(-)  L'Art  religieiuc  da  treizième  siècle  en  France,  2"  éd.,  p.  56.  Sur  Honorius 
d'Autun,  cf.  VHist.  litt.  de  la  France,  t.  XII,  p.  169. 

(^)  Ad  omnes  sennones  debes  primam  versum  latina  lingua  pronuntiare,  dein 
patria  lingaa  explanare  {P.  L.,  CLXXII,  83oj. 

{*)  Op.  cit.,  p.  72  et  228.  (')  Id.,  p.  384.  («)  Id.,  p.  a3o. 

{')P.  L.,  GLXXXIV,  looi.  (•)  Id.,  1039. 


SOUS  Charles  V,  a  composée  pour  sa  traduction  des  opuscules 
du  Dominicain  Bernard  Gui  : 

Si  retourne  a  mon  propos  et  devise  ce  livre  en  XVI  parties... 

La  quarte  partie  sera  des  noms  des  roys  de  France  et  de  leurs 
nobles  lignies  par  manière  de  généalogie, 

La  quinte  sera  des  noms  des  contes  de  Tholose  jusque  a  la  maie 
hérésie, 

La  se.xte  sera  de  l'exposition  des  songes  Daniel  que  l'on  voit  en 
dormant  ou  en  merencolie,  ete  (*). 

De  cette  table  en  prose  française  rimée,  on  rapprochera 
celle  du  Spéculum  humanœ  saluationis,  en  prose  latine  rimée. 

L'artifice  des  homoioteleuta  est  de  ceux  que  Denys  d'Hali- 
carnasse  a  qualifiés  d'enfantins.  Si  le  sévère  critique  a  jugé 
ainsi  les  homoioteleuta  de  Gorgias,  qu'aurait-il  dit  de  la  prose 
«  rimée  par  doublettes  »  des  Vies  de  saints  et  des  Sermons, 
du  Spéculum  ecclesiœ  et  du  S.  H,  S,  ?  M.  Mâle  a  raison  d'y 
voir  un  style  de  barbares.  La  rhétorique  antique,  à  ses  débuts, 
avait  inventé  les  homoioteleuta  ;  elle  y  revint  à  son  déclin, 
au  temps  des  rhéteurs  chrétiens,  et  s'y  complut,  car  la  sénilité 
s'amuse  souvent  des  mêmes  choses  que  l'enfance.  Le  Moyen 
Aqe,  qui  hérita  de  ce  procédé,  s'en  engoua;  la  prose  «  rimée 
par  doublettes  »  lui  plaisait  par  sa  symétrie  élémentaire  et 
par  sa  musique  monotone  : 

Oh  !  qui  dira  les  torts  de  la  Rime  ! 
Quel  enfant  sourd  ou  quel  nègre  fou 
Nous  a  forgé  ce  bijou  d'un  sou 
Qui  sonne  creux  et  faux  sous  la  lime  ?  (^) 

Pourquoi  la  prose  rimée  a-t-elle  été  affectionnée  par  les 
hagiographes  et  les  sermonnaires  ?  Sans  doute,  comme  l'a  dit 
M.  Mâle  à  propos  du  Spéculum  ecclesiœ,  parce  qu'elle  était 
facile  à  a[)prendre  par  cœur.  Elle  devait  ses  qualités  mnémo- 
niques, non  seulement  à  la  rime,  mais  encore  à  la  concor- 
dance antithétique  à  laquelle  étaient  généralement  soumises 
les  lignes  appariées.  Il  est  croyable  aussi  qu'elle  se  récitait 


(')  Mélanges  de  l'École  de  Rome,   1881,  p.  267,  article  d'Antoine  Thomas. 
(-)  Verlaine,  Art  poétique,  dans  Jadis  et  Naguère. 


»/ 


—     i6    — 

d'un  ton  de  mélopée,  avec  une  modulation  sur  la  rime,  pour 
bien  marquer  celle-ci  et  la  faire  entrer  dans  la  mémoire.  On 
sait  en  effet  que  les  Vies  des  saints  étaient  lues  à  Toffice  de 
leur  ft^te  :  c'étaient  des  sortes  de  panégyriques.  II  était  naturel 
qu'elles  fussent  écrites  dans  une  forme  qui  permît  de  les 
retenir  par  cœur.  De  même  pour  les  sermons  :  les  prédicateurs 
apprenaient  eux-mêmes  plus  facilement  des  sermons  en  prose 
rimée,  et  les  auditeurs  en  devaient  assez  aisément  retenir  des 
passages. 

Puisque  la  prose  rimée  a  été  si  souvent  employée  aux  dou- 
zième et  treizième  siècles  pour  les  sermons  écrits,  on  peut  se 
demander  si  le  S.  H.  S.,  qui  est  en  prose  rimée,  n'est  pas  à 
classer  à  la  suite  des  sermoniiaires.  On  verra  plus  loin  qu'il  doit 
avoir  été  écrit  [)ar  un  docteur  de  l'Ordre  des  Prêcheurs.  Or, 
justement,  il  j)résente  certains  des  caractères  du  sermon  latin 
écrit,  tel  que  l'ont  compris  les  prédicateurs  du  Moyen  Aqe.  La 
prose  rimée  est  un  de  ces  caractères.  La  péroraison  qui  termine 
chaque  chapitre  en  est  un  autre.  Cette  péroraison,  dans  le 
Sperulani  proprement  dit  (^),  consiste  en  deux  vers  commen- 
çant parles  mots  o  bone  Jesii  et  terminés  par  le  mot  amen; 
elle  résume  le  chapitre  et  en  tire  la  leçon  édifiante  :  ainsi,  à  la 
fin  du  chapitre  Vil,  qui  est  consacré  à  rinearnation  : 

0  bone  Jesu.  da  nobis  tuain  incarnalionem  ita  venerari, 
Ut  pociilo  i'ontis  vitie  in  a^lernum  increainur  satiari  !  Amen. 

La  péroraison  est  autre  dans  les  trois  opuscules  qui  formeiit 
les  trois  derniers  cha[)itres  :  chaque  développement  sni*  Tune 
des  sept  stations  de  la  Passion,  ou  sur  l'une  des  sept  Tris- 
tesses ou  des  sept  Joies  de  la  Vierge,  se  termine  invariable- 
ment ainsi  : 


Quod    nobis    omnibus   p;'ieslarc    clignetur   Dominus    noster, 

[Jésus  Christus, 

Qui  cum   Pâtre   et  Spiritu   Sancto   est  in    perpetuum  bene- 

[dictus  !  Amen. 

Le  nobis  il  if  noster  semblent  bien  indi(|uer  une  oraison  à 


(»)  l'rologue,  ch.  II-XLH.  Par  exception,  le  ch.  I  n'a  pas  de  péroraison. 
(-)  Il  faut    rétablir,   dans  notre  édition  du  Spéculum,  ce  mot   amen  à  la  un  de 
chaiiue  péruraisoa. 


1 


—       17       — 

prononcer  en  commun.  Relisons  maintenant  ce  que  dit  Lecoy 
de  La  Marche  sur  la  péroraison  des  sermons  du  treizième  sièck  • 
«  Apres  avoir  dégagé  de  son  récit  une  conclusion  pratique  lé 
prédicateur  termme  ordinairement  par  une  nouvelle  prière  indi 
quéedanslesmanuscrits  tantôt  parle  mot  rogabimus,  tantôt  par 
une  phrase  comme  celle-ci  :  Quod  nobis pnestare  diqnetnr  qui 
vwit  et  régnât  Deus per  oninia  sœcula  sœculorum!  Amen.  Cette 
formule  finale,  qui  est  une  tradition  léguée  par  les  Pères  est 
toujours  exprimée  en  latin,  môme  dans  les  manuscrits  français  • 
tout  porte  à  croire  qu'elle  ne  se  disait  effectivement  pas,  comme 
le  reste,  dans  la  langue  du  peuple.  On  sait  qu'une  péroraison  à 
peu  près  semblable  est  encore  en  usaqe  de  nos  jours  (0   « 

Un  autre  caractère  du  sermon  est'  l'emploi  fréquent  de  la 
prosopopée  et  de  l'apostrophe  :  le  prédicateur  interpelle  volon- 
tiers  son  auditoire.  II  y  a  plusieurs  de  ces  apostrophes  et  de  ces 
j)rosopopées  dans  le  Spenilum  : 

XIX,  19.  0  ffatres  !  si  aliquis  ex  vobis  talem  alapam  sustineret 
xxvi,  29.  (Juantum  putatis,  fratres  carissimi... 
XXI,  i3.  0  iniqiii  Judaei,  inventores  novaium  malitiaram... 

En  soinme,  on  ne  se  trompera  pas  en  considérant  chaque 
chapitre  du  Spéculum  comme  une  sorte  de  sermon  en  prose 
rimée,  et  l'ouvrage  entier  comme  un  recueil  analogue,  à  cet 
égard,  au  Spéculum  ecclesiœ  d'IIonorius  d'Autun  (^)  Et  je 
ne  serais  pas  surpris  qu'il  soit  arrivé  souvent  qu'un  prédica- 
teur de  l'Ordre  dominicain,  au  lieu  de  composer  un  sermon 
original,  se  soit  contenté  de  lire  à  ses  auditeurs  un  chapitre 
avec  ou  sans  commentaire,  du  .S'.  H.  S.  L'auteur  même  de 
cet  ouvrage  semble  avoir  souhaité  et  prévu  cet  emploi  de 
son  livre  : 

X,  i5.  Propterlegentiumetaudiontium  utilitatem  hic  annotabo 
Lt  brevi  quadam  glosula  clucidabo, 

di(-il,  avant  de  transcrire  le  Décalogue  et  de  l'expliquer. 

0)  La  Chaire  française  au  Moyen  Agre,  a«  éd.  (Paris,  .886),  p.  3o5. 
J,   -'^^■'^/f  *^  différence  que  le  S.  //.  S.  suit  l'ordre  historique  du  drame  de  la 
t    J/.V'  "''7'vn'  ^^'^^Z'-"^'-  -^'--^  J'ordre'du  calendri"    (/LÏ^ 

PERDRIZET,    ÉTUDE    SUR    LE    S.    H.    S. 


'i^ 


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1 


—     18    — 

5.  —  Quelquos  manuscrits  ne  donnent  (jue  le  texte  du  Spe- 
ciiliini,  sans  illustration.  Mais  ces  manuscrits  sont  l'exception  : 
le  plus  souvent  le  Spéculum  est  orné,  comme  nous  Pavons  vu, 
de  192  dessins  ou  miniatures.  Il  résulte  du  proloyue  {|ue  l'au- 
teur du  Spéculum  entendait  que  son  livre  fût  illustré  : 

In  prcTsenti  vita  nihil  «Tstimo  homiiii  utilius  esse 

Quam  Dcum  creatorem  suum  et  propriain  conditionem  nosse. 

Hanc  cognitionem  possunt  litterati  habere  ex  Scripturis; 

Rudes  autem  erudiri  debent  in  libris  laicorum,  id  est  in  picluris. 

Quapropter  ad  glorlam  Dei  et  pro  eruditione  indoctorum, 

Cum  Dei  adjutorio,  decrevi  conipllare  librum  laicorum. 

Ainsi  le  Spéculum  devait  être,  dans  la  pensée  de  sonaulcur, 
un  livre  à  imaqes,  dont  rillustration,  moyennant  des  explica- 
tions fournies  par  les  clercs,  pût  édifier  les  illettrés.  Le  Spé- 
culum appartient  donc  à  la  caté()orie  de  ces  livres  à  images, 
destinés  à  rédilicatiun,  aux(piels  M.  Léopold  Delisle  a  con- 
sacré une  étude  si  savante  (');  mais  cette  étude,  à  peu  près 
définitive  en  ce  qui  concerne  les  Bibles  historiées  et  les  Psau- 
tiers, a  laissé  de  côté  le  S,  IL  S.  ainsi  que  les  ouvrages  con- 
;  qénèiTS,  Biblia  pauperum,  Concordfintiiv  can'fatis,  Defenso- 
rium  uwiolativ  virijinitutis  beatœ  Muiue. 

In  libris  laicorum,  id  est  in  picluris.  Cette  théorie,  contre 
laquelle  la  Réforme  a  eu  le  mérite  de  réagir,  remonte  à  une 
époque  très  ancieiuie  du  christianisme.  Il  en  faut  tenir  compte 
pour  ex[)li([uer  que  les  catacombes  aient  été  décorées  de  fres- 
ques. L'adversaire  des  iconoclastes,  Nicéphore,  patriarcbe  de 
Constant inople,  disait  au  neuvième  siècle  :  «  L'image  possède 
sous  une  forme  plus  grossière,  mais  plus  expressive,  la  puis- 
sance de  l'Évangile  (').  »  Quod  legentibus  Scriptura,  hoc  idiotis 
pnestat  Pictura,  écrivait  déjà  au  sixième  siècle  Grégoire  le 
Grand  à  l'évéque  de  Marseille,  Sérénus  Q).  «  Le  pape  Grégoire  I, 


(')  Livres  d'images  destinés  à  rinstriiction  religieuse  et  aux  exercices  de  piété 
des  laïques,  dans  VHist.  litt.  de  la  France,  t.  XXXI. 

(2)  Cité  par  Millet,  La  collection  byzantine  de  l'École  des  hautes  études,  p.  i. 

(')  Et  non  au  reclus  Secundinus,  comme  le  dit  L.  Delisle,  dans  Vllistoire  litté- 
raire de  la  France,  t.  XXXI,  p.  791  :  cf.  Oreg.,  Epist.  XI,  i3,  en  rapprochant 
une  autre  lettre  au  même  Sérénus,  Epist.  IX,  io5,  où  il  est  dit  '.pictura  in  Ecclesiis 
adhibetar,  ut  hi  qui  litteras  nesciunt,  saltem  in  parietibus  videndo  legant  quai 
légère  in  codicibus  non  valent. 


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—       19      — 

dans  son  épître  à  Sérénus,  écrit  Gilles  Boileau  Q),  disait  que  les 
tableaux  des  peintres  étaient  les  bibliothèques  des  chrétiens 
ignorants.  »  L'abbé  Boileau  a  attribué  à  Grégoire  le  Grand  le 
topique  des  docteurs  du  Moyen  Age,  pictunè  quasi  libri  laico- 
rum, qui  se  trouve  dans  Honorius  d'Autun(^),  G.  Duranti  ('), 
Pierre  le  Mangeur  (^),  Albert  le  Grand  (>),  Molanus  (%  et  bien 
d'autres.  Un  opuscule  cistercien  du  treizième  siècle  ("),  com- 
posé pour  S4»rvir  aux  artistes  de  manuel  de  synd)olique  ligurée, 
sVxprime  ainsi  :  «  Notre  époque  aime  trop  les  peintures  pour 
qu'on  puisse  les  bannir  des  églises,  et  personne  ne  saurait 
trouver  mauvais  qu'on  les  fasse  servir  de  livres  pour  les 
laïques  (^).  »  A  la  fin  du  quinzième  siècle,  le  Dominicain 
Michel  François  dit  dans  sa  Quodlibrtica  decisio  de  VII  dolo- 
ribus  Mari'.r  (')  :  /loc  etiam  probant  anti(ju:i'  Ecclesùe  pic- 
tur.r  r/uasi  libri  laicorum,  in  quibus  D.  Vinjo,  F i lii sui  corpus 
de  cruce  depositum  inter  brachia  cum  lucrimis  amplectitur, 
vocatur  in  Francia  imago  IL  Virginis  de  pictatc.  Vn  peu  plus 
tard,  Érasme  reconnaît  (pie  non  inscitc  dictum  est picturam  id 
esse  illitcratis  quud  cruditis  sunt  libri  Q'').  Au  commencement 
du  dix-septième  siècle,  un  moine  lorrain,  le  père  Jidet, 
Minime,  renchérit  encore  là-dessus  :  «  On  dit  communément, 
écrit-il  dans  ses  Miracles  et  grâces  de  .Votre-/ Ja me  de  Bon- 
secours-lez-Xancg  (''),  (pie  les  images  sont  les  livres  des  igno- 
rans,  et  je  dis  que  les  images  sont  les  livres  et  des  ignorans 
et  des  sçavans  ».  «  Nous  sommes,  par  la  grâce  de  Dieu,  ceux 


(')  Histoire  des  JlageUans,  |>.  G  de  l'éd.  d'.\msterdam,  1782. 
(-)  Hauhéau,  Journal  dfs  Sauanta,  1884,  p.  708. 

(3)  Rulional,  1.  I,  chap.  III,  $  i  :  pictura  et  ornamenta  in  Ecclesia  sunt  laicorum 
lectiones  et  scripturse. 

(<)  P.  L.,  CXCVIII,  iD^o  :  etiam  in  picturis  Ecclesiarum  quse  sunt  quasi  libri 
laicorum,  hoc  reprsesentatur  nobis.  Il  s'agit  du  bœuf  et  de  l'âne  dans  la  rej)réscn- 
tation  traditionnelle  de  la  Nativité. 

(*)  Sermoncs,  p.  11,  éd.  Hippolyte  de  la  Croix. 

(«)  Pictune  dicuntur  laicorum  et  idiotarum   libri  {De  historia  SS.  Imaginum 
II,  2,  p.  3i  de  l'éd.  Paquot  ;  cf.  p.  G7). 
(')  Ms.  Cheltekham  n»  1  ioôq. 

(•)  Cité  par  Pitra,  Spicilegium  Solesmense,  t.  III,  p.  lxxv,  et  par  Delisle, 
Histoire  littéraire  de  la  France,  t.  XXXI,  p.  214. 

(»)  Citée  dans  les  Analecta  Bollandiana,  i8y3,  p.  33y. 

(»«)  Cité  par  Molanus,  op.  laud.,  II,  chap,  54.  Paquot,  dans  sa  note  sur  ce 
passaye  (p.  i5G  de  l'édition  de  Louvain),  renvoie  à  la  Vie  de  D.  Le  Noblets  (Paris, 
1668,  8"),  qui  contient  de  curieux  détails  sur  l'emploi  des  images  pour  renseigne- 
ment de  la  religion  aux  Bas-Bretons  j)ar  les  missionnaires. 

(")  Nancy,  i63o,  p.  44  i« 


20       

qui  manifestent  aux  illettrés  les  miracles  opérés  par  la  foi  », 
déclarent  fièrement  les  peintres  de  Sienne  en  i353,  dans  les 
statuts  de  leur  corporation  (').  Ainsi,  pour  le  Moyen  Age,  l'art 
était  une  catéchèse  :  «  Le  premier  objet  qu'il  se  proposait  dans 
la  peinture  et  la  sculpture  était  l'enseignement  (^).  »  Tout  le 
monde  connaît  la  prière  à  la  Vierge  que  Villon  écrivit  pour 
sa  mère  : 

Femme  je  suis,  pauvrette  et  ancienne, 
Qui  rien  no  sais  ;  oncques  lettres  ne  lus. 
Au  moustier  vois,  dont  suis  paroissienne. 
Paradis  peint,  où  sont  harpes  et  luths. 
Et  un  enfer,  où  damnés  sont  boullus. 
L'un  me  fait  peur,  l'autre  joyc  et  liesse  : 
La  joye  avoir  me  fais,  haute  Déesse  ! 


[\ 


Cahier  a  extrait  du  catéchisme  en  usage  vers  1700,  au 
temps  de  Fénelon,  dans  le  diocèse  de  Cambrai,  ce  passage 
caractéristique  :  «  Demande.  A  quoi  pensez-vous  en  disant 
votre  chapelet  pendant  la  messe?  — Réponse.  A  quelque  chose 
que  Notre-Seigneui"  ou  Notre-Dame  ont  faite  étant  au  monde, 
ou  bien  à  quelque  image  que  je  vois  devant  moi  à  l'autel,  aux 
parois,  aux  verrières...  »  (0* 


(')  MiLANESi,  Docunienti  per  la  storia  deW  arte  Senese,  t.  I,  p.  i. 
(')  Rena>,   État  des  Beaux-Arts  an  quatorzième  siècle,    dans   Le  Clerc  et 
Renan,  Histoire  littéraire  de  la  France  au  quatorzième  siècle,  t.  II,  p.  264. 
(3)  Vitraux  de  Bourges,  préface,  p.  11. 


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II 


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CHAPITRE  II 


ORIGINE  DOMINICAINE   DU  S.   IL  S. 


I.  Le  S.  H.  S.  composé  par  un  moine  pour  des  moines.  —  2.  Par  un 
moine  Dominicain  :  le  quinzième  siècle  le  croyait  du  Dominicain  Vincent 
de  Beauvais.  —  3.  Gladiiis  in  corde  Prœdicaloris.  —  f\.  La  visiun  des 
trois  flèches.  —  5.  La  doctrine  de  la  sanctificaiio  in  utero.  —  G.  Men- 
tion, dans  le  S.  H.  S.,  de  saint  Thomas  d'Aquin  et  de  saint  Pierre 
martyr.  —  7.  Qui  ad  justitiani  erudiunt  mullos. 


^i 


) 


1.  —  Il  ne  me  semble  pas  qu^on  eût  remarqué  jusqu'ici  que 
le  Spéculum  doit  avoir  été  composé  par  un  moine,  et  par  un 
moine  de  Tordre  des  Prêcheurs. 

Le  Spéculum  a  été  écrit  par  un  moine.  On  le  devine  dès  le 
début,  à  la  parabole  du  chêne,  qui  commence  le  proloque.  Un 
grand  chêne  se  trouvait  dans  une  abbaye;  l'abbé  le  fit  abattre  : 

28.  Abbatia  qua'dam  qucrcum  niagnam  habebat,  etc. 

Ainsi,  dès  les  premiers  mots,  le  Spéculum  nous  transporte 
dans  le  monde  monastique. 

Au  cours  de  l'ouvraqe,  le  moine  se  décèle  plusieurs  fois,  à 
sa  haine  de  la  femme  (I,  v^i-53  ;  XXII,  3i);  à  sa  préoccupation 
des  tentations  charnelles,  qui  rendent  le  sommeil  si  redou- 
table aux  religieux  (XXIX,  90)  ;  à  sa  crainte  de  l'acédie  (IV, 
4i);  à  ce  qu'il  dit  de  l'orgueil,  «  qui  règne  non  seulement 
dans  le  siècle,  mais  aussi  dans  le  cloître  »,  non  tantum  inter 
sœculares,  sed  et  inter  claustrales  (XIII,  84);  à  la  description 
qu'il  fait  de  la  vie  toute  monastique  menée  parla  Vierge  Marie 
dans  le  cloître  du  Temple,  avant  son  mariage  (V,  71  sq). 

Comment  vécut,  dans  le  cloître  du  Temple,  la  jeune  Vierge 
Marie?  Dans  les  Evangiles  canoniques,  il  n'est  point  parlé 
—  et  pour  cause  —  de  moniales,  ni,  d'une  façon  générale,  de 
vie  conventuelle.  Les  Evangiles  apocryphes  se  chargèrent  de 
suppléer  à  ce  silence  :  aussi  bien  datent-ils  précisément  de 


^"^■♦«^inaUpF»-- 


22 


Tépoque  où  naquirent  et  fleurirent  les  premiers  couvents 
d'hommes  et  de  femmes.  Dans  le  Protévangile  de  Jacques,  il 
n'y  a  pas  grands  détails  encore  sur  la  vie  cloîtrée  de  la  Vierqe; 
ils  sont  déjà  beaucoup  plus  abondants  dans  le  Pseudo-Mat^ 
thieu.  On  imagina  que  dans  le  Temple  aurait  existé  un  cou- 
vent de  nonnes,  contubernium  vîrginum,  in  quo  die  et  nocte 
virgines  in  Deilaudibus pernianebantQ),  Le  cloître  des  vierges 
du  Temple  fut  proposé  en  modèle  aux  couvents  de  femmes;  la 
jeune  Vierge  Marie  devint  le  modèle  des  nonnains.  On  con- 
çoit combien  Tétat  de  religieuse  croissait  en  dignité  du  mo- 
ment où  il  était  admis  que  la  Vierge,  avant  son  mariage,  avait 
vécu  sept  années  —  nombre  mystique  —  de  sept  à  quatorze 
ans,  de  la  vie  des  moniales. 

Le  Pseudo-Matthieu  ne  s'étend  pas  encore  sur  les  exercices 
spirituels  de  la  Vierge,  ni  sur  les  soins  qu'elle  prenait  pcmr 
entretenir  le  sanctuaire.  Dans  les  textes  plus  récents,  dans  le 
sermon  du  moine  Épiphane  Q),  la  Vierge  se  transforme  peu 
à  peu  en  religieuse.  Le  caractère  monàsliciue  s'accuse  dans 
notre  Spéculum  d'une  façon  bien  plus  prononcée  encore  :  la 
Vierge  y  devient  une  sacristine  accomplie,  qui  ne  laisse  à  [)er-' 
sonne  la  tâche  de  balayer  l'église  et  de  laver  la  nappe  de  l'autel  : 

V,  70.  QucT  in  temi>lo  Domini  lavaiida  erant,  ijisa  lavabat, 
Et  quc-e  mundanda  erant,  ipsa  mundahat. 

Dans  le  Pseudo-Matthieu  y  sous  le  latiii  duquel  transparais- 
sent les  idées  grecques  de  l'original,  la  jeune  Vierge  était  très 
belle,  speciosa  et  splendida,  tellement  —  et  ceci  sent  l'Orient  — 
qu'on  pouvait  à  peine  la  regarder  en  face,  vix  aliquis  in  ilh'us 
iHiltum  posset  intendere;  dans  le  Spéculum,  celte  préoccupation 
tout  hellénique  de  savoir  si  la  Vierge  était  belle,  disparaît,  et 
l'on  voit  passer,  encapuchonnée  dans  son  voile,  une  nonnain 
qui,  lorsqu'elle  traverse  un  endroit  où  sont  des  hommes,  cache 
son  visage,  tient  les  jeux  à  terre  : 

98.  NuQquam  in  virum  projecit  oculum  noc  infixit  aspcctiim  ; 
Nunquam  cervicem,  nunquain  colliim  portai  at  eroclum  ; 
Oculos  ad  terram  dcfixos  inter  honiincs  sempcr  habebat. 

(•)  Ps.  MaUh.,  ch.  IV,  p.  Go  Tischendorf. 

(-)  MiG.NE,  P.  6\,  GXX,  191  ;  huitième  siècle,  croit-on  :  cf.  Krumbaciier,  But. 
Lit.,  a«  éd.,  p.  193.  '^ 


—       23       — 

Dans  le  Pseudo-Matthieu  y  la  Vierge  était  une  poétesse  qui 
faisait  de  bons  vers  sur  des  sujets  pieux,  nulla  in  carminibus 
elegantior ;  dans  le  Spéculum,  elle  a  perdu  ce  don  artistique; 
elle  se  contente  de  psalmodier  : 

C5.  Psalmodiam  aut  versus  liymnidicos  jubilando  psallobat. 

En  revanche,  grâce  à  TEsprit-Saint,  elle  comprend  les  pro- 
phètes et  l'Ecriture  aussi  bien  qu'un  docteur  : 

91.  Libres  prophctarum  et  Sacras  Litteras  optime  intclligebat, 

Utpote  (juam  Spiritus  Sanctiis  doctor  peroptimus  instruebat  ('). 

Le  portrait  de  la  pauvre  Vierge,  tel  que  nous  le  trouvons  dans 
le  Spéculum,  se  ressent  d'avoir  été  tracé  par  un  moine  latin, 
docteur  en  théologie  de  l'ordre  des  Prêcheurs. 

Que  l'auteur  du  Spéculum  ait  été,  non  un  séculier,  mais  un 
moine,  c'est  ce  qui  résulte  encore  de  ce  passage  du  cha- 
pit.^e  XX \1  : 

i5.  Quidam  faciunt  caris  suis  per  XXX  dics  XXX  mlssas  cclebrari  : 
Hoc  bonum  est,  sed  utilius  esset  animabus  illas  primo  die  consum- 
Quia  per  XXX  dies  ibi  exspoctare  valde  est  amarum.  [mari, 

Il  s'agit  de  la  pieuse  coutume  de  faire  dire,  à  l'intention  d'un 
défunt,  une  suite  de  trente  messes,  dans  les  trente  jours  qui 
suivent  le  décès  :  coutume  dite  du  trentain  grégorien,  parce 
qu'elle  aurait  pour  origine  une  vision  du  pape  saint  Gré- 
goire (f).  Notre  auteur  ne  veut  pas  que  les  trente  messes  d'un 
trentain  soient  dites  pendant  trente  jours  de  suite,  à  raison 
d'une  par  jour,  comme  pourrait  les  dire  un  séculier,  un  curé  : 
il  préconise  l'usage  de  les  faire  dire  toutes  le  même  jour,  pour 
que  le  défunt,  dans  le  purgatoire,  en  soit  plus  tôt  «  rafraîchi  »  : 
pour  cela,  il  faut  disposer  de  trente  clercs  ordonnés,  c'est-à- 
dire  s'adresser  à  un  grand  couvent. 

Le  moine  qui  a  écrit  le  Spéculum  appartenait  à  un  ordre  sa- 
vant :  «  Si  toute  l'étendue  de  la  terre  et  du  ciel,  s'écrie-t-il 


I 


(')  Cf.  IV,  89,  hnbuif  fieniqiie  aureolam  prœdicatorum  et  doctoriim. 
(-)  Légende  dorée,  ch.  GLXIII  {de  commémorât io ne  animarnm),  p.  781  Grosse, 
d'après  les  Dialogues  de  saint  Grégoire  (Migne,  P.  L.  LXXVIl,  ^21). 


I 


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-     24     -^ 

quelque  part  (•),  était  un  grand  parchemin,  il  ne  serait  pas 
encore  assez  grand  pour  y  décrire  suffisamment  la  plus  petite 
des  joies  célestes;  si  toutes  les  eaux  étaient  de  IVncre,  elle 
serait  épuisée  avant  qu'on  eût  décrit  complètement  la  plus 
petite  des  joies  du  paradis;  si  tous  les  arbres,  les  plantes  et  les 
herbes  étaient  des  calâmes,  ils  ne  suffiraient  pas  à  décrire  com- 
plètement la  plus  petite  des  joies  éternelles.  »  Ce  lyrisme, 
d'une  outrance  bizarre  (^),  décèle  le  moine  passionné  pour  les 
patients  travaux  du  scriptorium  Q). 

Le  Spéculum  a  été  composé  par  un  moine  pour  des  moines. 
Les  cinquante  et  quelques  manuscrits  que  la  Bibliothèque 
royale  de  Munich  possède  de  cet  ouvra(|e  proviennent  tous  de 
bibliothèques  monastiques  :  à  la  fin*  du  quinzième  siècle, 
chaque  couvent  de  la  Bavière  avait  le  sien.  Dans  les  exem- 
plaires copiés  pour  des  couvents,  il  arrive  parfois  que  la  pre- 
mière miniature  du  chapitre  XXXVIII,  qui  représente  la 
\ierge  de  miséricorde,  la  montre  abritant  sous  le  manteau 
protecteur,  non  pas,  comme  le  texte  le  dit,  toute  l'humanité, 
mais  uuKiuement  une  famille  monastique^)  :  IVqoïsme  mona- 
cal réduit  la  Mater  omnium  à  n'être  plus  cpie  la  protectrice 
d  un  Ordre  ou  d'un  couvent.  Mater  uniuersitatisQ), 

2.  —  Le  moine  qui  a  écrit  le  Spéculum  était  un  Dominicain. 
.Notons  d'abord  qu'au  milieu  du  quinzième  siècle,  Jean  Miélot 
attribuait  le  Sperulum  au  grand  savant  Dominicain  du 
treizième  siècle,-  «  frère  Vincent  de  Beauvais(^),  de  l'Ordre  des 


20 


(')  Spec.  XXXIIF,  8o-o/,. 

(-)  «  Tuules  les  langues  des  hommes  ne  suffiraient  pas  à  louer  la  Vierqe  alors 
même  q,,e  tons  leurs  membres  ^  changeraient  en  langues  .,  dit,  dans  Imtroduction 

ZL  x/'  ^'T'  '";;'  •^'''^""''  ^^'  ^■9"°'"''  'l"'  «'»'-'^"^'  ^^tle  hyperbole  à 
sa.nl  Augustm.  On  ht  en  efTet  .'ans  un  sermon  apocryphe  de  saint  Augustin,  sur 
I  Assomp  ,on  :  £'/^.  omnmm  nostrum  membra  uertermtar  in  Im.juas,  eam  laadare 
sufjœeret  nullus  (P.  L.,  XXXIX,  ..ag).  Ce  sermon  ne  parait  pas  plus  nncien  que 
le  onzième  siècle;  et  peut-être  est-il  encore  plus  récent.     "^  ^      ^  *""  **"*' 

(^)  Cr.  Henry  Martlv,  Les  miniaturistes  français,  p.  lo. 

(0  Par  ex.  Bibl.  nat.  fr.  48o  (^  149). 

{p  C'est  le  nom  de  la  Vierge  de  Miséricorde  sur  un  tableau  florentin  arcliaiouc 
Tri^ZlT^'^A,^''"^'^""^-''  ""  '7^^  1"'  représente  la  Vierge  (et  n<,n,  comme  le 
s^us^so^mlra:,.'^  """^'"''  "'"^'^  ^''^'''''  ''  "^"^^^^^  '^^^^'-^  ^'^  -"'^les 

(«)  Sur  ce  compilateur,  cf.  l'article  de  Boutahic  dans  la  Rer.  des  questions  hi,t., 
t.  AVJI.  Je  renvoie  avec  regret,  et  faute  de  mieux,  à  un  travail   qui  contient  des 


i 


\ 


prescheurs  et  maislre  en  théologie,  jadis  confesseur  du  roy 
de  France  monseigneur  saint  Lojs  ».  Le  manuscrit  que  la 
Bibliothèque  nationale  possède  de  la  traduction  de  Miélot  a 
pour  frontispice  une  grande  et  belle  miniature  qui  occupe 
toute  la  largeur  de  la  page  :  ce  qu'on  appelait  au  quinzième 
siècle  une  hystolre  plainneQ);  elle  représente  à  gauche  frère 
Vincent  de  Beauvais  dans  son  cabinet  de  travail,  au  couvent 
dominicain  de  la  rue  Saint-Jacques  à  Paris  :  on  suit  que  l'il- 
lustre maison  des  Jacobins,  par  ordre  de  date  la  seconde 
qu'aient  fondée  les  frères  Prêcheurs,  fut  l'un  des  plus  grands  et 
des  plus  fameux  couvents  du  Moyen  Age,  la  résidence  des 
docteurs  et  prédicateurs  Q)  Dominicains  que  les  écoles  de  la 
«  montagne  latine  »  attiraient  à  Paris.  Frère  Vincent,  coiffé 
d'un  fez  de  soie  cerise,  est  assis  devant  son  pupitre,  le  grat- 
toir dans  la  main  gauche,  trempant  de  l'autre  main  la  piuine 
dans  l'encrier  ;  sur  la  table  sont  ses  lunettes  et  quelques-uns 
des  livres  qu'il  compile  pour  composer  son  Spéculum  ;  on  en 
voit  d'autres  dans  une  bibliothèque  que  ferme  à  demi  un 
rideau.  L'air  entre  par  une  vitre  ouverte.  Le  bon  savant  tra- 
vaille en  paix.  (:e[)endant,  hors  de  ce  calme  asile,  se  passe 
quehjue  chose  de  terrible,  un  dialogue  d'Apocalypse.  Dans 
le  ciel,  parmi  les  nuages,  apparaît  l'Ancien  des  Jours,  cou- 
ronné, comme  le  vicaire  de  Jésus,  du  triregno  ;  sur  la  terre 
est  debout  la  Mort  —  mieux  vaudrait  dire  le  Trépas  —  sous 
la  forme  d'une  larve  d'homme,  nue,  aux  chairs  |)OuiTies.  Dieu 
lui  tend,  de  la  main  droite,  trois  flèches  très  longues  et  très 
aiguës,  de  la  main  gauche  un  parchemin  scellé  d'un  triple 
sceau.  Les  trois  flèciies  sont  les  trois  fléaux,  la  Guerre,  la 
Peste  et  la  Famine,  le  parchemin  est  un  acte  en  bonne  et  due 
forme  par  lequel  Dieu  permet  au  Trépas  de  décimer  les 
hommes,  d'user  contre  eux  des  trois  flèches  :  il  y  a  un  para- 
graphe et  un  sceau  par  flèche,  un  notaire  n'y  trouverait  rien  à 
redire.   La  scène  se  passe  près  d'un  beau  fleuve  qui  décrit 


appréciations  comme  celles-ci  :  «  L'Encyclopédie  (de  d'Alembert)  est  un  ouvrage 
mal  fait.  Ce  que  le  dix-huitième  siècle  ne  put  faire,  cinq  siècles  auparavant  un 
homme  seul,  un  moine  l'entreprit  et  eut  la  gloire  de  l'accomphr.  » 

(')  Martin,  op.  cit.,  p.  127. 

(-)  Sur  soixante  et  onze  prédicateurs  qui  se  firent  entendre  en  1378  dans  les  prin- 
cipales églises  de  Paris  et  dont  un  manuscrit  de  la  Bibl.  nat.  (lat.  16481)  nous  a 
conservé  les  noms,  trente  appartenaient  aux  Dominicains  (Lecoy  de  la  Marche, 
La  Chaire  française  au  M.  A.,  a*  éd.,  p.  27). 


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—  26  — 

ses  méandres  entre  de  fjrands  rochers,  des  montagnes,   des 
prairies  et  des  bois  :  on  songe  à  la  rivière  de  Meuse. 

Il  est  sûr,  d'ailleurs,  que  Vincent  de  Beauvais  n'est  pas 
Fauteur  du  Spéculum.  C'est  un  anachronisme  assez  violent 
que  d'attribuer  à  un  écrivain  mt»rl  en  1266  selon  certains,  en 
1264  selon  d'autres,  un  ouvrage  qui,  comme  nous  le  verrons, 
date  d'une  soixantaine  d'années  plus  tard.  Mais  la  tradition 
recueillie  par  Miélot  est  intéressante  :  elle  montre  qu'au 
quinzième  siècle  les  Dominicains  savaient  (ju'ils  étaient  en  droit 
de  réclamer  le  S,  IL  S.  pour  un  des  leurs.  L'attribution  de  cet 
ouvrage  à  Vincent  de  Beauvais  devait  sembler  naturelle  à 
ceux  qui  se  rappelaient  que  le  grand  érudit  Dominicain  avait 
consacré  sa  vie  à  composer  le  Spéculum  majus,  énorme  compi- 
lation formée  de  quatre  parties  appelées,  chacune,  Spéculum, 
et  (jui  n'en  savaient  pas  davantage  ('). 

^  ^^•.""  ^^  ï^s  nombreux  érudits  qui  se  sont  occupés  du  .V.  //.  S. 
s'étaient  donné  la  peine  de  le  lire,  ils  y  auraient  relevé  des  preu- 
ves évidentes  de  son  origine  dominicaine.  Le  chapitre  XLIV 
est  consacré  aux  Sept  douleurs  de  la  Vierge.  Il  y  est  question, 
d'abord,  d'un  moine  qui,  à  force  de  méditer  sur  la  Passion  de 
Jésus  et  la  Compassion  de  Marie,  reçut  la  grâce  d'v  être 
associé  :  il  lui  sembla  que  ses  mains  et  ses  pieds  étaient  per- 
cés de  clous,  comme  l'avaient  été  les  mains  et  les  pieds  du 
Christ,  et  que  son  cœur  était  transpercé  d'uu  glaive,  pareil  à 
celui  dont  le  vieillard  Siméon  avait  prédit  que  serait  percée 
l'âme  (le  Marie  Q.  Or,  le  moine  qui  fut  gratifié  de  cette  vision 
insigne  était,  dit  notre  texte,  de  l'Ordre  des  frères  Prê- 
cheurs : 

XLiv,  7.  Frator  quidam  iii  Online  fratnmi  Pni'dlcatoruin  erat. 

Et  la  miniature  correspondante  ne  manque  pas  de  repré- 
senter un  Dominicain,  avec  la  robe  et  le  scapulaire  blancs  et  le 
manteau  noir,  même  dans  les  traductions  qui,  comme  celle  de 
Miélot,  ne  disent  pas  expressément  que  le  «  frère  »  dont  il  s'a- 
git fût  un  Dominicain.  Dans  l'édition  latino-allemande  publiée 


V 


. 


—     27     — 

à  Augsbourg  vers  1471,  le  litre  de  cette  miniature  est  :  Gladius 
in  corde  Prœdicatoris, 


4.  —  Le  chapitre  XXXVII,  qui  raconte  une  vision  de  saint 
Dominique,  n'est  pas  moins  significatif: 

Ouod  plaçât  iram  Christi  modiatri.v  noslra  Virgo  Maria, 
Istud  patet  in  qiiadam  visione  et  somuo  authcntico. 
Ouod  divinitus  ostensum  est  sanctissimo  patri  Domiuico. 

C'était  en  1216,  pendant  le  concile  de  Latran.  Saint  Domi- 
nique et  saint  François  se  trouvaient  l'un  et  l'autre  à  Rome, 
mais  ils  ne  se  connaissaient  pas  encore.  Une  nuit,  comme  saint 
Dominique  priait  dans  une  église,  il  eut  une  vision.  Elle  a  été 
maintes  fois  racontée,  depuis  Géraud  de  Frachel  {')  jusqu'à 
M.  Jean  Guiraud(^),  par  les  auteurs  pieux,  surtout  par  les 
Dominicains.  Xous  la  laisserons  raconter  à  l'auteur  anonvme 
d'un  vieux  recueil  de  Miracles  de  la  sainte  Vierge,  qui  se 
trouve  à  la  Bibliothèque  nationale  (>)  : 

«  Saint  Dominique  vist  en  esprit  que  N.-S.  tenoit  trois 
lances  desquelles  il  vouloit  occirre  le  monde  et  X.-D.  ynelle- 
inent  (^)  y  alla  et  lui  demanda  qu'il  vouloit  faire  de  ces  trois 
lances  et  lui  répondit  qu'il  vouloit  occirre  le  monde  qui  estoit 
plein  de  trois  grant  vices,  c'est  d'orgueil,  de  luxure  et  d'avarice, 
et  X.  D.  se  laissa  cheoir  à  ses  piez  et  lui  pria  moult  doucement  : 
«  Mon  cher  lilz,  ayez  pitié  du  monde  et  jiar  ta  sainte  miséri- 
corde attrempe  (^j  ta  justice.  »  Et  il  lui  dit  :  «  Ma  chère  mère, 
vous  veez  cornent  le  monde  s'eiTorce  encontre  ma  deffense  et 
comandement   de   persévérer  en    pechie  et  especialement  es 


(')  Cf.  Paulin  Paris,  Les  Ai  S  S  français  de  la  Btbl.  du  Roi,  t.  Il,  ,,.  ,,0. 
(-)  Luc,  II,  35. 


(•)  Vies  des  frères  de  l'Ordre  des  Prêcheurs  (commencées  en  \iô(S),  I,  i,  4 
(éd.  Reichert,  p.  9).  Cf.  Thierry  d'Apolda,  Gi-66;  Galuagni  de  la  Flamma, 
Chron.  O.  />.,  p.  5  Reichert;  Légende  dorée,  p.  470  Gr.€Sse  ;  Qcétif  et 
EcHARD,  Script.  O.  P.,  I.  p.  37;  GoNOx,  Chronicon  SS  Deiparœ  Virginis  Marise 
(Lyon  1637),  P-  209;  Bridoul,  Le  triomphe  de  X.  D.,  (Lille  i64o)  II,  p.  107; 
Sausseret,  Apparitions  et  révélations  de  la  Très  sainte  Vierge  (Paris,  iSôa),  l' 
p.  27g;  etc. 

(*)  Saint  Dominique,  p.  78  (Collection  Les  Saints). 

(')  Ms.  fr.  1881,  papier,  quinzième  ;siëcle,  AT.  181-182. 

(*)  Ynellement  :  rapidement.  Cf.  Godefrot,  s.  r.  isnelement. 

(»)  AUrempe  :  tempère. 


i«l>»<«*ir  ^«>^■w^l^y»I^w^^llWiUl|l  i'ji»»W 


—      28      — 

trois  peschies  dessus  nommez.  »  Et  elle  lui  dist  :  «  Mon  doulz 
filz,  j'ai  un  serf  et  chappellain  bon  et  deligent  qui  avec  ses 
disciples  yra  par  le  monde  et  le  fera  obéissant  a  loy  et  a  tes 
comandements,  et  li  bailleray  un  compaignon  qui  fera  le  monde 
obéissant  a  toi  come  lui  ».  Et  Jhesus  Christ  lui  respondisl  : 
«  Pour  amour  de  vous,  douce  mère,  je  espargneray  le  monde 
et  retrairay  ma  justice  et  ma  sentence  que  je  voulois  fere 
contre  lui,  mais  je  veuil  veoir  les  deux  bons  sers  par  lesquels 
le  monde  a  moy  se  convertira  et  sera  obéissant.  »  Et  elle  lui 
présenta  saint  Dominique  et  saint  Françoys,  lesquels  N.  S. 
moult  loua...  » 

La  légende  Dominicaine  ajoute  que,  le  lendemain  de  cette 
vision,  Dominique,  trouvant  dans  une  église  ce  frère  François 
qu'il  avait  vu  en  songe,  se  précipita  sur  lui  et,  le  serrant  dans 
ses  bras  ('),  s'écria  :  «  Tu  seras  mon  compagnon,  soyons  unis, 
et  nul  ne  prévaudra  contre  nous.  »  Et  il  lui  raccmta  sa  vision. 
Et  désormais  ils  ne  furent  plus  qu'un  cœur  et  qu'une  âme  en 
J.  C.  ;  et  ils  prescrivirent  à  leurs  fils  spirituels  d'observer  à 
jamais  cette  alliance  (^).  Ceux-ci,  d'ailleurs,  leur  ont  souvent 
bien  mal  obéi. 

On  remarquera  en  ([uel  endroit  de  son  livre  l'auteur  du  Spr^ 
cnlum  a  placé  cette  légende  Dominicaine  :  elle  fait  le  suj<'t  de 
l'un  des  chapitres  qui  expliquent  le  rôle  de  Marie  dans  l'œuvre 
de  la  rédemption  ;  l'auteur  attache  à  ce  récit  de  vision  la  même 
importance  qu'aux  faits  capitaux  de  l'histoire  évangélique  ;  il 
en  trouve  trois  préfigures  dans  l'Ancien  Testament.  Pour  qui 
connaît  la  naïve  àpreté  avec  laquelle  chaque  ordre  monasticjue 
tachait  d'augmenter  ses  mérites  et  sa  gloire,  le  chapitre 
XXXVII  suffirait  à  prouver  l'origine  Dominicaine  du  S.  Il,  S. 
Les  variantes  témoignent  de  ces  rivalités  entre  les  grands 
ordres  religieux  du  Moyen  Age  :  un  des  manuscrits  de  la  Biblio- 
thèque natiimale  (lat.  9 585),  au  lieu  du  texte  ordinaire,  qui 


(')  Pour  des  représcnlalions  tle  cette  accolade,  cf.  par  ex.  la  prédelle  de  Cortooe, 
de  l'Ançielico  (Supino,  Beato  Angelico,  éd.  fr.,  p.  34);  le  relief  d'A.della  Robbia  k 
la  loggia  di  S.  Paolo,  de  Florence  (Reymond,  La  sculpt.  Jîor.,  2«  moitié  du  quin- 
zième siècle,  p.  182);  la  prédelle  botticellesque  du  Louvre  (PERDRizET-Kene  Jeaw, 
La  Galerie  Campana  et  les  musées  français,  p.  60,  pi.  11).  Sur  ce  thème  icono- 
graphique, cf.  Mrs  Jameson,  Legends  of  the  monastic  orders,  p.  233. 

(»)  Lacordaire,  dans  sa  Vie  de  saint  Dominique,  ch.  VII,  donne  de  curieux 
détails  sur  la  cérémonie  annuelle  à  laquelle  aurait  donné  naissance,  à  Rome,  la 
légende  de  l'accolade  de  Dominique  et  de  François. 


—      29      — 

dit  que  la  Vierge  aurait  présenté  au  Christ  saint  Dominique  et 
saint  François, 

Unus  erat  bealus  Dominicus,  pator  Prœdicatorum  ; 
Aller  vero  beatus  Franciscus,  pater  Minorum, 

donne  le  texte  suivant  : 

Unus  erat  beatus  Augustinus,  pater  Héremitarum  ; 
Alter  vero  beatus  Paulus,  primas  Héremitarum  ('). 

D'où  il  suit  que  le  manuscrit  a  été  copié  pour  un  couvent 
d'Ermites  de  saint  Augustin. 

J'ai  signalé  un  autre  exemple  Q  encore  plus  curieux  de  la 
jalousie  des  Augustins  et  des  Dominicains,  de  l'Ordre  ancien 
et  de  l'Ordre  nouveau  Q)  :  c'est,  au  musée  de  Besançon,  un 
tableau  toscan  de  la  fin  du  quatorzième  siècle,  qui  représente 
le  Triomphe  de  saint  Augustin  sur  Averroès  :  le  sujet  est  évi- 
demment inspiré  par  les  peintures  analogues  qui  représentent 
le  triomphe  de  saint  Thomas  sur  Averroès  Q).  L'histoire  des 


(»)  Une  deuxième  main  a  rétabli  dans  l'interligne  la  vraie  leçon  :  Dominicus  .... 
fratrum  Pnedicatorum,  Franciscus...  fratrum  Minorum.  Non  moins  curieux  est 
le  nnanuscril  de  Munich  dm.  33  :  les  deux  moines  que  la  Vierge  présente  à  Jésus  sont 
saint  Dominique  et  saint  Paul  l'ermite  : 

Unus  erat  beatus  Dominicus,  pater  fratrum  Praedicatorum  ; 
Aller  vero  beatus  Paulus,  primus  Héremitarum. 

Le  manuscrit  n'a  pas  reçu  ses  miniatures  ;  la  place  qu'elles  devaient  occuper  est 
restée  blanche,  et  le  copiste,  Hans  Mulich  (en  i356),  avait  préparé  la  tâche  au 
miniaturiste  en  écrivant  dans  le  champ  les  noms  des  personnages  à  dessiner.  Voici 
les  inscriptions  de  la  miniature  XXXVII,  i   : 

Fater  ca'lestis  in  majestate  sua, 
Habens  très  cuspides  in  manu. 
Maria  Dominicus  Sanctus  Paulus  primus  lieremita 

Au  ch.  XLIV,  1.  7,  la  vision  du  moine  est  attribuée  à  un  Bénédictin  : 

Fraler  quidam  in  ordine  sancti  Benedicti. 

(*)  Perdrizet-Jean,  La  Galerie  Campana  et  les  musées  français,  p.  5G  et  pi.  1. 

(')  Sur  la  rivalité  entre  Augustins  et  Dominicains,  cf.  J.-V.  Le  Clerc,  Disc,  sur 
tétât  des  lettres  au  quatorzième  siècle,  I,  p.  85. 

{*)  Fresjue  de  la  salle  capitulaire  des  Dominicains  de  Florence  (chapelle  des 
Espagnols)  :  Alinari,  n»  4077.  Tableau  de  Traini  à  Sainte-Catherine  de  Pise  : 
Alinarî,  n»  8862  ;  Hist.  de  l'art  en  cours  de  publication  chez  A.  Colin,  t.  II,  2, 
fig.  547.  Tableau  de  Benozzo  Gozzoli  au  Louvre  :  Lafb.nestre-Richtenberger,  Le 
Louvre,  p.  73.  Cf.  Renan,  Auerroès  et  l'Averroïsme,  II,  2,  $  16  :  «  Du  rôle 
d'Averrocs  dans  la  peinture  italienne  du  Moyen  Age.  »  M.  S.  Reinach  m'a  reproché 
•  d'avoir  prétendu  que  l'hérétique  loulé  aux  pieds  de  saint  Thomas,  sur  le  tableau  de 
Benozzo,  soit  Avern>ès  et  de  n'avoir  pas  consulté  l'excellente  notice  des  tableaux  du 
Louvre  par  Villot,  où  il  est  établi  que  rhérétique  du  tableau  de  Benozzo  est  Guil- 


Il  II m  "  '  iiii']ii|i>i''i^ 


5Î 


->     3o     — 

Ordres  religieux  au  Moyen  Age  est  pleine  de  ces  rivalités  et  de 
ces  pieux  larcins. 

Mais  pour  attribuer  le  Spéculum  à  un  Dominicain,  il  va  des 
raisons  intrinsèques  encore  plus  décisives. 

5.  —  D'abord,  au  chapitre  III  (sur  l'Annonciation  à  Joachim), 
la  façon  dont  rauteur  entend  la  pureté  de  Marie.  On  sait  (piel 
est,  sur  ce  point,  depuis  le  décret  du  9  décembre  i8r)4,  la 
théorie  catholique  (')  :  la  Vierge,  dès  Je  premier  instant  de  sa 
conception,  aurait  été  exempte  de  la  macule  du  péché  originel. 
Cette  théorie,  d'origine  orientale,  est,  dans  l'église  latine,  assez 
tardive  (^).  Quand  elle  apparaît  dans  la  liturgie,  au  douzième 
siècle,  avec  la  fête  de  la  Conception  de  la  Vierge,  instituée 
par  l'église  de  Lyon,  qui  a  eu  longtemps  avec  le  christianisme 
oriental  des  affinités  si  curieuses,  saint  Bernard  s'éleva  vive- 
ment contre  cette  nouveauté  (voir  sa  lettre  CLXXVIl)  :  tout 
ce  qu'il  put  concéder  au-\  chanoines  de  Lyon,  c'était  ([ue  la 
Vierge,  entre  sa  conception  et  sa  naissance,  in  utero  Anmv, 
avait  élé,  par  un  miracle,  sanctifiée,  comme  l'avaient  été  Jé- 
rémie  et  Jean-Baptiste,  et,  par  cette  sanctification,  rendue  digne 
de  devenir  un  jour  le  tabernacle  mystérieux  où  le  Verbe  se 
ferait  chair.  La  doctrine  de  saint  Bernard  fut  admise  par  saint 
Thomas  :  c'est  celle  que  les  Dominicains  ont  constamment 
professée,  jusqu'au  jour  où  ils  durent  s'incliner  drvant  le  dé- 
cret de  Pie  IX. 

La  croyance  à  rimmaculée  Conception  est  une  crovance 
populaire,  que  l'amour  sans  borne  des  simples  pour  la  Vierge 
et  Feirort  inlassable  de  celui  des  Ordres  religieux  qui  a  été  le 
plus  en  relation  avec  les  masses  populaires,  l'Ordre  francis- 
cain, ont  peu  à  peu  imposée  aux  théologiens.  Dès  1268,  les 
Franciscains  adoptent  la  ïèXt  de  la  Conception  de  la  Vierge  : 
vers  i3oo,  un  de  leurs  docteurs,  Duns  Scot,  déclare  l'imma- 


laume  de  Saint-Amour  »  (/?et»af  critiqae,  1907,  I,  p.  Soi).  Mais  Villot  s'est  trompe, 
comme  M.  Reinach  s'en  rendra  compte  en  allant  voir  de  ses  veux  le  tableau  cri 
question.  L'hérétique  figuré  par  Benozzo  est  un  Oriental,  à  longue  barbe  et  à  longs 
cheveux;  il  est  coiffé  du  turban. 

(')  Sur  la  question  de  Y  Immaculée  Conception,  cf.  J.  V.  Le  Clerc,  Disc,  sur 
l'état  (les  lettres  au  quatorzième  siècle,  I,  p.  3  et  378  ;  L'Encycloftédie  de  Lich- 
TENBERGER,  S.  V.  ct  17//a7.  de  f Inquisition  de  H.  C.  Lea,  t.  III,  p.  717-740  de  la 
traduction  française. 

(-)  On  n'en  voit  pas  trace,  chez  les  Latins,  avant  Pascase  Hadbert  (f  865),  le 
même  qui  a  soutenu  le  premier  que  Marie  avait  enfanté  sans  douleur  et  utero  clauso. 


<  4 


—     3i     — 

culée  Conception  «  chose  admissible,  probable  en  soi,  et  pos- 
sible à  la  toute-puissance  de  Dieu  ».  Nous  n'avons  pas  à  parler 
ici  des  luttes  séculaires  auxquelles  les  théories  de  la  Sanctifi- 
cation et  de  l'Immaculée  Conception  donnèrent  lieu,  depuis  le 
quatorzième  siècle  jusqu'au  dix-septième,  entre  Dominicains 
(l'une  part.  Franciscains  et  Sorbonistes  de  l'autre,  car  notre 
texte  date  d'une  épo(jue  où  ces  luttes  commençaient  à  peine; 
mais  certainement,  en  1824,  la  bataille  était  déjà  engagée  : 
c'est  pourquoi,  en  ({ualre  endroits  du  chapitre  III  (I.  36.  63. 
65.  70),  l'auteur  du  Spéculum  proclame  avec  une  insistance 
énergique  la  théorie  thomiste  de  la  Sancfijîcatio  in  utero  : 

Benedictus  sit  Spiritus  Sanctus  qui  te  in  utero  sanctificavit  ('). 

6.  —  Dernière  raison,  (ju'il  est  surprenant,  vraiment,  qu'on 
n'ait  pas  remarquée.  Que  le  lecteur  se  reporte  à  deux  endroits 
symétriques  des  deux  derniers  chapitres  typologiques  qui  ter- 
minent le  Spéculum  proprement  dit,  à  la  ligne  60  des  cha- 
pitres XLI  et  XLII  :  les  deux  passages  se  répondent,  leur 
symétrie  n'est  certainement  pas  un  elfet  du  hasard.  Au  cha- 
pitre XLI,  la  ligne  60  termine  une  éimmération  des  plus  grands 
martyrs  de  la  foi  :  Isaïe  fut  scié  avec  une  scie  de  bois,  Ezéchiel  fut 
décervelé,  Amos  eut  la  tempe  percée,  Jérémie  fut  lapidé,  Jac- 
ques rintercis  déchi(|ueté,  Barthélémy  écorché,  Laurent  grillé, 
et  pour  conclure  cette  liste  horrifique,  Pierre  le  Martyr  fut  tué 
d'un  coup  d'épée,  Peirus  martyr  gladio  confixus.  Il  s'agit  d'un 
des  grands  prédicateurs  Dominicains,  Pierre  de  Vérone,  qui  fut 
assassiné  près  de  Milan  —  d'où  le  nom  de  Pierre  de  Milan  qu'on 
lui  donne  généralement  —  et  que  les  Dominicains  se  hâtèrent 


(')  Ligne  63.  L'un  des  manuscrits  de  Munich  (dm  g^oO  contient  cette  annotation 
à  la  ligne  30,  où  il  est  dit  que  l'ange  annonça  à  Joachim  la  sanctification  de  Marie 
dans  le  ventre  d'Anne  :  aliter  et  quidem  pie  sentitur  in  Ecclesia  Dei,  quœ 
B.  Virginem  a  peccato  originali  preservatam  concélébrât.  Vide  Concilium 
Dasiliense  in  sessione  36.  Il  est  vrai  que,  en  1439,  le  concile  de  Bàlc  s'est  décidé 
en  faveur  de  l'Immaculée  Conception,  et  en  a  ordonné  la  fête  à  la  date  du  8  dé- 
cembre. Mais,  comme  le  concile  avait  auparavant  déposé  Eugène  IV,  ses  proclama- 
lions  toucliant  l'Immaculée  Conception  ne  furent  pas  reçues  comme  inspirées  par  le 
Saint-Esprit,  et  la  doctrine,  bien  que  fortifiée  par  cette  décision,  ne  fut  pas  acceptée  par 
l'Eglise;  elle  devait,  jusqu'en  1854,  restera  l'état  de /;/«  sententia  :  Bossuet  pouvait 
encore  enseigner  au  Dauphin  la  doctrine  de  saint  Bernard  et  de  saint  Thomas  : 
«  J.  C,  en  qui  seul  Adam  n'avait  pas  péché...  »,  lit-on  dans  le  Disc,  sur  l'hist. 
universelle,  a"  partie,  ch.  I. 


•■;:'mm'^^^-m''m^MimA-m^m-'immfswii^im^^^,^ 


■.^R.~»^JE 


&:<.*'.  .Jl^vdT 


—       32       — 

• 

de  faire  canoniser,  pour  que  leur  Ordre  pût,  lui  aussi,  à  Tinstar 
des  Franciscains  dont  quelques-uns  étaient  morts  pour  la  foi 
au  Maroc,  se  glorifier  d'avoir  un  martyr  :  IMerre  le  Nouveau, 
Petrns  novus,  disait-on  encore,  pour  ne  pas  le  confondre  et 
peut-être  pour  le  comparer  avec  Pierre  le  Porte-clefs. 

Le  passage  correspondant  du  chapitre  XLII  n'est  pas  moins 
décisif.  L'auteur,  s'adressant  à  Phomme,  lui  dit  :  «  En  Paradis, 
tu  seras  plus  savant  que  Salomon  et  qu'Augustin,  que  Grégoire 
et  Jérôme,  qu'Ambroise  et  Thomas  d'Aquin.  »  Au  commence- 
ment du  quatorzième  siècle,  seul  un  Dominicain  pouvait  avoir 
l'idée  de  mettre  saint  Thomas  sur  le  même  rang  que  les  quatre 
grands  docteurs  de  l'Église. 

Ainsi  le  Spéculum  a  été  écrit  par  un  moine  de  l'Ordre  des 
Prêcheurs.  Et  cela  donne  un  sens  plus  précis  et  plus  plein  à 
des  passages  comme  ceux-ci  : 

XXVIII,  95.  Si  omnes  homines  et  omnes  creaturae  pra^dicatores  essent... 

XIX,   19.  0  fratres  !  si  aliquis  ex  vobis  talem  alapam  suscepisset... 

XXVI,  29.  Quantum  putatis,  fratres  carissimi 

xxxiii,  95.  Si  omnes  homines  et  omnes  creaturae  prœdicatores  essent, 
Pulchritudinem  Dei  et  caeli  enarrare  non  possent. 

xiv,  45.  Prophetas  Domini  ipsum  arguentes  cruciat, 

Ouando  praedicatores  et  doctores  audire  récusât. 

.  Les  frères,  les  prédicateurs,  les  docteurs  dont  il  s'agit,  ce 
sont  les  frères  de  l'Ordre  des  Prêcheurs,  les  docteurs  Domini- 
cains. 


7.  —  Et  cela  fait  mieux  comprendre  encore  le  début  même 
du  livre  : 

Prol.  I   Qui  ad  justitiam  erudiunt  multos  [homines]  (*), 
Fulgebunt  quasi  stellai  in  perpétuas  anernitates  : 
Hinc  est  quod  ad  eruditionem  muitorum  decrevi  librum  compilare, 
In  quo  legentes  possunt  eruditionem  acciperc  et  dare. 


(')  A  l'exemple  de  Miélot,  qui  dans  sa  traduction  française  cite  en  latin  le  texte 
de  Daniel,  il  faut  ajouter  le  mot  homines,  qui  n'est  ni  dans  la  Viilgate  ni  tian»  le 
Spéculum  :  car  ce  mot  est  nécessaire  pour  que  la  citation  de  Daniel  forme  deux  lignes 
rimces  ;  et  il  faut  qu'elle  forme  deux  lignes  rimées  pour  que  le  Prologue  ait 
cent  lignes,  comme  les  autres  chapitres  du  livre. 


—    33     — 

Les  deux  premières  lignes  sont  une  citation  de  Daniel,  XÏI, 
3.  Cette  promesse  splendide,  faite  par  le  Dieu  d'Israël  à  son 
voyant,  le  Moyen  Age  catholique  l'entendait  des  docteurs, 
des  théologiens,  des  prédicateurs  ([ui  répandent  les  lumières 
de  la  foi  et  qui  aident  les  fidèles  à  être  trouvés  justes  devant 
Dieu.  Or,  au  quatorzième  siècle,  quels  docteurs  et  quels  pré- 
dicateurs y  réussissaient  mieux  que  les  fils  de  saint  Domi- 
nique —  à  l'estimation,  du  moins,  d'un  Dominicain(')?  Fiers  de 
leurs  innombrables  théologiens,  forts  de  l'autorité  d'Albert  le 
(irand  et  de  saint  Thomas,  conscients  des  services  qu'ils  ren- 
daient, par  la  prédication  et  l'inquisition,  à  la  foi  catholique,  les 
Dominicains  parlaient  avec  une  assurance  intrépide  des  récom- 
penses supraterrestres  qu'ils  se  croyaient  réservées.  Leur 
grand  docteur,  Thomas  d'Aquin,  démontre  dans  sa  Somme  (^) 
que,  a  comme  les  vierges  et  les  martyrs,  les  docteurs  recevront 
l'auréole,  pour  la  victoire  qu'ils  remportent  sur  le  Diable,  par 
la  prédication  et  par  le  maintien  de  la  bonne  doctrine  ». 


(')  Le  texte  de  Daniel  est  cité,  dans  le  même  sens  que  dans  le  Prologue  du 
Spéculum,  par  Jacques  de  Varazze,  au  début  de  sa  Vie  de  saint  Augustin  :  Sicut 
Augustus  prœcellebat  omnes  reges,  sic  Augustinus  excellit  omnes  doctores. 
Unde  (lia  doctores  comparantur  stellis  {Daniel  XII  :  qui  ad  justitiam  erudiunt 
multos,  quasi  stellœ,  etc.),  hic  aufem  comparatur  soli.  L'auteur  de  la  Légende 
dorée  aussi  était  un  Dominicain. 

(2)  Suppl.,  qu.  XCVI,  5  7. 


l'EIlOniZUr,    ETUDE    SUR    LE    S.    II.     S. 


CHAPITRE  III 


LA  DATE  ET  L'AUTEUR  DU  S.  ff.  S. 


I.  Date  du  S.  H.  S.  —  2.  L'auteur  a  voulu  rester  anonyme.  —  3.  Le 
S.  //.  S.  n'est  pas  d'origine  italienne.  —  4-  H  a  été  écrit  en  Souabe  ou 
en  Alsace.  —  5.  Extraits  du  .S*.  //.  S.  dans  la  Viia  Christt.  —  0.  L'au- 
teur probable  du  5.  H.  S.  :  Ludolphe  de  Saxe.  —  7.  De  deux  légendes 
qui  ne  se  trouvent  que  dans  le  S.  //.  *S'.  et  dans  la  Vif  a  Christt. 


1.  —  Peiit-on  préciser  davanta()e,  déleriniiier  dans  quel  cou- 
vent et  par  quel  docteur  le  Spéculum  a  été  composé? 

Deux  manuscrits  de  Paris  (Bihl.  nat.  lat.  9084,  Arsenal 
093)  qui,  d'après  leur  écriture  et  le  style  de  leurs  miniatures, 
doivent  provenir  d'un  même  scripforium,  et  dater  du  milieu 
du  trecento,  contiennent,  insérée  dans  le  début  du  proœmhim, 
une  phrase  en  prose  ordinaire  : 

Incipit  proœmium  cujusdam  nova'  compilationis 
(editae  sub  anno  Domini    millesimo    CCCXXIV;    nomen    uostri 
auctoris  humilitate  siletur) 

Cujus  titulus  sive  iiomen  est  Spéculum  humanii?  salvationis. 


II  n'y  a  aucune  raison  de  ne  pas  admettre  cette  date,  car, 
d'une  part,  le  Spéculum  a  été  composé  à  l'aide,  notamment, 
de  la  Léijende  dorée,  dont  l'auteur  mourut  en  1298;  d'autre 
part,  le  Spéculum  est  antérieur  à  la  fm  du  quatorzième  siècle, 
comme  le  prouve  le  style  des  plus  anciennes  œuvres  d'art 
qu'il  a  inspirées,  par  exemple  les  vitraux  de  l'église  Saint- 
Etienne  à  Mulhouse;  on  a  d'ailleurs  deux  manuscrits  du 
Spéculum^  datés,  l'un  de  iSyG,  l'autre  de  i356  (Munich  clm  33 
et  kjo^)'  Le  texte  même  fournit  quelques  indices  chronologi- 
ques, qui  ne  contredisent  point  la  date  fournie  par  les  deux 
manuscrits  de  Paris.  Dans  le  chapitre  V,  qui  traite  de  la  Pré- 
sentation de  la  Vierge  au  Temple,  il  n'est  pas  encore  question 
de  la  fête  par  laquelle  l'Église  latine,  depuis  1372,  célèbre  cet 


•-%ïsi^4ii. 


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y 


. 


1 


—     35     — 

épisode  de  la  vie  de  Marie  (').  On  lit,  d'autre  part,  au  cha- 
pitre XXVIIl,  ligne  53  :  dicitur  quod  uhi  est  Papa,  ibi  est 
Homana  ruria.  Ceci  n'a  pu  être  écrit  que  pendant  la  captivité 
de  Babylone,  lorsque  les  papes  résidaient  en  Avignon  (i3o9- 
1377). 

.  2.  —  Nomen  nostri  auctoris  siletur.  Les  pieux  auteurs  des 
livres  mystiques  ont  souvent  tu  leur  nom,  par  humilité.  Il  en  va 
pour  le  Spéculum  comme  pour  la  Biblia  pauperum,  pour  17/??/- 
tation  do  Jésus-Christ,  ou  pour  le  livre  de  morale  chrétienne  qui 
porte  le  titre  de  Gesta  liomanorum.  De  néologismes  relevés 
dans  les  Gesta, certains  érudits  ont  conclu,  selon  leur  nationalité 
respective,  que  l'auteur  était  français,  ou  allemand,  ou  anglais, 
dette  façon  de  déterminer  le  pays  où  fut  écrit  tel  ou  tel  ouvrage 
latin  anonyme  du  Moyen  Age  est,  en  règle  générale,  très 
incertaine  Q).  Appliquée  au  Spéculum,  elle  ne  donne  aucun 
résultat  :  le  Spéculum  est  un  ouvrage  en  latin  savant,  où  l'on 
ne  relève  aucun  mot  populaire,  aucun  idiotisme  révélateur  de 
la  nationalité  de  l'écrivain. 

3.  —  L'auteur  du  Spéculum  ne  doit  pas  être  un  Italien. 
Cela  résulte  de  ce  qu'il  dit  de  la  crucifixion  : 

xxni,  49-  ^*on  orat  juris,  quod  homo  cruci  cum  clavis  annecteretur, 
Sed  ut  funibus  suspeiuleretur,  donec  moreretur. 

Le  Christ  aurait  été,  par  un  raffinement  de  cruauté  inventé 
par  les  Juifs,  cloué  à  la  croix  avec  des  clous,  tandis  que  les 
deux  larrons  auraient  été  simplement  suspendus  au  bois 
d'infamie  au  moyen  de  cordes.  C'est  bien  ainsi  que  Tart  du 
Nord,  France,  Pays-Bas,  Allemagne,  a  représenté  la  cruci- 
fixion du  Christ  et  des  deux  larrons.  Mais  l'art  italien,  confor- 
mément à  la  vraie  tradition  de  l'Église,  ne  fait  pas  de  différence 
entre  la  façon  dont  furent  crucifiés  les  larrons  et  la  crucifixion 


(')  L'établissement  de  celte  Pète  est  dû  à  Philippe  de  Maizières,  chancelier  du 
royaume  de  Chypre,  qui,  ayant  trouvé  dans  la  liturgie  orientale  une  cérémonie 
rappelant  que  la  Vierge,  à  l'âge  de  trois  ans,  avait  été  présentée  au  Temple,  en 
apporta  l'office  au  pape  Grégoire  XI,  par  ordre  duquel  cet  office  fut  chanté  pour  la 
première  fois  devant  la  cour  d'Avignon,  le  21  novembre  1872  (J.-V.  Le  Clerc,  Disc, 
sur  l'état  des  lettres  du  quinzième  siècle,  t.  I,  p.  887). 

(-)  Cf.  l'Introduction  de  G.  Brunet  à  son  édition,  dans  la  Bibliothèque  elzévi- 
rienne,  de  la  traduction  française  des  Gesta,  Le  Violier  des  histoires  romaines. 


îi     i 


—    36    -^ 

du  Christ  (').  Que  Tauleur  du  Spéculum  ait  parlé  de  la  cruci- 
fixion par  les  cordes,  c'est  la  preuve  qu'il  était  de  ce  côté  des 
monts. 


4.  —  Le  chapitre  XXXIX  permet  de  restreindre  encore 
davantage  le  champ  de  notre  enquête. 

On  y  lit  une  com[)araison,  longue  et  minutieuse^  comme  le 
Moyen  Age  aimait  les  allégories,  du  Christus  patiens  avec  un 
chevalier  :  son  destrier  fut  l'âne  des  Rameaux  (le  Palniesel  des 
églises  allemandes),  son  heaume  la  couronne  d'épines,  ses 
gantelets  et  ses  éperons  les  clous  de  la  crucifixion,  son  écuver 
la  Vierge  Marie,  etc;  et  il  reçut  la  «  colée  »  quand  il  fut  frappé 
au  visage  dans  la  .maison  de  Caïphe  : 

35.  Miles  iste,  id  est  Christus,  factus  fuit  more  Alamannico, 
Ubi  in  creatione  militis  solet  dari  ictus  in  collo  ; 
Sed  miles  iste,  Christus,  non  suscepit  tantum  colaphum  uuum, 
Sed  colaphoruni  et  alaparum  quasi  iiifiuilum  iiumeruni. 

On  sait  ce  que  les  textes  du  Moyen  Age  api)ellenl  la  «  eolée  », 
alapti  niilitaris,  Ritterschlag  (^)  :  un  très  rude  coup  sur  la 
nuque,  que  le  récipiendaire  recevait  de  celui  qui  le  créait 
chevalier.  Ce  coup,  donné  d'abord  avec  le  poing  ou  la  paume, 
et  plus  tard  avec  le  plat  de  l'épée,  d<n'ait  graver  à  jamais  dans 
la  mémoire  du  néophyte  le  souvenir  de  son  entrée  dans  la 
chevalerie  : 

Lors  le  fiert  de  la  paulme  sur  le  viz,  qu'il  ot  gras, 
Puis  luy  a  dit  :  «  Beaul  filz,  bellement  et  par  gas 
Pour  ce  t'ay  je  féru  que  ja  ne  l'oubliras  (f). 


(')  Latrones  clavis  fuisse  criicibus  affixos  non  tantum  asserunt  Augustinus, 
Chrysostoinus,  Gretjorius,  Alciinus,  Aoitus  aliique  nonnulli,  sed  et  item  notum 
est  ex  Raffino  et  aeteris  qui  de  inventione  sanctse  crucis  scripserunt.  Qui  etiam 
asserunt  patibula  haec  ejusdem  omnino  forni/e  fuisse  cum  patibulo  Saloatoris 
nostri.  Cum  quibus  ItaliiP  picluras  convenire  intelliijo.  Pictores  nostrutes  fere 
eos  funibus  in  diuersœ  fornx<e  patibulis  iitjant  (Mola.nus,  De  SS  inuujinum,  iv,  lo). 

(-)  Pour  les  textes,  cf.  Ahvin  Schultz,  Das  hôjlsche  Leben  zur  Zeit  der  Min- 
nesinger'-  (Leipzig,  1889),  I,  p.  184-186  ;  Roth  von  Schrecke>stei>,  Die  liitter- 
wiirde  und  der  Hitterstand  (Fribourg-en-Hrisfjau,  1886),  p.  aSi  sq  ;  Guilhiehmoz, 
Essai  sur  l'origine  de  la  noblesse  en  France  au  Moyen  Age,  p.  476. 

(3)  Doo.N,  p.  75,  éd.  Pey. 


I 


i 


-   37   - 

Des  usages  analogues  se  retrouvent  aux  époques  et  chez  les 
nations  les  plus  diverses  (*). 

Si  l'on  compare  les  textes  français  et  allemands  concernant 
la  création  du  chevalier,  on  constate  que  le  rite  de  Va/apa 
militaris  est  d'origine  française,  et  que  l'Allemagne  Ta  emprunté 
à  la  France  à  une  époque  assez  tardive  du  Moyen  Age  (^).  En 
France,  elle  apparaît  au  douzième  siècle  ;  l'usage  s'en  généra- 
lise au  treizième  ;  dans  la  suite,  elle  devient  le  rite  essentiel  de 
r  <f  adoubement  »  (  ).  Le  plus  ancien  témoignage  concernant 
la  colée,  en  Allemagne,  est  un  texte  de  Jean  de  Béka(vers  i3r)o) 
(jui.  dans  sa  chronique  des  évoques  d'Utrecht,  a  raconté  com- 
ment fut  fait  chevalier,  en  1247,  le  roi  des  Romains  Guillaume 
de  Hollande  (^).  Il  est  probable  que  l'importation  de  ce  rite 
français  en  Allemagne  dut  se  faire  de  proche  en  proche,  et 
que  l'Allemagne  occidentale  l'adopta  avant  les  contrées  cen- 
trales et  orientales  de  la  Germanie.  Aussi  bien  le  S,  H.  S. 
qualifie-t-il  la  colée  de  mos  aUimannirus.  «  Nul  doute,  veut 
bien  m'écrire  M.  Guilhiermoz,  ({u'il  ne  faille  prendre  dans  ce 
passage  du  Spéculum  Vad'jecùï  alanutnnicus  au  sens  étroit.  » 


(')  Dans  la  cérémonie  de  rafTranchissement  romain,  le  licteur  frappait  l'esclave 
à  affranchir  d'un  coup  de  baguette,  plus  tard  il  lui  donna  un  soufflet  (Pauly,  Real- 
encyrl.,  IV,  lôo.")).  Chez  les  anciens  Allemands,  quand  on  plantait  une  borne,  quand 
on  établissait  une  limite,  des  enfants  figuraient  comme  témoins,  et  on  leur  tirait 
cnergiqueinent  les  oreilles  pour  qu'ils  se  souvinssent  de  l'acte  juridiciue  auquel  ils 
avaient  assisté  :  cet  usage,  mentionné  dans  la  loi  des  Kipuaires  (fit.  60  de  traditio- 
nibus  et  testibus  adliibendis,  dans  les  Monurn.  Germ.,  Leges,  V,  p.  25)  a  subsisté 
très  longtemps  en  Allemagne  :  cf.  Ghimm,  Deutsc.'ie  Rechtsaltertliumer^  (Gôttingue, 
1881),  p.  i44  et  545.  Autrefois,  en  France  et  ailleurs,  au  moment  d'une  exécution 
capitale,  les  parents  qui  y  assistaient  avec  leurs  enfants  infligeaient  à  ceiu\-ci  une 
correction  manuelle,  ut,  dit  li.vLuzE  ((^a/tiful.  reg.  Francorum,  II,  997),  alieni 
pericali  me/noria  excituti  nonerint  se  cautos  et  sapientes  esse  debere.  Les  coups 
de  poing  (|u'on  échangeait  aux  noces  (Rabelais,  Pantagruel,  IV,  12)  étaient  un 
usage  analogue. 

(-)  KoTH  von  ScHRECKENSTEiN,  Dus  angebUchc  Cérémonial  bei  der  Ritteriveihe  des 
Kônigs  Wilhelm  1247  (Forschungen  zur  deutschen  Geschichte,  XXII,  1882),  p.  240. 

(^)  Guilhiermoz,  op.  laud.,  p.  47G. 

(*)  Cité  par  Roth  von  Schueokensteix,  dans  son  article  des  Forschungen.  Il  est 
intéressant  de  remarquer  que  ce  texte,  à  peu  près  contemporain  du  S.  //.  iS".,  met, 
comme  le  S.  II.  S.,  la  colée  qui  créait  le  chevalier  en  relation  avec  les  soufflets  que 
le  Christ  reçut  dans  la  maison  d'Anne.  Ilis  atque  peractis,  rex  Rohemix  gran- 
dem  dédit  ictum  in  collo  tironis,  ita  dicens  :  fi  Ad  honorem  omnipotentem  Dei  te 
militem  ordino,  ac  in  nostro  collegio  gratulanter  accipio  ;  et  mémento  quod  Sal- 
vator  mundi  coram  Anna  pontifice  pro  te  colaphisatus  et  illusus  est,  coram 
Pildto  pnrside  flagellis  cesus  et  spinis  coronatus  est,  et  coram  Ilerode  rege  chla- 
mide  vestitus  et  derisus  est,  et  coram  omni  populo  niidatus  et  vulnera^us  in 
cruce  suspensus  est  ;  cujus  opprobria  te  memorare  suadeo,  cujus  crucem  accep' 
tare  te  consulo,  cujus  etiam  mortem  ulcisci  te  moneo.  » 


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—    38    — 

Si  l*auteur  du  Spéculum  avait  voulu  dire  que  le  rite  de  la 
colëe  était  un  rite  allemand,  il  aurait  écrit  more  germanico  ou 
teutonico  Q).  L'expression  dont  il  s'est  servi  Qnore  alaman- 
nico)  signifie  «  à  la  mode  d'Alamannie  »,  T^Vlamannie  du 
Moyen  Age  désignant  TAlIemagne  du  sud-ouest,  la  Souabe, 
c'est-à-dire  les  pays  appelés  aujourd'hui  Wurtemberg  et  Bade. 
Notre  auteur,  du  reste,  ne  revendique  point  pour  l'ÀIamannie 
l'invention  de  la  colée  :  il  constate  simplement  l'existence  de 
cet  usage  en  Alamannie,  par  rapport  et  opposition  à  des  ré- 
gions voisines  où  la  colée  était  encore  inconnue.  Or,  si  le 
S.  H,  S,  a  été,  comme  je  crois  pouvoir  l'établir,  composé  à 
Strasbourg  par  un  Dominicain  saxon,  il  est  tout  naturel  que 
ce  moine  ait  qualifié  de  mos  alamannicus  un  usage  qui  avait 
été  adopté  par  la  noblesse  souabe,  mais  qui  était  encore  in- 
connu aux  Saxons,  car  la  Saxe  resta  fort  longtemps  rétive  à 
l'institution  de  la  chevalerie  (^). 

5.  —  C'est  en  étudiant  le  chapitre  IX  que  je  suis  arrivé  à 
croire  que  le  ^S*.  //.  S,  doit  avoir  été  composé  au  couvent  des 
Frères  Prêcheurs  de  Strasbourg,  par  un  Dominicain  d'origine 
saxonne. 

Ce  chapitre  est  consacré,  pour  parler  comme  notre  auteur,  à 
r  «  Oblation  »  des  Mages,  qui  vinrent  offrir  à  l'Enfant  les  pré- 
sents mystiques,  l'or,  l'encens  et  la  myrrhe.  La  première 
miniature  du  chapitre  représente  donc  les  trois  Mages  devant 
l'Enfant,  qui  est  assis  sur  les  genoux  de  sa  mère.  Le  texte 
explique  que  l'Oblation  des  rois  Mages  aurait  été  préfigurée 
par  l'Oblation  de  la  reine  de  Saba  :  la  dernière  miniature  du 
chapitre  représente  le  roi  Salomon  assis  sur  son  trône  :  comme 
il  est  dit  au  11^  livre  des  Rois,  x,  ce  trône  a  six  marches,  sur 
chacune  desquelles  sont  deux  lions  ;  au  pied  du  trône  est  la 
reine  de  Saba,  présentant  à  Salomon,  en  signe  d'hommage, 
«  des  choses  comme  on  n'en  avait  jamais  vu  jusque-là  dans 
Jérusalem  »  : 

Thronus  veri  Saloinonis  est  beatissiina  Virgo  Maria, 
In  quo  residcbat  Jésus  Christus,  vera  Sophia. 


(«)  Sur  le  sens  des  mots  alamannicus,  teutonicus  dans  les  textes  du  Moyen  Age, 
cf.  Waitz,  Die  deutsche  Reichsverfassang'  (Berlin,  1898),  p.  8  et  i38.  Add.  pour 
Aiamanni  =  Souabes,  Anal.  BolL,  XXV  (icJo6),  p.  284. 

(')  Sur  ce  point,  cf.  Gdilhiermoz,  op.  laiid.,  p.  457. 


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-   39   - 

Ainsi,  la  reine  de  Saba  a  préfiguré  jadis  les  rois  Mages  ;  le 
trône  de  Salomon  a  préfiguré  la  Vierge  Marie,  et  le  roi  Salo- 
mon, l'Enfant  Jésus. 

M.  Mâle,  auquel  ce  symbolisme  n'a  pas  échappé  ('),  en  a 
eu  connaissance  par  la  Vita  Christi  du  Cliartreux  Ludolphe. 
En  me  reportant  au  chapitre  de  la  Vita  Christi  (I,  xi)  qui  est 
consacré  à  l'Oblation  des  Mages,  j'ai  été  frappé  de  voir  Lu- 
dolphe quitter  soudain  le  style  traînant  de  la  prose  scolas- 
tique  pour  la  mélopée  du  stylus  Isidorianus.  Le  chapitre  débute 
par  de  longs  développements,  à  la  façon  des  docteurs,  sur  les 
points  suivants  :  Magorum  genus  et  ilenominntio,  reges  undr 
direbantur,  cur  ab  Oriente  venerunt,  Stella  a  Magis  visa  ab 
aliis  differt,  stellœ  disparitio,  etc.,  tout  cela  rédigé  en  un  latin 
diffus,  farci  de  citations  de  l'Écriture,  des  Pères  et  des  glossa- 
teurs  :  il  y  en  a  ainsi  quatre  pages  grand  in-folio,  à  deux  co- 
lonnes. Tout  à  coup,  le  style  change  : 

Eodcin  autetn  die  cum  Christus  in  Jiidœa  csset  natiis, 
Ortiis  ejus  Magis  in  Oriente  est  ninUiatiis  : 
Videbant  nainqiie,  etc. 

Nous  reconnaissons  cette  prose  rimée  :  c'est,  à  peu  près 
textuellement  et  intégralement,  le  neuvième  chapitre  du  S. 
II.  6\;  Ludolphe  l'a  introduit  sans  crier  gare,  dans  ce  chapitre 
de  la  Vita  Christi.  Le  texte  de  Ludolphe  sur  l'Oblation  de  la 
reine  de  Saba  comme  préfigure  de  l'Oblation  des  Mages  est  en 
réalité  un  texte  du  Spéculum.  11  en  va  de  même,  comme  l'in- 
dique notre  édition  criti(|ue,  pour  un  grand  nombre  de  pas- 
sages du  Spéculum  :  Ludolphe  a  taillé  de  larges  tranches  dans 
le  Spéculum,  et  il  les  a  insérées  dans  sa  Vita  Christi,  sans 
se  soucier  le  moins  du  monde  de  l'efTet  disparate  produit  par 
l'insertion  de  morceaux  de  prose  rimée  au  milieu  de  disserta- 
tions en  prose  ordinaire  (f). 


(•)  L'Art  religieux'-,  p.  190;  cf.  Le  Clerc  et  Renan,  Hist.  litt.  rie  la  Fr.  au 
(/uatortième  siècle,  II,  247. 

(-)  Déjà  le  prèlrc  qui  copia  en  i646  le  manuscrit  de  Mtinich  clm  9491,  avait  remar- 
qué ces  empnmls  faits  au  Spéculum  par  la  Vita  Christi  et  en  avait  conclu  que 
Ludolphe  devait  être  l'auteur  de  l'un  et  de  l'autre  ouvrage  :  Spéculum  humanœ 
snloationis  ex  veteri  manuscripto  incerti  authoris  descriptum.  Nota  de  authore 
hujus  opusculi  :  Ludolphas  Carthiisiensis  habet  eadem  melra  qaam  plurima,  et 
tisdem  verbis  utifur  in  suo  opère  de  vita  Christi,  unde  videtur  ipsemet  author 


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6.  ^  La  date  de  la  Vita  Christian  Liidolphe  nVsl  pas  connue, 
mais  cet  ouvracje  a  certainement  été  composé  après  l'entrée  de 
Ludolphe  dans  l'Ordre  des  Chartreux.  Outre  les  lémoignanes 
des  liisloriens  ecclésiastiques,  rassemblés,  parexemple,  en  ti»le 
de  l'édition  de  Lyon  ('),  j'alléguerai  une  preuve  interne,  le 
nombre  et  l'importance  des  passages  qui  sont  consacrés,  dans 
cette  Vie  de  Jésus,  non  pas  au  Christ,  mais  au  Précurseur  •  on 
sait  que  la  dévotion  à  saint  Jean-Baptiste  est  l'un  des  traits 
caractéristiques  de  la  mystique  Carthusienne  Q). 

Faut-il  croire  (jue  Ludolphe,  pour  orner  et  compléter  la  Vie 
(le  Jésus  qu'il  écrivit  pour  les  Chartreux,  ait  pillé  le  Spéculum 
Dominicain  avec  d'autant  moins  de  scrupule  que  cet  ouvrage 
avait  pour  auteur  un  moine  d'un  autre  Ordre  ?  Quels  qu'aient  été 
le  goût  du  Moyen  Age  pour  la  compilation  et  son  indiiïérence 
en  matière  d'originalité  et  de  propriété  littéraires,  on  croira 
dithcilement  que  Ludolphe  qui,  quand  il  emprunte  un  texte 
ne  manque  pas  d'en  indiquer  la  source,  avec  la  plus  parfaite 
loyauté  et  le  plus  louable  scrupule,  aurait  svstématiquement 
déroge  à  cette  règle,  chaque  Ibis  qu'il  aurait  fait  un  emprunt 
au  Spéculum.  Si  jamais  il  ne  présente  comme  citations  les 
nombreuses  et  copieuses  découpures  qu'il  nous  sert  du  Sne- 
riilum,  ce  n'est  pas  que  le  Spéculum  lui  semblât  res  nullius 
c  est  que  le  Sperulum  était  sa  chose,  qu'il  en  était  l'auteur  et 
avait  le  droit  d'y  prendre  ce  dont  il  avait  besoin  pour  son 
nouvel  ouvrage;  mais  il  n'a  pas  dit  qu'il  fût  l'auteur  du  Spe^ 
culum.y^vci,  qu'il  avait  fait  vœu  de  le  laisser  anonyme  :  nomen 
auctoris  humilitate  siletur. 

On  objectera  que  Ludolphe  était  Chartreux,  et  qu'il  vient 
d  être  démontré  que  le  Spéculum  n'a  pu  être  écrit  que  par  un 
Dommicain.  On  va  voir  que  cette  objection  même  se  tourne  en 
preuve  de  notre  hypothèse.  Car,  si  Ludolphe  a  été  Chartreux, 

Mprr\\'y'7  ^f'-i,  ''^""''^  '"^   ^"^"^'""   imperalore  quarto,   anno  Donnai 
MCCCAAX    Je.    Tnthemio  leste.   Poppe  {Ueber  das  S.  H.  S.,  diss.   Slrasbourq 

V^l:  F'  '^\\'''  connaissance  de  celle  indication,  mais  il  ne  lui  a  pas  accordé 
J  attention  ([u  elle  mentait. 

(»).  R.  P.  Lndolphi  de  Saxonia.  ord.  Carlhu.,  Vita  D.  A'.  Jesu  Christi...  Luqduni, 
sumpt  loann.  C.a ffîn,  MDCXLIV,  fb.  CVsl  l'édition  dont  je  me  suis  servi.  La  ph, 
répandue  aujourd  hu.  est  celle  qui  a  paru  en  i865  à  Paris,  chez  Palmé,  in-f"  avec 
un  front .spice  représentant  le  Christ  en  buste  «  d'après  un  camée  provenanl  de 
Empereur  T.bere  contemporain  de  J.  C.  >,.  (Juand  donc  chassera-l-on  de  nouveau 
les  marchands  du  Temple  ? 

(-)  Perdr.zet.  dans  le  Bu/ietin  de  ta  Société  des  Antiquaires,  1906,  p.  189. 


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il  a  été  d'abord  Dominicain  ('),  et  pendant  longtemps  —  pen- 
dant une  trentaine  d'années  :  Ludolphus  natione  Saxo,  ex  Or- 
dîne  Prœdicatorum,  posf  trigesimum  suœ  professionis  annum, 
ad  instituta  Carthusianorum  translatas,  et  in  Monasierio  Ar- 
gentiniensi  receptus  ('). 

Ludolphe  a  dû  écrire  le  Spéculum  quand  il  était  Dominicain  ; 
la  Vita  Cliristi  daic  de  la  dernière  période  de  sa  vie,  de  la  pé- 
riode Carthusienne  :  ainsi  s'explique  que  la  \7ta  Christi  soit 
en  quelque  sorte  farcie  d'extraits  du  Spéculum  (>).  Nous  savons 
d'ailleurs  peu  de  chose  sur  cet  auteur  mvstique.  D'après  Tri- 
thème,  il  aurait  fleuri  vers  i33o,  c'est-à-diVc  qu'il  aurait  atteint 
a  cette  date  la  maturité  de  Page  0).  La  date  du  Spéculum, 
i324,  s'accorde  très  bien  avec  celte  donnée. 

La  nouvelle  édition  de  la  Bio4nbliographie  d'Ulvsse  Cheva- 
lier (>)  dit  que  Ludolphe  entra  dans  l'ordre  des  Prêcheurs  vers 
i3i4,  dans  celui  des  Chartreux  en  i34o,  qu'en  i343  il  quitta 
Strasbourg  pour  Coblence,  où  il  fut  prieur  de  la  Chartreuse  jus- 
qu'en i348,  et  qu'il  mourut  à  Strasbourg  le  lo  avril  1378.  L'^W- 


(  )  A  p  usieurs  reprises,  les  papes  ont  décidé  qu'on  pourrait  passer  des  autres 
Ordres  même  des  plus  rigoureu.x,  dans  celui  de  saint  Bruno,  mais  non  pas  inverse- 
ment, de  la  Chartreuse  dans  un  autre  Ordre  (1>golu,  Les  Chartreux  en  Alsace, 
Pans,  Picard,  1894,  p.  i). 

(5)  Bibliotheca  Sixti  Senensis,  I.  IV  (t.  I  de  redit,  de  Naples,  17^2,  t.  A30   lé- 

(')  Il  est  curieux  de  noter,  à  cel  égard,  que  le  Franciscain  Guillaume  Le  Menand 
qui  a  publié  en  1^97  l'une  des  éditions  fran.;aises  du  Spéculum,  a  donné  aussi  une 
traduction,   plusieurs   fois  imprimée  (cf.   Brunet,  Manuet^,  III,    ,225),  de   la  Vita 
IMristi.  ^ 

(^)  Grôber  {Grundriss,  II,  i,  p.  ,91)  fait  mourir  Ludolphe  en  i33o  ;  p.  201,  il 
m  Ulule  1  ouvrage  de  Ludolphe  Meditationes  uitw  Christi,  par  confusion  avec  Je 
célèbre  Inrc  attribué  communément  à  saint  Bonaventure.  La  Vita  Christi  et  le«; 
Meditationes  vitœ  Christi  sont  d'ailleurs  des  ouvrages  du  même  genre,  et  qui  ont 
jmii  dune  vogue  <'gale,  comme  en  témoigne  H.  Estienne  dans  V Apologie  pour 
Hérodote,  ch.  xxxv.  éd.  Kistelhuber,  t.  II,  p.  228  :  «  (Les  moines  Prescheurs)  ont 
lorce  questions  curieuses  touchant  Jésus-Christ  et  la  Vierge  Marie,  lesquelles  ils 
prennent  des  docteurs  qu'ils  nomment  contemplatifs,  du  nombre  desquels  estoyenl 
Landulphus  et  Bonavenlura.  Comme  a-sçavoir-mon  si  Jésus-Christ  a  ri.  Olivier 
MaiIInrd  respond  de  l'autorité  de  Landulphus,  qu'il  a  souvent  pleuré,  mais  n'a  jamais 
n.  »  Landulphus  =  Ludolphus  (cf.  Chevalier,  Bio-bibliographie  du  Moyen  Age 

(')  Les  traAaux  cités  par  Uhsse  Chevalier  ne  sont  que  des  travaux  catholiques. 
Ajouter  Charies  Schmidt,  Essai  sur  les  mystiques  du  quatorzième  siècle  (Stras- 
bourg i836),  p.  61  ;  du  même,  la  Notice  sur  le  couvent  des  Dominicains  de 
Strasbourg  (Strasbourg,  Schultz,  187G),  p.  47  ;  V Encyclopédie  de  Lichte.nberger, 
s.  V.  Ludolphe,  et  les  auteurs  cités  dans  ces  divers  ouvrages. 


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cyclopédie  de  Lichtenberger  ajoute  qu'il  se  distingua  à  Stras- 
bourg pendant  la  grande  peste  ou  peste  noire  de  i35o,  qui 
dans  cette  ville,  aurait  fait  jusqu'à  seize  mille  victimes  (').  En' 
somme,  la  plus  grande  partie  de  la  carrière  de  Ludolphe  a  dû  sV^- 
couler  à  Strasbourg  ;  la  première  partie  de  sa  vie  s  Vst  passée  dans 
un  couvent  Dominicain  de  cette  noble  ville  de  Strasbourg,  qui 
fut,  pendant  les  soixante  premières  années  du  quatorzième 
siècle,  un  foyer  si  intense  de  théologie  mystique.  Eckart,  vers 
i3io,  plus  tard  Jean  Tauler,  sont  les  noms  les  plus  fameux  de 
ce  mouvement  (^).  Vers  le  milieu  du  quatorzième  siècle,  Ludol- 
phe  semble  avoir  joué,  à  Strasbourg,  aux  côtés  de  Tauler,  un 
rôle  presque  aussi  important  que  le  grand  mystique  Domini- 
cain. Pour  faire  la  preuve  de  cette  assertion,  qu\in  nous  per- 
mette d'alléguer  le  témoignage  de  Daniel  Specklin. 

Quand  Jean  XXII,  raconte  Specklin,  eut  excommunié  Louis 
de  Bavière  et  les  villes  de  son  parti,  Strasbourg,  qui  avait  été 
comprise  dans  cette  excommunication,  fut  privée  de  culte  :  les 
malades  mouraient  sans  recevoir  l'extrême-onction  et  l'abso- 
lution. C'était  le  moment  où  sévissait  la  peste  noire.  Les  Domi- 
nicains, qui  avaient  continué  quelque  temps  à  faire  le  service 
des  églises,  finirent  par  obéir  aux  ordres  du  pape,  et  quittèrent 
Strasbourg.  Mais  quelques  hommes  pleins  de  couraqe  et  de 
piété  étaient  restés  et  avaient  publié  un  écrit,  adressé  à  tous 
les  prêtres,  pour  les  inviter  à  assister  les  mourants,  puiscjue 
dans  la  grande  peste  les  innocents  périssaient  aussi  bien  que 
les  coupables.  A  la  tète  de  ces  honmies  était  Tauler,  assisté  de 
Ludolphe  le  Saxon,  prieur  des  Chartreux.  Et  comme  ils  prê- 
chaient contre  l'excommunication  dont  était  frappé  le  pauvre 
peuple  dans  les  (pierelles  des  grands,  et  dont  lui  seul  avait  à 
souffrir,  ils  furent   excommuniés  eux-mêmes,  et  leurs  livres 
défendus  aux  clercs  comme  aux  laïques.  L'évêque  Bertold  de 
Bucheck  les  ayant  fait  sortir  de  la  ville,  ils  se  réfugièrent  dans 
la  Chartreuse  voisine,  d'où  ils  publièrent  plusieurs  écrits  pour 
éclairer  de  nouveau  le  peuple.   Lorsque   en  1.349  l'empereur 
Charies  IV  vint  à  Strasbourg  avec  l'évêque  de  Bamberq,  il  les 
interrogea  et  voulut  entendre  leur  défense.  Ils  prononcèrent 
des  paroles  remanjuables  par  leur  hardiesse.  «Jésus-Christ, 
dirent-ils,  a  expié  par  sa  mort  les  péchés  de  tous  les  hommes  ; 

(')  ScHiiroT.  Essai,  p.  6i. 
(-)  ScHMioT,  \oticf,  p.  44. 


1 


--      43      - 

le  ciel  ne  peut  donc  pas  être  fermé  par  le  pape  à  ceux  qui 
sont  injustement  excommuniés,  et  tout  prêtre  est  tenu  de  leur 
donner  l'absolution.  La  puissance  spirituelle  est  distincte  de 
la  puissance  temporelle;  quand  cette  dernière  commet  des 
péchés,  l'Eglise  n'a  d'autres  droits  que  celui  de  lui  en  faire 
d'humbles  remontrances.  Le  peuple  ne  doit  pas  être  puni  pour 
les  crimes  des  grands,  et  c'est  une  injustice  que  de  condamner 
le  sujet  innocent  avec  le  prince  coupable.  D'ailleurs,  si  l'em- 
pereur gouverne  mal,  il  en  rendra  compte  à  Dieu  et  non  au 
pape.  Tous  ceux,  enfin,  qui  croient  à  la  vérité  de  l'Évangile  et 
qui  ne  pèchent  que  contre  la  personne  du  pape,  en  refusant 
tle  lui  baiser  les  pieds,  ne  méritent  pas  encore  le  nom  d'héré- 
tKjues;  il  ne  faut  appeler  ainsi  que  ceux  qui  agissent  contre 
la  parole  de  Dieu,  et  qui  s'obstinent  dans  leur  impiété.  »  On 
dit  (jue  l'Empereur  lui-même  fut  convaincu  de  la  vérité  de 
ces  paroles  et  qu'il  leur  enjoignit  seulement  de  se  modérer 
et  de  révoquer  par  écrit  leurs  erreurs  contre  l'autorité  papale. 
Mais  ils  n'en  continuèrent  pas  moins  à  écrire  et  à  prêcher  les 
mêmes  doctrines,  soutenus  qu'ils  étaient  par  la  population  de 
la  ville  ('). 

Je  me  suis  permis  cette  digression  sur  un  épisode  particu- 
lièrement remarquable  et   honorable  de  la  vie  de  Ludolphe. 
pour  justifier  ce  que  je  disais  tantôt  du  rôle  que  l'auteur  de  la 
Vi/a  C/irisiia  du  jouer  à  Strasbourg  au  milieu  du  quatorzième 
siècle. 

Au  gable  du  grand  portail  de  la  cathédrale  de  Strasbourg, 
on  voit  le  roi  Salomon  sur  son  trône,  gardé  par  douze  lions, 
et  au-dessus  l'Enfant  sur  les  genoux  de  la  Vierge.  Ces  sculp- 
tures datent  du  milieu  du  quatorzième  siècle  :  le  grand  portail 
fut  commencé  en  i345.  Il  n'y  aurait  rien  d'invraisemblable  à 
ce  que  Ludolphe  soit  pour  quelque  chose  dans  le  choix  du 
sujet  symbolique  auquel  les  Strasbourgeois  réservèrent  la  place 
d'honneur  à  la  façade  de  leur  cathédrale.  Nous  ne  voulons  pas 
dire  que  les  imagiers  du  gable  de  Strasbourg  aient  sculpté 
Salomon  sur  son  trône  et, au-dessus  de  Salomonj  l'Enfant  sur  les 
genoux  de  Marie,  pour  avoir  lu  le  Spéculum o\x\di  Vita  Christi, 


0)  Us  collectanées  de  Daniel  Specklin,  chronique  strasboargeoise  du 
seizième  siècle.  Fragments  recueillis  par  Rodolphe  Reuss,  Strasbourg,  1890, 
p.  a3a  (\e  manuscrit  a  été  brûlé  en  1870,  dans  l'incendie  de  la  ba)liothèque  de 
Slrasbom"g). 


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L'an  religieux  n'avait  pas  attendu  que  Ludolphe  eût  écrit  ces 
deux  ouvrafles,  pour  faire  de  Salomoa  sur  son  trône  une  préfi- 
nure  de   !  Enfant  sur  les  genoux  de  Marie  :  en  Allemagne 
notamment  (■),  aux  treizième  et  quatorzième  siècles,  ce  sujet 
symbolique  paraît  avoir  été  souvent  représenté  antérienremenl 
a  la  diffusion  du  Speniluni  et  de  la    Vila  Chrisli.  Mais  nous 
croirions  volontiers  que  Ludolphe  a  été  consulté  sur  les  sujets 
a  faire  sculpter  au  grand  porlail  du  dôme,  quand  cette  décora- 
tion fut  arrêtée  dans  les  détails.  Ludolphe  devait  être  le  théo- 
logien  le  p  us  en  vue  de  Strasbourg,  et   nous  savons  qu'au 
Moyen  Age  les  clercs,  les  docteurs  ont  guidé  donateurs  et  ar- 
tistes dans  le  choix  des  sujets. 

■  T;.~'^"".'' *:",""'"■  «^■•^•^  l'attribution  du  S.  II.  S.  à  Tauleur  de 
la  \,la  (.lirtsl,,^  appellerai  encore  l'attention  sur  deux  lénendes 
qui  se  trouvent  dans  l'un  et  lautre  de  ces  deux  ouvrages,  et 
que  j  ai  vainement  cherchées  ailleurs  :  la  légende  concernanl 
le  nom  de  1  homme  qui  souffleta  Jésus  dans  la  maison  d'Anne, 
et  la  légende  des  trois  milliers  de  personnes  qui  se  seraieiù 
converties  quand  Jésus  fut  cloué  à  la  croix. 

XIX,  7.  Duxenint  primo  Chiistiim  nd  domiiin  Ami.p... 
Slalini  iiniis  scrvoi-iim  niniiiini  levabat 
Et  sibi  alaparii  in  rnaxillani  suaiii  dabat. 
Iste  croditnr  fuisse  ille  serviis,  videlicol  .Malcluis, 
Ciijiis  aiiriciilani  niodiciini  antoa  sanaverat  Chrisliis. 

Le  .Moyen  Age  ne  pouvait  se  résigner  à  ignorer  le  nom  de 
I  homme  qui  avait  souffleté  le  Christ.  Dans  le  M.W-re  de  la 
lasm,n{y  ,g(Jo3),  cet  homme  s'appell.-  Dragon.  I,a  tradition 
rapportée  dans  le  Sper„l„m  avait  ima.|iné  ,1e  faire  souffleter  le 
Christ  par  ce  même  Malchus,  qui  avait  pris  part  à  l'arrestation  ; 
dans  la  bagarre,  Simon  Pierre,  le  plus  bouillant  des  apôtres 
avaiUranclié  loreille  de  Malchus  ;  mais  Jésus  avait  aussitôt' 

(')  Vilraux  d'Aucjsbourg,  ,lf  ll„pp,-,r<l,  de  Fribourg,  do  Cpponbera,  et;,  frosniip» 
deuoslar,  de  Lubcçk  (hospic,.  du  Saint-Esprit);  .„tcp.„di„„?du  m"  Jo  do  HcZ 
sculpturos  .^  la  cathodralo   d-Augsbourg,    dani   IVgli  o   dos    DommicXs   d     K^.' 
Bassc^utnchc)    etc.   J'emprunte  ees  exemples  à  0,dt«.v.>.x,  Die   clZicLder 

fin  rrs""\^  "'"^"f-  '^f '•  P-  =*•■'•  P"'i'>''i"™en éros^nte  es.  I.  I^squo  de 

Ourk  (b ivne),  ropro.lu,lo  dans  les  MUth.  de,-  h.  k.  Cenlratcomn.Mor,.  xyTul,) 
p.     .6  ot  dans  la  GeschaMe  de,-  de,„schen  Malerei  do  J.vn,„c„ek  (BoH.n,  ,V) 


-      45      - 

guéri  le  blessé,  il  lui  avait  recollé  son  oreille,  comme  on  le  lui 
voil  faire  sur  une  foule  de  monuments  (i,|urés.  Avec  l'inqra- 
lilude  d'un  Juif,  ou  d'un  esclave,  Malchus  aurait  fait  expier  à 
Jésus  la  vivacité  de  Pierre.  Je  n'ai  trouvé  cette  tradition  que 
dans  le  Spéculum  et  dans  la  Vila  Chrisfi  a\,  chap.  LL\ 
p.  582).  ' 

Ce  n'est  pas  .sans  surprise  que  l'on  entend  l'auteur  du  5/;m/- 
liim  assurer  qu'à  la  mon  du  Christ,  trois  mille  personnes,  parmi 
les  spectateurs  du  drame,  se  seraient  convenies,  quand  on 
entendit  le  Christ  prier  pour  ses  bourreaux  : 

xxni,  39.  (Juando  cnicifixores  Jesiiin  ad  cniceni  rabritabant, 

Christus  dulcùssimani  niclodiam  pio  ipsis  Patri  siio  decantabat... 
Tantif  atitcm  duliedinis  erat  \\xc  beatissima  nielodia, 
yuod  eadeni  hora  conversi  sunt  hominuni  tria  millia! 

L'Evanr|iIe  ne  dit  rien  de  tel.  L'anteur  a  Iransporlé  au  récit 
de  la  Pas.sion  le  fait  rapporté  dans  les  Actes,  II,  4i  :  qui rece- 
perunt  sernionem  Pétri,  baptizati  sunt;  et  appositœ  sunt  in  die 
illa  antmiv  nrciter  tria  millia.  Il  est  vrai  que  cette  conversion 
en  masse  fut  opérée  par  Pierre,  lors  de  la  Pentecôte;  mais 
l'auteur  du  Spéculum  n'y  regardait  pas  de  si  près.  Quelques- 
uns  de  ses  lecteurs  se  montrèrent  peut-être  plus  rigoureux. 
Ainsi  s'expliquerait  que  Ludolphe  soit  revenu  dans  sa   Vità 
Christi  sur  cetle  conversion  en  masse,  pour  essayer  de  justi- 
fier, par  des  arlifices  d'exéqèse,  l'erreur  qu'il  avait  f\ute  sur  ce 
texte   des   Actes  :   Secundum  Bedam,  écrit-il  {Vita   Christi, 
II,  63),  non  frustra  Christus  orauit,  sed  eis  qui  post  ejus  pas- 
sioneni  crediderunt,  impetravit,  Unde  dicitur  in  Actibus  quod 
conversi  sunt  una  die  tria  millia  et  alla  die  quinque  millia.  Nec 
dubium  quin  hoc  provenerit  ex  virtute  hujus  orationis  Christi. 
Ad  quam  etiam  vocem  multi  de  turba  Judœorum  astantium 
compuncti  sunt  corde  et  pœnituerunt,  ut  dicitur  in  Euangelio 
Nazarœorum,  et  ponitur  in  glossa  Esaiœ  super  illo  verbo  :  «  Et 
pro  transgressoribus  exoravit.   »   0  quam  dulcis  in  oratione 
Christi  ad  crarifixorum  malleationem  erat  melodia,  de  cujus 
consonantia  conversa  sunt  tôt  millia  (')  ! 

La  ylossa  Esaiœ  auquel  Ludolphe  se  réfère  est  celle  de  Wa- 

(»)  On  reconnaît,  lôgèremenl  modifiées,  les  deux  lignes  du  Spéculum  (xxm  A5   A6^ 
que  nou.s  citions  tantôt  :  Tarifée  dulcedinis ^  ^     ^  j 


y 


NN«BMMaMHpi«|| 


•êtêÊÊHâSk 


-    46    - 

lafried  Strabo,  sur  Isaïe,  lui,  i  2  :  «  Pro  transgressoribus  ora- 
oit,  »  Ad  hanc  vocem,  secundum  Euangelium  Nararœorum, 
milita  milliaJudœorum  astantiuni  circa  crucem  credidenint  (^) 
On  voit  que  ni  Walatned  Strabo,  ni  l'Évangile  des  Naza^ 
réens  Q)  n'avaient  établi  de  rapport  entre  les  conversions  opé- 
rées par  saint  Pierre  lors  de  la  Pentecôte,  et  celles  qui  se  seraient 
produites  sur  le  Calvaire  pendant  les  derniers  instants  de 
Jésus.  Je  crois  que  c'est  Ludolphe  le  premier  qui  a  établi  ce 
rapport,  ou  plutôt  créé  cette  confusion  ;  et  le  fait  qu'elle  se 
trouve  à  la  fois  dans  le  Sperulum  et  la  Vita  C/iristiesi  une  pré- 
somption de  plus  pour  admettre  que  ces  deux  ouvrages  sont 
du  même  auteur  Q). 


(•)  P.  L.  CXIII,  1296. 

(-)  Cet  Apocryphe,  qui  était  propre  à  la  secte  chrétienne  des  Nazaréens  était 
cent  en  araméen.  11  fut  traduit  en  grec  par  saint  Jérôme.  Ni  le  texte  original  ni  la 
traduction  de  saint  Jérôme  ne  nous  sont  parvenus.  Nestlé,  dans  son  Novi  Testu- 
menh  grœci  siipplementam  (Leipzig,  Tauchnitz,  1896),  où  il  a  réuni  les  fragments 
des  Evangi  es  perdus,  a  omis  de  citer  ce  passage  du  commentaire  de  Walafricd 
strabo  sur  Isaie. 

(1)  Je  n'ai  pas  cru  devoir  surcharger  ce  chapiire  de  la  discussion  des  attributions 
erronées  auxquelles  a  donné  lieu  le  Spéculum.  On  la  trouvera  à  la  fin  de  la  nnS- 
sente  étude,  en  appendice. 


CHAPITRE  IV 

LES  SOURCES  DU  S.  II.  S. 

A)  Ouvrages  dominicains  :  la  Somme  de  saint  Thomas, 

la  Légende  dorée 

■  ^^.f-  "■  ■?•  «5'  ""«^  compilation.  -  2.  La  source  des  «  faits  »  et  des 
I  reOgures  .ndiquée  par  les  rubriques  des  illustrations.  -  3.  L'auteur  a 
dû  se  servir  surtout  de  livres  écrits  par  les  docteurs  de  son  Ordr*"  de 

ij.ques  du  5.  //.  .S.  _  /,.  De  la  Légende  dovée  comme  source  de  plu- 
s.eurs  ulees  mystiques  (les  prêtres  supérieurs  au.v  saints  et  même  aux 
anges  ;  Damd  s.ve  Chnsla-s  ^uasi  tenerrùnus  ligni  oenniclZ)  o^ 
supej.t,t,euses  contentjes  dans  le  S.  //.  5.  (les  démfns  aussi  n^mb  eux 

zi:^::'::v^:ix:^''^^  ^-'-«^  --«  «--té  l  ^s 


1.  —  Le  S.  H.  S.  est  une  compilation,  le  lecteur  en  est 
averti  par  les  premiers  mois  du  proœiniuin  : 

Incipit  proœmiiim  ciijn.scl  im  novœ  compilationis. 

Il  en  va  ,1e  m^me  de  la  plupart  des  ouvrages  composés  par 
les  docteurs  du  Moyen  Age.  C'est  pourquoi  l'histoire  littéraire 
du  Move^i  Age  consiste  surtout  en  recherches  de  «  sources  ». 
1  our  le  A.  //.  6.,  la  question  des  sources  est  particulièrement 
importante.  ' 

Parfois,  les  docteurs  du  Moyeu  Age  -  glossateurs,  théolo- 
giens, hagiographes-ont  pris  eux-mêmes  la  peine  d'indiquer 
lesouvrages  dont  ils  se  .sont  servisC).  Pour  savoir,  par  exemple, 

Il  f'I  "  ^''■''"■'■■'  'f  ?f *"*'"  '  '""J""'^  S"i"  d'indiquer  le  nom  de  l'auteur  auquel 
.  fa,t  uu  emprunt.  L'ul.l.té  de  faire  des  citations  e.xacle,,  était  très  ^p^Lv^li 
cl.ron„|ueur  connu  sous  le  nom  d'Albéric  de  Troisfontaines  indique  1  s  ources 
auxquelles  ,1  a  pu.sé.  Hélmand  a  suivi  le  même  svstème  .  (Boutai,  Vin^Tde 
llmauais.  dans  la  Revue  des  questions  hisl.,  t.  xVll    p    ,2) 


i'.'(!l!m«uW.,.  ,4J 


"TiS^S-. 


-    48     - 

les  sources  où  ont  puisé  Walafried  Strabo,  Thomas  d'Aquin  et 
Jacques  de  Varazze,  on  n'aurait  qu'à  réunir  les  références  con- 
tenues dans  la  (rlose  ordinaire,  la  Somme  et  la  Légende  dorée. 
Parfois,  les  docteurs  ont  poussé  la  complaisance  jusqu'à  dres- 
ser eux-mêmes  la  liste  de  leurs  autorités  :  ainsi  ont  fait  (iode- 
froy  de  Viterbe,  dans  la  préface  de  son  Panthéon  ('),  le 
Dominicain  Etienne  de  Bourbon,  dans  la  préface  de  son  recueil 
d'  «  exemples  »  (^),  le  Franciscain  BartlnMemy,  dans  le  dernier 
chapitre  de  son  Propriétaire  Q).  Ux  concision  à  laquelle  s'était 
astreint  l'auteur  du  Spéculum,  en  se  donnant  la  tache  de 
raconter  en  cent  lignes  l'un  des  grands  faits  de  l'histoire  évan- 
(jélique,  plus  trois  [)réfiqures  de  ce  fait  avec  les  explications 
et  réflexions  appropriées,  la  symétrie  à  laquelle  l'assujettissait 
la  ((  prose  rimée  par  doublettes  »,  l'intention  déclarée  de  ne 
pas  s'adresser  uniquement  à  des  savants,  tout  cela  explique  fju'il 
n'ait  chargé  son  texte  d'aucune  référence.  Mais  il  est  assez  facile 
de  retrouver  les  livres  dont  il  s'est  servi,  et  voici  pounjuoi. 

2.  —  D'abord,  parce  que,  dans  la  plupart  des  manuscrits 
illustrés,  les  illustrations  sont  surmontées  de  rubriques  qui 
disent  où  sont  pris  les  sujets  représentés.  Notons  en  passant 
que  ces  rubriques,  qui  ne  se  trouvent  pas  dans  tous  les 
manuscrits  illustrés,  varient  extrêmement  d'un  manuscrit  à 
l'autre,  d'où  l'on  peut  corn  lure  qu'elles  n'existaient  pas  dans 
l'archétype  (^).  Elles  nous  apprennent,  avec  [>liis  on  moins 
d'exactitude,  d'où  l'auteur  a  tiré  les  faits  de  riiistoire  évangé- 
lique,  qui  forment  les  sujets  des  divers  chapitres,  ainsi  (jueles 
préligures  de  ces  faits.  A  vrai  dire,  ces  faits  et  ces  préfigures 
sont  pour  la  plupart  empruntés  au  Nouveau  et  à  l'Ancien  Tes- 
tament; avec  une  concordance  biblique,  on  les  aurait  retrouvés 
sans  peine  :  en  sorte  que,  le  plus  souvent,  les  rubriques  des  il- 
lustrations du  Spernium  otlVent  peu  d'intérêt.  11  n'en  va  pas  de 
même  quand  les  illustrations  représentent  des  sujets  pris  hors 
de  la  Bible.  Le  cas  est  bien  plus  fréquent  que  l'on  ne  s'imagine. 
Il  est  difficile,  pour  qui  n'a  pas  étudié  une  de  ces  étranges 

(•)  P.  L.,  GXCVIII,  878. 

(-)  Lecoy  de  i.a    Marche,   La  chaire  Jr.  au  Moyen  Age\  p.   117;  Anecdotes 
hist.  a  Etienne  de  B.,  p.  xin. 

(*)  Hist.  litt.  de  la  Frauce,  t.  xxx,  p.  356. 

{*)  J'ai  étudié  les  rubriques  du  S.  H.  S.  d'après  les  manuscrits  suivants  :  Bibl. 
nat.  lat.  9685  et  9586,  fr.  6275,  Chantilly  189,  Munich  clm  i46,  18377  et  a3433. 


'^'^•'3^iiimémmmmm=ii!mmi% 


Gh.  IV. 
Gh.  v. 


Gh.  VI. 
Gh.  vin. 

Gh.  XI. 


-    4o    - 

productions  médiévales  du  çjeurc  de  celle  dont  nous  parlons 
de  dev.ner  combien,  à  l'histoire  sainte  telle  que  la  raco  5 
e  Moyen  Age  se  mêlai,  la  légende;  combien,  à  l'or^^^^  "^ 
1  Ecn.ure  s  alhaa  le  plomb  des  fables  juives,  des  apocrypl  es 
pa  eochrél.ens,  des  Vies  de  Saints,  et  même  des  L/S- 
rales,  ou  encore  des  «  exemples  „  pris  d'une  façon  extrava- 

CimeP:,r. '''■''"'•"'"  ^^^'■''•"^'^'  "'"^^P'-'  -'-'i-'/Valere 
Maxime.  Pour  donner  nue  première  idée  de  cet  élrauqe  amal- 
game, VOICI  la  liste  des  faits  et  préfigures  du  S.  H.  S  al[ 
ne  sont  pas  d'origine  scripturaire  :  ^ 

Ch.  m.  Annonciation  de  la  naissance  de  Marie  (fait) 

Songe  .l'Astvage(/''/^/-é/;f/,„.e). 
Nativité  de  Marie  {/ml). 

Présonlation  de  Marie  an  Toniple  (fait). 
L'obialion  de  la  table  d'or  (i"  préfgitre). 
La  nosUilgie  de  la  reine  de  Perse  (3'  /,r,'fim,re) 
La  Unir  ISaiis  (.,'  préfigure). 

La  sibvlle  Til.nrtine  .lovant  rempo.eur  Annnsle  (3' nré- 
Jigure).  •'         \    1'"^ 

Cliute  (les  idoles  <rÉgypto  {fait) 

La  statne  de  la  Vierge  à  rEnfant',,n'a,Io,aienl  lesKqvn- 
Utiis  {i' préfigure).  ^^  ' 

L'enfant  Moïse  brise  la  couronne  de  Pharaon  (i-  nréfi- 
fjiire).  ^     /    v 

Jaiis  {i'^  f,re/ii/ure). 
Lamecl.  mallraité  par  ses  deux  (emmcs  (i' préfiaure) 
Tsaïe  scie  avec  ..ne  scie  de  bois  (2'  préfigure) 
Lodrns  se  ,lévo„e  pour  sauver  Athènes  (^e>^) 
Km  mero,lach  conpe  en  tiois  cents  morceaux  le  cadavre 

(le  son  père  Nabnchodonosor  (S-^  préfigure) 
Adam  et  Kve  plen.èrent  la  mort  d'Abel  pendant  cent  ans 

{2^  prefif/ure). 
Gh.  xxviii.    Une   autruche   délivre,   à   l'aide   du   ver   cham^'r,  son 

poussin  que  Salomon  avait  enfermé  dans  un  vase  de 

verre  (J<^  P^éfujure). 

Jésus-Ghrist,  par  sa  passion,  vainc  le  Diable  (fait-) 
Marie,  par  sa  compassion,  vainc  le  Diable  (fait) 
Tomyns  plonge  la  tête  de  Gyrus  dans  un  bassin  plein 

de  sang  {3^  pré/îgure).  ^ 

La  descente  aux  Limbes  {fait). 
La  Vierge  Marie,  après  la  mort  de  Jésus,   visite  les 

lieux  ou  s  était  déroulée  la  Passion  {fait). 

PERDRIZET,    ÉTUDE    SUR    LE    S.    H.    S. 

4 


."^ 


Gh.  XIX. 

Gh.  XX. 
Gh.  XXIII. 
Gh.  XXIV. 
Gh.  XXV. 


Gh 


XXVI. 


Gh.  XXIX. 
Gh.  XXX. 


Ch.  XXXI. 
Ch.  XXXV. 


^4 


tïi-s^îjaiiMWWSfiSaiîe^WMMaiisiinMiM 


—     5o    — 

Ch.  XXXVI.     L'Assomption  de  Marie  {fait). 

VAï.  xxxvii.    L'intercession   de   Marie    révélée   à   saint   Dominique 

{/lit). 
Ch.  xxxvni.  La  Vierge  de  miséricorde  (Jait). 

Tarbis  sauve  la  ville  de  Saba  assiégée  par  Moïse  (/^*=  pré- 
Jlguré). 
Ch.  XXXIX.    Jésus   montre   à   Dieu    le  père  les   blessures  que   les 
hommes  lui  ont  faites  Çi^^ /ait). 
Antipater  montre  à  César  les  blessures  qu'il  a  reçues 

au  service  de  Rome  (/''^  préfigure). 
Mario  montre  à  Jésus  le  sein  qui  l'a  nourri  (^2*  fait). 

Mais  il  y  a,  dans  un  chapitre  du  Sprcuhun,  bien  autre  chose 
que  les  quatre  histoires  représentées  par  les  illustrations  :  il  y 
a  des  effusions  mystiques,  des  dissertations  théologiques,  des 
légendes  hagiographiques,  tout  cela  compilé  dans  divers  ou- 
vrages, dont  les  rubriques  ne  nous  disent  rien. 

3.  —  La  lecture  attentive  du  Spéculum  nous  ayant  appris  que 
•Tautcur  de  cet  ouvrage  devait  être  un  Dominicain  de  la  pre- 
mière moitié  du  (juatorzième  siècle,  nous  pouvons  penser 
a  priori  qu'il  a  utilisé  de  préférence  des  livres  conq)osés  par 
les  docteurs  Dominirains  du  treizième,  notamment  la  So/nnie 
de  saint  Thomas  et  la  Légende  dorée. 

C'est  à  saint  Thomas,  en  effet,  (jiie  notre  auteur  paraît  avoir 
emprunté  la  majeure  partie  de  ses  développements  théologi- 
ques. \  oici  ({uelques  preuves  de  celle  assertion. 

Pourquoi,  se  demande  l'auteur  du  Speculu/n,  L\e  ful-t  lie 
créée  d'une  des  côtes  d'Adam?  Réponse  : 

I,  3i.  Non  est  facta  do  pede,  ne  a  viro  dospicerotur, 
Née  de  capite,  ne  supra  vlrum  doininarotur. 

C'est  exactement  rex[)licati<>n  de  saint  Thomas (.S'o////'/?^'.  p.  l, 
qu.  XCn,  art.  3)  :  nequr  miifirr  drhrt  dnminnri  vîruni,  et  idnt 
non  est  fornidta  de  enpite ;  neipie  débet  a  viro  despicl  tunipuini 
serviliter  subjectay  et  ideo  non  est  formata  de  prdihus, 

Lorscjue  le  Christ  mourut,  lorsque  son  àme  (piitta  son  corps, 
ce  corps,  qui  avait  été  divin  tant  ([iie  le  Christ  avait  vécu, 
cessa-t-il  de  l'être?  Ou,  pour  poser  le  problèmo  dans  les 
termes   dont  se   servaient  les   scolasti([ues,  (jue    devint,  à  la 


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mort  du  Christ,  la  qualité  divine,  divinitas,  deitas,  dont 
avaient  été  pareillement  doués,  pendant  qu'il  vivait,  et  son 
corps  et  son  Ame  ? 

xxni,  65.  Qiiamvis  animam  et  carnem  ad  invicem  Judœi  dividebant, 

Nunquam  tamen  deitatem  a  noutra  earum  dividere  valebant  : 
Deitas  enim  a  carne  mortua  non  fuit  soparata 
Nec  ab  anima  similiter  fuit  aliquatenus  segregata. 

C'est  la  même  doctrine  que  dans  la  Somme,  III,  qu.  L  : 
Utrnm  in  morte  Christi fuerat  separata  diuinitas  seu  a  carne 
(§  2),  seu  ab  anima  (§  3)? 

Le  mariage  de  Marie  et  de  Joseph  amène  notre  moine  à  se 
demander  quelles  sont  les  récompenses  affectées  au  mariage, 
au  veuvage  et  à  la  virginité. 

VI,  3i.  Matrimonio  debetur  fructus  triqesimus, 

>  icluis  soxagesimus,  virgnnbus  oentesimus. 

Cette  proportion,  qui  est  toute  à  la  gloire  du  monde  monas- 
ticjue,  et  qui  a  sa  source  dans  une  interprétation  arbitraire 
de  la  parabole  du  semeur ('),  se  retrouve  dans  l'article  de  la 
Somme  intitulé  :  Ctrum  convenienter  assignentur  très  fructus 
tribus  eontinentiœ  partibus,  dont  voici  la  conclusion  :  servan- 
tibus  continent iam  conjugalem  datur  fructus  trigesimus  ;  ni- 
dua/em,  se.ragesimus  ;  virginalem,  rentesimusQ). 

Ainsi  la  virginité  recevra  la  plus  grande  récompense.  Pro- 
messe bien  douce  pour  les  religieuses.  Mais,  au  Moyen  Age, 
quelle  vierge  pouvait  avoir  la  certitude  de  n'être  pas  violée  ? 

VI,  43.  Oiuo  mente  virgo  est,  etsi  violenter  oorrumpatur, 
Non  perdit  aureulain,  sed  diipliciter  coronatur. 

Ces  promesses  rassurantes  fiiites  parnotre  moineaux  vierges 
saintes  rappellent  celles  de  la  Somme  {Suj>pl.  111,  qu.  XCVI, 

§  \  :  utram  auréola  debeatur  ratione  virginitatis)  :  Si  aligna  per 
violentiam  oppressa  fuerit,  propter  hoc  non  amittii  aureolam. 


(•)  .MaUh.  Mil.  8  cf  23  :  .4//V/  reciderunt  in  terram  bonam  et  dabant  fructum , 
aliud  centestiiiiun,  (iliiid  se.r<igesimum,  uliud  irigesimum. 

(»)  Snf>pJ.  m.  q.i.  xrvi,  5  4. 


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52 


51 


(Iiun/fiodo  praposifum  vinjinitdtem  perpetno  serrandi  inviola- 
biliter  servet,  illi  actui  nullo  modo  consentiens  :  ncc  per  hoc 
etiam  virgi'nitatem  perdit.  Et  hoc  dico  sine  pro  fîde,  siue  pro 
quacumrjnr  (tlia  causa  cornimpatur  violenter  :  sed  si  hoc  pro 
Jlde  siistineaf,  hor  ei  erit  ad  meritnni,  et  ad  grnns  marfi/rii 
pertinehit.  f  ^ridr  Lucia  dicit  :  «  .SV  me  inritam  violari  frreritis^ 
castitds  mihi  (hiplirnl}ittir  ad  roronamQ^.  »  \on  f/iiod  hahrat 
duas  vinpnitdfis  aiirrolds,  sed  tjind  ihiphw  p/\rmiam  repor- 
tiihit,  iiruim  pro  rirr/inifatis  riisfodia,  alind  pm  injui'id  (piam 
passa  est.  Que  Tliomas  <rA(jirm  et,  à  sa  suilo.  raut«Mir  du  Spe- 
rii/iim  se  soient  demandé  si  une  vienje  violent»'»'  j)eidail 
r  «  auréole  »,  ou  la  couronne  à  laquelle  elle  avait  droit  dans  le 
ciel,  c'est  une  [)r«Mive  ptMiihle  des  conséquences  abominables 
qu'entraînaient  pour  les  personnes  les  querres  incessantes  du 
Moyen  A»|e.  Dans  ces  temps  tra<|i(pn's,  toute  femme,  nn^m»' 
dans  le  cloître,  avait  à  craindre  l«'  \iol  [)ossible  :  à  p«Mi  près 
comme  aujounTliui  les  femmes  chrétiennes  de  la  Macédoine 
et  de  l'Arménie. 

Le  chapitie  \ll  »lii  S.  II.  S.,  (pii  est  consacr»'  au  baptém»' 
de  J.-Ci.,  contient,  concernant  le  sacrement  biiptisFnai,  un 
exposé  d«'  la  <loctrine  calli»)li(pie,  ipii  paraît  bi«'n  a\nir  et»'  fait 
à  l'aide  de  la  Somme Q). 

Mais  peut-être  nous  objectera-t-on  «jne  la  «loctrin»'  de  saint 
Thomas  sur  le  ba[>lème  n'a  rien  «roriijina!  ;  »ju'»'lle  est  la 
même,  par  exemple,  que  celle  »le  I  )nianti,  »lans  le  lidtiofidl Q^\ 
que  le  docteur  au»piel  nous  devons  le  Speiulum  a  du  lire  bien 
d'autres  traitt's  de  théohujie  »pH'  la  Sonunr,  et  (pi»',  pour  ii»' 
pas  sortir  de  l'Ordre  dominicain,  on  [mmiI  se  demamh'r  si 
notre  auteur  n'a  pas  autant  prolité  de  la  lecture  de  son  com- 
patriote Albert  le  (Irand  (^).  J'avon»»  n'avoir  pas  en  l»^  conraqo 


(i)  Il  .s'a<|it  de  sainte  Lucie;  voir  sa  vie  dans  la  Lèijemh'  dovèt',  rh.  IV,  p.  3i 
Grasse,  (ui  sont  rap[>orl«'es  les  ni«"'rnes  |iaroles  ([ue  celles  (juc  lui  prèle  saint  Tlion»a>. 

(*)  S.  //.  6'.,  Xn,  i5-i9  (des  trois  sortes  de  ba[)tème)  :  cf.  Sorurnr,  p.  III 
qu.  LXVl,  5  II.  —  >V.  H.  S.,  XII,  25  (le  baptcme  de  l'eau  est  le  plus  important  des 
trois)  :  cl".  Soinnw,  i<l.,  $  i3.  —  .S".  //.  .S'.,  XII,  37-28  («pi'il  laut  baptiser  avec  de 
l'eau  pure)  :  et.  Somme,  id.,  $  3.  —  .V.  //.  S.,  XII,  33-34  («jne  n'importe  «jui  peut 
contcrer  le  baptcme)  :  cf.  Somme,  p.  III,  ipi.  LXVII,  $  3-,'». 

(')  L.  VI,  cil.  83. 

(♦)  Pour  preuve,  entre  autres,  i\i'  la  n'-putation  d'Albert  le  Grand  parmi  1(>  All<- 
inands,  cl.  l'une  des  tjravures  d'Albert  Durer  jxjur  les  Quatuor  libri  umorum  de 
CoNiwD  Celtes,  Nuremben|,  i5o2,  reproduction  dans /)a/r/*  (Paris,  Hachette,  iyo8), 
p.   Kja.    Au  centre,  la  Pliilosopliie    trônant.   Sur  le   cadre,   dans  des  m«''daillons,  les 


—     53    — 

^  de  m'enfoncer  dans  l'd'uvre  innnense  du  docteur  Universel 
pour  y  rechercher  les  emprunts  possibles  du  Speculiun.  Je  crois 
d'ailleurs  ([ue  cette  recherche  n'aboutirait  pas  à  des  résultats 
bien  certains;  car,  d'une  part,  saint  Thomas  a  été  l'élève 
d'Albert  le  Grand,  et  la  doctrine  de  l'un  ne  dldère  pas  de  la 
doctrine  de  l'autre  sur  les  questions  importantes;  d'autre  part, 
presque  t<uites  les  <'xplications  théologi(jues  de  notre  auteur 
<pii  ne  sj'inbh'nt  pas  enq)runtées  à  la  Somme  send)lent  l'être 
à  la  JA'fjemle  dorée, 

4.  Ueporlons-nous,  par  exemj)le,  au  curieux  passaqe  où 
notre  autem*  émet  l'idée  que  les  prêtres,  »pii  quotidiennement 
opèr«'nl  le  miracle  de  la  transsubstantiation,  sont,  par  cela 
même,  supérieurs  aux  patriarehes,  aux  prophètes  et  même  aux 
anqes. 

x>T,  91.  Excolltint  saconlotos  in  potestato  patriarclias  et  propfietas 

Et  etiani  "jiKxIainnKxlu  ipsas  virttitos  ançjelicas;  [nequcimt, 

Sa<'er»lot('s    eiiini    saci-aineiitimi     conticiiint.     qiiod     aiigeli    facerc 
Nec  palriaieli;»',  ikn-  |tioph('!a'  olim  facefo  potuernnt. 
Sacerdotcs  ijjitin-  pi-opter  saciaincntiim  dehoinus  hoiiorare. 

('elle  idée,  cjui  a  été  soment  «wprimée  par  les  mvstiques, 
nolaniFuent  par  l'auteur  de  V htu'tafiorf  {^^  et  par  Saint-Cvran(^), 


\ 


(juatre  ]>lus  (|rands  serviteurs  de  la  Pliilosojdiic,  Plolëmée,  Platon,  Cicéron,  Albert 
le  Cîrand  :  celui-ci  occupe  la  ]>lace  d'hoimcnr.  à  la  tlroite  de  la  Philosoj»liie,  comme 
repr*^sentanl  des  sdpicntt's  (îerina/iurum.  En  haut,  cette  inscription  : 

Soplii.im  nif  (Irrrri  vocaiit,  Latini  sapicntiam. 
,K«jyptii<'t  Ghaldiei  m»'  iiivciirre,  (ira>ci  scripsere, 
Laliiii  traiistulerc,  Germani  ainpliavere. 

Cet  p|(Kje  de  la  pliilosojiliie  allemande,  s'il  est  devenu  juste  j)lus  tard,  était  en  i5o2 
sintpdiërement  prématun'-.  Le  Cnfalogns  script orum  erclesidsticorum  de  Johann 
von  Trittenheim  (Trithemius)  tt'moitpic  i\\\  iiicmc  chauvinisme. 

(•)  (iratide  imjslcrium  et  tiKignn  dignitas  sacerdotum,  quihu.s  datum  est,  quod 
finf/t'Iis  non  rsf  conffS'iinn  :  so/i  nainque  sfirerdntfs  rde  in  Ecc/esia  ordinati, 
potcsUitcm  Imbriit  celehnindi  et  corpus  consecnindi  (I\',  5).  On  lisait  n'-cemmcnl 
ceci,  dans  le  ctunptc  r<Midu  des  débats  de  la  (Ihambre  :  «  Gomme  député-pèlerin, 
M.  de  (iailhard-liancrl,  revêtu  de  ses  insi(]nes,  accompacjnait  à  La  Louvescq  un 
prlcrinayc  à  saint  Fn»n<;ois-Hégis.  Au  jiied  d'ime  croix  de  mission,  aj>rès  plusieurs 
prêches  d'eccli'siasticpies,  il  prenait  la  parole  et,  entre  autres  choses,  il  disait  aux 
paysans  cpii  l'i-coulairut  :  «  N'ous  devez  vous  a(jenouiller  sur  le  passage  des  prèties, 
car  ils  ont  un  pouvoir  unique,  un  j«)uvoir  émuKMit  :  celui  de  l'aire  descendre  Dieu  sur 
la  terrr  à  leur  volonté  »  {Journal  Officiel,  58  juin  190O). 

(-)  Cf.  Sainte-Beuve,  Port-R<>yal,  t.  I,  p.  4/^7  de  la  4^  édition. 


mî   -  /  i. 


.,^:n,^mm^:^'^»'-*tffK3s^^tlf^ 


i 

r, 


».  * 


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-    54    - 

semble  bien  d'ori(|iiie  franciscaine  (').  C'est  par  la  Lf^gende 
dorée  que  notre  Dominicain  en  a  eu  connaissance  :  Sarer- 
dotalibus  manibus,  qiiibiis  conjiriendi  dominiri  rorporis  sacra- 
mentiim  est  collata  potestas,  magnam  volebat  Frnnriscus  rêve- 
rentiam  exhiberi.  Lnde  et  sxpius  direbat  :  «  Si Sancto  euiqiuun 
de  cœlo  uenienfi  rt  paiiperriili)  alicui  sacerdoti  me  roiitiiKjerrt 
obvi'are,  ad  sarerdotis  nianus  deosruldndds  cifins  me  cotijer- 
rem  et  Sancto  dicerem  :  Exspecta  me,  snnr/r  La  tirent  i,  quia 
marais  hujus  Verbiim  ritœ  rontrertiuif,  et  ultra  humanuFu  ali- 
quid  possident  (Ch.  CXLIX,  iJe  S.  Francisco,  p.  G71  (jrasse). 
On  peut  indi([uer  plusieurs  rapprochements  analogues,  non 
moins  probants:  ainsi  l'cxpliralion  concernant  la  ilesceîulnnce 
de  Jésus,  telle  que  la  donnent  les  Evanqélistes, 

VI,  i5.  Mos  Scripturœ  est  genealogiarn  dm-ere  non  ;i<l  tixores, 
Scd  tantuniniodo  ad  spoiisos  et  mares 

paraît  inspirée  par  une  phrase  du  chapitre  ch'  la  Légende  sur 
la  nativité  de  Marie  :  e<aisuetudo  Scnptune  dicitur  fuisse  ut  non 
miilierum,  sed  virorum  generati^aas  séries  texeretur  (p.  r>85 
Grasse).  De  même  l'étraiHje  comparaison  de  David  avec  un 
ciron  et  la  préfigure  qu'y  a  vue  notre  auteur  lui  mit  été  suggé- 
rées par  un  passage  du  chapitre  de  U\  Légende  sur  la  Passion. 

XVII,  81.  WTmiculiis  hgni,  diim  taiigitnr,  mollissiinns  vidctur, 

Sed  cuin  tangit,  diirissiinmii  Hgiimii  pcrforare  |n'ihil)('tiir  : 
Sic  David,  cuni  ossct  liiter  domestifos,  niilliis  <m)  inltior, 
Sed  in  judicio  et  contra  liostcs  in  pradio  iiiilhis  co  durlor  ; 
Sic  Christus  in  hoc  miindo  crat  mitissiinus  et  [»atientissinnis, 
In  judicio  auteiii  contra  hostt-s  siios  crit  distiictissiinus  ; 
Conversahatnr  aiitern  inansucte  et  incessit  incnnis 
Et  sustinuit  ut  vilitcr  tractaretnr  tan([uani  verinis. 
Et  hoc  vich^tur  quaTulose  doplangerc  in  I*sahno, 
L'bi  de  se  dicit  :  «  Ego  suni  verinis  et  non  h»inio.  » 
Dicitur  autein  non  tantuin  verinis  scd  vci micuhis  hgni, 
Quia  in  ligno  crucis  occidcrunt  cnni  nialigni. 

La  Bible  parle,  au  verset  8  du  vingt-troisième  c}ia[)itre  du 
deuxième  livre  des  /^>/.s•  (-),  d'un  lieutenant  de  David,  Josheb 


) 


. 


(»)  Voir  dans  Sabatier,  Snint'François  d'Assise,  p.  389,  l:i  traduction  du  «  Tes- 
tament de  saint  François.  >' 

(*)  Voir  les  traductions  de  Relss  et  de  Sego.nd. 


—    55    — 

Bashébelh,Takhémonite,  qui  aurait  tué, dans  une  seule  bataille, 
huit  cents  ennemis.  La  Vnigate  n'a  rien  compris  à  ce  passage  ; 
voici  comment  (die  traduit  :  sedens  in  cathedra  sapientissimus 
prineeps  in  ter  très,  David  est  quasi  tenerrimns  tigni  nermicutus, 
qui  octingenttts  interfecit  impetu  uno.  L'auteur  du  Spéculum 
trouvait  ce  texte  cité  dans  Comestor,  //.  S.,  lib.  Il  Reg.,  XXII. 

Phis  lin  texte  de  la  Bible  était  obscur,  plus  le  Moyen  Age  y 
voyait  de  mvstères.  David  sapientissimus  inter  très,  c'était  la 
sainte  Sagesse,  vera  Sopida,  autrement  dit  Jésus-Christ.  Se- 
dens in  catiu'dra  inter  très  :  Fart  ne  représentait-il  pas  la  Tri- 
nit«''  comme  trois  personnes  pareilles,  trois  rois  à  grande  robe 
blanche,  assis  cote  à  cote  sur  trois  troues  égaux?  Quant  à  la 
comparaison,  vraiment  ahurissante,  de  David  avec  un  ciron, 
c'était  une  ligure  du  Christus  patiens  pro[)hétisé  par  les  pa- 
roles de  David,  ego  sum  vermis  et  non  homo  (Ps.  XXI,  7)  :  la 
propht'tie  et  la  pr*digure  étaient  concordantes,  s'éclairaient 
et  se  prouvaient  Tune  l'autre,  .le  ne  sais  quel  est  le  mystique 
(jui  a  invent<'  cette  explication.  Je  noterai  seulement  cjue 
notre  auteur  a  pu  la  trouver  dans  la  Légende  dorée,  cha- 
pitre LUI  {De  passione  Dom/ni)  :  Passio  Christi  fud  ex  dolore 
(unara,  doior  autem  causabatur  ex  quinque...  Quarto,  ex 
ratione  tenerdudinis  corporis,  unde  in  fajura  David  dicitur  II 
Re<f.  pcmilf.  :  ipse  est  quas'  tenerrimns  Hgni  ver micu/us. 

i\estait  la  lin  du  verset  :  David  a  tué  d'une  seule  fois  huit 
cents  ennemis.  David  est  la  figure  du  Christ.  Or,  (piand  les 
(|ens  envoyés  par  les  prêtres  vinrent  pour  l'arrêter,  Jésus  leur 
(lemanda  :  «  Oui  cherchez-vous?  »  —  «  Jésus  de  Nazareth.  »  — 
((  C'est  moi  î  »  A  cette  parole,  la  bande  (rhommes  armés  que 
menait  Judas  fut  jetée  à  terre  par  une  force  invincible  :  Ut 
dixit  cis  «  Ego  sum  »,  abierunt  retrorsum  et  ceciderunt  In  ter- 
ram  (Jean,  x.xiii,  (i).  Les  mots  du  verset  bibli([ue  «  octin- 
qentos  interfecit  impetu  une  »  auraient  préfiguré  cet  épisode  de 

la  Passion. 

Plus  signilicatir  enc«)re  le  rapprochement  de  ce  passage  du 
Spéculum,  sur  la  multitude  des  <lémoiis  épais  dans  l'air,  avec  le 
cl»a[)itre  de  laj.égende  dorée  sur  saint  Michel  archange  : 

[disset, 
Mil,   25.  Si  Deus  hoininlhus  siiam  et  angeîorum  custodiam  non  de- 
Nullus  hoino  tentationcs  da^monum  evadere  posset. 
Nam  slcut  radius  solis  ploiiiis  videtur  esse  pulveribus, 
Ita  iniindus  isle  plenus  est  (heinonihus. 


,,*• 


■'Km'.i*,-^  »»«'-; 


f-»*»--^  *tri^<«i;-w3 


ÊéMi3..i.i^^émf<^m»«%âmaÉmé»m*'ims^.ma 


^ 


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6     — 


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P 


Ces  lignes  sont  du  plus  vif  iutrrtM  pour  riiisloire  des  su- 
perstitioFis  relatives  aux  esprits.  Sur  ces  superstitioFis,  qu'où 
retrouve  chez  tous  les  peuples,  et  <{ui  sont  \rs  d.'hris  des  plus 
anciennes  psyrholo<,ies  que  riioninie  ait  imaginées,  je  ne  puis 
mieux  faire  (jue  de  renvoyer  à  l'ouvraqe  classiqn.^  d«^  Tvlor  : 
<(  La  doctiine  des  anciens  philosophes',  t.ds  (pic  P\îhii<jniv  rt 
Jamblique,  relative  aux  êtres  spirituels  présents  en  t.Mil,'  dans 
l'atmosphère  que  nous  respirons,  a  été  continuée  et  développée 
dans  une  directioFi  1res  particulière  par  les  Pères  de  i'K.jlise, 
lorsqu'ils  ont  discuté  la  nature  et  la  foncti<»n  des  multitudes 
d'anqes  et  de  diahles  (jui  encombrent  le  moud.-.  LniiMacjede 
Me^  Gaume  sur  /.'/mu  bénite  (iii  (/Ij'-neiiuiènif  su-rlf^  ouvrage 
q^ui  a  reçu  l'approhalion  toute  spéciale  et  très  formelle  de 
Pie  IX,  est  publié,  lit-on  dans  la  préface,  «  à  unr  èpcujiw  uù 
/es  milUons  de  démons  qui  nous  entourent  sont  plus  entrepre- 
nants que  jamais  (')  ». 

On  lit  dans  la  /Jijende  dorée,  CXLV  {I)e  sanrto  Mir/taele 
arr/iangelo)  :  Non  dœnionibus  j>erniissuni  est  in  eielo  /tahitare 
nec  in  ferra,  sed  in  aère  inter  eœlum  et  terram  sunt.  fréquenter 
tanien  ex  diuina  dispensatione  ad  nostrum  exereitiuni  ad  nos 
deseendunt,  unde,  sieut  aliquibus  viris  sacris  monstratum  est, 
j'requenter  cirea  nos  volitant  sieut  muscle.  Innumerahiles  enim 
sunt  et  velut  museœ  totum  aerem  rep/everunt.  Unde  dicit 
Ilaymo  ;  «  Ut  p/iifosop/ii  dixerunf  et  doctores  nostri  opinantur, 
aer  isfe  ita  plenus  est  dœnionibus  et  malicjnis  spiritibus,  sieut 
radius  solis  minutiss.'mis  puheribus  (^).  » 

Ce  passage  de  la  Léjende  dorée  est  la  source  où  l'auteur  du 
Speeulum  a  puisé  ce  qu'il  dit  des  démons.  On  en  rapprochera 
les  tableaux  des  peintres  flamands  du  seizième  siècle  (5),  Pierre 
Breughel  le  Vieux,  Jérôme  Bosch,  qui  représentent  la  chute 
des  anges  rebelles  :  on  y  voit  des  démons  en  forme  de  mouches 
monstrueuses,  de  papillons  gigantesques,  de  libellules  énor- 
mes. Le  texte  de  la  Légende  dorée  prouve  que  ces  imaqina- 
tions  ont  des  racines  dans  le  folk-lore.  Un  résumé  du  Spéculum 

(')  Tylor,  La  Civilisation  primitive,  t.  II,  p.  aaA  de  la  trad.  ;  cf.   t.  I,  p.  114. 

(-)  Les  six  dernières  liynes  de  ce  passage  n'ont  pas  clé  traduites  par  Wyzewa 
{Légende  dorée,  p.  549).  Ce  traducteur  bien  pensant  a-t-il  voulu  expurger,  ad 
majorent  Dei  gloriam,  le  livre  vénérable  ?  Brunet  ne  s'était  pas  iH^nnis  cette 
liberté  {La  Légende  dorée,  t.  II,  p.  i64). 

(*)  Tableau  de  Breughel  le  Vieux  à  Bruxelles  (H.  van  Bastelaer  et  G.  Huu.n 
DE  Loo,  Peter  Briiegel  l'Ancien,  Bnixellea,  1907,  p.  118  et  283);  tableau  de  Jérôme 
B<>sch  à  Vienne. 


^ 


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y 


'/ 


-      57      -^ 

en  vers  français  contient  une  miniature  (')  représentant  le 
«  Trébuchement  de  Lucifer  »,  où  les  démons  sont  représentés 
comme  d'affreux  insectes. 

L'homme,  selon  la  croyance  du  Moyen  Age,  vivait  au  milieu 
dune  iiinliitude  de  diables,  en  hutte  à  leurs  incessantes  atta- 
ques. Kntre  tant  de  preuves  qu'on  pourrait  donner  de  cette 
dépriin;nite  croyance,  il  me  stilïira  de  raj)peler  le  sermon  de 
l'abbé  Hichalnnis.  où  il  est  dit  <pie  a  chacun  de  nous  est 
entouré  d'autant  de  dénions  quun  homme  plongé  dans  la  nier 
a  d'eau  autour  de  son  corps  »  (^). 

La  comparaison,  qui  est  exprimée  en  termes  identiques  dans 
l'nn  et  l'an  Ire  texte  {sieut  radius  salis  j)lenus  pulreribus), 
«b'cèie  I  emprunt.  Ce  n'est  pas  le  seul  cas  où  le  S.  IL  S, 
<»irre  avec  la  /Jyende  dorée  des  sintilitudes,  non  seulement  de 
pensée,  mais  d'expression.  En  voici  un  autre  : 

XIX,  44.  0,  quanta  crat  Juda^orum  sa'vilia  et  insipientia  ! 
Ocidos,  qui  cunota  [)ersi)ieiunt,  velavciunt; 
Eum,  qui  omnia  scit,  j)crcutieiitem  se  nescire  putaverunt; 
Facicm    illam    dileclabilem,   in  quam   Angeli    prospicere 

[desidcrant, 
Sputis  suis  inmuindissimis  maculare  non  timebant; 
Manas  illius  ligare  prœsumpserunt, 
Ciijus  manus  in  principio  caelum  et  terram  plasmaverunt. 

Le  développement  ne  manque  pas  d'éloquence  ;  mais  il  faut 
dire  que  le  meilleur  en  est  pris  de  Jacques  de  Varazze,  qui, 
lui-môme,  avait  plagié  saint  Bernard.  Cf.  fjgende  dorée, 
chapitre  L\\\  {/)e  passione  Doniini),  p.  226  Grasse  :  qualiter 
in  omnibus  sensibus  dolorem  /labuit  J,  C,  dicit  Bernardus  : 
«  Manus  quœformaverunt  cœlos  sunt  in  cruce  extensœ. . .  Vultum 
tuum,  bone  Jesu,  desiderabilem,  in  quem  desiderant  angeli 
prospicere,  sputis  inquinauerunt.  »  La  Vulgate  avait  dit  du 
Saint-Esprit  :  Spiritu  saneto  niisso  de  cœlo,  in  quem  desiderant 
Angeli  prospicere  (}  Pétri  I,  12);  c'est  saint  Bernard  qui  paraît 
avoir  eu  le  premier  l'idée  d'appliquer  ces  paroles  au  visage  du 
Sauveur. 

5.  —  La  Légende  dorée,  quoique  la  théologie  scolastique  y 


(»)  Ms  de  Saint-Omer,  184. 

(*)  RosKOFF,    Geschichte  des   Teafels,  I,  p.  336.  Cf.  A.  Réville,  Histoire  du 
Diable,  dans  Bévue  des  Deux-Mondes,  1870,  I,  p.   iig. 


'  I 


.•-<»8«,i.-*~fw»  »in;iijiiiii »jij»i«pii|iiiiiijj«i|ii||ii|||giii.ii],^a  ,e,aq»»Ft-tr-qr'  -qjy'SSy'**' 


•.irMiifijr'''f  'T-''-[f'-^^ 


•^sss^ 


—     58"    — 

tienne  beaucoup  de  place,  est  avant  tout  un  recueil  de  folk-lore, 
un  immense  amas  des  traditions  pieuses  inventées  en  Orient  et 
en  Occident  par  douze  siècles  de  christianisme.  Si  l'auteur  du 
S.  H,  S,  y  a  pris  des  dissertations  théologiques  et  des  idées 
mystiques,  il  y  a  puisé  surtout  des  légendes.  A  cet  égard,  il 
doit  beaucoup  aux  chapitres  GXXXI,  VI,  XIV  et  LUI,  sur  la 
Nativité  de  la  Vierge,  la  Nativité  du  Christ,  l'Oblation  des 
Mages,  la  Passion. 

Pour  la  naissance  de  Marie  (ch.  IV),  comme  pour  l'an- 
noiiciation  à  Joachim  (ch.  III),  les  rubriques  renvoient  à  la 
Les^em/e  de  la  Vierge  (•),  c'est-à-dire  au  De  nativitate  beatœ 
\  irginis  Mariœ,  qui  forme  le  chapitre  GXXXI  de  la  Légende 
dorée  et  qui  dérive  de  l'Évangile  apocrvphe  attribué  à  saint 
Matthieu  (%  lequel  est  lui-même  une  adaptation  libre  du  Profé- 
vangile  attribué  à  Jacques  le  Mineur(0.  Les  rubriques  appellent 
((  légende  »  le  De  nativitate  beatœ  Virginis,  [)arce  cpie,  tout 
apocryphe  qu'il  tut,  c'était  le  texte  qu'on  lisait  aux  fidèles,  à 
la  fête  de  la  Nativité  de  la  Vierge  (^). 

C'est  au  chapitre  de  la  Légende  dorée  sur  la  Nativité  du 
Christ  que  notre  auteur  a  emprunté  la  curieuse  tradition  rela- 
tive à  la  floraison  des  vignes  d'Engaddi,  pendant  la  unit  du 
premier  Noël  : 

vui,  59.  CuiH  Christus  naseerelur,  vincée  Engaddi  floruenint, 
Et  Chnstum  per  viteiii  figuratuni  venisse  ostenderunt. 

In  /tac  nocte,  dit  Jacques  de  Varazze  (p.  45  Grasse),  ut 
Bart/iolomœiis  in  sua  compilatione  refert,  vineœ  F.ngaddi, 
quœ  proférant  balsaninm,  Jloruerunt,  frurtum  protulerunt  et 
Uqurrem  dedenint.  L'ouvrage  cité  paria  Légende  dorée  est,  je 
suppose,  le  De  proprietatibus  reruni  du  Franciscain  Barthé- 
lémy (>).  Je  ne  sais  où  les  docteurs  du  treizième  siècle  avaient 
pris  cette  tradition  relative  à  la  floraison  miraculeuse  des  vignes 
d'Engaddi.  Mais  le  sens  qu'en  ont  tiré  les  mvstiques  se  devine 
aisément  :  le  Christ  est  le  raisin  dont  le  jus  remplit  le  calice 

(')  ^^-/"j  ^-^  ^^9e/ida  ejus  (Bibl.  nat.  lat.  9586).  -  Comme  il  est  escript  en 
la  Leijende  de  sa  natwite  (Bibl.  nat.  fr.  6^75).  -  Historia  lombardica  (Bibl  nat. 
lat.  9o8o>  --  Ch.  IV  :  Comme  il  est  escript  en  sa  Légende  (Bibl.  nat.  fr.  6275). 

(-)  TiscHE>DORF,  Eoamjelia  apocrypha,  a"  éd.,  p.  54.  (»)  /rf.,  p.  ,. 

(♦)  MvLB,  LWrt  religieux  du  treizième  siècle,  a»  éd.,  p.  a8i. 

(»)  Dit  l'Anglais,  probablement  à  tort.  Cf.  Hist.  litf.  de  lu  Fr.,  XXX,  35a. 


-   59  - 

de  l'Eglise  :  la  Vierge  est  la  vigne  qui  a  porté  ce  raisin  ;  dans 
la  nuit  de  Noël,  cette  vigne  a  fleuri  et  fructifié,  ce  qui  fut 
signifié  par  la  floraison  merveilleuse  des  vignes  d'Engaddi 
dont  parlait  le  Cantique  :  botrus  rypri  dilectus  meus  ntihi, 
m  vineis  Engaddi  (I,  i3).  Un  Cistercien  du  douzième  siècle, 
Adam  de  Perseigne('),  appelle  la  Vierge  uitis  ex  qua  proressit 
die  magnas  l)otnis  rypri  de  vineis  Engaddi,  qui  in  torculari 
cruris  pressas,  vinum  gratiœ  propinavitQ). 

Un  autre  miracle  aurait  marqué,  à  en  croire  notre  auteur, 
la  Nativité  du  Christ  :  l'apparition,  dans  le  ciel  de  Rome,  d'un 
météore  où  l'on  discernait  l'image  d'une  jeune  fille  remarqua- 
blement belle,  qui  tenait  un  enfant.  Le  sens  de  celte  appari- 
tion aurait  été  révélé  à  Fempereur  Auguste  par  la  sibylle 
Tiburtine  : 

vni,8r).Circa  idem  tom|)ii.s  Octaviaiuis  toti  orhi  domlnabatur 
Et  ideo  a  Romanis  tan(piani  deus  reputabatur. 
Ipse  autem  Sihyllam  prophetissam  consulebat, 
Si  in  rnundo  aliquis  co  major  futiirus  erat. 
Eodem  die  quando  Christus  in  Jiidiea  nascebatur, 
Sibylla  Rumœ  circulum  aureuFu  juxta  solem  contemplabatur. 
In  circulo  illo  virgo  pulcherrima  residebat, 
Quie  pueruFii  speciosissimum  in  gremio  gorebat  ; 
Quod  illa  Caîsari  Octaviano  monstravit 
Et  regerti  potentiorem  ipso  natum  esse  intimavit. 
Potentiatu  hujus  régis  Augustus  Cœsar  formidavit 
Et  ab  hominibus  deus  vocari  et  computari  recusavifc. 

D'après  B.  N.  lat.  g586,  l'histoire  de  la  prédiction  faite  à 
Octave  par  la  sibylle  Tiburtine  serait  empruntée  aux  Gesta 
Hiunanorum,  C'est  une  erreur (î).  Le  rubricateur  a  cité  au 
hasard.  Sa  rubricjue  prouve  simplement  que  les  Gesta  lui 
étaient  connus.  D'après  le  Miélot  de  Paris,  l'auteur  du  Speru- 
A/m  aurait  emprunté  cette  légende  à  la  Chronique  Martinienne, 
Cette  indication  n'est  pas  sans  intérêt,  parce  que  le  Chronicon 

(')  t  «a^i-  Cf.  ///*/.  ////.  de  la  France,  XVI,  448,  et  Saime-Beuve,  Port- 
Royal,  t.  I,  p.  353  de  la  4*  édition. 

(*)  MicNE,  P.  L.,  CCXI,  707;  cité  par  Maracci,  Polyanthea  Mariana,  p.  142. 
<>n  sait  que  le  symbolisme  du  Christ  au  pressoir  devait,  à  la  fln  du  Moyen  Age, 
donner  lieu  à  un  thème  Cguré  vraiment  bien  étrange.  Ce  thème  paraît  avoir  été 
affectionné  surtout  dans  les  pays  vinicoles  (notamment  en  Champagne),  par  les 
vignerons  et  par  les  corporations  de  tonneliers. 

(')  Cf.  l'éd.  ŒsTERLEY,  Berlin,  1872,  et  le  Violier  des  histoires  romaines  réédité 
par  G.  Bru.net  en  i858. 


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—  60  — 

pontificiim  et  imperatonun  Q)  est  l'œuvre  d'un   Dominicain, 
Martin  de  Troppau,  Martinus  Polonus. 

La  légende,  telle  qu'elle  est  racontée  dans  la  Chronique  du 
frère  Martin,   se   lit,  en   termes  presque  identiques,  dans  la 
Graphia   aureœ   urbis  Romœ  {^)   et    dans    les  Mirabilia  Ho- 
m,TQ)oii  Martin  a  dû  la  prendre.  Elle  se  trouve  encore  dans 
des  écrivains  postérieurs  aux  Mirabilia  et  qui  l'v  ont  puisée  (+), 
notamment  dans  le  Dittamondo  de  Fazio  deqli  l  borli(î),  dans 
les  lettres  de  Pétrarque (^)  et,  pour  citer  des  auteurs  moins 
récents,  dans  les  Ofia  imperialia  de  Gervais  de  Tilburv,  qui  ont 
été  écrits  vers  121  i-i2i4(7),  et  dans  le  Spéculum  regum  de 
Godefroyde  Viterbe(«),  ouvraqe  en  vers,  daté  de   ii84,  ainsi 
que  dans  le  commentaire  en  prose  du  Spéculum  reijum,  qui  n'est 
pas  de  Godefrov.  Je  ne  crois  pas  que,  comme  on  l'a  dit(>),  de 
tous  les  textes  cpii  racontent  l'entrevue  d'Auqusle  et  de  la  Sibvlle 
le  plus  ancien  soit  celui  de  Godefroy  de  Vilerbe  :  les  Mirabilia 
Romœ  doivent  être  antérieurs  au  Spéculum  regum.  Du  reste, 
les  Mirabilia  Homœ,  tels  (jue  nous  les  lisons  aujourd'hui,  con- 
tiennent des  additions  postérieures;  ainsi  dans  le  passage  sur 
la  sibylle  Tiburtine,  les  mots  ubi  mmc  Fratres  sunl  Minores 
sont  évidemment  une  addition  postérieure  à  12 16,  date  de  la 
fondation  de  l'Ordre  des  Franciscains. 

^  Los  Mirabilia  et  la  Graphia  remontent  au  douzième  siècle('^). 
Nul  doute  ([ue  la  légende  en  question  ne  date  d'une  époque 
beaucoup  plus  liante  :  on  la  trouve  en  germe  dans  Jean  Ma- 
lalas("),  CédrénusCO,  Xicéphore(n),  Siiidas('^)  et  dans  une 
chronique  latine  du  septième  siècle  éditée  par  Mai('i).  Octave 

(•)  Sur  cet  oiivwge,  rf.  Potthast,  Ribl.  medii  .coi,  s.  v.  Marlinus  Oppaïuensis  : 
le  texte  concernant  la  Sibylle  dans  Monum.  Genn.,  script.  XXII,  p.  ^43. 

(-)  OzANAM,  Documents  inédits  pour  servir  à  l'hist.  litt.  de  lltalie,  Paris,  i85o, 
p.  i65;  Ulrichs,  Cd-'x  arhis  Homn  topor/raphicus,   Wurzbourg,  1871,  p.  120. 

(3)  Grasse,  Beitnhje  car  Litterntur  und  Sage  des  Mittelalters,  p.  C  ;  Parthey 
Mirabiha,  p.  33;  Ulrichs,  p.  cj5,  108,  i33. 

{*)  CI'.  Graf,   Roma   nella  memoria  del  medio  evo,  Turin,    1882,  t.  I,  p.  319. 
(0  ^'ers  ï356  ;  cf.  Ulrichs,  p.  247.  (s)  Ulrichs,  p.  i83  «t  i85. 

(0  UiBNiz,  Srript.  rer.  lirunsv.,  I,  p.  yaS.  Sur  Gervais  de  Tilburt,  cf.  liist. 
litt.  de  la  Fr.,  t.  XVII,  p.  82. 

(•)  Monum.  Germ.,  Script.  XXII,  p.  68. 

(•)  Mvle,  Quomodn  Sibyllas  recentiores  artiftcex  repr.fsentaverint,  p.  19. 

('0)  Graf,  up.  cil,  t.  I,  p.  Oi. 

(»•)  P.  321  de  l'éd.  de  Bonn.  (u)  T.  I,  p.  320  de  l'éd.  de  Bonn. 

(")  Hist.  ecclés,,  I,  17.  (n)  T.  I,  col.  852  Ber.nhardy. 

i'')Spicil.  Vatic,  IX,  118;  cf.  Bu/L  deWlnstitnto,  i8:>2,  p.  38. 


—      61       — 

Auguste  demande  à  l'oracle  d'Apollon  qui  régnera  après  sa 
mort;  la  Pythie  répond  qu'un  enfant  juif  ordonne  à  Apollon 
d'abandonner  le  Capitole  et  de  rentrer  dans  l'Enfer.  Instruit 
par  cette  prophétie,  Auguste  élève  sur  le  Capitole  un  autel  au 
iJeus primogenitus.  Sous  cette  forme  plus  ancienne,  la  légende 
ne  parle  encore  ni  de  la  Sibylle,  ni  de  l'étoile  merveilleuse,  et 
la  question  posée  par  Auguste  à  la  Pythie  diffère  des  scrupules 
que,  dans  le  récit  des  Mirabilia,  il  ex[)Ose  à  la  Sibylle  (»). 

Suétone  (')  rapporte  qu'Auguste  répugna  toujours  à  se  laisser 
appeler  seigneur,  dominus.  Les  chrétiens,  dès  l'époque  la  plus 
ancienne,  avaient  été  frappés  de  ces  répugnances  :  ilsles  ex[)li- 
quaient  en  disant  qu'Auguste  n'avait  pas  osé  se  laisser  appeler 
seigneur,  au  moment  où  naissait  Celui  qui  devait  être  le 
vrai  Seigneur  du  genre  humain  :  eodem  tempore  hic,  ad 
quem  rerum  omwum  summa  concesserat,  dominum  se  hom:- 
num  appellari  non  passas  est;  immo  non  ausus,  quo  verus 
Dominus  fotius  generis  humani  inter  homines  natus  estQ).  Le 
récit  des  Mirabilia  est  le  résultat  de  l'amalgame  de  la  tradi- 
tion rapportée  par  les  historiens  byzantins,  Malalas,  Cédré- 
nus,  Xicéphore,  avec  la  tradition  (latine?)  qu'on  voit  poindre 
dans  Paul  Orose. 

La  version  suivie  par  U  Spéculum  diffère  en  un  point  impor- 
tant de  celle  des  Mirabilia  :  Auguste,  dans  le  Spéculum,  demande 
à  la  Sibylle,  non  pas,  comme  dans  les  Mirabilia,  s'il  devait  f^e 
laisser  rendre  les  honneurs  divins,  mais  s'il  y  aurait  jamais 
quelqu'un  de  plus  puissant  que  lui.  Cette  divergence  indifjue 
que  la  source  du  Spéculum  est,  ici,  non  pas  les  Mirabilia  ouïes 
récits  qui  en  dérivent,  —  Chronique  Martinienne,  Ot'a  impe- 
rialia, —  mais  la  Légende  dorée,  où  les  deux  versions  de  la 
légende  sont  juxtaposées:  Octavianus  imperator,  ut  ait  Inno- 
centius  papa  tertius,  universo  orbe  ditioni romanœ  subjugato,  in 
tant  uni  senatui  placiiit,  uteum  pro  Deo  colère  vellent.  Prudens 
autem  imperator  se  mortalem  intelligens  immortalitatis  nomen 
sibi  no  luit  usurpare.  Ad  illorum  instantiam  Sibgllam  prophe- 
tissam  aduorat,  scire  volens,  per  ejus  oracula,  an  in  miindo 
major  eo  aliquando  nasceretiir,  Cum  ergo  in  die  Natiuitatis 
Domini  consilium  super  hac  re  conuocasset  et  Sibylla  sola  in 


(•)  Cf.  Gregorovius,  Geschichle  der  Stadt  Rom  im  MiUelaUer  (Stuttgart,  1877), 
t.  IV,  p.  443,  et  Graf,  op.  cit.,  t.  I,  p.  3o9-323. 
(-)  Oct.  Aug.,  53.  (a)  Paul  Orose,  Hist.,  VI,  22. 


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—  62   — 

caméra  imperaiorls  oraciilis  insisteret,  in  die  média  circulas 
aareus  apparuit  circa  so/em,  et  in  medio  circnli  virgo  pulcher- 
rima,  piierum  gestans  in  gremio.  Tune  Sibglla  hoc  Cœsari 
ostendit.  Cam  autem  imperator  ad  pnedictam  visionem  pluri^ 
mum  admiraretur,  audiuit  voce  m  dicentem  sibi  :  Hœc  est  ara 
cœli.  Dixitque  ei  Sibglla  :  Hic  puer  major  te  est,  et  ideo  ipsum 
adora,..  Intelligens  igitur  imperator  quod  hic  puer  major  se 
erat,  ei  thura  obtulit  et  De  us  de  cœtero  dici  reçu  sa  oit  ('). 

L'ouvrage  d'Innocent  III,  auquel  se  rt^fère  Jacques  de 
Varazze,  est  sans  doute  le  deuxième  sermon  sur  la  Nativité  (^); 
mais  Innocent  dit  simplement  ceci  :  Octavianus  Augustus  fer- 
tur  in  cœlo  vidisse  virginem  g  estante  m  filiuni  ad  ostensionem 
Sibgllœ,  et  extunc  prohibait  ne  qui  s  eum  domina  m  appellaret, 
quia  natus  erat  «  liex  regum  et  Dominus  dominantium  »  (î). 

D'après  Graf  (+),  la  plus  ancienne  représentation  de  l'entre- 
tien d'Auguste  et  de  la  Sihvlle  serait  une  mosaïque  sur  un  très 
vieil  autel  de  l'Ara  Caeli,  dont  Muratori(')  a  donné  le  dessin. 
On  y  voit  la  Théotocos  apparaissant  dans  la  gloire  à  Auguste, 
qui  s'agenouille  pour  l'adorer.  Cette  représentation  s'ex[)rK|ue 
par  la  légende  dont  nous  parlons,  mais,  puis(jue  la  Sibylle  y 
manque,  ce  n'est  pas  encore  la  scène  de  l'entrevue  si  souvent 
traitée,  à  partir  du  quatorzième  siècle.  Muratori  a  reproduit, 
sur  la  même  planche  que  cette  mosaïque,  une  miniature  con- 
tenue dans  un  manuscrit  de  la  bibliothèque  d'Esté  daté  de  1 280, 
qui  représente  la  Mère  de  Dieu  assise  sur  les  nuées  ;  sur  la 
terre,  devant  le  Capitole,  Auguste  et  la  Sibylle.  Muratori  cite 
le  texte  dont  cette  miniature  était  accompagnée  ;  c'est  exacte- 
ment le  même  que  celui  des  Mirabilia.  Muratori  note  que  les 
mots  :  hune  locum  modo  inhabitant  Fratres  Minores  sonià^mx^ 
main  plus  récente. 

Grat'p  rapporte,  d'après  Vasari  ("),  que  Pietro  Gavallini 
avait  peint  à  San  Francesco  d'Assise  l'histoire  d'Auguste  et  de 
la  Sibylle  ;  mais,  comme  il  croyait  encore,  sur  la  foi  de  Vasari, 
que  Gavallini  avait  été  un  giottesque  du  milieu  du  quatorzième 


(')  Légende  dorée,  cli.  VI  :  De  natiuitate  Jesii  Christ i. 

(»)  MiGNE,  P.  L.,  GCXVII,  457.  (3)  Apoc.  xvn,  i4. 

{*)  Op.  cit.,  t.  I,  p.  320;  cf.  MÂLE,  Qiinmodo  Sibyllas...,  p.  ao. 

(»)  Antiq.  ItaL,  t.  III,  p.  880. 

(•)  Op.  cit.,  t.  I,  p.  320;  cf.  Mâle,  Quonwdo  Sibyllas...,  p.  ai. 

(')  1,  p.  539  Milanesi. 


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—    63     — 

siècle,  il  ne  donne  pas  au  renseignement  de  Vasari  l'importance 
qu  il  mente.  En  réalité,  Gavallini  est  un  peintre  romain  de  la 
deuxième  moitié  du  treizième  siècle,  antérieur  à  Giotto  (')  et 
la  fresque  d'Assise,  aujourd'hui  détruite,  est  la  plus  ancienne 
Illustration  connue  de  l'entrevue  d'Auguste  et  de  la  Sil.vlle. 
Cette  légende   d  origine  romaine,  a  été  répandue  hors  d'Italie 
par  les  M,rabt/,ael  par  les  ouvrages  que  nous  avons  cités, 
Légende  dorée.  Chronique  Marlinienne,  Otia  imperialia.  PuisI 
qu  elle  ligure  dans  1,-  Spéculum,  c'est  qu'elle  était  déjà  bien 
connue,  de  ce  côté  des  monts,  dans  la  première  moitié  du 
quatorzième  siècle.  Il  est  croval.le,  d'ailleurs,  que  le  Spécu- 
lum \  a  rendue  encore  plus  populaire.  Elle  a  été  très  souvent 
représentée  ('),  depuis  Jan  van  Eyck  (0,  Hoger  de  la  Pâture  « 
«■t  Dirk  Bouts  (0,  jusqu'aux  vitraux  champenois  du  seizièine 
siècle,  à  Sa.nt-Parre  et  à  Saiiit-Léger-lez-Troyes  (<).  Il  serait 
impossible  et  oiseux  d'éiiumérer  les  œuvres  d'art  du  quinzième 
el  du  seizième  siècle,  tableaux,  gravures,  vitraux,  tapisseries; 
ivres  d  heures,  qui  représentent  ce  sujet.  Xous  noierons  seu- 
lement que  1  une  des  productions  du  Mattre  de  l'an  iMO  ne 
représente  pas,  comme  le  dit  Bartsch  (0,  Salomon  adorant  les 
Idoles,  mais  bien  Tentrevue  d'Auguste  et  de  la  Sibvlle. 

Les  passages  du  Spéculum  (pi'i  concernent  l'Adoration  des 
•Mages  sont  extraits  presque  Icxluellemenl  du  chapitre  de  la 
Légende  dorée  qui  est  consacré  à  l'Epiphanie  : 

IX,  5.   Viaonuil  Magi  stellam  novani,  in  qua  puer  apparebat, 
Supra  cnjus  caput  crux  aiirea  splendebat, 
Audiveriint(|ue  vocoiii  iiiagnam  dicentem  sibi  : 
«  Ile  in  Judieam  el  novum  regeiii  invenietis  ibi.  » 

(ji.fjgende  dorée,  chapitre  .\IV  (p.  89  Grasse)  :  ///  die 
nalalis  Dommi,  stella  ad  Magos  uenit ,  qua:  habebal  formam 
pulcherrimi  puer,,  super  cujus  capite  crux  splendebat,  qaie 


letne 
direc- 


,/i^// w"""'  ^"  /'e'>^/«/r   r.%..«..  en  Italie  Jusqu'à  la  fin  du  quatorziè 

iinn  h'a    M  '.'  l'^''^^'  ?'  ^'^^'^^'   ^^"'  ^'^'*'-  ^^  ^'«'"^  Publiée  SOUS  la  dir 
tion  d  A.  Michel,  t.  II,  i  (,906),  j».  443. 

(-)  Cf.  PiPÈR,  Mythologie  der  christlichen  Kunst,  Weimar,  1847,  <    I    D    ^87 
;    J'-'I^yquc  Helleputte.  (.)  Triptvquc  de  Berlin. 

(»)  Panneau  du  Studelsche  Institut  à  Francfort. 

(•)  Reproduits  ,mr  Fichot,  Statistique  monumentale  de  l'Aube,  t.  I,  p.  43  et  443 
(0  Le  Peintre  graveur,  l.  VI,  p.  7.  ' 


/ 


-    64    - 

Maffos  alloctila  est  dlcens  :  «  //e  uelocius  in  terram  Jada  et 
ibidem  recjem,  qiiem  quœrilis,  nalam  invenielis.  »    «  L'étoile 
qui  guidait  les  Mages  avait,   dit  M.  Mâle  (■),  la  figure  d'uu 
enfant   et,  en  effet,  c'était  un  ange.  ,.  tJne  tradition  d'origine 
orientale  assure  en  effet  que  l'étoile  qui  apparut  aux  Mages 
aurait  ete  un  ange  métamorphosé  en  astre (0  :  par  là  s'exi'li- 
que    qu'à   .\otre-Dame  de  Paris,  un  relief  représente  l'étoile 
portée   par   un  ange.   Mais  une   autre   tradition,  non  moins 
ancienne   et,   semble-t-il,    plus   répandue,    ideuiifiail    l'étoile 
avec  le  Christ  même.  Cette  tradition  prenait  à  la  lettre  la  r.ro- 
phetie  de  Balaam  :  «  Orletur  Stella  e.e  Jacob.  >,  Sur  les  plus  an- 
ciens monuments  chrétiens,  l'étoile  qui  apparaît  aux  .Mages est 
presque  toujours  remplacée  par  le  monogramme   du   Christ 
inscrit  dans  un  cercle.  La  miniature  L\,  2  dans  le  manuscrit  de 
Munich  dm  Joo3  re]>résenle,  au  milieu  de  l'étoile    l'Enfuit 
nu    ,.ortant   la  croix,  exactement  pareil  à  celui  que  certains 
tableaux  de  I  Annonciation  représentent,  descendant  du  ciel 
dans  un   rayon,  vers  le  sein  de  la  Vierge.  La  miniature  du 
manuscrit  des  Johannites  de    Sélestat   représente   un   cirand 
astre  rayonnant  entouré  d'un  halo;  dans  l'astre  est  l'Enfant 
en  l.uste,  pnant,  nimbé;  au-dessus  de  lui  est  une  petite  croix,' 
que  1  enlumineur  devait  dorer.  La  miniature  du  manuscrit  <lê 
Munich  dm.  23/i3;{  montre   un  grand   astre  ravonnaut  dans 
lequel  est  le  Sauveur,  en  buste,  priant,   nimbé  —  du  nimbe 
crucifère,  naturellement  ;  au-dessus  de  lui,  la  même  petite  croix 
que  dans   la  miniature  du   manuscrit   des  Johanniles.  Même 
représentation  sur  le  vitrail  de  Mulhouse  -  on  insistera  plus 
loin  sur  le  rapport  étroit  qui  unit  les  verrières  de  Mulhouse  au 
manuscrit  de  Munich  dm  .3  433  -  sauf  que  le  peintre  verrier 
a  supprimé  la  petite  croix,  faute  de  place. 

Notons   encore   que,  d'après  une   troisième    tradition,  nui 
semble  avoir  été  propre  à  l'Orient,  l'étoile  de  lÉpiphanie  aurU 
été  1  .ma(ie  glorieuse  de  la  Théotocos  :  «  (Juand  le  S.Mgn.-ur 
lut  né  a  Bethléem,  lit-on  dans  le  Combat  d'Adam  et  d'Eve  0) 
son  étoile  apparut  dans  l'Orient,  et  les  Mages  la  virent,  car  elle 

(')  l'Art  religieux  ilu  Ireicième  siècle,  a«  rd.,  p.  aôi. 

(')  Cf.  VEvanaelinm  infamie,  oh.  7,  dans  les  'Evongelia  npocryuha  de  Tischen 
DORr,  ..éd.,  p.  ,84;  le  texte  de  Théodore  Sludite  cité  j«r  B.,,et,  o^W  n  TT 
Maurt,  Croyances  et  lé,jen<les  du  M.  A.,  p.  io5.  ^'    '    ' 

(')  MiOHE,  Dict.  (les  Apocr.,  l,  387. 


—    65     — 

étoiles  et  brillait  d'une  lueur  extraordinaire;  et  elle  portait 
dans  ses  bras  un  petit  enfant  d'une  beauté  admirable.  » 

IX,  19.  Caspar,  Balthazar,  Melchior  sunt  nomina  Magorum. 

Cf.  Légende  dorée,  chapitre  XIV,  p.  88  Grâs.se  :  Très  Mani 
J/ieroso/imam  vrnerimt,  quorum  nomina  in  //ebr.ro  sunt  Une/. 

latme,  t.aspar,  Ihilthazar,  Melchior.  Jacques  de  Varazze  a 
emprunté  ces  noms  à  V  Histoire  scolasIiquctoL  i542.  Comes! 
tor  avait  pris  les  noms  grecs  des  Mages  pour  les  noms  hébreux 
et  réciproquement  :  .Jacques  de  Varazze  a  reproduit  cette 
erreur^  Pour  les  noms  des  Mages,  cf.  le  Dictilnnairc  dlla 
Bible  de  y.gouroux,  s.  o.  Mage,  col.  548.  Une  mosaïque  de 
Sant  Apollinare-Nuovo  de  Ravenne  serait,  d'après  BavetfO  le 
plus  ancien  monument  figuré  où  ces  noms  soient  indiqués. 

IX,  87.  Magi  venienlcs  a.ssiiiiipsoruiit  inmieia  lalia, 

Quia  talia  puero  videi-eiitur  congrua  et  non  alia 
Aurum  emm  propter  .sui  nobilitalem  munus  est  i-eqale 
Per  guotl  ostendohanl  pucram  regem  esse  et  .se  decere'tale 
i  hus  aiilem  ohlatio  erat  sacerdotalis. 
Et  piier  ille  erat  sacerdos  oui  nunquâm  fuit  siiualis 
Cuin  myrrha  solebaiil  antiqtii  corpoia  mortuortim  condiie 
tt  Clinstus  rex  et  sacerdos  vol  ait  pro  salute  nostra  mortèm 

[subire. 

.fj"Z\  'yi^'  ''"■i!'""}^^'  '"««^''«  obtnierunt,  dit  la  Légende 
dorée  (cl..  XI\  siib /me,  p.  g3  Grasse),  mulUplea.  estiatio. 
L  auteur  .bi  Spéculum  a  donné  l'explication  que  l'Énlise 
depuis  le  cinquième  siècle  (0,  considérait  comme  la  plns-^prol 
hjnde  :  lh„s  Deo,  mijrrham  homini,  aurum  régi,  A\l  Léon  le 
Grand  Hononus  d'Autun(.),  Guillaume  Duranti(4),  et  sans 
doute  bien  d'autres  théologiens  antérieurs  à  notre  auteur  don- 
nent la  même  explication,  mais  c'est  à  la  Légende  dorée  que 

(.)  Dans  DucuEsxE  et  B.vtet.  Mén..  sur  une  nussion  au  mont  Athos.  p.  ,„  el  .o5 

'   "'i^CLxxn  8%      ""  '"  'T  '"  "''"'  "^^  ^•""'  ""•'''«"•.  P-  ^«3: 

()l.  L.,  CLX.MI,  845.  (.)  nationale,  VI,  ,6,  $  4. 

PERDRIZET,    ÉTUDE    SLR    LE    S.    H.    S.  r 


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celui-ci  a  dû  remprunter  :  aiirurn  ad  tribalnm,  fhus  ad  sa  cri- 
/icium,  myrr/ia  ad  sepiiltnram  pertinet  mortuorum  ;  per  heec 
tria  ergo  in  Christo  intimatur  regia  potestas,  dinina  majestas 
et  humana  mortalitas. 

Quand  Joseph  et  Marie,  fuvant  le  massacre  ordonné  par 
Hérode,  parvinrent  avec  l'Enfant  à  la  terre  d'É(|ypte,  toutes 
les  idoles  de  ce  pays  tombèrent  de  leurs  piédestaux  et  se  bri- 
sèrent : 


XI,  5.   StatifH   cum   Christus  et   mater  ejiis  cuin  Jose|)h  .Egyptum 
Omiiia  idola  et  statua^  .Kyypti  comierunt.  [intraverunt, 

A  en  croire  quelques  rubri([ues('),  notre  auteur  aurait  em- 
prunté cette  léqende  à  Comestor.  Il  est  vrai  qu'elle  se  trouve 
dans    V Histoire   sco/asfif/ueQ);    mais  elle  a  été    si  répandue 
au  Moyen  Aqe,  tant  d'ouvraqes  en  ont  parlé  ('),  qu'il  paraît 
difficile    (riiuliquer   avec  certitude   celui   auquel    l'auteur  du 
Specalum  a  du  la  prendre.  S'il  fallait   en  indiquer  un,  je  pré- 
férerais, puistpie   notre  Dominicain  lisait   la  Légende   dorée, 
renvoyer  à  celle-ci.  On  y  lit  en  effet,  au  chapitre  X  {De  Inno- 
eentibus)  :    ingrediente    Domino  ^Eggptum,  secnndum  Isaiie 
vaticiniiim,  nnioersa   idola   corruernnt.   Ouanf  à   la  tradition 
elle-même,  elle  est  des  plus  anciennes  :  elle  remonte  juscpi'aux 
Evangiles   apocryphes  et   paraît   une  invention  des  chrétiens 
^'^îiyP*^  •  ^'*  finam  nrbeni  qnœ  Sotinen  dicitur  ingressi sunt ;  et 
quoniam  in  ea  nulltis  erat  notas  apnd qiiem potnissenl  hospitari, 
templum  ingressi  sunt,  qiiod  Capitoliuni  .Kggpti  vocabatur. 
In  quo  templo  CCCLX  V  ido/a  (*)  posita  erant,  quibus  singulis 
diebus  /lonor  deitatis  in  sacrilegiis  perhibebatur.  Fartuni  est 
aiitem  euni  beatissinia  Maria  cum  infantulo  templum  fuisset 
ingressa,  iiniversa  idola  prostrata  sunt  in  terra  m...  Tu  m  adim- 


(•)  B.  X.  lat.  9Ô86;  Munich  clm  18377.  (î)  Hist.  schoL,  in  Eoang.  X. 

(3)  Par  ex.  le  Spéculum  Ecchsiœ  {P.  L.,  CLXXII,  837). 

(^)  Les  Gnostiiiues  désignaient  le  Dieu  suprême  par  des  périphrases  comme 
celle-ci  :  «  Celui  dont  le  nombre  est  3G5  ..  (cf.  Perdrizet,  Isopstphle,  dans  Revue 
des  études  grecques,  1904,  p.  353).  Le  Dieu  sui)rème  unissait  en  lui,  d'après 
Basdide,  les  305  dieux  secondaires  qui  pn-sidaient  aux  365  jours  de  l'année,  quibus 
singulis  diebus  honor  deitatis  perhibebatur,  comme  dit  le  Pseudi^-Matthieu.  La 
chute  des  365  idoles  du  «  Capitole  »  de  Sotine  était  donc  la  chute  complète  des 
faux  dieux  devant  le  vrai.  Ce  passage  du  Pseudo-Matthieu  est  de  ceux  (pii  prouvent 
qiie  cet  ajH)cryphe  a  été  écrit  dans  un  milieu  imbu  d'influences  ou,  à  tout  le  moins, 
de  souvenirs  gnostiques. 


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-  67  - 

pletum  est  quod  dictum  est  per  prophetam  Isa'am  (xix,  i)  • 
hrce  Dommus  veniet  super  nubem  levem  et  ingredietur   Equp. 
tum    et  niorebiintur  a  Jacie  ejus  omnia  mantifacta  .EquntL 
rum  (Ps.-Matt/t,    Kvang.,   xxii-xxiii,  dans  Tischendorf,   £^^ 
apocr,,  2^  t^dit.,  p.  90;  cf.  Evang.  injantiœ^  X,  dans  TiscuenI 

DORF,  p.    180). 

Ainsi,  la  léqende  de  la  chute  des  idoles  est  une  invention 
nj^e,  comme  beancoiqi  d'histoires  contenues  dans  les  Evan- 
qiles,  apocryphes  ou  canoni(pies,  d'un  texte  prophétitiue  qu'il 
saqissait  de  juslilier(').  ^ 

L'art  du  Moyen  Aqe,  aussi  bien  en  Orient  qu'en  Occident 
na  qarde   d  oublier,    dans  la  représentation  de   la   Fuite   en 
Egypte,  la  chute  des  idoles.  «  Elle  se  retrouve,  dit  M.  Mâle 
dans    toutes    les   séries    peintes    ou  sculptées   consacrées  à 
1  Lnlance.   Le  treizième  siècle  lui  donna  une  forme  abréqée 
presque  hiéroqlyphi(juee).  On  ne  voit  ni  la  ville,  ni  les  prêtres,' 
m  le  temple,  comme  dans  quelques  œuvres  des  hautes  épo- 
ques. Deux  statues  tombant  de  leur  piédestal  et  se  brisant  par 
le  milieu  suffisent  à  rappeler  le  miracle.  Un  vitrail  du  Mans 
publie  par  flucher,  présente    une   particularité  curieuse  •  les 
idoles  égyptiennes  y  sont  multicolores  :  leur  tête  est  d'or  leur 
poitrine  d'argent,  leur  ventre  de  cuivre,  leurs  jambes,  peintes 
en  bleu,  semblent  de  fer,  leurs  pieds  sont  couleur  d'arqile    II 
est   évident   que  le  peintre  a  songé  à  la  statue  du  son(ie  de 
Xalmrho(lonosar.  »  Cette  façon  singulière  de  représenter  les 
idoles  d'Egypte  se  comprend  très   bien  quand  on  connaît  le 
chapitre  XI  du  Spéculum,  où  la  statue  vue  en  songe  par  Xabu- 
chodonosor  préfigure  les  idoles  d'Egypte. 


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(')  Cf.  Mâle,  L'Art  religieux  du  treicième  siècle,  2^  éd.,  p.  204. 

(-)  Quelques  remanpies  sur  des  représentations  pUis  récentes.  La  chute  des  idoles 
est  f.gur.-e  sur  le  tripty<,ue  de  Hrœderiam  nu  musée  de  Dijon  (mauvaise  reproduc- 
tion de  ce  tnptyque  dans  Wauters,  La  Peinture  Jîamande,  p.  3i,  où  le  détail  qui 
nous  ocrupe  est  omis)  et  sur  le  tripty^p.e  de  la  collection  Cardon  à  Bruxelles  fmal 
decnt  par  fioucHOT.  dans  le  texte  de  la  pi.  XI  de  V Exposition  des  primitifs  fran- 
çais :  ce  nest  jkis  u..e,  mais  deux  idoles  «lue  l'artiste  avait  représentées).  Dans  la 
lap.ssene  de  la  Fu.te  en  Egypte,  à  la  cathédrale  de  Reims  (seizième  siècle;  phot. 
nolhier,  n"  i4j,  les  idoles,  exceptionnellement,  sont  au  nombre  de  trois. 


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CHAPITRE  V 


LES  SOURCES  DU  S.  IL  S.  (suite) 
B)  L'Histoire  scolastique 


I.  Pierre  de  Troyes  et  son  Histoire  scolastique.  —  2.  Vogue  de  ce  livre  au 
Moyen  Age.  — 3.  Nombreux  emprunts  qu'y  a  faits  l'auteur  du  ^V.  //.  S.  : 
textes  sur  T  «  acrisie  »  dont  Klisée  frappa  l'armée  syrienne,  et  sur  les 
deux  derniers  Commandeiuents.  —  4-  Histoires  profanes  :  le  songe  d'As- 
tyage,  la  nostalgie  île  la  reine  de  Babylone,  Anlipater  se  justifie  devant 
César.  —  5.  Légendes  juives  provenant  de  Josèphe  :  le  serpent  avant  la 
tentation,  le  mariage  de  Moïse  et  de  Tarbis.  —  6.  Légendes  juives  em- 
pruntées par  V Histoire  scolastique  à  saint  Jérôme  et  à  Kaban  :  baggada 
{\c  Lamecb.  —  7.  Légendes  juives  empruntées  par  Pierre  de  Troyes  aux 
rabbins  de  son  temps  :  Evilmérodach  coupe  en  trois  cents  morceaux  le 
cadavre  de  Nabuchodonosor,  Ilur  meurt  sous  les  crachats  des  Juifs,  Moïse 
enfant  brise  la  couronne  de  Pharaon.  —  8.  Comment  Pierre  de  Troyes 
a-t-il  eu  connaissance  de  ces  lécjendes  :  floraison  du  rabbinat  troyen  et 
champenois  au  douzième  siècle  ;  les  descenilants  de  Kaschi.  —  (>.  Lé- 
gendes relatives  à  la  mort  des  prophètes. 

1.  —  Une  [)réti(|iii't',  par  déliiiitiou,  est  prise  de  rAiicien 
Testament.  On  voudrait  croire  que  c'est  la  lecture  de  l'An- 
cien Testament  (jiii  a  fourni  à  noire  atitenr  l<*s  préfiqures  du 
S.  II.  S,  Mais  c'est  peu  probahle,  «'tant  données  les  méthodes 
du  Moyen  Age.  «  (^e  serait  mal  connaître  l'esprit  <ln  Moven 
Age,  dit  excellemment  l'iMlitenr  du  Mistri'p  <lu  \ir/  Testa- 
ment  (').  (jne  de  sn[)poser  que  les  auteurs  des  Mystères  se 
sont  ins[)irés  directement  du  texte  sacré.  »  Je  ne  youdrais  pas 

(')  T.  I,  [).  IX.  Ou  peut  ajtuilcr  ({lU"  ce  serait  mal  coniiaitre  r(>>|)rit  du  eathu- 
lieismc.  «  Aj>j»rK[ue-toi  à  la  lecture  »,  écrivait  Paul  à  Tiniolliée,  I,  iv,  i3.  «  Los 
apôtres,  écrit  Pascal,  ont  ordonné  de  lire  »  {Pensées,  t.  II,  p.  4'^  Havel).  «  Malijré 
la  recommandation  de  Paul  à  Timothéc,  écrit  Havet  {Id.,  t.  II,  p.  46),  l'esprit  «ir 
rÉ()lis»'  cathorKiue  est  jilutôt  de  défendre  de  lire  la  Bible.  Nous  avons  »me  lettre  de 
Féuelou  à  l'évètjue  d'Arras  sur  lu  lecture  de  l'Écriture  Sainte  en  langue  vuhjaire. 
11  examine  s'il  est  à  pro]>os  d'aut(>ris«M"  les  laïques  à  lire  l'Écriture,  ri  \\  se  prononce 
nétjativement.  Il  va  jusciu'à  dire  :  .<  11  faut  avouer  que  si  un  livre  de  pié-tc,  tel  (juc 
«  Ylniitatio/i  dr  ,/.  C.^  ou  le  Combat  spirituel,  ou  le  Guide  des  pécheurs,  contenait 
«  la  centième  partie  des  difQcullés  qu'on  trouve  dans  rÉcriturc,  vous  croiriez  en  devoir 


1 


A 


—      69      — 

dire  que  le  docteur  à  qui  Ton  doit  le  S,  H,  S,  n'a  jamais  lu 
la  Bible  ;  mais  je  suis  sûr  que,  quand  il  «  compila  »  son 
livre,  il  devait  se  servir,  au  lieu  de  la  Bible,  d'un  résumé  de  la 
Bible.  Ce  résumé,  c'est  le  plus  célèbre  des  ouvrages  composés 
au  Moyen  Age  potir  répandre  la  coimaissance  de  l'histoire 
sainte,  le  livre  qui,  de  la  fin  du  douzième  siècle  jusqu'à  la 
Uéformation,  s'est  interposé,  comme  une  verrière  trouble, 
entre  la  Bible  et  les  fidèles  :  c'est  la  fameuse  Histoire  scolas- 
tique, de  Pierre  de  Troyes,  le  «  Maître  des  Histoires  ». 

Pierre  de  Troyes  — preshi/ter  Trecensis,  dit-il  modestement 
dans  la  dédicace  de  son  Histoire  —  était,  dans  sa  ville  natale, 
chargé  an  scholasticat  (juand  il  fut,  en  1 147,  promu  à  la  dignité 
de  doyen.  En  ii()4,  il  fnt  nommé  chancelier  de  l'église  de 
I^iris.  En  cette  qualité,  il  eut  à  Paris,  connne  il  l'avait  eue  à 
Troyes,  la  surveillance  des  écoles  :  c'est  pour  les  besoins  de 
renseignement  qu'il  publia,  en  11  yS  croit-on,  sur  le  plan  de  la 
Bible,  une  longue  Histoire  Sainte  cpii,  pour  avoir  été  adoptée 
dans  les  écoles,  a  reçu  le  nom  iïl/istoria  scholcistica.  Ses  im- 
menses lectures  avaient  valu  à  Pierre  de  Troyes  le  surnom  de 
«  Mangeur  de  livres  »  (Manf/f/cator,  domestor)^  qui  rappelle 
celui  de  Chalcentère  qiu'  les  Alexandiins  avaient  donné  à 
Didyme.  [.'Histoire  scolastique  n'est  pas,  à  beaucoup  près,  la 
plus  imposante  de  ses  productions  :  ses  commentaires  sur 
l'Eyangile  forment  un  eusemble  beaucoup  plus  vaste,  tellement 
vaste  (ju'il  a  fait  reculer  les  ('ditenrs  du  fjtiinzième  et  du 
seiziènu'  siècle  ('). 

2.  —  Le  succès  de  V Histoire  srolustique  a  été  prodigieux.  II 
est  attesté  pai'  le  nomhre  des  manuscrits,  des  traductions  et 
des  éditions (')  de  l'œuvre  même,  comme  par  la  multitude  des 
auteurs  qui  s'en  son!  inspirés (').  Si,  dans  les  pays  où  la  l\é- 


(f  défendre  la  lecture  dans  votre  diocèse.  »  <<  Lue  sans  notes  et  sans  explication, 
l'Écriture  sainte  e>t  un  poison  •>  (J.  dk  Maistixe,  Les  soirées  de  Saiid-l'étersbourg, 
J'aris,   182 1,  II,  |>.  .'^V'î).  Cf.  Mài.e,  L'Art  reli;/ien.v^,  p.  rîoS. 

(•)  Sur  Picrn-  il»'  Troyes.  cf.  les  notices  d'OuDiN  et  de  Fabricius  réim[)i'imées 
par  Mit)ne  m  tète  de  miu  «(litiou  de  Yllist.  scol .  (P.  A.,  GXGVIII,  Io4">);  VHisl. 
lift,  de  la  Francr,  t.  \I\'.  p.  12,  avec  les  compléments  (I'Hauukau,  Not.  et  e.rtr. 
de  la  fiild.  Xaf.,  t.  I,  |».  o.l.f.  encore  Anecdotrs  hisf.  iiréi's  d' Etienne  de  Bourbon, 
éd.  Lectty  de   La   Marche,    p.  /JiS,  et    (irôbeb,  Grimdriss,  II,   i,   187. 

(*)  Cf.  Yliist.  litt.  dr  la  Fr.,  XIV,  p.  i5,  d'après  Fabricius.  \S Histoire  scolastique 
fui  traduite  en  français  par  Guiars  des  Moulins  vers  i2ji  (Grober,  Grundriss,  II,  1, 
r^2);  la  traduction  de  Guiars  a  ('té  impriuK'e  j)ar  Vi-rard  pour  Charles  VIII. 

(\)  Cf.  iiHônyn.' (i/i.  laud.,  p.  71.'),  728,  "jCh),  86.5. 


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forme  a  triomplié,  ce  livre  perdit  sa  vofjue  dès  les  premières 
prédications  des  réformateurs,  il  la  (p^rda  jusqu'à  la  fin  du 
dix-septième  siècle  dans  les  pays  restés  fidèles  à  la  foi  romaine. 
Richard  Simon,  en  i685,  s'exprimait  ainsi  à  ce  sujet  (')  : 
«  Pierre  Comeslor  s'est  rendu  autrefois  célèbre  dans  toute 
rE(|lise  d'Occident  par  le  livre  qu'on  nomme  encore  aujour- 
d'hui Ilistorid  st'holastica,  où  il  a  renfermé  à  sa  manière  toute 
l'histoire  de  la  Bible,  depuis  la  création  ilu  monde  jusqu'à 
l'ascension  de  Xotre-Seigneur.  Son  dessein  n'a  pas  été  de  rap- 
porter simplement  les  paroles  de  rÉcriture,  mais  de  les  expli- 
(juer  quelquefois,  soit  par  les  Pères,  soit  par  les  histoires  des 
auteurs  profanes  (pi'il  a  aussi  insérées  dans  son  livre  :  de  sorte 
({ue  cette  Histoire  de  la  Bible  n'est  pas  tout  à  fait  pure.  La 
plupart  (au  Moyen  Aqe)  lisoient  l'Ecriture  dans  celte  Histoire 
scolasti([ue  de  Pierre  Comestor  {)lntot  que  daiis  les  versions 
de  la  Bible,  ce  qui  fut  cause  ([u'on  négrujea  l'étude  de  l'Ecri- 
ture Sainte,  n  Et  en  1690,  revenant  de  nouveau  à  Pierre  Co- 
meslor, Uichard  Simon  disait  (^)  :  «  Il  n'y  avoir  rien  en  ce 
leinps-là  (au  Moyen  Aqe)  de  plus  qrand  ni  de  plus  estimé  pour 
l'Ecriture  Saint»»,  (pie  le  Pierre  Comeslor  qui  a  été  traduit 
dans  phisieurs  langues  de  l'Europe  :  on  ne  lisoit  hi  Bible  que 
de  la  manière  (pr«'ll«'  «Moit  dans  ce  coni[)ilateur,  rt  avec  ses 
gloses.  Cet  usaffe  a  duré  longtemps  en  France.  »  L'ainiée 
même  où  Richard  Simon  écrivait  ces  lignes,  \  Jlistitii-e  sco- 
lastique  était  réimprimée  à  Madrid.  Encore  au  dix-huitième 
siècle,  même  dans  le  clergé  de  France,  alors  pourtant  si  éclairé, 
elle  gardait  (b^^  bn^feur<  :  un  abbé,  Xadal.  cii  extra vrtit  tine 
tragédie  sur  le  mariage  de  Moïse  avec  Tarbis,  piincesse  éthio- 
pienne ('). 


3. — •  Dans  certains  passages  du  V.  //.  s.,  r.'mpinnl  fait  à 
YHisfoire  srniitstiqno  est  (h'M»'!»''  par  des  indices  si  pr«''cis,  si 
paiticuliers,  qu'il  iie  saurait  faiie  dnule  :  lels  le  passage  eon- 
cernant  Vacrisie  dont  Elisée   tVa[>pa   Tarmée  svrienne,  ou  en- 


{*)  Ilisfoirr  critif/ue  du   Vieux  Testament  (RoWcrdaiu,  i68ô).  t.  I.  p.  'ji3. 
(-)  Histoire  critiqua'  i/ii  Xoureau  Testament  {Ri)Hcn\aiu,   \h<jo].  t.  II.  p.  .H20. 
(»)  L'abbt*  Nailal  était  de  l'Acadt'mie  des  inscriptions.  Sa  pièce,  imprimée  eu  i-3H. 

ne  fut   jtas  jouée  :  le  sujet  fut  jur|é  dan<jereux,  et  la  représenlalidu   interdite  (.  f.  Le 
Misterr  tiu   Vie!   T^stauwnt,  •■.!.  j.  ,!,>  KotliM-hiM.  t.  III.  y.  xr.). 


I 


I  ,.,,jH^^y^^ 


-**éa 


^ÏPi 


.1 


—  71  ~ 

core  le  commentaire  des  deux  derniers  commandements  du 
.  Décalogue. 

xvn,  25.  O  deinentissimi  Jiidiei... 

Nonne  vldetis  Chiistum  solum  potontiorem  vobis  omnibus 
59.  Posset  vos  ppreutcre  CcÇeitate  et  acrisia,  [esse  ?... 

Sicut  sub  Elisa'o  percussus  fuit  exercitus  de  Syria. 

Si  notre  auteur,  pour  désigner  l'  «  hallucination  négative  »(•) 
dont  Elisée  frappa  l'armée  des  Syriens,  s'était  servi  seulement 
du  mol  CiPritate,  qui  est  celui  de  la  Vtdgate  (IV  I\e<j.  vi,  i8), 
on  pourrait  croire  qu'il  connaissait  cet  épisode  directement 
par  les  livres  saints.  Mais  le  mot  acris'a,  (pii  glose  cxcitate, 
décèle  rem|)runl  à  Comestor  :  cf.  llist.  schoL,  lih.  IV  lieg,  ix  : 
cil  m  intrurent  hostes  ad  e  uni,  orante  P^lisœOy  perciissit  eos  Do- 
mimis  rircitdic,  non  onmi  qiiidcm,  sed acrisia,  ne  eiim  agnosce- 
vent.  Une  note  additionnelle  à  ce  chapitre  de  V Histoire  sco- 
/astique  explique  joliment  le  mot  acrisia  :  amentia  uisiis,  sci- 
tiret  qiiando  qii.rriiims  quod in  manu  tenemus.  Il  est  regrettable 
pour  Du  Cange  qu'il  ait  ignoré  ce  passage  de  Comestor,  (juand 
il  a  écrit  dans  son  Glossaiit»  dti  latin  nH'dit'val,  s.  r.,  tpi'acri- 
sia,  arrois.'a  étaient  des  formes  fautives  pour  aorasia,  dont 
s'étaient  servis  les  Septante  en  cet  endroit  de  la  Bible. 

X,  14.  hi  labulis  Movsi  scripta  erant  decem  j»ra'cepla  iJei  ; 

<Jiia'  propter  legentlum  ot  audienliiim  utilltatom  liic  annotabo 

Kl  brevi  quadani  glostila  elueidabo. 

Primum  est  :  Deos  alienns  non  adoiabis... 

Nouuiu  est  :  Domum  vel  agriim  proximi  lui  non  dtbes  desiderare, 

Tali  videlicel  mente  «juod  velles  tibi  ciim  siio  damno  adoptare. 

iJt'ii.Tium  est  :  Uxorem,  sorviim.  ancillam  proximi  non  con(U|tiscas. 

Pra'cedens  de  ro  immobili,  isliid  de  mobill  iiUelligas. 

Ibec  (bin  iiltiiiin  {>i\e  epta  in  millo  videutiir  dist'i-epare, 

Nisi  <jiiO(l  res  mobiles  vi  immobiles  voliiiit  designare. 


(•)  J'emprunte  celte  expression  à  la  terminolojie  consacrée  par  les  travaux  de 
l'Érole  de  Nancy  (cf.  LiÉ(;eois,  De  la  suf/tjestion  et  du  somnauilmlisine,  Paris, 
188.»,  p.  324).  A  l'approche  des  Syriens  venus  pour  le  prendre,  Elisée  frappe  son 
serviteur  (i'  «  hallucinalinn  positive  n  :  il  lui  fait  voir  des  cavaliers  et  des  chars  de 
feu  (IV,  Rois,  Vf,  17)  accourus  censément  pour  les  défendre  tous  deux,  le  propliète 
et  lui,  contre  les  Syriens;  et  [x>ur  éch-ipper  aux  Syriens,  \\  les  frappe,  non  pas 
d"aveu<jlement,  comme  le  dit  la  Vulijale,  mais,  comme  le  dit  Vllistoire  scola.stique, 
d'une  aherration  de  la  vision,  amentia  uisiis,  dont  la  descri[)tion,  telle  que  la  donne 
la  Bible  (v.   iH-:>u).  indi.pie  exaclem^^nt   un  cas  d'hallucination  négative. 


I 

M 


n 


i 


—   72   — 

Le  Décalo<jiio  cathûlH[iie  dilÏÏTe  en  deux  points  du  Déca- 
Io(]uo  biblique.  Les  deux  premiers  counnaudeinculs  de  celui- 
ci  (1°  tu  n'auras  pas  d'autres  dieux  (jue  moi  ;  2  lu  n'adoreras 
pas  d'imarjes)  sont  dans  celui-là  réduits  à  un  seul,  ou,  plutôt, 
l'Église  catholique  a  supprimé  le  second,  (pii  eut  condamné 
les  imaqes  et  doimé  raison  aux  iconoclastes.  D'autre  part, 
la  Décaloque  catholi(jue  scinde  en  deux  le  dixième  comman- 
dement mosaïque.  Notre  auteur  justifie  cette  division  d'une 
façon  surprenante,  en  alléguant  la  distinction  juridi([ue  des 
biens  mobiliers  et  immobiliers.  Il  tant,  [)our  comprendre  ceci, 
se  rappeler  (jue  le  droit  du  Moyen  Age  établissait  une  diffé- 
rence profonde  entre  les  biens  meubles  et  immeubles  :  vilis 
mobiliiim  possessio  (').  Les  biens  immobiliers  seuls  étaient 
considérés  comme  devant  produire  des  fruits  :  les  biens  mobi- 
liers, dont  faisait  partie  l'argent,  devaient  rester  stériles. 

C'est  à  Comestor  (jue  l'autf'ur  du  S,  //.  ^\  a  euq)runté  sa 
(jlosiila  sur  les  neuvième  et  dixième  commandements  :  lYoniim 
privcejitum  :  «  Xon  conciipisces  dotnum  proxi/ni  tui.  »  Sccun- 
diini  Aiiguntiruun,  hic prohibetconcupiscentiam  reialienœ  irnmo- 
hilis.  Decinuiin  prœceptum  :  «  Xon  desiderabis  uxorem  ejtiSy 
non  servuniy  non  ancillani  nec  omnia  qiur  illins  sunt.  »  Ilic 
aufeni  prohibet  concupiscentiani  rei  niobilis  (/Jisf.  schoL,  lib, 
Exodi,  XL). 

Ainsi,  d'après  Comestor,  ce  serait  sain!  Angusliii  qui  aurait 
appli(jiié  à  l'iiilerprétation  de  la  lin  du  Décalogue  la  distinc- 
tion juri<li(|ue  des  biens  meubles  et  iinnicubles.  I/assertion  est 
sur[)ronaiite,  car  on  n.-  saciu'  pas  (ju'au  temps  de  saint  Augus- 
tin cotte  distinction  eut  déjà  l'importance  qu'elle  prit  pour  le^ 
juristes  du  Moven  Age.  11  est  vrai  (\\u^  saint  Anqnstin  s'est 
prononcé  pour  la  fusion  des  deux  premiers  commandements 
en  un  seul,  et  pour  la  division  «In  dernieF'  m  deux  :  mais  c'est 
tout  ce  <|n'il  faut  retenir  du  secnndiiin  Au(/f/s/i/in//i  de  Co- 
nu^stor.  Saint  Augustin  foinnile  ainsi  le  neuvième  commande- 
ment :  Xon  concn/tisces  nxorern  proxiini  tni,  et  le  dixième  : 
i\on  connipisres  donuim  proximi  tnt,  nt'ijuc  iKjtnni  r/ns, 
neqnc  sermun  ejns  {').  La  distinction  établie  par  les  deux 
commandements  ainsi  formulés  ne  concerne  j)as,  cojnme  on 
voit,  les  biens  meubles  et  immeubles,   mais  la  nature  très  di- 


r 


y 


.  r.-^ 

verse  des  objets  sur  les(juels  peut  se  porter  la  concupiscence, 
d'une  part  la  femme,  d'autre  part  les  biens  de  fortune,  —  la 
femme,  qui  éveille  la  concupiscence  de  chair,  d'où  naît  le 
péché  d'impureté  ;  les  biens  d'argent,  qui  éveillent  la  concu- 
piscence des  yeux,  d'où  naît  le  péché  d'avarice.  Dom  Morin, 
l'un  des  érudits  les  plus  versés  dans  les  questions  augusti- 
niennes,  veut  bien  m'écrire  ceci  :  «  Je  ne  connais  rien,  même 
dans  les  Apocryphes  de  saint  Augustin,  ({ui  justifie  l'assertion 
de  Pierre  le  Mangeur.  » 

4.  —  Richard  Simon  remarque  que  «  l'Histoire  biblique  de 
Pierre  Comestor  n'est  i)as  tout  à  fait  pure  ».  Elle  est  mêlée, 
en  effet,  de  renseignements  sur  l'histijire  profane  :  De  historiis 
etlinicorum,  dit  Comestor,  quxdant  incidentia  pro  ratione  teni- 
jtornin  inserni  (').  Non  qu'il  ait  compris,  avant  nos  orienta- 
listes contemporains,  l'impossibilité  de  séparer  l'histoire  juive 
de  celle  des  peuples  avec  lesquels  les  Juifs  ont  eu  affaire  :  si 
Comestor,  soit  à  la  fin  d'un  chapitre,  sous  forme  (Vinridenfia, 
soit  dans  le  corps  même  d'un  chapitre,  donne  des  détails 
parfois  assez  circonstanciés  sur  l'histoire  profane,  c'est  simple- 
ment par  obéissance  respectueuse  aux  traditions  du  genre 
histori(|ue,  telles  que  les  avaient  fixées  les  annalistes  de  Fanti- 
<juité  et  les  ju'emiers  auteurs  d'histoires  universelles (^). 

Ainsi,  le  Moyen  Age  trotivait  pêle-mêle  dans  Comestor  l'his- 
toire sainte  et  l'histoire  profane.  Il  n'a  ])as  distingué  entre  l'une 
et  l'autre.  Et  il  ne  le  pouvait  pas,  ses  théologiens  ne  le  lui 
eussent  point  jHMinis.  Car  tous  les  événements  antérieurs  à  la 
vie  du  Christ  étaient,  poui-  la  théologie  du  Moyen  Age,  des 
préfigures  de  l'histoire  évangéli<pie.  Comestor,  se  reidermant 
strictement  dans  sa  làclie  dliistorien,  n'avait  pas  indi<jué  le 
sens  caché  de  ces  évtMiements  :  pebujns  inystei'iornm  pentio- 
ribus  relinquens,  dit-il  dans  sa  dédicace.  L'auteur  du  ^^.  //.  S. 
s'est  proposé  de  dégager  ce  sens  caché,  en  apj)liquant  la  mé- 
thode allégori(jue  à  des  faits  de  l'une  et  de  l'autre  histoire, 
indistinctement,  aussi  bien  à  l'histoire  profane  qu'à  l'histoire 
sainte.  C'est  ainsi  (pie  le  songe  d'Astyage,  la  nostalgie  de  la 
favorite  de  Nabnchodonosor,  le  geste  d'Antipaler  montrant  à 


I 


(')  Cf.  Pi.AMOi-,   Trailé  <le  droit  civil,  4»  ^.^\,  (l'aris,   190O).  I.  ],  p.  632. 
(*j  Quwst.  in  J/tpiuL  II,  -i  (/..  /'.,  XXXIV,  C20> 


(»)  Dédirai  e  dr  ïlli.sf.  .srol.  ;«  larchcvèque  de  Sous  (y\  L.,  CLXXXVll,  io54> 
(«)  Se  rappeler  la  Chronique  de  Paros  et  la  BilAiotheqiu-  hiduiiqae  de  Diodore. 


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XXXIX, 


-    74    - 

César  les  cicatrices  de  ses  blessures,  sont  devenus  des  pré- 
fjyures  de  l'iiistoire  de  Marie  et  de  J^sus. 

m,  4i-  Rex  Astyages  visioncm  mirabilem  videhat, 

Quod  videlicet  de  utero  filiie  siut  vitis  pulcherrima  crescchat, 
Oua'  foliis  et  frondihus  se  amœnissimc  dilatabat 
Et  fructiis  profereiis  totuni  regnum  siiiim  obiimbrabat... 
Dictiim  est  ei  qiiam  inter[)retationem  hcec  visio  gerat, 
Ouod  videlicet  de  filia  sua  rex  magnus  nasciturus  erat. 
Hiec  fliia  post  ha»c  Cyrum  regem  generavit. 

Cf.  Coinestor,  //.  S.,  lih.  Danie'is,  XVI  (De  Ci/ro)  :  Ctjrusfui't 
nepos  Asti/agis  ex  filia.  Porro  Astijatjes  uniram  hahitit  fiiam, 
et  vieil/  somniiim,  quod  de  fjenitalihusfdix  oriehatur  uitis,  qiue 
totam  occiipahat  Asiam,  et  arrepit  a  conjectordms  se  hahitiiruni 
nepotem  exJîUa,  qui dominiis  esset  Asiie;  d'après  Jusliii,  1,  4  : 
Astyages  per  somnum  vidif  ex  noturalUnis  fliœ,  qiiam  iinicain 
habebat,  vitem  enatam,  ciijus  palmite  ornnis  Asia  obumbra- 
relur;  consiilti,  arioli  dixerunt  ex  eadem  fdia  nepotem  eifiitu- 
mm,  ciijus  maijnitndo  pnenuntiaretur, 

V,  55.  Qualiter  Maria  Deo  servivil  et  quani  vitani  amplexabatur, 

Hoc  in  horto  illo,  qui  suspensus  dictus  erat,  pra'figurabatur. 
Oueni  rex  Persaruin  uxori  suiv  in  alla  strurtm-a  plantavit, 
Do  quo  patriam  suam  de  longe  contemplari  desideravit. 

Cf.  Comestor,  //.  S.,  Idt.  Dtmielis,  V  :  Xalmchodonosor 
superpluntarit  hortiim,  qui  suspensdis  dicebatiir,  eo  quod  uxor 
ejus,  qux  in  finibus  Medix  nutrita  fuerat,  regionem  suam  a 
longe  videre  desideraret.  Par  une  erreur  qui  n'est  pas  impu- 
table à  Comestor,  le  Spéculum  a  fait  de  la  reine  de  Babvlone 
une  reine  de  Perse.  C'est  à  Josèphe  {Ant.  Jud.,  X,  n)  (pn» 
Comestor  a  pris  l'histoire  de  la  nostal(|ie  de  la  sultane  l)abv- 
lonienne.  Diodore  (II,  T»)  tait  le  même  récit  (jue  J(>sèphe;  cf. 
encore  Qninte-Curce,  V,  i,  35,  et  Pline  l'Ancien,  XIX,  5. 

II     Aiitipater,  miles  strenuus,  delalus  fuit  iiiiperatori  Jtdio, 
Quod  iufidelis  et  inutilis  miles  fuiss«'t  Homauo  imperio; 
Quaproplor  ille,  se  exueus.  nudus  coram   impcratore  assislebal 
Et  ei  cicatrices  vulnerum  suoruui  coram  omnibus  ostendebat, 
Dixitque,  non  esse  opus  se  verbis  expurgare, 
Cum  cicatrices  videreutiir  ejus  fldelitatem  acclamare  ; 
Quod  videns,  Ca'sar  ejus  excusationem  approbabat 
Et  eum  tidelem  et  strenuiiiu  uniitem  aftirmabat. 


1 


1 


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i 


-  75  - 

Cf.  Hist.  scliol.,  lift.  Il  Macch.,  XIV :  Eo  tempore  Antipatruni 
et  Ilircanum  cviminabatuv  Antigoniis  apiid  Cxsarem,  dicens 
eorum  consilio  patreni  suum  et  f rat  rem  interiisse.  Ad  hoc  Anti- 
pater,  veste  projecta,  multitudinem  vulnerum  demonstrans, 
verbis  non  opus  esse  dixit,  cum  cicatrices,  se  tacente,  clama- 
rent  ipsuui  fuisse  fidelem  IXomanorum.  Comestor  a  emprunté 
cette  histoire  à  Josèphe,  (hierre  des  Juifs,  I,  8,  ou,  moins  pro- 
bablement, au  IV*"  livre  des  Maccliabées,  chapitre  43  (Migne, 
Dict.  des  Apocryphes,  ï,  810). 

5.  —  Les  ouvraçies  historiques  de  Josèphe  avaient,  pour  les 
docteurs  du  Moyen  Age,  un  attrait  singulier.  Xnl  doute  qu'ils 
ne  considérassent  les  Antiquités  judaïques  comme  le  com- 
mentaire le  plus  précieux  et  le  pins  autorisé  de  l'Ancien 
Testament  (').  Comestor  doit  beaucoup  à  Josèphe.  Il  h'  cite  à 
chacine  instant.  Il  lui  emprunte,  sans  hésiter,  les  légendes  les 
plus  naïves.  Deux  des  fables  d'origine  juive,  que  contient  le 
Spéculum,  dérivent  de  Josèphe,  par  le  canal  de  Y  Histoire  sco- 
bistique  :  la  légende  de  la  béte  dont  Satan  prit  la  forme  pour 
tenter  Eve,  et  la  légende  du  mariage  de  Moïse  avec  Tarbis, 
princesse  de  Saba. 

I,   II.  Diabolus,  homiui  iuvideus,  sibi  insidiabatur 

Et  ad  pnecepti  traugressiouem  ipsum  iiiducere  nitebalur. 
Quoddam  ergo  geuus  serpentis  sibi  Diabolus  eligebat. 
Qui  tune  erectus  gradiebatur  et  caput  virgineum  habebat. 

Cf.  Comestor,  //ist.  srhol.,  lib.  (ien.,  X XI  :  Lucifer  invidit 
homini...  Muliereni  minus  providam  et  certam  per  serpenteni 
aggressus  est,  quia  tune  serpens  erectus  est  ut  homo,  et  adhuc, 
ut  tradunt,  phareas  (')  erectus  incedit.  Elegit  etiani  quoddam 
genus  serj)entis,  ut  ait  Beda^  virgineum  vultum  habente/n, 
quia  similia  similibus  applaudunt.  Les  Juifs  avaient  conclu 
de  la  malédiction  lancée  par  Dieu  contre  le  serpent  ("')  que 
la  béte  dont  le  diable  avnit  pris  la  forme  pour  tenter  Eve 
devait  avoir  été,  avant  d'être  condamnée  à  ramper,  tout  autre 


(')  Cf.  BouTARU.,  dans  Heu.  des  quest.  historiques,  XVII,  j».  8. 
(-)  Sir  MiG.NE.  On  attendrait  jtttreias,  du  groc  ri-^iii;- 

(*)  Et  (lit  Dotninus  Deus  ad  ser/jenteni  :  Quia  fecisti  hoc,   niulfdirtus  es  inter 
omniu  unimantia  et  bestius  terrs  ;  super  pectus  tuant  gradieris  {Gen»  III,  i!\). 


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~    7^    - 
chose  qu'un  serpent;  crautre  part,  si  Satan  en  avait  pris  la 
terme,  c'est  que  cette  bête  devait  être  alors  la  plus  merveil- 
eiise  de  la  création;  le  serpent,  tel  qu'il  est  depuis  la  ma- 
lédiction, ne  ressemble  pas  plus  à  ce  qu'il  était  dans  le  jardin 
d  Eden,  que  les   anges  déchus,   devenus  depuis  l'instant  de 
leur  cluKe  d'horribles  démons,  ne   ressemblent   à  ce   qu'ils 
étaient   quand  ils  entouraient  le  trône  de  Dieu.  Josèphe  (') 
parle  de  la  beauté  du  serpent  et  des  quatre  pieds  qu'il  avait 
alors    «  Adam  et  Eve,  lit-on  dans  l'Apocrvphe  éthiopien  du 
fMm/,af  dAdain  et  d'Eve  contre  Satan{%  rencontrèrent,  quel- 
que temps  après  avoir  été  chassés  du  paradis,  le  serpent  dans 
leipiel  Satan  s'était  transformé  pour  tromper  Eve;  il  léchait 
tristement  la  poussière  et  se  traînait  à  terre  sur  la  poitrine,  à 
cause  de  la  malédiction  du  Seigneur.  Autant  il  avait  été  élevé 
autrefois,  autant  il  était  abaissé  maintenant  ;  il  était  abaissé 
au-dessous  de  tous  les  animaux;  lui  qui  avait  été  le  plus  beau, 
était  devenu  îe  plus  hideux;  lui  qui  avait  mangé  de  bonnes 
choses   était  réduit  à  dévorer  la  poussière,  et  toui  les  animaux 
qui,  jadis,  attirés  par  sa  l>eauté.  accouraient  auprès  de  lui    le 
juvaient  maintenant.  »  Tous  les  Orientaux  ont  répété   cette 
légende,  aussi  bien  les  Musulmans  et  les  Chrétiens  que  les 
Juifs.  Avant  la  faute  d'Eve,  racontent  les  Musulmans,  le  serpent 
surpassait  en  beauté  tous  les  animaux,  et  il  était  leur  roi   Sa 
tête  était  comme  un  rubis,  ses  veux  comme  des  émeraiules'.  sL 
taille  était  celle  d'un  chameau,  son  corps  était  ,liapré  des  plus 
vives  couleurs;  ses  cheveux,  pareils  à  ceux  d'une  jeune  fille, 
exhalaient  une  odeur  de  musc  et  d'ambre,  etc.  (Q. 

xxxvni,  5.  Per  Mariam  enim  protecti  sumus  a  Dci  indignationc  • 

L>uo(l  figHratum  est  in  Tarbis,  filia  régis  Saba,  et  MoVse. 
Movses  cum  exercitu  .Kgvptiorum  urbem  Saba  obsedit, 
>cc  eral  aliquis.  qui  haiic  obsessionem  dissolvere  sufTpcit  • 
Farbis  aiitem.  filia  régis,  in  eadem  urbe  habitavit. 
Qua»  urbem  ab  .»hsidione  hoc  modo  liboravit  : 
Movses  orat  amabilis  valde  et  pulrher  adspectu, 
^>uem  filia  régis  de  mum  coutemplabatur  crebro  respectu, 
Kr  m  tautuin  ei  pulchritudo  Moysi  cornplaoebat, 
<Juod  eurn  in  sponsuin  habere  clesideranter  satagebat  ; 


(•)  Antiq,  J,oL,  I.  ..  '  (.)  M,G>-E.  Dict.  des  Aporr.,  I.  3o4. 

(  ')  Weil,  Bih/.  Legenden  der  Mus^-Imânn^r,  p.  23  ;  >Ug>-e,  Dut.  des  Apocr.,  1. 3^, . 


+-;*»IV»-/-.j, 


J 


'•  i 

■ 


Tandem  patri  suo  desideriuni  suuni  aperuit 

Et  se  xMoysen,  principem  exercitus.  diligere  asseruit; 

Placuit  hoc  régi,  et  complevit  filia^  voluntatem, 

Dans  Moysi  filiaiii  et  cuin  ea  ipsam  civitatem, 

Et  sic  cum  adjutorio  Tarbis  et  ejus  consilio 

Liberati  sunt  inclusi,  et  dissoluta  est  obsidio. 

Comme  l'indique  la  rubrique  du  ms  Bibl.  Xat.  lat.  9686,  la 
légende  du  mariage  romanesque  de  Tarbis,  princesse  d'Ethio- 
pie, avec  Moïse,  est  prise  de  Comestor,  //.  S.,  lib,  Exodi  M 
{De  iixore  Moysi  .Lthiopissd)  :  Erat  Moi/ ses  uir  bellicosas  et 
peritissimus.,.  .Ethiopes  expugnans  inrlusit  eos  fagientes  in 
civitatem  Saltaregiam...  Quam  cum,  quia  inexpiignabilis  erat, 
diutins  obsedisset,  ociilos  siios  injecit  in  eum  Tarbis  filia  régis 
jEthiopum,  et  ex  condicto  tradidit  ei  civitatem,  si  diiceret  eam 
nxorem,  et  ita  Jactiim  est.  Inde  est  qiiod  Maria  et  Aaron 
jurgati  sunt  adversus  Moysen  pro  uxore  ejus  /Ethiopissa.  De 
Vllistoire  scolastique,  cette  légende  a  passé  non  seulement 
au  S.  II.  S. y  mais  au  Spéculum  historiale  (IIL  2)  et  au  Mis- 
tére  du  Viel  Testament,  v.  233oi  et  suivants  Q)  : 

MoYSE.   Depuis  à  une  Ethiopisse 

F'ille  du  rov.  Tarbis  nommée. 
Me  mariay,  par  renommée 
Oue  j'avoye  d'estre  vaillant. 

Comestor  l'avait  empruntée  à  Josèphe,  Ant.  Jud.,  II,  5.  Elle 
a  sans  doute  pour  origine  le  passage  des  Xombres  auquel  ren- 
voie Vllistoire  scolastique  (Jocuta  est  Maria  et  Aaron  contra 
Moyses  propier  uxore  m  ejus  .Ethiopissam). 

6.  —  Mais  toutes  les  légendes  juives  que  Comestor  a  reçues 
dans  son  Histoire  Sainte  ne  proviennent  pas  de  Josèphe; 
beaucoup  proviennent  des  rabbins.  Vllistoire  scolastique  et 
les  ouvrages  analogues,  dont  la  lecture  a  tenu  lieu,  pour  le 
Moyen  Age,  de  celle  de  la  Bible,  «  ne  dérivent  pas  unique- 
ment de  la  Bible  :  les  légendes  empruntées  aux  Apocryphes 
V  figuraient   nn   mt'Vûo   titre  que  les  épisodes  tirés  des  li\Tes 


(')  Sur  les  traditions  relatives  au  maria.|e  de  Moïse  avec  la  fille  du  roi  d'Ethio- 
pie, cf.  Bru>et,  Le  violier  des  histoires  romaines,  p.  27. 


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-    78    - 

caiionlquos  ;  bien  [)lus,  les  traditions  lalmudi({iies  y  occu- 
paient une  certaine  place (').  »  L'art  du  Moyen  A(je  représen- 
tait la  Synafjo()ue  avec  un  bandeau  sur  les  yeux  el,  dans  la 
main,  un  sceptre  brisé  :  ce  type  icono(jrapirK[ue  ne  sendjle 
pas  très  exact,  quand  on  se  rappelle  le  crédit  dont  jouirent 
alors  les  fables  juives.  L'auteur  du  S.  H,  S,,  pas  plus  cpie  les 
autres  auteurs  chrétiens  du  Moyen  A(|<\  n'a  échappé  à  la  con- 
tagion des  lérjcndes  orientales.  Des  annotations,  en  marge  de 
certains  manuscrits  du  Spéculum,  constatent  le  fait,  non  sans 
surprise  :  Idlinudica  fuhelhi,  lit -on  dans  un  manuscrit  de 
Munich  (clm  234.'^3),  en  marge  de  l'histoire  de  Tarbis.  Dies 
schnieckt  auch  nach  de  in  Talinud,  dit  une  note  du  même 
manuscrit  à  propos  du  deuil  centenaire  qu'Adam  et  Eve  au- 
raient gardé  après  la  mort  d'Abel. 

Ces  légendes  rabbini([ues  qui  s'étaient  imposées  à  la  cré- 
dulité du  catholicisme  médiéval  sont  pour  le  folk-loriste  un 
attrayant  siijet.  Aussi  connues  des  fidèles  que  les  histoires 
au(henti((uement  bibliques,  elles  ont  doimé  lieu  h.  des  repré- 
sentations figurées,  d<mt  l'archéologue  chercherait  en  vain  l'ex- 
plication dans  la  Bible.  Nous  ne  pouvons  nous  soustiaire  à 
l'obligation  de  donner  des  renseignements  précis  sur  toutes 
celles  dont  notre  auteur  a  parlé,  et  qui,  par  le  S.  II.  S,,  se  sont 
introduites  dans  le  répertoire  de  l'imagerie. 

Au  moment  d<'  me  risquer  sur  un  terrain  (pii  n'est  pas  le 
mien,  je  ne  me  dissimule  pas  les  difficultés  de  ma  tenlalive. 
«  L'histoire  de  la  littérature  juive  du  Moyen  Age,  écrit  Henan, 
a  toujours  été  considérée  comme  le  domaine  propre  des 
savants  israélites.  Lu  philologue  ([ui  ne  s'est  point  préparé 
dès  l'enfance  au  rabbiiuit  aurait  une  peine  extrême  à  se  mettre 
au  courant  de  ces  études  et  n'y  dépasserait  pas  la  médio- 
crité (').  »  Aussi  bien  n'ai-je  pas  la  prétention 

D'éclaircir  des  Rabbins  les  savantes  ténèbres  (î), 

ni  de  traiter  eœ  professa,  et  d'une  façon  exhaustive,  le  sujet 
auquel  je  suis  obligé  de  loucher.  Je  voudrais  simplement,  en 


—     70     — 

m'aidant  des  recherches  de  spécialistes  autorisés  ('),  grouper 
(juebpies  renseignements  indispensables  à  l'intelligence  des 
légendes  juives  que  l'auteur  du  ^'.  //.  -V.  a  puisées  dans  V His- 
toire scoiasfir/ue. 

Saint  Jérôme  s'est  fait  traduire  la  Bible  hébraïque  i)ar  les 
rabbins  de  Palestine.  Raban  Maur,  au  neuvième  siècle,  a  utilisé 
les  recherches  d'un  grand  exégète  juif,  son  contemporain, 
Ih'hrœus  in  /rt/is  scientiu  Jlorens  (-)  ;  au  neuvième  siècle 
encore,  Agobard,  lilhislre  archevécpie  de  Lyon,  l'auteur  du 
De  judairis  superstitionibusy  nous  ap[)rend  qu'il  eut  de  nom- 
breux colloques  avec  les  Juifs (5).  l^ar  saint  Jérôme  et  Raban, 
([uelques-unes  des  légendes  de  Thaggada  sont  entrées  dans 
la  tradition  chrétienne  :  telle  la  légende  de  Lamech,  dont  il 
convient  que  nous  parlions  (4),  puisqu'elle  a  fourni  une  préfi- 
gure au  S,  //.  S. 

XX,  59.  Notanduni  qiiod  dîne  sunl  geiites,  quie  Christuni  llagellave- 
111a»  per  duas  uxoros  Lamech  pra^figuratœ  fuerunt  :         [runt  ; 
Duje  uxores  Lamech  appellal)antur  Sella  et  Ada, 
Dîne  génies  fuerunt  gentilitas  et  svnagoga  ; 
Sella  et  Ada  niariluni  suiim  verbis  et  verboribus  afflixerunt, 
Gentilitas  et  synagoga  Salvatorem  suiuii  flagellaverunt  ; 
Gentilitas  verberavit  eum  llagellis  et  vinjis, 
Svnagoga  llagcllavit  eum  linguis  et  verbis. 

La  Genèse  (IV,  18.  ig)  dit  de  Lamech  qu'il  descendait  de 
Gain  à  la  cinquième  géné'ration  et  qu'il  avait  deux  femmes,  Ada 
et  Sella.  11  leur  dit  une  fois  :  Audi  te  vocem  nieam,  uxores  La- 
mechj  auscultate  sernioneni  nieuin,  quoniani  occidi  uiruni  in 


(')  Le  Mistére  du  Viel  Testament,  éd.  J.  de  Rothschild,  I,  p.  ix. 
(•)  Avertissement  du  t.  XXVII  de  VHist.  litt.  de  la  Fr.,  p.  2.  Cf.  J.  Sourt, 
dans  la  Bihl.  de  l'École  des  chartes,  1898,  p.  783. 
(^)  HoiLEAU,  Satire  VIII,  220. 


(')  Je  me  suis  servi  des  notices  de  17//*/.  litt.  de  la  Fr.  sur  la  littérature  juive 
en  France,  notamment  du  tjrand  travail  de  Renan  sur  les  rabbins  (t.  XXVII)  ;  des 
matériaux  réunis  dans  le  Dict.  des  Apocryphes  de  Migne  et  de  la  Bibliofheca  rab- 
binica  de  Bartolocci  ;  des  notes  qu'lsinoRE  Loeb  a  fournies  à  l'éditeur  du  Mistére 
du  Viel  Testament;  de  la  thèse  de  Samuel  Berger,  Quam  notitium  linguœ  he- 
brtdcie  habiierint  Christiuni  medii  ievi  temporibus  in  Gallia  (Nancy,  1898),  ainsi 
que  du  remanjuable  compte  rendu  que  Socry  a  fait  de  cette  thèse  dans  la  Bibl.  de 
l'École  des  chartes,  1898,  pp.  788-788;  enfin,  de  VHist.  de  la  littérature  juive  de 
Karpelès,  traduite  par  Isaac  Blocli  et  Emile  Lévy.  J'ai  consulté  aussi,  mais  sans 
grand  profit,  la  Jewish  Encyclopedia. 

(*)  VlIebrîPiis  dont  il  s'agit  est  l'auteur  des  Quiestiones  hebraicie  in  libres 
Regum  et  Paralipomenon  {P.  L.  XXIII,  1891  sqq). 

(')  Opéra,  éd.  Baluze,  I,  76;  cf.  Berger,  op.  laud.,  p.  4- 

(^)  Sur  la  légende  de  Lamech,  cf.  Mâle,  op.  laud.,  p.  241. 


I; 
j 


■HMM 


—  80  — 

rii/ruis  meum  et  adolesrentulum  in  Uvorem  memn  (Gen.  /T^  23. 
24).  Ce   pnssago  obscur  a  été  généralement  expliqué  par  le 
rapprochement  du  verset    i5  du  même  chapitre,  où  il  est  dit 
(jue  Dieu  avait  mis  un  signe  sur  Caïn,  pour  défendre  de  le 
tuer  :  les  Juifs  (')  et.  à  leur  suite.  les  Musulmans  et  les  Chré- 
tiens, ont  compris  (pie  Lamech  avait,  sans  le  vouloir,  tué  Caïn, 
et   ils  ont  raconté  tout   un  roman,  dont   les  péripéties  expli- 
quent les  paroles  êniqmatiques  de  Lamech  à  ses  femmes.  Cette 
histoire  devait  être  déjà  connue  de  saint  Jérôme  {'),  qui  ne  la 
jugeait  pas  sans  valeur.  Théodoret  est  plus  sévère  ().' Les  com- 
mentateurs du  Moven  Age  occidental,  sur  la  foi  de  Jérôme, 
l'ont  acceptée  sans  hésitation.  On  la  trouve  déjà  chez  Raban 
Maur(^).  d'où  elle  a  passé  dans  la  (ihse  ordinaire  de  W  ala- 
fricd  Strabo.  Pierre  Haie  ()  et  Comeslor  (^)  la  répètent  à  leur 
tour;  cehii-ii  y  ajoute  quelipies  détails  qui  semblent  indiquer 
qu'il  lie  l'a  pas  copiée  dans  la  Glose  ordinaire,  mais  qu'il  se 
l'était  fait  raconter  par  (juelque  rabbin  : 

Lamech  rir  sa(/iffarius  dit/  rirendo  ca/if/inem  oculorum  in- 
currit  et  y  hahens  adnlescenteni  duce  m.  du  m  exerceret  rena- 
tionem.  pro  delerfatione  tan  tu  m  et  usu  pellium,  ffuia  non  erat 
usas  carnium  ante  diluvium,  casu  interfecit  Gain  inter  frwteta. 
œstimans  ferani,  quem,  quia  ad  indicium  jurenis  dirnjens  sa- 
gittam,  interfecit.  Et  cum  e.rperiretur  r/u'od  hominem.  scilicet 
Gain,  inter/ecisset,  iratus  illir  cum  arcu  ad  mortem  rerberarit 
eum.  Occiderat  enjo  Gain  in  rulnere,  adolescentem  in  livore 
vulneris.  Vel  utrumque  occiderat  in  ruinus,  et  livnrem  suum, 
id  est  in  damnationem  suam.  FA  ideo  rum  pecratum  Gain  pu- 

(')  Cf.  daM>  le  Dit.  dr-s  Ap^^rryphes  de  M.g.ne.  I.  344,  !<-  Livrt  Ha  cmhat 
(TAdam  eldKre  contre  Satan,  ei  II.  ,093,  le  r<ischar.  Voir  encore  Sie-^fried  dans 
I  Archio  nir  wissensch.  Erforschan.j  des  Alten  Testaments,  I,  p.  43o  et  le^ 
ec.airoNsement<  donnes  dans  rcd.lion  du  Mistere  du  Yiel  Tettament  di  J  de 
Rothmhild,  t.  I.  p.  LXXV. 

r-i  p.  L..  XXII.  \:^  :  re/erehat  mihi  quidam  Hebneas  in  aporrushorum  librit 
'^P^'^ri...  0)/».  6\,  LXXX     iVi. 

(M  Cité  .bn>  la  Glose  ordinaire  (P.  Z..  <:\III.  ,01).  dapr«  un  livre  de  Ralxin 
tpii  ne  nous  est  jxis  jvar^enu  :  Aiunt  Hebr.ei  Lamech  dia  virendo  calininem 
ocu.oram  mcurnsse,  et  adolescentem  daeem  et  rectorem  ifin^ris  Habuiss^ 
Exercens  eiyo  venationem,  stvjittam  dire.rit  qun  adolescens  indicarit,  casuque 
t.ain  mîerrructeta  latenîem  interfecit.  Et  hoc  est  quod  dicit  :  .  Occidi  virum  in 
vutnas  meam  •.  id  est  .  oulnere,  quod  injhci,  non  bestiam.  sed  hominem  occidi. 
Lnae  et  jurore  accensus  occidit  adolescentem. 

(M  Attrora.  dans  P.  L..  CCXIF.  .,  =  Pi,ra.  SpicU,  Solesm.,  Il,  .V^. 

(•)  P.  L..  XCVIII.  lo-o. 


—      81       — 

nttum  essct  septuptum.  ut  diximus.  suum  punitum  est  sept ua^ 
ipes  septtes,  td  e.st  septuaginta  aninue  et  septem,  eqressœ  de 
Lamech.  tn  dthiino  periertmt  :  vel  hor  numéro  maioritatem 
pœnœtanttim  notât.  Hefn.etts  ait  :  Mtdieres  suœ  sœpe  maie 
trac tabant  eum  Unde  ip.se  irattis  dicebat  eis  se  pati  hoc  nro 
dupitct  honuadto  qtiod  egerat,  Tamen  terrebat  eas,  stibdendo 
pœnam,  quast  dicat  :  Cur  me  vtiltis  inter jicere?  Gravius  jni- 
ntetur  qui  me  tnterjîeiet,  quam  qui  Gain, 

m 

7.  —  Comeslor  raconte  la  lé{,e.ule  de  I,;,mecli  avec  des  .lé- 

ZtT'  ''';'''    '"''r  "'  "■•''^■''"  '"^  ^-'"''''"'  \'^^  «voir  connus, 
i  olamnienl  ,eln.  des  .nauvais  traitemenls  que  Lamech  endura 

.le  ses  deux  femu.es.  Dm,  Comestor  k-nail-il  ces  détails  nou- 
veaux :   y„el  est  le  savant  juif  dont  il  allègue  lautorité  (f/.. 

n  "*/''  ■'."  ■''"''"''■«  «"'P  «••''/"'  "'^//"  trartnbant  eum  .V' 
De  mjme  de  quel  ral.bin  Comestor  tenait-il  ces  .|ualre  aulrrs 
légendes  lia.,qa.liques  que  nous  retrouvons  <lans  le  .V  //  v' 
promues,  comme  celle  des  misères  cnjuqales  de  Lameéli' 
a  la  d..,n,t.-  .le  préfigures  :  la  lé.jende  d'Évilmérodach  coul 
pant  en  Iro.s  cents  morceaux  le  ca.lavre  de  son  père  Xabucl.o- 
donosor.  la  le.,ende  de  Hur,  frère  d'Aaron.  mourant  étouffé 
sous  les  crachats  des  Juifs  pour  avoir  v„ulu  s-op,,oser  au  culte 
du  veau  d  or,  la  léqende  du  deuil  c.-ntenaire  dAdam  et  d'Eve' 
après  h.  mort  dAl.el.  la  hVjende  de  l'enfant  Moïse  qui  l.risa  la 
couronne  .le  Pharaon  ?  ' 

Avant  ,Ie  chen-her  comment  Comeslor  a  pu  avoir  connais- 
sance .  e  ces  leq.-n.les.  il  convient  de  citer,  e„  le.  accompaqnant 
de  .pielques  eclaircs.em.-nts,  les  passaqes  d..  V/J,stoire  .4ola.- 
tiqiip  .m  I  auteur  du  .V.  //.  V.  les  a  trouvées. 

x.vv.  39.  OuaiMvis  Cl.ristus  orucitixus  fueiit  tantis  dol,„il,u<= 

ramen  super  hoc  Jud;ei  invaseruiit  eum  «uar.irn  linr,„,-,ru,n 

!..•:  ^\-  .■  •  ,  Iqladiis. 

Wi  o  im  pra-t,guiat.  fiieruiit  |,er  Evil,„cTo.larh  req^'m 
yui  desa-vierat  m  suum  mortuun.  et  Sf-pultun,  patiein'- 
.  .orpns  paln>  de  .ep.doro  effoss.im  in  CCC  parfs  divisit 
Lt  U^L  vulturihus  ad  devoraiiduni  dJMril.nit. 

Lii.TiiLl,-  l,.-.j,MKi.'  .IKMl,nér,Mh,rhC).  cupHnl  en  trois  cents 


I 


I 

I 

4 


L^tlm^rcM^h   e>t    nomn^»    .\milxnan>ud.>cr^    d^ns   J.^phe  (in   App.    J.    o.    d'après 


PFnr.Ri/fT,   ETur.E  sur  le  s. 


H. 


f^f^S^ 


^^yOiHIlLMM 


—  82  — 

morceaux  le  cadavre  de  sou  père  Xahuchodonosor,  de  peur 

que  celui-ci  nv  ressuscitât,  est  assurémeut  l'une  des  plus  éton- 

nautes  que  contienue  le  Spéculum.  Notre  auteur  l'a  trouvée 

dans  le  Liber  Danirlis  de  Vllistni'rr  scoldsdffue  {An\y\\vi^  \  : 

ratdlogifs  rcfjufn  Bahi/I(tnis)  :   Tiuulnut  quidam  ijuod  Krilme- 

roddc/i  frafer  uunoris  Xiihur/iodonosor  {'),  in  diehtis  rlrctionis 

jmterniv,  multu  efjit  impie  in  terid,  rf,  pâtre  restitulo,  (ktu- 

s/ûus  apud  eum,  nu'ssus  est  in   carcerem,   uhi  Jodchim   .'rat, 

usque  dd  morte  m  Jrdtris  sui.   dunufue  ret/nare  id'pisset,  ele- 

UdvitJodr/r'm,  quem  socium  ludmerut  m  cdreere,  titnrnstjne  ne 

resurgeret  pdter  i^uiis,  qui  de  bestia  redieruf  in  hnnimem,  eon- 

suluft  Jodchim.  Ad  eu/ us-  ronsilium  ruddrer  patris  sui  e//'ossum 

divisit  in  CCC  pdrtes,  et  dedd  rds  CJ iC  ru/turibus.  Et  dd  dd 

eum  Jodchim  :  «  Non  resuryet  ptiter  tu  us,  nisi  redeunt  ruitures 

in  unum.  » 

Coniestor  n'indique  pas  à  (jiicll»'  source  ii  a  crnprunh'  celte 
légende.  Sans  doute  la  tenait-il  des  rai)l)ins.  Mais  ceux-ci,  où 
l'uvaient-iis  prise?  Pour  qui  se  rappelle  les  sculptures  assy- 
riennes et  chaldéennes,  les  reliefs  (ui  I'ofi  voir  les  amas  de 
mains  coupées,  ou  encore  la  «  Stèle  des  \anl(.urs  »  (^),  cette 
léqende  a  une  saveur  sj>écialement  ninivite. 

Le  iM/d/'dsr/i  /{dbbd  (î)  raconte  autrement  les  oulra()es 
({u'Evilmérodach  aurait  lait  suhir  au  cadavre  de  son  p«''re  Xaini- 
chodonosor  :  il  ordonna  .pie  le  cadavre  fut  exposé  eu  pidjlic 
et  lardé  de  coups  d'épée  par  les  enncnus  du  l'eu  roi. 

MX,  57.  .Iiida'i  isti,  qui  facieiii  Cliristi  sputis  suis  maculavenuit, 
Per  idolâtras  vituli  conllalilis  pra'fnjurati  fucrunt. 
Cuin  lilli  Israël  deos  alienos  si})i  facere  volebant, 
Aaron  et  Hur,  rnaritus  Maria\  ipsis  resistebant  ; 
Tune  illi,  indijpiati,  in  IIiu^  iiruerunt, 
Et  m  eum  exspuentes,  ipsum  sputis  sulTocaverunt. 

Hrvosc).  C.meslor  avait  dû  lirr,  dans  une  tradurtion  de  Josèphe,  ce  nom  d'Ainilina- 
nmdooos  (Ainiltnardouk,  transcrivent  les  orier.talistes).  Il  lanl  évidennnent  le  n'tablir 
dans  cette  phrase  de  l7//.v/.  srol.,  l,h.  Dan.,  .7;  Nahucho,hnosor  mnrtno,  regnavit 
pro  eo  Amihtiina  puffns  :  hir  est  Evilmero,lach.  Lisez  :  .\.  uiortn...  n-inavit  nro 
eo  AmdmaroudocHs  :  liic  est  E.  ' 

(')  Coniestor  croit  (ju'il  y  a  eu  deux  rois  de  ce  nom,  Xabucluxlonosor  le  Grand  et 
Aabuchodonosor  le  Jeune,  l'un  père,  l'autre  frère  d'Évilmémdach. 

(-)  Maspéuo,  Hist.  nnr.  des  peuples  de  l'Or,  classir/uc,  t.  H,  p.  G35;  t.  I,  p.  G07. 

(0  in,  cil.  18.  Le  Midrascli  Rahhu  ou  Grund  Midrasch,  »  le  plus  ancien  peut- 
être  des  recueils  sp,-ciaux  de  ha.jaada,  est  une  œuvre  collective  de  différentes  éiKxiues  . 
(Uloch  et  Levy,  IlUt.  de  la  liU.  juioe,  p.  214-218). 


—    83    — 

I^a  HiMe  ne  dit  point  qu'Aaron  m  que  Ilur  se  soient  oppo- 
ses  a.t  mouveme.it  idolàtrique  qui  aboutit  au  culte  du  veau 
dor;  pour  ce  qui  est  de  li.u',  non  seulentent  elle  ne  dit  pas 
que  les  Jmfs  latent  fait  périr  sons  les  crachats  pour  avoir  ré- 
sisté a  idolâtrie  :  elle  ne  le  nomme  pas  dans  Phistoire  du  veau 
(lor.  hlle  ne  du  pas  non  pins  qn'il  ait  été  l'époux  de  Marie.  le 
l»eau-trere,  par  consé(pieiit,  de  Moïse  et  d'Aaron. 

Comment  Aaron,  ampnd  Moïse,  en  partant  pour  le  Sinaï 
avait  confié  Israël,  pnt-il  céder  à  ceux  qui  voulaient  «  un  dieu 
'Pi'  n.arclial  devant  eux  )>  ?  Comment  put-il  consentir  à  fabri- 
quer le  veau  d'or?  Les  Pères  ont  cherché,  par  des  s.ibti- 
litesdexeqese.  a  pall.er  la  défaillance  d'Aaron  Q.  La  léqende 
juive,  rapportée  par  notre  aufe.ir,  répond  à  une  intenticm  ana- 
l<»qne. 

Le  Specub^m  a  e.npmnh'  cette  lé(pM.de  à  Comestor,  (lui  la 
le.iail  (les  rabbit.s  :  Cf.  ///,/.  ,./,o/.,  bb.  Aœodi,  LXXIII 
(Dr  ntu/o  rnnfldfdf):  \,dens  populus  quml  Moqses  nwrum 
Ideen'L  dui:U  dd  Advon  :  lac  nobis  Deos,  qui  pnvreddnt  nos  • 
M<>!/s,  m, m  Hjnoramus  quid  arridrrit  (Lxod.  xxxn,  i)  Aaron 
vero  et  Ilur  restdrrunf.  Srd  indujudtus  pnpub^s,  spaens  in 
fanrm  Ilur,  sputis.  iif  truditur,  eum  sujjbcdvit, 

XI,  20.   Pliarao  rox  Jvivpti  roronam  rogalom  hahebat, 

In  <pia  iiiiarjo  dei  sui  A.ninonis  artificialiter  sculpta  erat 
\  aticnatiun  est  .Kgvptiis  cp.od  de  Judaàs  quidam  puer  nascoretur 
lerquem  poptdt.s  .ludaicus  liboraretur,  et  .Eçjvptus  destruerotur' 
necepit  icj.l.u-  Pha.ao  ni  .ludaù  pueros  suos  in  tlumen  nrojicerent' 
Lt  SIC  illuni,  (juein  tirnebant,  pariter  interirneient.  ' 

Ariiram  et  .locabcth  decrcverunt  se  ab  invicom  separare, 
Ouia  inallent  carere  liberis  quain  ad  nocein  procreare. 
Heceperimt  autem  responsum  a  Deo,  ut  siinul  habitaient, 
yiua  piieruin.  .pieni  .Pfjvptii  tirnebant.  ipsi  gencrarent.  ' 
Goncepit  ergo  Jocabeth  et  peperit  [julchenimum  liliuin 
Et  abscondit  eum  lri])us  mensibus  intra  suuin  domicilium. 
Cunnjuo  diiitiiis  occullare  eum  non  valebat, 
In  fiseellani  cufii  lerludens,  in  ilumine  exponebat. 
Eadem  hora  tilia  Pharaonis  secus  iluinen  deand)ulabat 
Et  |>iieruin  ipsuin  inveniens,  sibi  in  Jiiium  adojjtabat. 
Quem  illa  Movseii  vucaiis  feeit  edueari, 
Et  postea  decrevit  eum  regi  Pharaoni  videnduin  pra-sentari. 

(«)  Cf.  saint   AunusTLN,   Quœstio  CXU^  in  Exod.,   cité  par  Walafried  Strabo 
Glosm  urdinana,  lib.  Exod.  XXXW  (/>.  L.,  GXIII,  287). 


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■-^ft±(£:r 


—    84    - 

.   Cui  Pharaon,  alludens,  coronam  suam  imponebat, 
Quam  ille  projiciens  ad  terram,  penitus  confringebat. 
yuod  videos,  quidam  pontifex  idoloruni  exclamavit  : 
«  Hic  est  puer,  (juerii  deus  nobis  occidendum  dernonstravit  !  » 
Cumque  eva*,nnato  qladio  ipsurii  occidere  voluisset, 
iJixerunt  quidam  (|uod  puer  hoc  ex  insipicntia  fecisset  : 
In  cujus  rei  arqumeiitum  carbones  vivos  sibi  quidam  afrerebat, 
De  quibus  puer  nutu  Dei  in  os  suum  projiciebat. 

Cf.  Coinestor,  //isf.  sc/io/.,  lib.  Exodi,  \\\-\  :  Oiiiddm  .sv/rro- 
l'Uin  srrihd  nuji  pnvdixerat  en  frnipore  in  Isiael  rnasculuni 
nasriturumy  qui  regnuni  ÂLyyjiti  Inimiiuiret,  Pharao  rrgo 
prœrppit  ut  quidquid  nias-rrifirii  sexus  nnscnrrtur  in  Isr  ael,  in 
Jlumrn  projirrr''li(i\  Lerifa  no/ni  ne  Anmi,  rr/  Anntun,  qui 
accf'pit  (ij'oreni  cnntribuleni  noininr  Jocahet/i ,  ualrbaf  (trredrre 
ad  uxorein  p<tst  edictuni,  nuf/ens  carrre  liberis  quant  in  ncrem 
jtracrrarr.  (lui  Di'us  prr  sornniuin  astifit,  iif  <i'f  .lascphus, 
dtcrns  nr  tinicret  uxormi  cof/nosrrre,  quia  puer,  qurm  tiuif'- 
hfiftf  Aî,(jiiptii,  nasrifiirus  cssi'f  t\r  ea...  Moi/scn  du/zt  quadani 
dif  Tainiith  Jdia  Pharaonis  obtulissrt  Pluiraoni,  ut  et  ipsp 
euni  adoptaret,  adinirans  rex  pucri  i^rmistafetUy  coronaru, 
quant  tu/tr  forte  gesfftbuf,  ruftiti  illius  intpasuit.  Erat  autant  in 
ea  Ant/noufs  intaqo  fabrefarta.  Puer  auteni  coronam  projreif 
in  terrant,  et  freijit.  Sacerdo!^  aident  Ileliopnleos,  a  hdere  ret/is 
surqens,  ej-rlantat^it  :  llir  est  puer,  (piem  nohis  occidendum 
Deus  mnrtstrarit  !  Et  volud  irruere  in  eunt,  sed  nuj'ilin  rer/is 
/tbe/atus  est  et  /tersuasio/te  cu/usda/n  supienfis,  tpu  per  iqrto- 
rantiant  hoc  fiutum  esse  a  puero  ttsseruif.  ht  cujus  rei  artju- 
mentunt  cunt  prunas  allatas  puero  of>tiilissef,  puer  eus  ori  suo 
<q}j)osint,  et  Iimju;r  sux  suntutitatent  itjne  cori'upif.  Ende  et 
Uettriet  impeditioris  tiitipiie  eunt  fuisse  autumartt. 

D'oij  Coniestor  a-t-il  |)ris  rcltt'  b'NpMide?  Lui-nir'ine  nous 
leiivoie  aux  Antiqf/ités Judaïques (')  de  Jos^plie,  où  nous  trou- 
vons eu  cfrel  rbisloire  do  la  prôdiclion  coin  ornant  rcntant  (jui 
devait  humilier  Pharaon,  et  riiisloire  de  la  couroiuie  rovale 
brisée  [)ar  le  petit  Moïse.  Mais  Josèphe  iijnore  encore  Tordalie 
(les  charbons  ardents.  Je  ne  suis  pas  compétent  [)our  (b'cider 
si,    comme    on    l'a    dit  ('),    cet    enjolivement   des   «   Ennuices 


(»}  Ant.  JuiL,  II,  -j,  5  7. 

(-)  J.  DE  Rothschild,  Le  Mlstérç  du  Vifl  Testament,  t.  Il 


|>.    I.XXXVIII. 


< 


—     85     — 

Moïse  »  est  un   emprunt  aux   légendes   musulmanes.  Je  re- 
marquerai seulement  que  Touvraye  juif  intitulé  le  L'vre  du 
Juste  (Vase/utr,  Sêpher  Ilai/ase/iar)  raconte  la  fin  de  l'his- 
toire ainsi  (')  :  «  Pharaon  était  à  table,  avant  à  sa  droite  la 
reine  et  à  sa  (jauche  sa  fille  Bathia,  qui  tenait  Moïse  sur  ses 
qenoux.  Tout  à  couj)  le  petit  Moïse  s'empara  de  la  couronne 
du  roi  et  se  la  posa  sur  la  tête.  Le  grand  prêtre  Balaam  con- 
seille de  faire  mourir  reniant.  Le  roi  mande  tous  les  mages 
de  l'Egypte,  pour  décider  ralfaire.  Un  ange  envoyé  par  Dieu, 
ayant   pris   la  forme  de  l'un  d'eux,  dit  :  «  Que  le  roi   fasse 
apporter  un  vase  contenant  des  diamants,  et    un   autre  vase 
rempli  de  charbons  ardents  :  suivant  (jue  Tefifant  prendra  de 
Puii  ou  de  l'autre,  nous  verrons  s'il  agit  ou  non  avec  discer- 
nement. »  L'ange  pousse  la   main  de  reniant .  i\\\\  prend  de 
la  braise  et  la  porte  à  sa  bouche  ;  sa  langue  en  fut  entamée, 
c'est  depuis  ce  jour  (jue  Moïse  lut,  comme  dit  X Exode,  lourd 
de  bouche  et  de  langue.  » 

Le  Séplier  nayasehar,  dans  sa  forme  actuelle,  paraît  dater 
du  douzième  siècle  :  c'est  précisément  l'époque  où  Pierre  Co- 
niestor apprit  (les  rabbins  les  récits  concernant  l'eniaiice  de 
Moïse.  Par  Comestor,  ces  récils  sont  deveinis  familiers  au 
Moyen  .\(p'  occidental.  Au' milieu  du  (juinzit'ine  siècle,  le  J//,v- 
tère  du  Viel  Testantent  les  met  à  la  scène  : 

i.K  BOY  coHDKi.AMOH.   Je  liiv  viieil  Hiettrc  ma  couronne 

Sur  le  chef,  ou  le  dieu  Haiiioii 
Kst  ligui'é.  que  tant  avriion  : 
Eu  signe  d'amour,  je  luy  mets. 

Ici/  Mot/se  prent  ht  couronne  et  la  jecte  contre  terre  et  la 
roid  en  pièces. 

L'enfanl  Moïse  jette  |>ar  terre  la  coui'onne  de  Pharaon,  parce 
qu'elle  .'lait  oiiiée  d'une  pierre  gravée,  représentant  le  faux 
dieu  des  Egyptiens.  Les  conseillers,  ou,  comme  dit  le  Mistére 
du  \'iel  7'estament,  les  <(  médecins  »  de  Pharaon,  croient,  les 
uns  que  l'enfant  a  fait  cela  avec  intention,  les  autres  qu'il  a 
péché  par  ignorance.  On  recourt  alors  à  une  expérience,  d'où 


(»)  Bartoi-0(  «i.  liitillothcra  magna  raftliinira,  \.  IV  (Roimp,  iOq.'^,  f"),  j».  ii5  ot 
124  ;  ("f.  MiGNE,  Dict.  (les  Aporryphes,  t.  II,  oui.  loO.'i.  La />a/«/a  (Vassiliev,  Anec- 
(lota  (jrœrd-biicantina,  Moscm,  i8.,3,  p.  227)  raconU'  la  ir.jcmlo  à  peu  j)rès  de  la 
luènic  laçini  que  le  Srpfifr  If'.i/dsr/m,-. 


i. 

4 


■>:::<,..  ^■.  •  :j'.jt^-- 


'"""^^"'«^'Kf^mw-iiswê 


—    86    — 

dépendra  le  sort  de  Moïse.  On  apporte  des  rharhons  ardents  : 
llfaulf,  dit  le  Mistére,  des  f/tarbnns  uifc  ri  quil  ij  en  ait  iing 
faint. 

MOYSE.  J'en  veuiî  tastor,  j'en  veuil  manger. 

Ils  me  semblent  Ijcaiix,  par  mon  àriie  ! 
%  met  le  charbon  m  sa  bonclw,  i>f  /nus  dit  en  plearant  : 
Hélas  !  m'amje,  hélas  !  madame, 
J'ay  la  bouche  toute  afFolée. 

Les  conseillers  concUnMit  qne  >roïse,  en  InisanI  la  couronne, 
a  a(p  avec  aussi  peu  de  discernement  cpi'en  pirn;inl  des  char- 
bons pour  des  choses  honnes  à  niaïKjer,  et  le  roi  lui  faii  <|ràce('). 

S-  —  Ilevenons  maintenant  à  la  question  rpie  nous  nous  po- 
sions plus  haut.  Comment  Comeslor  a-l-il  .mi  connaissance  de 
ces  légendes  haijqa.licp.cs  ?  On  remanpina  d'abord  avec  ([nel 
soin  il  a  noté  lui-même  (pi'il  leur  man«pie  l'anlorilé  des  livres 
saints  :  si,  dans  son  Histoire,  il  a  entremêlé  les  laits  lonrnis 
par  l'Ecriture  aux  fables  dr  l'flaçi.iada,  il  n*a  dn  moins  jamais 
tronipé  le  lecteur  sur  la  valem-  de  celles-ci  :  ///  tradifiir,  dit-il 
encommeneant  l'histoire  répn.piante  de  Hur;  tnnlunt  <inulnm, 
en  commençant  le  conte  macabre  d'Évilmérodach.  Mais  quels 
sont  ces  gens,  quidam,  dont  il  rapj)orte  les  traditions?  NUI 
doute  (pie  ce  ne  soient  les  Juil's.  Cha(pM'  l'ois  (pi'il  miploie  ces 
formules  :  ///  tra<litin\  tmdnnt  quidam,  c'est  pour  dési.pn-r 
une  léqende  ha(j.|adi(pie  :  ///  fradifur  é(piivant  à  nt  tra'ditur 
Sijnaffiuju;  traduid  (fuidatu  a  tradind  Ilrbnri .  Parfois  même 
il  déclare  Toricpue  juive  de  telle  on  telle  léip^ide  :  llehnri 
Mof/srn  imprditiiuis  linguir  fuissr  autuuund.  Par  Ilrbnri, 
on  doit  entendre,  je  crois,  non  d'une  façon  (jénéralr  les  Juifs' 
mais  plus  précisément  les  docteurs  juifs'  les"  rabbins. 

Comestor  m»  savait  pas  l'hébreu,  pas  [.lus  (pie  rimmense 
majorité  des  docteurs  cath(»li<iues  de  sim  temps.  On  s'est  de- 
mandé pounpioi  ils  ne  l'apprenaient  pas,  eux  (pii  en  auraient 
eu  tant  besoin  pour  comprendre  la  Bible.  <  Ils  ne  l'appre- 
naient pas,  ont  répondu  les  Bénédictins  de  Saint-.Maur  (^), 
pour  (V^<.  motifs  malentendus,  (ju'ils  nous  laissent  à  deviner' 
sans  nous  les  faire  manifestement  coimaître.   L'ordre  de  Cî- 

(')  J.  DE  Rothschild,  /..■  Mlstére  du  Viel  Testument,  I.  III,  p.  aôi. 

(*)///à-/.  ////.  ,U  In  fr.,  IX,   ^:^2. 


■' 


i 


1 


-    8- 


teaux  lit  une  défense  expresse  à  ses  moines  de  s'adresser  aux 
Juifs  pojir  apprendre  les  langues  orientales,  et  mit  en  péni- 
tence un  moine  de  Poblet  en  Catalogne  qui  se  trouvait  dans 
ce  cas.  Il  craignait  apparemiuent  (pTiJs  ne  s'alfaiblissent  dans 
leur  religion  par  leur  commerce  avec  les  infidèles.  »  Bagdad, 
au  dixième  siècle,   a\ail   vu  les  niotrrallrniin  (')  des  diverses 
religions,  musulmane,  juive,  chrétienne,  discuter  {.aisiblement 
sur  la  religion  et   la  philosophie.  Mais  c'était  en  pavs  musul- 
man.  Dans  les  îégions  où  le  christianisme  (Mail  maître,  cette 
tolérance,   (pii   rums  a  valu    l'inoubliable  parabole  des   Trois 
annrauj',  était  inconnue.  La  fresque  de  la  salle  capitulaire  du 
couvent  Dominicain  de  Morence,  où  l'on  voit  les  docteurs  de 
l'Drdre  des  Prêcheurs  discutant  sans  violence  avec  les  Albi- 
geois, les  Musulmans  et  les  Juifs,  est  mensongère  comme  un 
panégviique.   m    I|  ,>st   triste,  écrit   Kenan  ('),  <pie  les  contro- 
verses  publicpies  entre  chrt'tiens  et  juifs,  qui   eurent   lieu   en 
Iw'ance  au    douzième    et    un    treizième   siècle,   aient   été   con- 
duites  dans   un    esprit    beaucouj)    moins    liljéral    qu'en   pays 
musulman.    Trop    souvent     le    controversiste    ehiétien    avait 
recours  à  un  dernier  argument,  cpii  était  d'assommer  le  juif. 
On  est  allligt'  de  xoir  saint  Louis  approuver  une  telle  concluite 
et  poser  en  principe  «pie  <(  nulz,  se  il  n'est  très  bons  clers,  ne 
doit  desputer  à  ans;   mais  Ihom  lays,  quant   il  ot  mesdire  de 
la  lov  crestienne,  ne  doit  pas  desfendre  la  loy  crestienne  ne 
mais  de  l'esy^'c,  de  (pioy  il  doit  donner  parmi  le  ventre  dedens, 
tant   «MMiime  elle  y  puet  entrer  ))  (5).  Il  est  vrai  que  Ravmond 
Martin,  le  Dominicain  catalan   «pii   écrivit   en    1:^78  le   Pu(fio 
i-lifisfuniorum  ad  uupnuuiu  pri'Jidiam  jui/uiandam  rt  uuixinw 
Jud,roruni(^'),  S(»uhaitait  (jue  les  docleuis  catholi«pies  appris- 
sent rin'breu  poui-  pouvoir  létorcpier  les  aiwjuments  <les  rab- 
bins :   hnir  auuuiulrrrtr,   Irrtoi',  écrit-il,   quani  sit  utdr  fidri 
rhristuin.r  liltt'ras  non  igtiorarr  hrbraicas.  Ouis  rnim  urajuam 
nisi  rx  suo   Talmud  sua  /tossrf  in  ros  pro  nobis  jacula  con- 
torqur/f/  Mais  je  vumi  exprimé  par  Raymond  Martin  n'avait 
pas  trouvé  d'écho;  le  l*u(fi<)  n'a  décidé  personne  à  l'étude  de 
l'hébreu. 


(')  Les  docteurs  (proprement  :  les  logiciens).  (2)  Jlist.  litt.,  XXVII,  557. 

(ï)  JoiNVii.LE,  éd.  de  Wailly  (Paris,  1874,  in-8),  p.  3i. 

{*)  I/nprimé  en  i65i  par  Boscjnet,  ovèqiie  de  Lodëve,  le  Puijio  fidei  esf  célèbre 
pour  avoir  -ervi  de  manuel  d'exéfjese  liéhraique  à  Ulaise  Pascal  :  cf.  les  Pensées, 
éd.  HvvtT,  l.   Il,  p.  y;  cd.  -Moi.i.MEK,  t.  I,  p.  xxxn:  éd.  Hnr.NScnvicc,  t.  I,  p.  xci. 


II 


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—       f^H       — 


De  ce  (|ne  les  docteurs  clirétirns  ,|„  Mnvm  Aqo  ont  i.inon'. 
hébreu,   .1  ne  s'ensuit   pas  (lu'il.  n'mmt   pas  ru  <\r  n.n'nnris 


J»yec  les  ral)I)u,s.    Ils   1rs  eouvo.juairut  à  .1rs  <ollcH,urs   p.u.. 
laehrr  ,|..   les    eouloudir.    Ils    s'adressaient    a   eux   pour    eirr 
♦rlaires  sur  le  sens  des  passages  (.hseurs  dr  la  V,d.)atr,   pour 
reviser  et    eorri,|er    le   textr   latin  de    la   Hd.lr.    «  La    manière 
d(U.t   se   laisau-nt   ees    travaux    ,1.'    rrvis.ou    ri    dv  eorivction, 
ernt   Sourv,   d(uine   la   ni.'sur.'   du   savoir  des  rxiu^Mr^  rlin'-- 
tiens.    Ouand    ou    erovait    devoir    eorriqer   à    faidr   du    l<-xtr 
liebre.i  (juehpn.s  passarjes  ohsrurs  dr  h,  Vul.jal.'.  ou  d'autres 
'•"tiennes  versions  latines,  on  faisait  venir  des  Juifs  instruit. 
et  on  leur  adressait  drs  cpnvstions  Mir  (>rs  passages.  L.'s  Juifs 
apportaient  leurs  rouleaux  n,  iuhMT<MpVs,  traduisaimi  \r  t.-xtr 
^»';'»'"''"   en    lan.p.r  vulr,airr.   (  :Vst    ainsi   (prÉtimnr,   aLbr   dr 
Uteaux,    lit,    ,M.    iio(),    sa    révision  d,-    fnus    1rs    (rxtes  de   la 
Bd»|p(').  »   C'rst   ainsi  qur  Niellas  de  Lire  a   ivdi(,é  ses /^o.v- 
///A'.v    eonnnr   il   \r  déclan-   lui-nuMur,  av.v  nnr  parlaitr  siner- 
nté.    (.est   ainsi    «p.r    \v   chrf  i\r    lilr    dr    r,v\r,p\s,'    eatlioiiour 
sanit  Jérôme,  a  fahri.pié  la  \'ul.jat.'. 

On  ne  sait  si  Coinestor  a  soutenu  des  controverses  avec  les 
rahluns.  Mais  les  fonctions  qu'il  a  r.MuphVs,  a  Troves  d'ahnrd, 
a  lans  ensuite,  \r  .lési.p, aient  poui-  ce  rôle.  D'aillrurs  1rs 
recherches  .pi'il  eut  à  fain-  pour  écrire  s,mi  llisinuv  Sainte 
iinreni  lui  donn(>r  la  curiosité  qu'avaient  déjà  eue  saint  Jé^c^nu' 
et  Haban,  d  avoir  connaissance  des  traditions  in\  stérieuses 
que  la  Svnaqogue  possédait  sur  l'histofre  du  peuple  de  Dieu. 
En  fait,  VHistorH,  srolasfira  est  ind.ue.  connue  nous  l'avons 
constaté,  de  légendes  juives.  Cela  sVxf.li.pie.  ,e  erois,  si  l'un 
se  rappelle  ce  qu'était  pour  le  judaïsme  cette  illustre  ville  de 
Iroyes,  à  l'époque  où  Comestor,  (jui  en  était  natif,  v  a  vécu  et 
travaillé. 

«  F/histoiiv  littéraire  <les  juifs  .le  Frau.e,  écrit  U.Mian,  com- 
ineiice  au  onzitMue  siècle.  Après  la  lente  élahorati.u,  .1,.  Talmu.l 
et  ih^^  écrits  (pu  sy  rattachent,  travail  .pii  s'acconq.lit  t. .ut 
entier  en  Orient  et  qui  se  termine  vers  le  sixième  ou  leseptième 
siècle  il  V  eut  uiu'  iut.'rruption,  au  moins  apparente,  dans  le 
travail  nitellectuel  .lu  peuple  juif.  L.'  réveil  se  lit  au  .lixième 
siècle,  a  Bagdad,  et  le  mouvement  se  propa.jea  rapidement 
jnsqu  en  hspagne  et  au  Maroc.  Au  onzième  siècle,  la  renais- 

(0  SouRY,  op.  rtt..  {>.  730-738:  cf.  Brnr.ER,  op.  cit.,  p.  n.      - 


\ 


\ 


-      89       - 

sanee  pénétra  en  France,  surtout  dans  les  riches  juiveries  que 
les  loires  et  le  commerce  entretenaient  dans  les  domaines  des 
comt.'s  d.'   Champagne,  notamment   à  Troves.   La  littérature 
juive  .lu  onzième  et  du  douzième  siècle  en* France  est  surtout 
religieuse.   La    Bible   .«t    le   Talmud   en   sont   l'objet    exclusif. 
I)  innoud)rables  glossateurs  entourent  ces  deux  textes  d'expli- 
<'afi..ns  ei  .le  cmimentaires.  On  n.'  saurait  dé.lai.pier  ce  vaste 
labeur  exég.Mi.pu'  .lu  .mzièm."  .'(  <lu  .louzième  siècle.  11  en  est 
^orli.  pour  l'interprétati.m  chrétienne  de  la  Bible,  une  complète 
ren..vati.)n.  Le  créateur  de  cette  grande  école  d'exégèse  fut  le 
<v|èbre  Habbi  Sal.Mu.)n,  iils  d'isaac,  de  Troves,  connu  sous  le 
nom  ,1e  Haschi  (').  Mcolas  de  Lire,  gui  a  .)péré  une  si  (|ran.le 
revoluti,.n  (lans  la  science  bibligue  .lu  Moven  Age,  et  au.pi.d 
Luther  .loir  une  grande  partie  du  mérite  de  sa  traducti.)n  de  la 
i^d»l.',  ne  fait  .pu'n'  ,pie  suivre  Bas.-hi.  Lntir  Baschi  et  Nicolas 
«)•'  I^nv  s'écoulent   .leux  cent   cinguante  ans,  durant  lesguels 
1  autorité  .lu  d.»cteur  de  Troves  ne  cessa  de  dominer  le  judaïsme 
occidental.  In.'  écoh'  très  nombreuse,  en  elFet,  sortit  de  lui  et 
le  commenta,  comme  il  avait  lui-même  commenté  les  textes 
antérieurs.   Au   premier   raii.)    .1.'  cette   éole,   il   faut   placer 
«'abor.l    la    famille    .lu    maîtiv.   Son   pelit-hls.    Babbi   Samuel 
beij  Meir.  rejuil  s.'s  travaux  et  acheva  cpielgues  c«»mmentaires 
M'i  il  avait  lusses  inachevés.  T.)us  les  parents  et  alliés  de  Bas- 
elii,  .'tablis  omme  lui  dans  les  .livers<'s  localités  de  la  Cliam- 
pa,pi.\   paraissent    uni.piement    occupés  de    textes   sacrés  ou 
tnuliliorinels  (-).  » 

Le  l.'ct.Mir  .l.'\in.'  la  conclusi.)n  (pie  nous  crovons  j.ouvoir 
tirer  de  ce  .pie  .lit  B.uian  des  rabbins  chanqx'uois  du  douzième 
siècle.  Ce  n'est  certainement  pas  un  hasard  si  le  (hjcteur  (pii  a 
intégré  dans  la  tra.lition  cath..Ii.{ue  tant  .le  fables  rabbinicjues 
a  passé  la  plus  grande  partie  de  sa  laborieuse  existence  dans 
une  ville  (jui  abritait  alors  les  plus  savants  rabbins  de  l'Europe. 
Bierre  de  Troves  et  les  successeurs  de  Baschi  étaient  compa- 
triotes :  il  ne  faut  pas  chercher  plus  loin  pour  expliquer  la 
présence  dans  Vllistoirr  scolastique  d'un  si  qrand  nombre 
d'haggadas.  Comestor  les  tenait  de  la  bou.lie  des  rabbins  de 


(')  Sur  ll..sch..  voir  17//^/.  I,ti.  d,-  h,  Fr.,  XVI,  p.  340 ;  Bloch  et  LÉvy.  Hist.  de 
la  litt.  juive,  [>.  3i2. 

(-j   Hk>a>,   Les  Rabbins  j'ranrais    du    ronimmcef/ienf  du  quatorzième  siècle 
dans  VHist.  litt.  de  la  Fr.,  XXV II,  43a-43/,. 


1^ 


—    ()(>    ^ 

Troyes,  ses  contem|)orains  :  les  llcbrœi  auxquels  il  s»'  réfèro, 
(jiiand  il  en  raconte  une,  sont  les  descendants  de  l\asclii. 

9.  —  Tl  est  (juestion,  dans  le  .V.  //.  V.,  d'aulres  légendes 
encore,  dont  i'oriyine  est  certainement  juive,  les  N'-ijendes  le- 
latives  à  la  mort  des  prophètes,  (-elles-ci  aussi  send)lent  avoir 
été  prises  par  notre  auteur  à  V Histoire  scolastiijiie.  Mais  elles 
di lièrent  des  précédentes  en  ceci  (pie  Comestor  n'avait  pas 
du  les  apprendre  des  rabbins  :  elles  étaient  entrées  dans  la 
tradition  chrétieinie  bieu  avant  le  douziènn'  siècle. 

xxn,  8^.  Prophetas  Judiei  divi-rsis  inodis  arflixorunt  et  interfeceruul  : 
Isaiaiu  serrahaiit.  Jereuiiani  lapidahant, 
Kzecluelein  excerehrahant,  Arnos  clavo  pcrfurabaiit. 

Mêmes  traditions,  sur  le  supplîcede  ces  quatre  prophètes,  au 
chapitre  XLl.  Notre  auteu!'  les  a  em[)runtées  à  Ciunestor  ('). 

Le  Moyen  Aqe  s'est  beaucoup  préoccupa'  de  la  façon  dont 
étaient  morts  les  pro[)hètes  et  les  pères  de  Tancienne  alliance  ; 
chacun  de  ces  grands  persomiaqes  n'avait-il  pas  et»'  à  son  tour 
la  liqure  du  Christ  et  le  porte-parole  de  Dieu?  Deux  ouvrages 
apocryphes  furent  composés  pour  satisfaire  cette  pieuse  curi(v 
site,  le  Ih-^  7(ôv  7:::9r,T(7)v,  tSk  £x:'.;j.T,Vf,jav  x.al  r:0  x.îlvTau  at- 
tribué à  saint  Épiphane  de  C  kypre  (-),  et  le  De  oifii  et  <>/>itu 
Patnim,  attribué  à  saint  Isidore  de  Séville("'). 

<:onn\stor  relate  en  ces  termes  la  mort  d'Kzéchiel  :  /7  <lii-it 
Ejtiphdnius...,  pnniixit  Kreehiel  (/iiod  Dan  et  dnd  non  i-rrrr- 
terentiir  ad  profuia,  sed  in  Medi.e  re(/ionibiis  renianerent : 
pr-opter  (/uod,  e.rarerlniti  in  eum,  distra.veni/it  <iifn  ftpiis  per 
crep'dines  sa.r<a'f//n  et  e.veere/frarerimt  runi,  La  l.'q.ende  ia|H 
portée  par  le  Pseudo-Isidore  est  îiès  ditlV^reute.  Le  Pseudo- 
Epiphane,  auquel  se  réfère  Comestor,  sait  i\\w  les  <p'ns  des 
tribus  de  (iad  et  de  Dan  firent  périi-  Lzéchiel,  Fuais  il  m' dit 
pas  de  quelle  façon.  On  peut  donc  admettre  (pu'  la  tradition 
adoptée  par  t  ajmestor  lui  venait  des  rabbins. 

('j  Supplice  d'Isai--  :  Cumotur,  col.  l'ji',  ;  —  de  Jen-mie,  col.  i4',o  ;  —  .l'Ézr- 
chiel,  col.   1V4C;  —  <l'Amos.  col.   1^02. 

(*)  Supplice  d'I>air  :  l\eudo-Kpiphaar,  daii>  Mu. st.,  /'.  (;.  XLllI,  col.  897;  — 
(le  Jér»'inie,  col.  3(j.,  ;  —  crEzécluel,  col.  4o2  ;  —  d'Amos,  col.   14.'). 

(')  Supplice  d'Isaie  :  Ps.udo-Nidore,  dau^  Micnk.  /'.  /..  LXXXIII,  col.  142  •  — 
de  Jérrmie,  col.   i',a;         (rKzéchiel,  col.   l 'j'^  ;  —  «l'Amos,  col.    144. 


—       91      — 

Des  quatre  prophètes  qui  furent  martyrisés,  Isaïe  est  celui 
dont  la  niort  avait  le  plus  frappé  Fimaqinaticm  du  Moyen 
Aqe.  Déjà,  au  deuxième  siècle,  saint  Justin  fait  allusion  à' ce 
supplice  dans  son  dialogue  avec  le  Juif  ïryphon  (')  :  après 
avoir  cité  les  passages  de  l'Ancien  Testament  qui  prouvent  la 
mission  et  la  divinité  de  J.-C,  il  ajoute  que,  si  ces  textes  avaient 
été  compris  des  Juifs,  ils  les  auraient  supprimés,  comme  ils 
lont  fait  pour  ceux  où  était  rapportée  la  mort  d'Isaïe,  «  qui 
fut  conp(''  avec  une  scie  de  bois  )). 

L'ouvrage  gnostique  intitulé  Ascension  d'Isaïe  Q.  Ori- 
gèm^(^).  Tertullien  (^),  Augustin  (Q,  rapportent  la  même  lé- 
gende. Klle  est  certainenient  d'origine  juive  :  la  Mischna  (') 
raconte  «pie  le  rabbin  Sinn'"on  ben  Azai,  qui  vivait  au  début 
du  deuxième  siècle  de  l'ère  chrétienne,  trouva  dans  Jérusa- 
lem un  rouleau  où  il  était  dit  que  Manassé  tua  Isaïe.  Raba, 
docteur  de  la  (ilu'inara,  au  (piatriènn»  siècle  de  notre  ère, 
connaissait  la  tradition  relative  au  genre  de  mort  d'Isaïe ("). 

XI,  5.  Slalirn  ciun  Cliristus  et  mater  ejiis  ciun  Joseph  .Lgvptuni  intravc- 
<>iiinia  idola  et  statua-  .Kgypti  corriieiiuit.  '  [runt, 

ht  hoc  <pion<larn  Jeieinias  .Lgyptiis  prophetaverat, 
<Jiian(lt)  in  Jùjyj.tuin  por  captivitatoin  adductus  fiierat. 
<Jueiii  cuiM  .Lgvplii  sanctiun  prophetam  esse  audivissent, 
Sciscitahantur  ah  eo  si  aligna  niirahilia  in  ,Kgypto  fiitina  essent. 
<Jui  (bxit  eis  quod  in  fntuio  qiia*dani  virgo  esset  paritura, 
Kt  tune  (Hnncs  dii  et  oinnia  idola  /Lgypti  e.ssent  ruituia. 
.Lgvjjtn  ergo  illuin  puoiinn  potentioiern  diis  suis  judicavorunt 
Lt,  qualein  silti  leveientiarn  exhibeient,  inter  se  tractaverunt. 
Iniagnietn  igilui  virgineain  cinn  puero  pulcherrimo  sculpobant 
Kt  sd.i  divmos  honores  jnxta  suuni  inodiun  exhihehant. 
Intenogati  postea  a  Ptolenia-o,  cnr  hoc  agerent, 
Dixerunt  .piud  talein  }»rophetiam  adhuc  implendani   exspeetarent. 
Ha'c  auleni  prophetia.  quarn  pra'dixerat  sanctus  ille  propheta. 
-Modo  (juando  Christus  cuni  rnatre  intravit  .Kgypturn,  est  inqdeta  ; 
Nani  oinnia  idola  ^'Egypti  et  statua»  corruerunt 
ht  viiginein,  sicnt  pradictuni  fnerat.  peperi.sse  indicaverunt. 


(•)  -MiG.Nt,  Dict.  des  Apocr.,  I.,  038. 
(')  Id.,  iOifi.,  I,  674. 

(••')  Jn  cap.  XXIII  Mntth.  (/'.  L.  X.  iS  ;  .XllI.  882.  1G37)  ;  Éptst.  ad.  Jul.  Afric. 
(P.  L.  XI,  ti.'.j;  Ilomel.  in  haium  (/'.  /..  XIII,  2 23). 

(')  I>e  patientin,   \\.  {')  De  ri  oit.  iJei,  XVIII,  24. 

(«)  Traité  Jehammoth,  ch.  IV.  (-)  .Migne,  Dict.  des  Apocr.,  I,  682. 


^  ^1 

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'-^r"s^'f^w^^  •■•  '  - 


MiPiyic,  n  jiir  ,j,-pjiiirpj^ 


**»!Sm 


—     ():>      — 

Cr.  Cornestor,  //fsf.  sc/io/.,  ///,.  /o/>/>,  /// (/Jr  dcsrrnsu  rr/i- 
cjuuwum  Jadiv  in  .h(jijptnni   et   nbitu  Jrrrmi.v)  :    De  ende,n 
{8r.,leremi(i)aitEp,pfuinnis:  ...  /irrjiùus  .  h\,,^p/i  s,\^nnm  iledit. 
qiindeorum  idida  everti  oporferef,  mm  virgn  pa'rerel.    l'nde 
etsacerdotesennim,  ,n  secretn  templi  Inen  inunjinen,  r,ni,nis 
et  piiertsfafiientes,  adurabant.  /Jumuero  Pto/om,eu,  rr.r  ùiter^ 
rof/aret  eos,  fpia  luee  fUeerent  ratume,  dixerunt  pnt,-nuv  tru- 
ddio.us  esse  mi/sferiiun   (pind  a  stinrfn  pmpheta  aerepenint 
majores,  et  credebanf  ,n  re/ms  ,fa /mw  ventarinn.  Il  s'a(|i(  du 
Ils?'-  T(5v  TTpcQT.Twv,  altrihiir,  à  tort,  à  saint  Kpiphaiie,  «HVNine 
(le(.ons(anlia  e,i  Chvpiv,   Pèiv  du   (|Halririn.'  si.'vir.   I.,.  Ih:\ 
Twv  '-^r^iùyj  «vsl  co.irni  [uir  ileiix  textes  qrecs,  |, ni. liés  Inn  par 
iejesnite  lVfan(0,  ''^^utio  par  Tischendorre).  «ï''  "^'n  ai  pas 
tronve  d  ancienne  traduction  latine,  et  je  Fie  suis  pas  arrivé  a 
déterminer  comment   Comestor,  rpii  ne  savait   pas  le  .nec,  ;, 
eu  connaissance  de  cet  (Mivra()e. 

Conime  le  remanpiait  déjà  en  i8:>3  nnérudit  strashonnfecis, 
<;.M.Ln.felliardt(),<.Vstlelait(pielesK,,vpliensa(I,.raientiine 
clivinite  temmine,   Isis,  représentée   souvent   allaitant   l'.'nranl 
Hcrus,  qui  doit  av.ir  donné  naissance  à  la  léqende  rapportée 
par  le  IVudo-Kpiphane.   «  I/art  reli.jienx  de  l'épcMpi,'  hellé- 
n'stnp.e  et  romaine  s'est  plu,  dit  Erman(0,  à  marquer  dans  la 
"î|ure  dlsis  les  caractères  d'humanité  :    il   représentait  eett«' 
déesse  avec  son  nourrisson,  Horus-llarpoerate,  dans  des  atti- 
tudes qui  parfois  la  font  ressemhler  étnnnamment  a  nos  ma- 
dones. »  Holiault  de  Fleurv,  qui  a  siqnalé  les  anal.Mjies  entre 
la  leqemle  de  Marie  et  celle  d'Isis.  mppelle  la  statue  «p..  se 
ti-ouvait,  an  .pimziéme  siècle (î),  à  Saint-Germain  des  Prés,  et 
que  de  pieuses  qens  Unirent  par  vénérer,  ce  (pii  ..bliqea  Pahhé 
de  Saint-(.ermain,  Guillaume   Briçonnet,   dont   les  tendances 


1)3 


«'fo 


réformatrices  sont  connues,  à  la  faire  retirer  en  i5i4;  mais 
<»«i  ne  sache  pas  (pie  la  statue  de  Saint-Germain  ait  été  prise 
pour  une  statue  de  la  Vierqe  :  elle  représentait  «  une  qrande 
l;;»Hne  hâve,  maïqre  et  déchevelée  «  ;  aucun  témoiqnaqe  ne 
dit  qu  elle  tînt  un  enfant  ('). 


(  )  1  o;.r  oeil,  .laïuc  r.ii.j.Maliqn.',  .,ù  l'on  a  voulu  reconnaîtro  au  soizième  siècle 
une  .ma.jc  d  Is.s,  yo.r  Lakave,  dans  le  RerueU  de  mémoires  publiés  à  l'occasion 
du  centenaire  fie  la  Société  des  Antiquaires  de  France  (Paris,  i.jo',)    p    2-9 


(  )   Dans   son   éd.tion   do   sainl   Kpipl.ane  (Paris,    ,623,  a  vol.  f").   Moine  violenl 
mjurieux  H  borné  (voir  le  ju,,ernent  de  Battikol,  Ane.  litt.  chrèl.,   I.  y.  Son)    Éni- 
pîiane  efa>f  lait  pour  plair.  aux  honmies  de  la  coutre-réformation,  d'autant  plus  .,ue 
son  ouvra.je  principal,  la   ,  Huile  aux  dro.jues  „  {Pnnarion\  était  regardé  connue  Ir 
meilleur  livre  qu'on  eût  écrit  entre  les  hérésies. 

{■)  Anerdofa  sucra   rt  profana  (Le.p/i.,.   ,85:.).   p.    no.   Les  deux  l.-vtex  repro 
duits  dans  Mir.NE,  /'.  G.,  XMII,  3.,:{  et  4ir..  ^ 

(')  D^r  Riffer  von  Stauffmhcnj  (Strasbourq,  1823).  p.  aa. 
(♦)  La  Religion  è,jijplienn>'  (Paris,  1907),  ,,.  3i',.  «,,.  i',2. 
(')  Bibl.  de  l'École  des  chartes,  t.  XXVI,  p.  ,-.,',8. 


) 


>iwt   rii;i,i|i|<,li^ 


CHAPITKK  \  I 


LES  SOL'RCES  DU  S.   II.   S.  i^fm) 

'     '^■■■''-^■';'' -y'-";;""-  :  "î^ons  de  sa  vogue  .■,„  .Moyen  Aye.  -  l,a  lëaeudc  de 
la  table  .l'or.  -  Le  dévouemenl  de  Codrus.  " 

2.  Vof,ue  de  la  liiiéralure  parado.vo,|r.-,|,hl,|,„.  .„  .M„ve„  A.,e.  -  Tr-ices  de 
ce>.e  l,t„.,.a,,„.e  dans  le  .V  //.  V.  ..  |,.,  L,„„,e  ,.ald,i„i,  „e  dn  eW  /   • 
erovanees  fniklonques  relalives  a„  da.phin,  a   IVI,^,,!,' „,,  à  l-ell'         ' 
ypres  et  de  la  v,,,ne  lleurie  sur  les  se.pen.s.  -   1,'.,  vi.,,,.-  n.-ur  e  ' 
le  cyprès  s.vnd.oles  de  la  pureté  virqlnale  de  Marie 

'■  ''«lulcT/""'.'    r  ''"/";''"•:  ""-li-ls.  -iVserIption    du   Saln,- 
Sepulcie.  —  La  leyende  du  champ  daniascùne. 

Si  t.olre  at.le,„-  s'esl  servi  s„rlo„t.  pour  .Vritv  s.  «  .•„„miln- 
tMM.  ..  ,1,.  \/[isU,irexc„l„.tH,„r  n  ,1,.  la  ly;,,'ndr  ,lnrrr  il  ',  ,|,-, 
co.ts.tllef  dattltx-s  livfos  encoiv.  ,lai  mi  >i,.c.-ss;,i,v  ,1,.  ,„•,.,,- 
qtffir  a,t  ,„o,ms  ,|,.  ceux  a„x,|„e|s  ,1  ,  ,.,„|,,„„i,-.  oMlames 
li'yt'tnlesjiarliiuliéiviiienl  luiieuscs. 

1.  Le  5.  H.  S.  et  le  Recueil  des  Faits  et  dits  mémorables 

La  cott,pila,i„„  de  Valètr  Maxi„„-,  /lr,„r,7  ,/,■  /;„/,  ,,/  ,/„ 
<ù/s  me,>,orM.s,  ajotti  crut.e  ,|,a,„l,.  lav,.,,,-  ;u,mès  .les  sa- 
vants d„  .M,,ve„  A,,e.  Elle  I,m.,-  ....ta,.  i„.„  dr  l,il,l,,.,l,..,,„„  |„. 
tonque  et  „,„n,le  ;  elle  était  ,,o„r  eux  ce  ,,„e  l'Iuianme  m.'tis 
ne  couua,ssa,e„t  pas,  lut  pou,-  !,.  sei.iè,,,..  siècle.  Dal.s  I,.  pia,, 
lac  .ce  su.v,  par  le  rheteu,- la,,,,,  dans  ces  anecdotes  ra,„  ees 

"""  f  *  f '""  '  '"■'''■'■  l"^l'"i mais  selon  les  parties  de  la 

morale    dans  cette  division  des  chapitres  en   ,le„x   s'ct     „ 
consacrées,  la  pn-nnè,.  aux  Uo.nains.  la  deuxién.e  aux  a,,.,,.; 
euples    lesscolast„|uesretrouvai,.ul  avec  plaisir  la  lac,,,  a,-,i- 
l.c.elle  de  présenter  les  faits  et  hvs  idées  à  |a,p,e||,.  iu' ..„„.,„ 
accoutun.es  :  .Is  eus^eat  rté  dépaysé,»  é^  lLc>did ,  |.„- 

rtousrages  du  .Movcu  .\.je  ont  de  con,;us  sur  le  plan  de  Va- 


'■1 


-    05     - 

1ère  :  il  sulfira  <!♦'  rappeler  l»-  plus  célèbre,  le  /Je  eœcmplis 
Scriptiinr  SanrLr,  de  Nicolas  de  llanapes(').  Le  nom  même 
du  rlu'teur  laliii  peut  bien  avoir  été  pour  (pielque  chose  dans 
la  considération  dont  il  a  l<>u(|temps  joui  :  pour  le  Moyen 
A(]c,  \'alère  ne  s'appelait  j)as  Valère  >ia.\inie,  nuiis  Valèr'ele 
(irand,  le  tr«'s  «jrand  liistorieu  et  moraliste  Valère.  Les  ser- 
ni<»nFiaires  ('),  les  auteurs  de  livres  moraux,  comme  les  Ges/(/ 
lioindnoi'um,  puis<Mit  de  prélV'rence  leurs  «  e\emj)les  »  dans 
Valère.  Les  com[)ilateurs,  comme  Vincent  de  Beauvais,  re- 
connaissent en  lui  un  devancier,  un  esprit  de  leur  genre  ;  ils 
lui  emjuunlent  (rJFniond)ral)les  extraits  ('^).  Par  les  sermon- 
naires  et  les  moralistes,  (piehpu's-unes  des  histoires  racontées 
par  le  rltéteiu'  latifi  s'imposent  aux  arts  fujuiés  :  telle  Thistoire 
du  iu()e  p[«''vaiicateur  Sisamnès  ('). 

L  auleiii   du  \.  //.  S.  doit  à  Valère  deux  de  ses  préficiures, 
celle  de  la  «  tal.le  »  d'or,  et  celle  du  dévouemenl  de  Codrus. 

v,  -.  Piscatores  quidam  rote  suurii  iii  mare  projecenmt 
Kl  casu  iiiiraliili  iiiensani  ann^arn  extraxenuU... 
IhidcFii  iii  littore  maris  teruj)limi  quoddain  erat  a^dificatiim 
Et  iii  honorem  .solis,  ({uem  qen.s  illa  coluit,  dedicatum. 
Ad  teniphnii  illnd  inoa.sa  illa  est  deportata 
Va  ip.si  .soli  taïKpiaiii  dco,  <piorn  colebant,  ubiala. 

L'Iiisfoire  de  la  table  d'or,  dont  le  .V.  //.  .V.  a  fait  une  préii- 
qure  de  la  Présentation  de  la  Viorqe,  est  la  déformation  d'une 
léqendc  qrec(pn'  sui"  l«'s  Sept  saqes,  (|ui  avait  été  racontée  par 
Plutaïqu.'  (•),  d'après  Théopompe,  et  [)ar  Dioqène  de  Laerte(^'), 
et  que  le  >b)ven  Aqe  comiaissait  par  Valère  Maxime  :  lihro  /\° 
Valrrn\  ,lit  la  rubricpu'  <lu  Miélot  de  Clumtilly.  Voici  le  récit 
de  \  alèi'e  (  J  : 

A  j)iscatoribus  in  Milesia  reqione  verriculum  trahentibii.s  quidam 
jaclmn  oiiicrat.  E.vtracta  doinde  maqiii  poiideris  aurca  mensa  Del- 
plnca,  orta  controversia  est  :  illis  pisciam  se  capluram  vendidis.se 
atfirrnaiitihus,  hoc  forlauaFn  jaclus  se  émisse  diceute.  Qua  condi- 
tiorie.  propter  novitatem  rei  et  in;i(jnitu(liiiem  pecunia^  ad  imiver- 

(»)  Cf.  J.-V.  Le  Clerc,  dans  YHi.sl.  Utt.  de  la  Fi\,  t.  XX,  par^e  0^. 
(*)  Cf.  Hauréau,  dans  les  Mt-m.  <{>'  l'Acad.  des  iruscr.,  t.  XXVill,  2,  page  261. 
(î)  Cf.  liouTARic,  dans  la  Revue  des  f/ufst.  hisf.,  XVII,  page  46. 
(*)  \al.  Max.,  VI.  :i.  L'hisloirr  d*»  Sisamncs  a  été  peinte,  notamment,  par  Gérard 
David,  a  Hrui|.s  (LAhL.\ESTHK-UicnTE.>BKR(,ER,  La  lielgujue,  p.  32.'^). 
(»)  Solon,  5.  («J  I,  I  Thul^^s.  (■)  IV,  i,  7  ext. 


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-       96       - 

sum  ejus  civltatis  populum  delata,  placiiu  Apolllnem  Delphicum 
consuli,  ciimam  adjudicari  inensa  deberet.  Deus  rospondit  illi  esse 
dandarn  qui  sapientia  caîteros  pnestaret.  Tiirn  Milesii  coiisensu 
Ihaleti  niensam  dederunf.  Ille  cessit  eani  Bianti,  Bias  Pitlaco,  is 
protiniis  alii,  deliicepsque  par  oninium  septem  sapientiiini  orhen. 
ad  ultinium  ad  Solonem  perveiilt  :  qui  et  titiiliini  ainplissiina' 
sapientiœ  et  pra^mium  ad  ipsum  Apollinom  transtulil. 

^  Je  croirais  volontiers  que  c'est  à  Valère,  directenient,  (jue 
raiiteur  du  Specu/uni  a  eiiiprimlé    riiistcdre  de  la  «    tal)Ie  » 
«l'or.   La  riil)ri({ii('  du   nianuscrit  des  Johanuites  de  Sélestal 
renvoi^e  à  VJIistoire  scolastujur,  e(   la  ruhrique  de  Bihl.  Xat. 
lat.  9r)8r)  au  Lévitiqne ;  mais  ni   V Histoire  scolastique  ni  — 
est-il  hesoin  de  le  dire  ?  —  le  Lévitiqne  ne  contiennent  rien  de 
tel.  La  rubrique  de  Bibl.  Naf.  lat.  ,)58r>  renvoie  au  Spéculum 
historiale;  mais  ceci  encore  est   une  erreur  :  l'histoire  de  la 
table  d'or  ne  semble  pas  avoir  été  racontée  par  VIik eut  de 
Beauvais.  Elle  l'a  été  dans  les  Gestn  linmiinonim^'),  mais  avec 
des  modifications  ou  plutôt  des  déformations  telles  (jue,  cer- 
tainement, ee  n'est  pas  aux  (îesta  que  Fauteur  du  Sprculiim 
a  dû  rem[)ruutor.  Du  reste,  les  érudits  s'accordent  à  dater  les 
Gesta  du  milieu  du  ([uatorzième  siècle:  ce  recueil  serait  (h^ic 
postérieur  au  S.  IL  S,Q).  I^armi  les  textes  médiévaux  qui  ra- 
content l'histoire  de  la  table  d'or,  Œsterlev  n'en  coiuiaît  pas 
qui  soit  plus  ancien  (|ue  celui  du  Speca/f/m  (J)  :  car  !" Anqlais 
Robert  Ibdkot,  (jui  raconte  l'histoire  dans  ses  Moralitates,  est 
contenq)orain  de  notre  auteur,  étant  mort  en  13^9  (^). 

XXIV,  59.  Quamvis  passio  Christi  fuit  a  Pâtre  cadesti  prœordinata, 
Tamen  non  invite  sed  voluntarie  est  ab  ipso  acceptata. 
Et  diud  Codrus,  rex  (îraHonim,  olim  per  figuram  pr.Tmonstravit, 
Oui  pro  suis  civibus  liberandis  sponte  mortem  acceptavit. 
(^ivitas  enim  Atheniensis  obsessa  erat 
Et  per  nullius  subventionem  liberari  poterat; 


(')  5  208.  page  r.i8  de  l'édilion  Œsterlev  :  Refert  Titus  Liuius  {sic)  çuod  inventn 
Juerat  mensa  aurra,  et  ronsnltus  Apullo  rni  dari  d^heret  n-spondit  quod  snpien- 
iiori.  Propt^r  qaod  data  fiut  philosopkn  dicta  Thaïes.  Isfr  aiitem  Thnlrs  e  r  ha- 
mihtate  nnsit  eam  Biaci  (sic),  Bias  alteri  et  sic  usquf  ad  septimum  saptentem 
(Jnecorum,  sciitcet  Salonwnem  (sic)  qui  in  ea  pin,rit  imaginem  hamilitatis  et  po- 
sud  eam  in  templum  ApoUinis.  Suit  un  développement  sur  la  vraie  humilité  dont 
l'auteur  énumère  les  cinq  conditions.  ' 

(-)  (i.  Bru.net,  Le  violier  des  histoires  romaines,  page  o- 
(3)  Page  744  de  son  édition.  (*)  Id.,  page  246. 


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—     97     — 

Tnnc  pnedictus  rex  consuluit  deum  suum  Apollinein, 

Si  per  aliquem  niodum  posset  liberare  civitatem  ; 

Et  quarnvis  paqaniis  esset  et  non  cofjnosceret  Deuni, 

Tarnen  iiutu  Dei  recepit  per  Apollineni  responsum  veruni  Q); 

Dicliim  est  ei  quod  civitas  niillo  modo  posset  liberari, 

Nisi  oporteivt  ipsurn  ab  hosfil)us  occidi  et  mactari  ; 

Oui  in  tantuiM  dilexit  suos,  qui  erant  intra  urbein, 

(jijod  exivit  de  urbe,  volens  propter  eos  subire  mortem. 

Jlosles  hoc  scientes,  nolebant  ei  in  aliqiio  nocere, 

Cupientes  potius  civitatem  quam  ipsius  moitem  habere  ; 

Quo  audito  et  experto,  rex  ad  civitatem  rediit. 

Et  vestes  reqias  exuens  et  serviles  induens,  iterum  exivit, 

Statnn  liostes,  in  eum  irruentes,  eum  interfecerunt, 

Quia  ipsum  recfem  in  servili  habitu  non  cognoverunt. 

Gum  autem  vidèrent  regem  mortuum,  de  eaptatione  urbis  despera- 

Et,  ab  inq)U(jnationc  cessantes,  ad  patriam  redierunt.  [verunt 

L'histoire  de  Codrus,  à  laquelle  le  Spéculum  ne  consacre 
pas  moins  de  vingt  vers,  n'est  pas  empruntée,  comme  le  dit  la 
rubri({ue  du  manuscrit  des  Johannites  de  Sélestat,  au  Spe- 
culum  Ecclesiœ  d'Honorius  d'Autun,  ni,  comitie  le  disent  les 
nil.ii.[ues  du  H.  N.  lat.  GjSô  ou  de  Munich  dm  18877,  à 
V Histoire  sco/asttque.  Elle  est  raj)portée  par  Justin,  II,  6,  et 
par  Valère  Maxime,  V,  6;  mais  la  mention  d'Apollon,  qui  se 
trouve  dans  Valère  et  rpii  man«jue  au  récit  de  Justin,  indique 
que  Valère  est  la  source  médiate  ou  immédiate  où  notre  auteur 
I  a  puisée.  La  même  histoire  se  trouve  dans  nombre  d'auteurs 
In  Moyen  Aqe,  énumérés  par  Œsterley  dans  sa  note  sur  le 
Ml'-'  chapitre  des  Gesta  liomanorum.  Voici  comment  la  racon- 
tent les  Gesta  : 

De  Victoria  Christi  et  caritate  ejus  nimia.  Gosdras  (^)  imperator 
Alheniensium  contra  Dorenses  puqnaturus  congregavit  exercitum, 

(«)  Cf.  Pascal,  Pensées,  t.  II,  page  4i  de  l'édition  Havel  :  «  La  religion  païenne 
sans  fondement  aujourd'hui.  On  dit  qu'autrefois  elle  en  a  eu,  par  les  oracles  qui  en 
ont  parlé...  »  —  a  L'opinion,  remarque  Havet,  qu'il  y  avait  eu  chez  les  païens  de 
vrais  oracles,  rendus  par  les  démons  avec  la  permission  de  Dieu,  était  encore  géné- 
rale chez  les  croyants  du  temps  de  Pascal;  Fontenclle  a  l'honneur,  par  son  Histoire 
des  Oracles,  de  l'avoir  fait  abandonner.  »  La  croyance  exprimée  dans  ce  passage 
du  .V.  //.  .Ç.  explique  (pie  la  tra-lilion  catholique  ait  cru  à  l'inspiration  prophétique 
de  la  Sibylle  :  teste  David  eum  Sibylla.  Cf.  supra,  page  69,  la  légende  de  la  Sibvlle 
et  d'Auguste. 

(*)  Codrus,  dans  les  Gesta,  s'appelle  Cosdras,  autrement  dit  Chosroës,  par  confu- 
sion avec  le  roi  parthe  de  ce  nom  :  cf.  j)ar  exemple  Honorius  d'Autun,  dans  Mig.ne, 
P.  I..,  ('LXXII,  ioo4  :  Cosdras  rex  Persaruni  Jadœum  depopulavit. 

PERDRIZET,     ÉTUDE    SUR    LE    S.     II.     S.  m 


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et  super  eventu  belli  consiiliiit  Apolllnein.  Cui  responsum  est  qiiod 
aliter  non  vinceret,  nisi  ipse  gladio  interiret  hostili.  Dorenses,  hoc 
audito,  dixerunt  ne  quis  lœderet  corpus  régis  Cosdri.  Quod  post- 
quam  Cosdras  cognovit,  mutato  régis  habita  arma  accepit  et  exer- 
citum  penetravit.  Quod  videns  unus  niilituni  cum  lancea  eum  usque 
ad  cor  penetravit... 

Moralizatio.  Carissiini,  sic  dilectus  Dorninus  noster  J.  C,  con- 
sulto  Deo  Pâtre,  quod  genus  hurnanuni  non  posset  redinii,  nisi  si 
ipse  nioreretur,  venit  pugnaturus  in  hello  isto  contra  diaboluin. 
Et  sciens  quod  agnosceretur,  niutavit  habituni  suuni,  quando  natu- 
rain  hunianarn  assuinpsit  :  «  Si  cognovissent,  nunquani  Doininuni 
gloriie  crucifixissent.  »  (I  Cor.,  II°.)  Imminente  vero  die  belli,  unus 
militum  stans  juxta  crucem  cum  lancea  cum  usque  ad  cor  penetra- 
vit, et  sic  per  mortem  suam  totum  genus  humanum  morte  juste 
adjudicatum  liberavit. 

Dans  le  Miélot  df  Paris,  la  rubri([ue  renvoie  au  Prolo(jue  de 
1(1  Bible;  de  mémo,  Munich  dm  18^77  in  j>rnlogo  Bibliœ,  in 
primo  capitiih,  in  fine.  H  s'agit  du  Prolo(jus  (/aieafiis  mU  par 
saint  J.Monie  en  tète  de  la  Vnl.jate;  il  n'est  du  reste  pas  (|ues- 
tiou  de  la  table  d'or  dans  ce  proln(}ue  ;  on  aura  vu  un»'  allu- 
sion à  rbisti»iiv  (le  la  lahle  d'or  dans  le  passage  où  saint 
Jérôme  parle,  d'une  l'aijon  tout  a  fait  générale,  des  olVraudes 
précieuses  qui  sont  vouées  dans  les  églises  :  J/i  temj>l<)  hei 
offert  unusquisqur  qiioil  potest  :  afii  auruni,  argentuni  rt  la- 
pides pretiosos,  alii  hijssnm  et  purpura  m  rf  coecuin  nljerunt 
f'f  hipicinthuni  :  iiohiscuni  hene  (Ujitur,  si  obtuleriruus  j>rUrs 
et  cnjiraruni  pilos. 


2.  Le  S.  H.  S.  et  les  paradoxographes 

Parmi  les  préfigures  du  .S".  //.  S.,  il  en  est  une  qui  n'est  em- 
pruntée ni  à  l'histoire  sainte,  ni  à  l'histoire  j)rorane,  mais  à 
l'histoire  naturelle,  telle  ({uc  le  Moyen  Age  l'a  entendue.  On 
sait  ([ue,  pour  le  Moyen  Age,  l'étude  des  animaux  et  des 
plantes,  des  pierres  précieuses  et  des  astres,  n'avait  d'autre 
but  que  de  dégager  les  symboles  renfermés  dans  rieuvic  de 
Dieu.  On  sait,  d'autre  part,  combien  le  Moyen  Age,  héritier 
des  paradoxographes  grecs,  a  été  curieux  des  récits  de  mer- 
veilles. La  |)lu[)art  des  ouvrages  d'histoire  naturelle  du  M(>\en 
Age,  Bestiaires  et    Vuhicraiies,  Ilerbiaires  et  La/a'daires,  dé- 


—    99     — 

rivent  du  Plu/siologus  et  ne  contiennent  que  des  fables  allé- 
gorisées.  Mais  c'est  justement  parce  (ju'ils  renfermaient  tant 
de  fables,  et  qu'ils  en  tiraient  des  explications  édifiantes,  mys- 
tiques ou  morales,  que  les  livres  issus  du  Phijsioloyns  ont  "eu 
tant  d'attrait  pour  le  Moyen  Age.  Notre  auteur  ne  serait  pas 
tout  à  fait  représentatif  de  la  piété  de  son  temps  s'il  n'avait 
emj>runté  qu  'hjues  symboles  'àwxjabuhe  naturales. 

xxvHi,  89.   Quamvis  infernus  multis  arnns  et  da^monihus  munilus  erat, 
Tamen  eum  (Jiristus  sanguine  suo  faciliter  confrinqebat. 
Istud  olim  in  struthione  Salomonis  pra'fîguratum  fiierat, 
Cujiis  pnllum  rex  Salomon  in  vase  vitreo  incluserat  ; 
Stnithio.  cu[)iens  lihorare  de  indusione  suum  pullum, 
Ahlit  in  desertiini  v[  attidit  inde  qnemdam  vermiculum, 
Quem  comprimons,  siipra  vitrnm  sanguinem  exprimehat, 
Et  ad  tactum  illius  vitrum  per  médium  se  scindehat  : 
Sic,  cum  sanguis  Christi  in  patibulo  crucis  est  expressus, 
Infernus  tanquam  vitrum  est  confractus,  et  homu  liber  egressus. 

L'histoire  de  Tant  ruche  (pii  délivra  son  petit  enfermé  dans 
un  vase  de  verre  a  été  empiuntée  j)ar  noire  auteur  à  VHistoire 
scolasfirjne,  chap.  8  (\\\  Lifter  11/  lietpnn  : 

Fahul.uitiu-  .Iud;ei,  ad  eruderandos  lapides  celerius.  habuisse  Sa- 
lomonem  sangiiinein  vermiculi,  qui  tamir  dicitur,  qucm  invenit 
hoc  modo.  Erat  Salomoni  struthio  hahens  piillnm,  et  inchisus  est 
pulliis  snb  vase  vitroct.  On<'m  cmii  videret  slrulliio,  sed  hajjere  ne- 
quiret,  de  désert.»  tulit  vermicidurn.  cnjiis  sanguine  linivit  vitrum, 
et  fracturn  est. 


C'est  aussi  par  V Histoire  scolastique  que  cette  légende  a 
été  connue  de  Gorvais  de  Tilbury  (0//V/  i/nperialia,  II,  io4,  éd. 
Leibniz.  {».  i  ooi»:  ('d.  Liebn»cht.  pp.  f\?)  et  loS),  de  l'auteur 
anonyme  des  (iesta  llanianorum  (eh.  •î7)(^  (Esterlev),  de  Vin- 
cent de  Beauvais  (Sjtecnlum  doctrinale,  XVI,  23;  Spéculum 
naturalr,  XX.  170)  et  d'autres  auteurs  médiévaux  dont  (Es- 
terley  donne  la  liste  dans  son  commentaire  des  Gesta ;  il  v  faut 
ajouter  Albert  le  Grand,  qui,  dans  son  De  animalibus,  1.  XXVI 
(t.  VI  de  Vvd.  de  Lyon,  page  <)83),  rajqxirte  la  h'gende  rela- 
tive au  tfiamur  rel  samir  :  hoc  est  fabula ,  dit  le  docteur  uni- 
versel, et  puto  esse  de  erroribus  Judieorum.  Albert  le  Grand  a 


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raison  ,ri,„f„„,.r  oetl,.  lé;|,Mulo  ai.x  Juifs.  Les  nihl.lns  ,■;„„„- 
aient  quo    I),ou  ayanl  iMl..r,li,  (l-,.„,plover  lo  Ter  (lans  la  ,„n^ 

irnction  ,1„     ,.„,,,le  (||I  /,„„.  ,,^  .)    Sa|,„ ,  ,,.,.,„  ,rAs,no- 

dt-e,  pnnce  dos  dén.„ns,  lavis  dr  se  |,r,Mm,T  „„  ,-..,l.,ln  ver 
donl  la  iirosseur  élait  eell,.  .l'un  ,,,.,1,,  ,rnnje  ,-1  ,l,„„  les  de„i: 
.■aient  ,1  une  luire  merveilleuse.  i;e  ^er  s-ap,u-l;,i,  s.-iamir  „u 
cha„ur;  c  rUut   lune  des  dix  choses  que   iJieu   avait   r,,.ées 

pondant  la  semaine  de   la   crëatio,,,   h,  vei lu   sal.l.at     au 

crépuscule  (Barlolocci,  lilbUolkecn  mn,,na  rabhuur,,    t   'iX 

p.  1^2).  Le  rh.wvr  a(,par ait  au  «  Prince  de  la  iiut  »    „ui 

.'"  avait  eonlié  la  .jarde,  s„us  le  sceau  du  secret,  au  ,„',,  lie 

'"■";'■'■'■•   ■^"' '«e  cnsoillc   à   Sainmou   d'all.r   dénicher    les 

petits  du  coq  de  l,rnvère,  et  de  les  ,„uvrir  d'une  niaMue  rie 
verre.  Le  coq  de  |,ruvore  apporte  lo  charnu,  I,.  n„se  sur  la 
plaque,  qui  se  fend.  Loiseau  .Ldivre  ses  petits,  et  Salnu„.n 
se.npare  du  chamir,  qu'il  euqdoie  à  (ailler  I,.s  pierres  ,lu 
leiuple  (Hartolocc,  t   1,  pp.  33.  et  4,r;  Uoehar.,  iLocokon. 

V-'/',      oi,     •      '""■''•  ''•""  '•'■"  D'-nL-schrift,',,  ,lrr  Mc.„l    -„ 
/./■A//-/     ,8,,/i    pp.  ',8-M.  :  Teudiau,  /A,.v  Burh    ,/,;■  S,,./,;,  '„',„l 
Lyndonjûdi.chor  Iw-r,-//,  3«  éd.,  Francfort.  ,8-3.,,;  3-,  •  et 
d  autresauteurs  cités  dans  Th.-Mur,,,,  i:„r,,,-lo,Jia,  s.  s.'sr'h,,. 
.;-//•   auxquels  ,1  fan,  ajouter  .S.  l!ariiuKi„uld,  rnrin,,,  )t,,il,. 
Ollh.'mnldle.uje,  Lomires,   i,,oi.  pp.  3Sf,-', ,  f,).    |.,  „,.■,,„,,,. 
qende    existe   cliez    les   .\rabes,    .„u.    un..    f„ni,e    léqère.neut 
dderente.  C  était,  disent-ils.  pendant  la  construction  , lu  Tem- 
ple;   les   scies   des   scieurs    de   pierre  qriiieai,.i,t   d'une   fa,„„ 
insupportahle  ;  un  djinn  donne  ce  conseil  à  Saloniou  :  .   Prends 
les  œuls  d  un  c,u-l>oan,  couvre-les  .ruiie  plaque  de  cristal    et 
VOIS  ce  que  lera  la  mère.  „  Salomou  suit  le  conseil.  Le  corl,,'..» 
va  chercher  la  pierre  .nmur,  et  le  cristal  se  fend  en  deux   aus- 
sitôt que  le  samur  Ta  touché  (C.  Weil,  Bihlisrlw  L.nrndèn  drr 
Musrlmannn-,  p.  23(',).  -^ 

La  légende  de  lautruche  rpii  délivra  son  petit  enf.Miné  dans 
nu  vase  de  verre  n  est  pas  seule  ,1e  s,u.  espèce  dans  le  6'.  //.  .^. 

x.vvi,  3i.  Drlphini  (licuMtar  ,n,.iti,is  suis  compati  et  oos  scpelire  • 

^-.'  quomodo  potesl  I„„mo  planctiun  Mari.T  sine  dulore  andire  " 
n,  4d.  s.  e lophas  adspectu  sana„inis  uva-  ad  pa^aan,  animatar.         ' 

^..  8y.  .Non  solum  a  se  tentat.ones  et  pecoata  .Maria  ropellehat.  rcala 

Sed  etiam  ah  alns,  .pnhas  radios  suœ  grati.-e  ial'andehal 


I 


lOI       — 

Oiiainvls  Maria  Virçjo  piilcherrima  erat, 

Taiiien  nuin|\iaiii  ab  ali(jU()  iiiale  conciipisci  poterat  ; 

Nani  vlrtiis  quaHlam  ilivina  ab  ipsa  [JiHxcdebat, 

Et  ipsa  intiientiiiiii  conciipiscentias  illicitas  exstiiujiiebat. 

Sicut  piiiiii  ryprcssus  (uloro  fiiçjat  serpentes. 

Sic  eiiiiii  Maria  gratia  sua  depiilit  inalc  concupiscentes; 

Et  sicut  in  viiiea  llorente  iKMjueunt  serpentes  habitare, 

Sir  ^ï^riit'  imlLi  main  rniicn[»is('entia  })<>tiiit  appropinquare. 

La  croyance  relative  aux  soins  <{ue  b's  daupbins  preinlraicnt 
tle  leurs  morts  [iruvicnl  i\i}<,  (  Irecs  de  l'antiquité  ('),  qui  ont 
raconté  de  ces  animaux  tant  de  fables,  et  de  si  toucliantes.  Ce 
que  n<>tr«"  anteui-  dit  <les  éléphants  provient  de  I  }tacli(fh.  vi, 
34  '■  ''f  t'/('/>/t<//ifis  nsh'ndri'iinf  sdrujuineni  uvœ  et  moi'i,  nd 
acucndits  fas  m  jii-.i'liiun  (-). 

Il  taul  descendre  jnstju'au  Bestiaire  uaiidois  Q)  pour  trou- 
ver, dans  un  Lil/ei-  nafi/n/fis  issu  du  J^hi/siolotjus,  l'assertion 
(jue  \r  stMpenl  liiil  Itideur  de  la  viqne  lleurie  :  mais  le  Bes- 
tiaire \aiid()i>  ne  voil  pas  dans  cet  ell'et  de  la  viqne  sur  les 
serpents  un  svmbnie  de  la  pureté  virrjinale  de  Marie.  Par 
contre,  les  ailleurs  anciens,  Nicandre  (^),  Virqile  Q)  et,  à 
leur  suite,  Isidore  de  Séville('),  liaban  Maur('),  les  auteurs 
de  Bestiaires  ('),  les  encyclopédistes  du  treiziènn'  siècle  (')  ra- 
content (jue  la  lumée  d'un  feu  de  cèdre,  ou  de  la  résine  <lu 
cèdre,  met  en  fuite  les  serpents.  Et,  depuis  le  treizième  siècle, 


(')Cf.  Pline,  Ilisl.  mil.,  IX,  lo,  et  Élien,  De  animalibiis,  XII,  *'i((i'a]»rès -\rislote). 

(*)  La  même  croyance  est  rapportée  j)ar  Tliomas  de  Chanlimprô,  Jactpics  de  Vitry 
et  Vincent  de  Beauvais  (Spcc.  naf.,  XX,  43). 

(i)  f^f.  A.  Maykh,  dans  la  Fcatschrift  fur  K.  Ilofmnnn  Çlioinan-Forschiint/fn 
de  Vollmoller.  Krlanijon,  V,  1890,  j».  '4 17).  Je  suis  rf'dcvablo  de  cette  indication, 
ainsi  ijne  d»-  [thi>ieiir>  autres,  à  M.  Max  Cioldslanb.  île  Berlin,  le  .srx'ciali.^te  qui 
connaît  le  mieux  les  (}uesli(»n.s  relatives  an  Pfiysioloijns. 

{')  Ther..  .T..  {•)  ljeor<j.,  III.  41^.  sq.  («)  /-.Vym.,  XVII,  33. 

("j  y.  L.,  idX,  482;  CXI,  r»i7  :  ced/'u^  nrhor  est  odoi-is  juviiiuli,  serpentes 
nrcenso  niJore  fiujana  ac  pernnens.  Cf.  CIX,  929. 

(•j  De  bfstiis  ft  nliis  rébus  I.  IV  ",  dans  l<-s  Opéra  de  Richard  de  Saint-Victor 
(/*.  L.,  CLXAVII,  i4o  :  odor  rrdri  srrpentes  fiKjat). 

("j  Arnoldus  Saxo,  D'-  l'iantia,  III,  12  :  et  ndorem  cedri  serpentes  fuffiunt, 
qui,  rum  senserunt  ipsum,  tnoriuntur.  — •  Vincent  de  Beauvais,  Spec.  nat., 
VI H,  12  :  redrus  est  iirbor  altitudinis  et  odoris  prœcipui  ;  cujus  odor  serpentes 
fugat  et  interiinit.  —  B.\KTHFn,t:.MY  l'Anijlais,  De  propriei.  reruin,  XV^II,  28  :  odor 
cedri  J'uijat  serpentes  <'t  omnia  venenota. 


) 


I02 


les  mystiques,  Richard  de  Saint-Laurent  ('),  Jacques  de  Va- 
razze  (-),  Jean  de  S.  Giinignaiio  Q),  voient  dans  cette  vertu  du 
cèdre  un  symbole  de  la  pureté  virqinale  de  Marie. 

Or,  l'histoire  naturelle  du  .Moyen  Aqe  rai>|)r(»rhait  le  cvprès 
et  le  cèdre  :  fo/ia  redri,  dit  Isidore,  ad  ci/pressi  similitudinem 
respondent  ;  Utjnum  ci/pressi  redro  piene  proximam  hahef 
rirtutem  (♦).  Albert  le  (  îrand  les  étudie  ensend)le,  dans  un  même 
chapitre  :  de  redro  aufe/n  et  cijpiess(ts  dit-il,  sinuil  ageinus, 
propier  iKUiim  arboriiin  in  imiltis  conrenien/ia/tt  Q). 

Si  les  docteurs  du  Moyen  Age  ont  étudié  ensemble  le  cèdre 
et  le  cyprès,  c'est  qu'ils  les  trouvaient  rapprochés  dans  deux 
textes  bibliques  sur  lesquels,  plus  que  sur  tout  autre,  se  sout 
appliqués  les  s[)éculatirs  :  un  texte  du  Cantùpie  {},  i6  ;  tigmi 
domorum  nosfraium  cedrina,  laquenria  nosfn/  ci/pressina),  et 
uu  passage  de  cette  fameuse  description  de  V Fj-rlésùistique  où 
il  est  questiou  de  la  sagesse,  et  où  les  mystiqu«'s  ont  reconnu 
tantôt  l'Église,  tantôt  la  Vierge  Marie  {KcrK.  xxiv,  17  :  quasi 
cedrus  e.valtata  siim  in  Libano  et  quasi  redrus  in  mante 
Si  on). 

Ce  rapprochement  du  cèdre  et  du  cyprès  dans  deux  textes 
bibliques  aussi  célèbres  explirpie,  croyons-nous,  la  confusion 
faite  par  le  .V.  //.  6*.  Les  confusions  abondent  chez  les  couipi- 
lateurs  du  Moven  Age. 

Où  notre  auteur  a-t-il  em|)runté  ce  renseignement  touchant 
reflet  du  cyprès  sur  les  serpents  ?  (Ki  a-t-il  pris  l'idée  d'ex- 
pliquer cette  propriété  du  cyprès  comme  une  allégorie  de  la 
pureté  de  la  Vierge  ?  Sans  aucun  doute,  dans  le  chapitre  de  la 
Légende  dorée  sur  la  Présentation  de  la  Vierge.  Jacques  de 
Varazze  n'est  d'ailleurs  pas  l'inventeur  de  l'allégorie  qui  nous 
occupe  :  lui-même  l'a  empruntée  à  un  ouvrage  mystique,  écrit 
dans  un   milieu  Cistercien,  vers  i23o  :  le  De  làudilnis  beatip 


(')  Z>f  landilms  b.  Mari.e,  XII,  C,  $  A. 

(-)  Uff.  aiir.,  XXXVII,  page  iG^  Grasse. 

(*)  t  i323  ((uit\BER,  Gntnt/riss,  H,  i,  199).  Maria  mater  Ihnnini  asshnilatur 
cedro.  Cedri  sunt  ra/dr  procene  et  odorifersp  ;  quaram  odor  fugat  ser/tentes  et 
intei'fecit  vermex.  Prr  iitramqtu-  redriim  heata  Maria  signijicatur.  Ipsa  enim 
instar  cedri  fugat  serpentes,  i.  e.  dietnonfs  e.rstini/uif;  fermes,  i.  e.  pravas  rogi- 
tationes,  et  reddit  candidas  mentes  {De  regetalibus  et  plantis,  III,  r.  3;,  éd.  "de 
Bàle.  1^91»). 

(«)  Etym.,  XVII.  33  (de  cedro).  33  (de  c\parisso>. 

(')  De  regetalil»us  et  plantis,  VI,  ii  {Opéra,  éd.  Jammy,  t.  V,  p.  ^Sâ  h). 


r 


'T 


J 


—     io3     — 

Mariie,  communément  attribué  à  un  prêtre  de  Rouen,  Richard 
de  Saint-Laurent. 


Leg.  aur.y  XXXVII  (p.  iG^ 
Grîisse) 

DicuntJudœi  quod  cum  Maria 
pulchcirima  fiierit,  a  nullo  tamen 
unquam  potult  concupisci,  et  ra- 
tio est,  quia  virtus  siue  castitatis 
cunclos  adspicientes  penetrahat 
et  omnos  in  iis  concupisccntias 
ropellehat.  l'nde  comparatiir 
cedro,  quia,  sicut  cethus  ser- 
|»entes  odore  interfîcit,  ita  ejus 
sanctificatio  in  aliis  radiabat.  ut 
omnes  niotus  in  carne  serpentes 
occidohat. 


De  laudibas  b.  Mario?,  XII,  G 

§0(0 

Maria  cypressus.  Quia  cypres- 
sus  arbor  est  odorifera  :  ut  supra 
de  cedro.  Si  l'on  se  reporte  à 
Vendroit  indiqué  (XII,  G,  §  !\), 
on  lit  ceci  :  Maria  cedrus.  Quia 
cedrus  odore  et  succo  fugat  et 
exstinguit  sorpentes.  Sicut  tes- 
tantur  Judaii,  Maria  pulcherrima 
virfjinum  fuit  :  nec  unquaiii  ali- 
quis.  cam  intuens,  ipsani  mâle 
concupivit.  Et  h;ec  gratia  trans- 
fusa est  in  eam  in  sua  singulari 
sauctificatione  quasi  quiedani 
respi ratio  vel  quoddam  spira- 
menlum  oedrîni  odoris,  ad  occi- 
dendum  in  iiituentibus  eam  car- 
nales  concupisccntias  et  motus 
qui  quasi  venonosi  serpentes  in 
carne  serpunt.  Kt  ideo  dicit  ipsa 
se  quasi  cedrum  in  Libanu  exal- 
tatam  [tccli.,  xxiv,  17]. 


C'est  du  De  latidibus  encore  que  proviennent  et  l'assertion 
concernant  relî'et  de  la  vigne  lleurie  sur  les  serpents  et  l'idée 
d'expliquer  cette  propriété  de  la  vigne  comme  une  allégorie  de 
la  pureté  de  Marie  :  Maria  ritis,  dit  Richard  de  Saint-Laurent, 
quia  vitis  odore  JJorum  suoruni  serftentes  et  venenata fugat  [f). 

Ainsi  le  cyprès  et  la  vigne  en  Heur  sont  des  figures  de  la 
Vierge  immaculée.  Ce  symbolisme  fondé  sur  l'histoire  naturelle 
sera  développé  au  qui?izième  siècle,  surtout  par  les  Domini- 


(•)  Dans  les  0/)fra  d'AtBERT  le  Grand,  éd.  Jatnmy  (Lyon,  iOji),  t.  XX,  y.  ^12, 
Jammy  ayant,  sans  droit,  attribu*'  à  Albert  le  Grand  le  De  laudibas  h.  Marine. 

(-)  De  laudibus,  XII,  6,  5  '  (Jammy,  p.  396).  Ges  allégories  sur  l'odeur  du 
cx^pres  et  de  la  vi<jne  en  Qeur  ont  passé  du  D"  laudibus  dans  les  sermons  du  Fran- 
ciscain milanais  Bernardin  de  Busti  (7  i5oo).  Cf.  Maracci.  Polyanthea  Muriana 
(Cologne,  i683,  f»),  page   106.  J'ai  copié,  en   iSj3,  la  poésie  suivante,  écrite  sur  la 


—    I  o4    — 

cains,  dans  le  Defenson'um  inviolatœ  virginitatis  heatœ  ManœQ) 
et  dans  les  ouvrages  similaires,  où  les  fables  des  Libri naturales 
sont  employées  à  démontrer  la  virginité  sans  lésion  de  Marie. 
Ce  symbolisme  très  particulier  ne  semble  pas  remonter  plus 
haut  que  le  treizième  siècle.  La  première  période  du  Moyen 
Age  n'en  avait  pas  eu  l'idée  :  Raban  Maur,  dans  ses  Allegoriœ 
in  Sacrani  Scriplaram  Q),  recomiaît  dans  le  cèdre  dont  parle 
la  Bible,  suivant  les  passages,  soit  le  Christ,  soit  le  bois  de  la 
sainte  Croix,  soit  l'Église,  soit  les  docteurs  de  l'Église  (i); 
jamais  il  n'en  fait  une  figure  de  la  Vierge  Marie.  L'application 
du  symbolisme  physiologique  à  la  mariologie  est  une  preuve, 
entre  bien  d'autres,  de  ia  place  de  plus  en  grande  que,  sous 
l'influence  de  la  foi  populaire  et  des  Ordres  monastiques, 
prend,  à  partir  du  treizième  siècle,  le  culte  de  Marie. 


3.  Le  S.  H.  S.  et  les  Descriptiones  Terrœ  Sanctœ 

L'une  des  grandes  préoccupations  du  Moyen  Age  a  été  la 
Terre  Sainte  :  le  «  voyage  d'outre-mer  »  était  le  pèlerinage 
par  excellence,  celui  que  chaque  fidèle  souhaitait  de  faire.  Les 

page  de  titre  d'un  livre  grec  du  seizième  siècle,  à  la  bibliollièque  de  l'École  normale 
supérieure  (coté  L.  G.  p.  96  4'>)  : 

PARABOLE 

Le  serpent  meurt  de  déplaisir, 
Lorsque  la  fifur  sent  de  1 1  viyne. 
L'homme  au  contraire  y  prend  plaisir 
Et  en  boit  droit  comme  une  ligue, 
(le  nous  pst  un  évident  sicjne 
Que  toutes  l«'s  bonnes  liqueurs 
Ne  sont  pas  bonnes  à  tous  cœurs. 

Le  serpent,  c'est  l'homme  mécLunl. 
Et  la  vigne,  r'est  Jésus-Christ  ; 
La  liqueur,  son  verbe  tranchant 
(Jue  ses  Aposlres  ont  escrit. 
Chacun  en  use  en  s^)n  esprit  ; 
Le  simple  sans  danger  y  mord. 
Mais  le  mérhant  y  prend  la  mort. 

(•)  Pour  le  De/ensorium,  voir  infra,  rli.  VIll,  $  7.  Il  a  pour  auteur  un  Domini- 
cain, Fra>z  von  Retz  (1337-1421),  qui  fut,  de  i385  à  i^ii,  professeur  à  l'uni- 
versité  de  Vienne.  Cf.  le  travail  capital  de  J.  von  Schlosser,  Zur  Kenntnis  dtr 
kanstlerischen  Ueberlieferiing  im  sptiten  Mittelalter,  dans  le  Jahrbuch  dtr  allerh. 
Kunstsammlungen  (Vienne,  1902).  Schlosser  explique  très  bien  que  les  Dominicains 
ont  tenu  à  se  faire  les  champions  de  l'immaculce  virginité  de  Marie,  prccisémenl 
parce  qu'ils  ne  croyaient  pas  à  son  imnjaculée  Conception. 

(*)  P.  L.,  CXII,  891.  (3)  />.  /:.,  ciX,  929. 


100 


prédicateurs  y  encourageaient  leurs  ouailles.  Les  moines  men- 
diants, n'étant  pas  astreints  comme  les  autres  moines  à  la  vie 
contemplative,  le  faisaient  souvent.  C'était  parmi  eux  que  la 
papauté  recrutait  ses  missionnaires  et  ses  émissaires  aux  pays 
du  Levant.  Qu'il  s'agît  d'aller  discuter  avec  les  prêtres  schis- 
mastiques  de  Byzanre  ('),  de  tenter  la  conversion  du  Mira- 
molin  (^)  et  du  Soudan  de  Babvione  (5),  de  négocier  avec  le 
Soudan  de  Damas  et  le  Vieux  de  la  Montagne  (+),  il  se  trouvait 
toujours  quelque  fils  intrépide  de  Dominique  ou  de  François 
pour  se  lancer  dans  l'aventure.  Le  courage  de  ces  enfants 
perdus  du  catholicisme  est  aussi  admirable  qu'il  fut  vain. 

Beaucouf)  de  moines  mendiants,  même  après  la  perte  défi- 
nitive de  la  Palestine,  devaient  donc  coiniaître  de  insu  les 
lieux  saints.  Aussi  était-il  souvent  parlé,  dans  leurs  prédica- 
tions, de  la  Palestine  et  du  Saint  Séptdcre.  Plusieurs  d'entre 
eux,  d'ailleurs,  avaient  écrit  des  descriptions  de  la  Terre 
Sainte,  pour  compléter  et  rajeunir  la  description  vieillie 
d'Adamnan  (').  C'est  à  Tune  de  ces  descriptions  que  notre 
auteur  a  emprunté,  je  suppose,  les  renseignements  minutieux 
et  précis  qu'il  donne  sur  le  Saint  Sé[>ulcre  ('^). 

xxxn,  3.  Sciendum  auteni  quod  .sepulcrmii  Ghristi  est  cavatuiii  in  petra 
Et  videtur  esse  tanquain  duplex  caméra  parva  ; 
Quando  homo  primo  intrat,  invenit  parvulam  cameram, 
Quae  excavata  est  in  petra  jacenle,  non  in  terra,  sed  super  tcrram, 
Et  hahct  circa  .septein  vel  octo  pedcs  tam  in  longum  quam  in  latuin, 
Et  in  altuin,  quantum  homo  potcst  extondere  luanum  ; 
Ex  i.sta  carnera  intratur  per  parvuin  o.stiuni  in  aliam, 
(Juae  habet  fere  eamden  longitudinem,  latitudinein  et  allitudinein  ; 
Et  quando  homo  ingreditur  per  ostium  parvulum  jam  prœfatuin, 
A  dextris  videt  locum  uhi  corpus  fuit  collocatuin. 
Et  est  Umquam  .scainnuni  latitudinis  circiter  trium  pedum, 
Et  longitudo  extendit  se  de  uno  pariete  ad  alteium  ; 
Altitudo  vcro  prœdicti  scanuii  habet  fere  pedeni  et  diniidiurn, 


(')  Voir  les  Scriptores  de  Quétif  et  Échard,  t.   I,  pages  911  et  sqq. 

(-)  Sabatier,   Vie  de  saint  François  d'Assise,  paye  256. 

(^)  Id.,  page  263.  (<)  Joinville,  chap.  87  et  90. 

(*)  Ecrite  à  la  un  du  septième  siècle  et  conservée  dans  VHisf.  ecclès.  de  Bt:DE  le 
Vénérable,  1.  V,  chap.  16  {P.  L.,  XCV,  367);  cf.  les  Itinera  HierosoL,  de  Tobler 
et  MoLiNiER,  pages  178  et  suivantes. 

(•)  Sur  le  Saint  Sépulcre,  cf.  Molanus,  De  hist.  SS  iinar/.,  IV,  i3,  avec  le  com- 
mentaire de  Paquot.  Se  rappeler  le  Sépulcre  de  l'église  Saint-Nicolas  à  Tro^-es. 


i 


—     jo6     — 

Et  non  est  concavinn,  erg(.  corpus  non  est  intra,  sed  supra  ipsum 
Quidam  pereçjrini  hoc  scamnuni  sepulcrum  appellant,        [positum. 
Sed  Judaei  totam  petram  cum  atiilialms  cameris  sepulcrutn  vocant. 
Ostium  moûumenti  grandi  lapide  erat  obturatuin 
Et  sigillis  Judaeorurn  cornmunitum  et  signatum. 

De  tontes  les  descriptions  de  la  Terre  Sainte  que  le  Movea 
Afje  nous  ait  laissées,  la  pins  intéressante  est  assurément 
celle  que  composa,  en  i2S3,  une  quarantaine  d'ainiées  avant 
la  publication  du  Sprciiliim,  un  Dominicain  allemand,  Sur- 
rhardus  de  Monte  Sion  (').  Est-ce  à  Bourcart  (jue  notre  auteur 
a  emprunté  la  léqende,  tardive  Q,  concernant  Adam  et  le 
champ  damascène  ? 

Notandum  quod  vir  in  agro  damasceno  est  formalus 
Et  a  Domino  in  paradisum  voluptatis  est  translatus  (>). 

Assurément,  on  la  trouve  dans  la  description  de  linur- 
cart  (*).  Mais,  comme  elle  j)araît  avoir  été  bien  connue  des 
Latins  dès  le  début  à\\  treizième  siècle,  il  serait  très  impru- 

0)  Sur  Bourcart,  cf.  la  notice  de  J.-V.  Le  Clerc,  dans  VHist.  litt.  ,h  la  France. 
t.  A\I,  page  i8o,  et  Laurent,  Prrnjrinaforcs  nwdii  .roi  ^/untiior  (Leipzl(|,  187.3), 
page  A-  Pour  les  iiiss  et  les  éditions,  cf.  R.iiimcHT,  /iiU.  ;/ro;/r.  Palest.,  p.  âO. 

C»)  Adamnan  n'en  dit  rien  dans  son  chapitre  sur  Flebron  et  les  lomUeaux  des 
patriarches  :  cf.  P.  L.  XCV,  258;  Tobler  et  Moli.mer,  /////.  llierol,  page  224. 

(3)  LuDOLPHE  en  a  parlé  encore  dans  la  Vita  Christ i,  I,  3g  :  in  Bethlehem  se- 
cundus  Adam  est  nalus,  de  ,fua  ad  septeni  milliaria  vel  circa  contra  Austrum 
est  Hehron  cwitas,  ubi  in  agro  daniasreno  fuit  />rimus  Adam  de  ruhra  terra 
forniatus,  de  quo  agro  ad  jactum  arcus  es}  spelunca  dupie.r,  ubi  ipsr  Adam 
cum  conjuge  sua  est  conditus  et  sepultus. 

{')  Descriptio  Terrw  sanctœ,  chap.  LX  (éd.  Laurent,  p.  81)  :  .1  spelunca  duplici 
{in  ,fua  sepulti  sunt  Adam  et  Eva,  Abraham  et  Sara,  fsaac  et  Rrberca,  Jacob  et 
Lia)  contra   Occidentem,   quantum  jacere  potest  arcus,  est  ager  damasrenus,  in 
quo  plasmatus  fuit  Adam.  Ager  iste  in  rei  reritate  rai  de  rubeam  hnbet  te-ram 
quip  omnino  Jîexibilis,   sinit   erra.   De  qua  tuli  in  magna  quantitafc.  Similiter 
Jaciunt  peregrim  alu  et  Christiani  visitantes  loca  ista.  Sarraceni  insuper  ferram 
istam  portant  camelis  in  .Egyptum  et  .Ethiopiam  et  Imliam  et  ad  aiia  loca,  pro 
speriebus  ualde  caris  (c.-à-d.  en  échange  d'epices  de  grand  prix)  rendentcs  eam. 
tt  tamen  modira  appnret  fossio  illo  in  loco.  Dicitur  enim  quod,  nnno  renoluto 
quaritumcunque  magna  sit  fossio,  semper  miraculose  repletur.   Cf.   la  traduction 
de  Jean  Mielot,  Description  de  la  Terre  sainte  par  le  F.  lirochard,  dans  nis.  Arse- 
nal   479S.   <"   i34   V».  Bernard  de  BRtYDENBAr.H  (P»  09  yo  de  Péd.  de  Lvon,  i48o) 
a  copie  ce  passage  dans  Bourcart,  (pji  lui-.nènie  s'est  servi,  pour  rédiger  ses  sou- 
venirs, touchant  le  champ  damascène,  de  l'ouvrage  d'un  de  ses  devanciers,  car  il 
donne  a  peu  près  les  mêmes   détails,  et  dans   les  mêmes  term-s  que    Gervais   et 
Thietmar. 


lo- 


r 


i 


) 


dent  de  vouloir  indiquer  la  source  où  l'auteur  du  Spéculum  a 
pu  la  puiser.  On  la  trouve,  en  effet,  déjà  dans  les  Otiaimperia- 
lia  de  Gervais  de  Tilbury  ('),  dans  X Aurora  de  Pierre  Raie(^), 
dans  la  Pereyrinatio  de  Thietmar  (),  dans  V  Itinéraire  de  Lon- 
dres à  Jérusalem  attribué  à  Mattliien  Paris  (♦).  On  peut  seule- 
ment remarquer  qu'elle  était  familière  aux  Dominicains  du 
treizième  siècle,  puisque  Jacques  de  Varazze,  dans  la  Légende 
dorée  (>),  et  Etienne  de  lîourbon,  dans  son  De  diversis  materiis 
prœdicalihusy  en  ont  parlé  :  Nous  devons,  dit  Frère  Etienne, 
faire,  si  nous  le  pouvons,  le  pèlerinaqe  d'ouîVe-mer,  car  c'est 
de  la  Terre  sainte  ([ue  nous  tirons  notre  oriqine,  tant  corpo- 
relle que  sj)irituelle  :  JésiLs-Christ,  le  second  Adam,  y  ost 
mort  pour  nous,  et  Adam,  notre  premier  père,  y  a  été  créé 
dans  le  champ  damascène,  pater  omnium  Adam  in  ea  creatus 
est,  scilicet  in  agro  damasceno. 

Lecoy  de  la  Marche,  qui  a  publié  ce  texte  dans  ses  Anecdotes 
historiques  (P Etienne  de  Bourbon  ('),  traduit  à  tort  :  «  Adam 
fut  créé  dans  la  campaqne  de  Damas.  » 

Cette  erreur,  qui  n'est  pas  nouvelle,  puisqu'on  la  trouve 
déjà  dans  maint  texte  du  treizième  siècle  (■),  nous  oblige  à 
entrer  dans  (fuelques  explications. 


(')  I,  8  (Leibniz,  Script,  rer.  liransi:,  I,  8go)  ;  II,  117  (Leibniz,  I,  ioo3). 

(-)  P.  L.  CCXII,  21. 

(•')  Ed.  Laurent,  page  2g  :  Est  ager  quidam  in  Ebron,  qui  in  multo  habetur 
honore  pro  spede  preliosn.  Soient  enim  Sarraceni  e[}odere  terram  illam  et  déferre 
in  .Egyptum  ad  vendendum  pro  nobili  specie.  (Juantumcunque  autem  terrx 
effossum  est,  post  anni  circulum  reperilur  redintegrafum.  De  qua  terra  dicunt  et 
in  eodem  loco  esse  Jormatum  Adam.  Terra  illius  agri  rubea  est.  Alii  autem 
dicunt  Adam  esse  plasmatum  in  agro  damasceno. 

(<)  A  Damas  lu  Adan  fait,  nostre  premier  père,  et  la  terre  cultiva  cl  lahora  (Iti- 
néraires à  Jérusalem  rédigés  en  jram^ais,  éd.  Mkuei.ant  et  Raynaud,  (ienève, 
1882,  p.  127). 

(')  Cf.  LUI  (De  passione  Domini),  page  22g  Grasse.  De  la  Légende  dorée,  elle 
a  passé  au  Catalogus  Sanctorum,  de  Petrus  de  NATAMBUs(Pctrus  Equilinus),  III,  i. 

C)  Publications  de  la  Société  de  l'Histoire  de  France,  t.  LX,  pages  45o  et  453; 
cf.  page  172. 

C)  Primas  homo  fuit  formatus  ju.rta  Damascum  in  agro  Damasceno  (^Légende 
dorée,  chap.  LUI,  De  passione  Domini,  p.  22g  Crasse).  Le  continuateur  de  Guil- 
laume de  Tyr  écrit  en  laOi  :  ^^  A  Ebron  Xostre  Sires  forma  Adam  de  la  terre  de 
Damas  »  (Michelant  et  Raynaud,  Itinéraires  à  Jérusalem,  Genève,  1882,  p.  170). 
\J Itinéraire  île  Londres  ii  Jérusalem,  attribué  à  Matthieu  Paris  (vers  I244),  dit,  à 
propos  de  Damas  :  «  Là  fu  Adan  fait,  nostre  premier  père,  et  la  terre  cultiva  et 
lalx)ra  »  (Michelant  et  Raynaud,  />/.,  f>.  127).  Thietmar,  qui  rapporte  la  légende 
relative  au  champ  damascène  dans  sa  notice  sur  Hébron,  ne  se  rend  pas  compte 
«lue  ce  champ  se  trouvait  près  d'Hébron  :  visiblement,  Thietmar  croit,  lui  aussi,  que 
le  cliamp  damascène  était  près  de  Damas  (vo  r  le  texte  cité  à  la  note  3). 


M 


< 


^^ 


—     io8    — 

Le  Moyen  Age  s'était  de  bonne  heure  demandé,  à  propos  du 
texte  de  la  Genèse,  ch.  H,  verset  8  {plantaverat  Dominiis  Deus 
paradisiim  voluptatis  a  principio ,  in  quo  pomit  hominem 
quem  formaverat),  si  Dieu  avait  formé  l'homme  dans  le  pa- 
radis. Les  docteurs  avaient  répondu  par  la  négative  (').  Où 
donc  Dieu  avait-il  créé  notre  premier  père?  En  (juel  endroit 
de  la  terre?  On  peut,  je  crois,  reconstituer  la  suite  des  rai- 
sonnements par  où  l'on  parvint  à  répondre  à  cette  curieuse 
question. 

La  tradition  orientale,  acceptée  depuis  saint  Jérôme  par 
l'Eglise  latine,  faisait  d'Hébron  le  li«*u  de  sépulture  d'Adam. 
Nomen  Hebron,  disait  la  Vulgate  {Josné,  xiv,  i5),  ante  voca- 
batur  Cariath  Arbe  :  Adam  maœimus  ibi  inter  Enacim  situa 
est.  Le  texte  hébreu  dit  tout  autre  chose  :  «  Hébron  s'appelait 
jadis  Kirjath-Arba;  Arba  avait  été  le  plus  grand  des  géants.  » 
Notons  en  passant  cpie  cette  traditioil  sur  !a  sépulture 
d'Adam  est  inconciliable  avec  une  tradition  catholique  qui 
place  cette  sépulture  sur  le  Golgotha,  à  l'endroit  même  où  fut 
placée  la  croix  de  Jésus. 

Le  contresens  de  la  Vulgate,  qui  localisait  à  îîébron  la 
sépulture  d'Adam,  devait  conduire  logiquement  la  tradition 
catholi(|ue  à  localiser  aussi  à  Hébroil  la  création  d'Adam  : 
«  A  Hébron,  écrit  Bertrandon  de  La  Broquière,  Notre  Seigneur 
forma  premièrement  Adam  notre  premier  père  {').  »  C'était  à 
Hébron  que  le  corps  du  premier  homme  était  retourné  à  la 
terre  :  c'était  à  Hébron  aussi,  avec  de  la  terre  d'Hébron,  que 
les  mains  divines  avaient  dû  le  former  Q). 

Mais  comment  expliquer  le  nom  de  «  damascène  »,  donné 
au  champ  avec  l'argile  duquel  le  Créateur  aurait  modelé  le 
corps  d'Adam  ? 

Formavit  Dominas  Deus  de  limo  terrx,  dit  la  Genèse  (H,  7). 
Le  mot  hébreu  qui  correspond  au  de  limo  terrœ  de  la  Vulgate 


(')Cr.  Thomas  d'Aquin,  Somme,  partie  I,  question  Cil,  art.  4  :  Utrum  homo 
Jactus  Juerit  in  puradiso  ? 

(»)  Voyage  d'oiiltremer,  éd.  Schefer,  p.  18.  Cf.  L.  Palustre,  De  Paris  à  Subaris 
page  2bi  :  «  Depuis  que  j'ai  vu  à  Hébron  la  terre  dont  Dieu  s'est  servi  ijour  créer 
Adam,  les  souvenirs  romains  me  semblent  empreints  d'une  trop  grande  jeunesse.  « 

(î)  De  même,  la  tradition  qui  localisait  la  sépulture  d'Adam  sur  le  Golqotha  eut 
pour  conséquence  la  localisation  au  même  endroit  de  la  création  d'Adam  •  Cf  le 
Bremarms  de  Ilierosolyma  (vers  570),  dans  les  Itinera  Hierosolymitana  et  des- 
cripUones  Terrse  Sanctse,  éd.  Tobler  et  Molin.er,  Genève,  1880,  pages  57-68. 


est  adamah.  C'est  ce  mot  qui  est  l'origine  du  qualifîcatil 
damascenus.  Le  champ  d'Hébron  serait  plus  exactement 
dénommé  «  adamascène  ».  Il  n'y  a  qu'un  rapport  fortuit  et 
j)urement  verbal  entre  la  partie  de  la  Syrie  du  Nord  qu'on 
appelait  la  Damascène,  ou  pays  de  Damas,  et  le  damascenus 
ager. 

On  racontait  que  l'argile  du  champ  damascène  était  de  cou- 
leur rouge.  Ce  détail  a  son  origine  sans  doute  dans  le  nom 
même  d'Adam,  qui  en  hébreu  signifie  rouge  ('). 

Là  ne  s'était  pas  arrêté  le  travail  de  la  tradition.  On  racon- 
tait que  Caïn  avait  tué  Abel  dans  Vager  damascenus  (f). 
Quand  on  eut  oublié  le  sens  du  nom  d'Adam,  on  localisa  le 
crime  d'Abel  dans  le  champ  damascène,  pour  expliquer  que  la 
terre  de  ce  champ  fut  de  couleur  rougr  :  elle  était  teinte  en 
rouge,  depuis  qu'elle  avait  bu  le  sang  du  premier  meurtre. 


I 


(')  JosÈPHE,  Antiq.  Jud.,  I,  i,  52. 

(*)  Gervais  DE  TiLBURT,  Otiu,  I,  19;  VcN'CENT  DE  Bexvwis,  Specu/um  hintoriule, 
I,  56;  Petrus  de  Natalibus,  Cat.,  III,  l\. 


ifiMfalf  m- 


CHAPITRE  Vil 

DU    SYMBOLISME    TYPOLOGIQUE 
AVANT  LE  S,  IL  S, 


1.  Définition  de  la  méthode  typologique.  —  2.  Cette  méthode  était  en 
germe  dans  le  Nouveau  Testament.  —  3.  Origène  en  Orient,  Au()ustin 
en  Occident  en  sont  les  créateurs.  —  l\.  Elle  n'a  commencé  à  influer 
sensiblement  l'art  religieux  que  depuis  le  douzième  siècle.  —  5.  Les 
émaux  typologiques  du  douzième  siècle  :  ateliers  mosans  et  rhénans. 
—  r».  Le  crucifix  de  Saint-Denis  et  l'ambon  de  KIosterneubourg.  — 
7.  Les  verrières  typologiijues  du  treizième  siècle. 


1.  —  «  Dans  rÉcritiin»  Sainte,  le  sens  littéral  <'st  fiiux  », 
enseignait  au  début  du  quinzième  siècle  le  fameux  théologien 
Jean  Petit  (').  «  D'autres  docteurs  du  m«'me  temps,  sans  le 
dire,  pensèrent  de  même  et  ne  virent  jamais  dans  l'Ancien  ni 
dans  le  Nouveau  Testament  un  simple  récit,  une  morale  appli- 
cable à  la  vie  humaine,  des  pensées  ouvertes  et  naturelles; 
rien  ne  Irur  semblait  plus  indigne  d'un  texte  sacré  (*).  » 

Le  S.  IL  S.  et  d'autres  livres  à  images  de  la  même  époque, 
sur  lescjuels  nous  reviendrons  plus  loin,  BibJia  pnuperum^ 
(loncordantix  raritatis,  sont  les  productions  les  plus  curieuses 
de   la  singulière   méthode   d'exégèse  allégorique  Q)  que   les 


(')t  lAii-  Voir  sa  notice  dans  la  Noiw.  biogr.  gén.,  XXXIX,  700. 

(*)  J.-V.  Le  Clerc,  Disc,  sur  l'état  des  lettres  au  quatorsièine  siècle,  ».  I,  p.  369. 

(3)  Allegoria,  quic  per  factum  aliud  Jactum  figurât.  Sumitur  allegoria  quando- 
que  a  persona,  ut  Isaac  significat  Christum  ;  etiam  David  quandoque  hoc  modo 
signijîcat  Christum.  Quandoque  a  re  quœ  non  est  persona,  ut  verve.r  occisus 
humanitatem  passam  signijîcat,  et  lapis  duritiem  cordis ;  quandoque  a  numéro... 
(ver)  a  loco...  {vel)  a  tempore...  (uel)  a  facto.  (Pierre  Comestor,  pn)lo«jue  de 
Yllist.  scol.).  Cr.  Thomas  d'Aqlmn,  Somme,  pars  I,  (ju.  I,  5  10  «  utnim  Sacra 
Soriptura  sub  una  littera  habeat  pUires  sensus  ?  >  :  Secundum  quod  ea  quœ  sunt 
veteris  legis  significanl  ea  quœ  sunt  nooœ  legis,  est  sensus  allegoricus.  Secundum 
vero  quod  ea  qu^e  in  Christo  sunt  Jacta  sunt  signa  eorum  quœ  nos  agere  debe- 
mus,  est  sensus  moralis.  Prout  vero  sijnijîcant  ea  quœ  sunt  in  œterna  gloria,  est 
sensus  anagogicus. 


i 


I  I  I 


théologiens  ont  ap|)elée((  typologique  »  ou  «  figurative  »,  parce 
(ju'elle  considère  les  faits  de  l'histoire  antérieure  à  la  vie  ter- 
restre du  Christ  comme  des  «  figures  »  ou  des  «  préfigures 
des  faits  de  l'histoire  évangélique  :  ceux-ci  sont  les  «  antitypes  », 
ceux-là  les  a  types  »  (').  Sléihode  essentiellement  symbolique 
i'\  mysticpie,  puisqu'elle  est  fondée  sur  ce  principe  qu'il  y 
aurait  entre  les  deux  Testaments  une  concordance  mystérieuse, 
TAncien  étant,  selon  l'expression  des  docteurs  dti  Moyen  Age, 
la  figure  perpétuelle  du  Nouveau. 

2.  —  On  se  tromperait  en  croyant  que  l'idée  d'expliquer 
l'Ancien  Testament  connue  la  préfigure  du  Nouveau  soit  une 
invention  du  Moyen  Age.  Le  Moyen  Age,  en  cela,  n'a  fait 
que  coordomier,  systématiser,  déve'^l()pper  l'enseignement  qu'il 
avait  re(;u  de  la  tradition.  L'Évangile  de  Matthieu  Q)  répétait 
que  le  Christ  était  venu  pour  accomplir  les  prophéties  (Q;  les 
E[)îtres  appienaient  qu'il  était  le  nouvel  Adam  venu  pour 
sauver  le  monde  que  l'ancien  avait  perdu  (+)  ;  l'Évangile  de 
Ji'an  reconnaissait  dans  le  serpent  d'airain  érigé  par  Moïse 
pcmr  sauver  les  Juifs  la  préfigure  du  Christ  crucifié  pour  le 
salut  des  hommes  Q)  ou,  dans  la  manne,  la  préfigure  de  l'Eu- 
charistie (^);  le  C:hrist  lui-même  n'avait-il  pas  dit  :  a  Comme 
Joiuis  fut  pendant  trois  jours  et  trois  nuits  dans  le  ventre  de 
la  baleine,  ainsi  le  Fils  de  l'Homme  sera  pendant  trois  jours 
et  trois  nuits  dans  le  sein  de  la  terre  (").  » 

Il  n'entn'  |>as  dans  mon  sujet  de  montrer  que  les  auteurs 
dt's  livri's  du  Nouveau  Testaim'ut,  «mi  voulant  prouver  que  les 
pnqihéties  ont  été  accomplies  dans  le  Christ,  ont  altéré  l'his- 
toire vraie  du  Christ;  et  que  maint  détail  légendaire  de  cette 

(')  Pour  cette  terminologie,  cf.THOLucK,  ap.  Real-Encyclop.  de  Herzog,  XVII,  392. 

{-)  Sur  les  ori.jines  srriptiiraires  du  symbolisme  tyjHjlocjicjiie,  cf.  Heider,  Beitrdge 
zur  christUchen  Typologie  aus  Bilderhandschriften  des  Mittelalters,  dans  le  Jahr- 
buch  der  K\  k\  Centralcommission,  t.  V  (18C1),  p.  k  S(i,  qui  a  résumé  les  articles 
fondamentaux  de  Hoffmann,  Mystischer  Sinn  der  Bibel  et  Typen,  dans  les  t.  VU 
et  XI  du  Kirchenlexicon  de  Wetzer  et  \\'elte. 

(•>)  Malth.  I,  22;  u,  i5;  iv,  i4  ;  vm,  17;  xni,  35;  xxi,  4;  xxvii,  35.  «  Un  des 
traits  caractéristiques  de  Matthieu  est  l'emploi  fréquent  des  passages  de  l'A.  T.  qui 
sont  alléques  Comme  contenant  la  prédiction  des  faits  évanqéliques...  Il  y  a  lieu  de 
se  demander  quelquefois  si  c'est  l'Evangile  qui  a  prévenu  et  provocjué  l'application, 
ou  bien  si  c'est  le  texte  de  l'A.  T.  qui  a  influencé  et  enrichi  la  tradition  évangé- 
lique ')  (LoiSY,  Les  Évangiles  synoptiques,  I,  336). 

(«)  I  Cor.  XV,  22.  (s)  Jean  m,  i4. 

(•)  Jean  vi,  3i.  (7)  Matth.  xii,  4o. 


'*  4 

^ 


.Wfeéif 


I  12 


histoire,  aussi  bien  dans  les  Évangiles  canoniques  que  dans 
les  Apocryphes,  provient  de  croyances  et  de  textes  antérieurs 
au  Christ,  a  sa  source  dans  les  idées  messianiques  et  dans 
des  prophéties  plus  ou  moins  détournées  de  leur  sens  pri- 
mitif. Mais  il  faut  se  rappeler  les  résultats  auxquels  sont  ar- 
rivés sur  la  légende  de  Jésus  les  critiques  modernes,  si  Ton 
veut  tout  à  fait  comprendre  combien  il  est  vrai  que  l'exégèse 
figurative  se  trouvait  en  germe  dans  le  Nouveau  Testament. 

3.  —  Parmi  les  anciens  théologiens  ('),  Origène  chez  les 
Grecs,  Augustin  chez  les  Latins,  furent  particulièrement  sé- 
duits par  cette  méthode  hardie.  «  L'Ancien  Testament,  dit 
saint  Augustin  dans  la  Cité  de  Dieu  Q),  c'est  le  Nouveau 
couvert  d'un  voile  ;  et  le  Nouveau,  c'est  TAncien  dévoilé.  » 
Par  exemple,  Abraham,  sacrifiant  Isaac,  f^réfigurc,  d'après 
saint  Augustin,  Dieu  le  Père  sacrifiant  pour  le  salut  des  hom- 
mes son  fils  unique;  Noé,  ivre,  montrant  sa  nudité,  préfigure 
le  Christ  dépouillé  de  ses  vêtements  avant  d'être  crucifié; 
l'arche  de  Noé  préfigure  le  corps  de  Jésus  en  croix,  «  parce 
qu'un  corps  d'homme  est  six  fois  plus  long  (pie  large,  et  (jue 
l'arche  aussi  était  six  fois  plus  longue  que  large  ». 


(')  Déjà,  au  deuxième  siècle,  Justin  martyr,  dans  son  DiaKxjue  contre  Trj'plion  le 
Juif,  avait  montré  que  le  Messie  qui  avait  accompli  les  prophéties  était  prt-Oyuré 
par  maint  passaqe  de  l'Ancien  Testament. 

Sur  l'emploi  de  la  méthode  allégorique  par  Orif|ène,  cf.  Denis,  La  Philosophie 
d'Origène  (Paris,  i884),  p.  27  et  suivantes  ;  A.  Franck,  dans  le  Journal  des  savants, 
1884,  p.  181  ;  MÂLE,  l'Art  religieux  du  treizième  siècle,  2^  éd.,  \k  164.  11  faut 
remarquer,  à  la  louanyc  d'Oriqène,  que  chez  lui  l'exégèse  allégorique  est  en  somme 
une  tentative  de  l'esprit  critique  pour  maintenir  ses  droits  vis-à-vis  des  absurdités 
d'un  texte  révéré.  «  Quel  est  l'homme  de  sens,  demande  Origène,  qui  croira  jamais 
que  les  trois  premiers  jours  de  la  création,  le  soir  et  le  matin  purent  avoir  lieu  sans 
soleil,  et  que  le  premier  ait  pu  avoir  lieu  quand  le  ciel  n'était  pas  encore  ?  Qui  sera 
assez  idiot  pour  croire  que  Dieu  a  planté,  à  la  manière  d'un  horticulteur,  le  jardin 
d'Eden?  »  Le  déluge,  l'arche  de  Noé,  la  destniction  de  Sodome  et  de  Gomorrhe, 
l'histoire  de  Lof  h  et  de  ses  filles  lui  suggèrent  des  plaisanteries  que  Gelse  n'aurait 
pas  désavouées  et  que  Bayle  ou  Voltaire  auraient  applaudies.  L'exégèse  allégorique 
est  pour  Origène  l'unique  moyen  de  résoudre  les  objections  auxfpielles  la  littéralit<* 
de  la  Bible  lui  [)araît  prêter. 

(«)  L.  XVI,  ch.  a6  (Migne,  Patrologie  latine,  XLI,  5o5)  :  Quid  enim  est  qnod 
dicitur  Testamentam  Vêtus,  nisi  occultatio  Novi  ?  Et  quid  est  aliud  quod  dicitur 
Novam,  nisi  Veteris  renelaiio?  (Cité  par  Mâle,  op.  iaud.,  p.  167.)  Un  adage 
souvent  rép«''té  au  Moyen  Age  (cf.  Schreiber,  Biblia  pauperum,  p.  a)  exprimait  la 
même  idée  de^  la  façon  suivante  :  Novam  Testamentam  in  vetere  Intet,  Vetas  in 
novo  patet.  Un  vitrail  de  Saint-Denis  porte  cette  inscription,  due  à  Suger  :  Quod 
Moijses  oelat,  Christi  doctrina  révélât  (Sciilosser,  Quellcnbuch,  p.  a8o.) 


s  * 


—     ii3     — 

Les  premiers  Pères  ne  se  dissimulaient  nullement  ce  que 
cette  façon  d'interpréter  l'Ancien  Testament  avait  de  subjectif 
et  d'arbitraire  :  aussi  n'en  présentaient-ils  les  résultats  que 
comme  des  essais,  à  titre,  pour  ainsi  dire,  d'indications  : 
«  Nous  sondons  comme  nous  pouvons,  écrit  saint  AugAistin('), 
les  secrets  de  l'Écriture;  d'autres  le  feront  avec  plus  de  succès; 
mais  une  chose  est  sûre,  c'est  que  l'Ecriture  a  un  sens  mys- 
tique, il  y  a  une  correspondance  secrète  entre  les  deux  Testa- 
ments. » 

Mais  saint  Augustin  a  beau  recommander  de  n'admettre 
que  sous  réserves  et  qu'avec  prudence  ses  interprétations  allé- 
qoriques  des  Livres  saints  :  pour  le  Moyen  Age,  elles  seront 
consacrées  par  cela  même  que  saint  Augustin  les  aura  propo- 
sées. Saint  Isidore  de  Séville,  au  sixième  siècle,  les  met  en 
forme  de  mémento  (*);  Bède  le  Vénérable  au  huitième,  Raban 
Maur  et  Walafried  Strabo  au  neuvième,  et  bien  d'autres  doc- 
leurs  et  commentateurs  les  répètent  tour  à  tour,  sansse  lasser; 
la  tradition  orthodoxe,  le  long  des  siècles,  infatigablement, 
redit  la  même  doctrine  ("')  : 

C'est  un  cri  répété  par  mille  sontlin'llos, 
Un  ordre  renvoyé  par  mille  porte-voix... 

4.  —  Cette  fa«;on  d'expliquer  la  Bible  devait  avoir  sa  réper- 
cussion dans  l'art.  L'art  au  Moyen  Age  a  été  le  serviteur  do- 
cile de  la  théologie;  il  a  exécuté  exactement  les  programmes 
qu'elle  lui  imposait  ;  elle  s'en  servait  pour  instruire  la  mul- 
titude des  fidèles  qui  ne  savaient  pas  lire:  les  peintures  et  les 
sculptures,  les  tapisseries  et  les  vitraux  étaient  alors,  suivant 
nn  mot  que  les  docteurs  du  Moyen  Age  ont  aimé  à  répéter, 
les  «  livres  des  illettrés  »,  picturœ  qiuv  surit  libri  laicorum  (^). 

A  quelle  époque,  donc,  l'art  a-t-il  commencé  à  raconter  les 
Écritures  suivant  la  méthode  figurative?  On  ne  le  sait  pas  au 


(')  //<rc  Scrîptunp  sécréta  divimv  indagamus,  ut  possumus,  alias  alio  inagis 
minusve  congruenter,  verumtamen  fideliter,  certum  tenentes  non  eu  sine  aliqua 
pru'figuratione  futurorum  gcsta  atque  conscripta,  neque  nisi  ad  Christum  et  ejas 
Ecclesiam  esse  referenda  {Cité  de  Dieu,  1.  XVI,  ch.  a). 

(î)  Allegoriir  qun'dam  Script ar/e  Sacr.e  (Migne,  P.  L.,  LXXXIII,  99  S(i.). 

(S)  Voir  dans  les  Indices  de  la  Patrologie  de  Mione,  II,  a^i  scj,  X Index  figu- 
rarum  Veteris  et  Novi  Testamentorum. 

(<)  Voir  plus  haut,  ch.  l. 

PERDRIZKT,    ÉTUDE    SUR    LE    S.    H.    S.  O 


I^J 


•^'gflpmMÈlSdr*.4»l*j.^,.¥J-_étà'i'àp^iVJf''i 


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m  ■wpii^^.î*'^^^-; 


-    ii4    - 

juste.  Quelques  savants  ont  voulu  remonter  jusqu'à  l'art  des 
premiers  siècles,  jusqu'aux  peintures  des  catacombes  romai- 
nes et  aux  sarcophages  chrétiens,  il  est  vrai  que  les  fresques 
des   catacombes,    les    sculptures  des  sarcophaqes  chrétiens 
représentent  à  satiété  plusieurs  des  sujets  de  TÀncien  Testa- 
ment sur  lesquels  s'est  le  plus  exercée  l'ingéniosité  de  la  mé- 
thode figurative  :  Jonas  avak'  ou  vomi  par  la  baleint-,  isaac 
offert  en  sacrilice,   Moïse  fiiisant  jaillir  la  source  du  rocher 
d'Horeb.    Mais    prenons   garde   de   confondre    les   (h'fférents 
genres  de   symbolisme  chrétien.  Dans   l'art  des  catacombes, 
Jonas  vomi  par  la  baleine  ne  sigriilir  p;i>   le  Christ  sortant  du 
tombeau,  mais  l'homme  échappant  à  la  mort  et   naissaiil  à  la 
vie  éternelle;  le  sacrilice  d'Isaac   ne  signirn' pas  la  mort   du 
(Christ,  mais  le  salut  de  riioninie,  miraculeusement  délivré  par 
Jésus,  et  ainsi  de  suite  (').  AutnMuent  dit,  \v  s\  mi)olisiiie  de 
l'art  des  premiers  siècles  chrétiens  c.nI   pinrmcFif    riio!;!l  ;   il  a 
rapport  à  Tàme  chrétienne,  il  ne  concerne  point  la  \ir  irir.stK' 
de  Jésus  et  ses  préfigures  dans  l'Ancien  Testaniciii. 

Les  mosaïques  de  la  nef  d.-  Sain(»'-Mari»'  Majeure  à  Roiih» 
(côté  de  l'évangile)  représeiileut  uiu'  longue  séi'ie  de  scènes 
prises  à  l'Aneien  Testament  :  dans  le  nomhiv.  il  en  est  eerlai- 
nement  beaucoup,  comme  la  rencontre  d' Abraham  et  de  Mel- 
chissédech,  la  réception  laile  aux  trois  anges  par  Abialiam,  la 
bénédiction  de  Jacob  par  Isaac.  le  passage  de  la  nier  Houge, 
qui  ont  pu  être  choisies  {mmu-  leur  sens  lignratil".  Mais  les 
scènes  de  l'Ancien  Testanient  ne  sont  pas  mises  en  parallèle 
avec  des  scènes  de  l'histoire  évangeli(pie  dont  elles  seraient  la 
préfigure.  I/intention  syud)oIi<pie  se  dissimule,  connue  elle 
se  dissimulera  encore,  mille  ans  plus  tard,  dans  les  fres<|ues 
quattrocentistes  de  la  (:ha{)elle  Sixtine. 

Molanus(^)  a  cit.'  des  textes  de  saint  .\il  cl  de  Paulin  de 
>ole  qui  recommandent  d'orner  les  églises  de  peintures  repré- 
sentant des  scènes  de  TAncien  et  du  Nouveau  Testament.  Les 
citations  suggèrent  cette  remarque  à  Pa.piot  :  /.v  ///(*.v  rtitim 
niinrohti'net  in  LHffiis  /nnnasfrrus,  ubi  in  anibifu  c/diisfri  ride/r 
est  pirta  in  frnesfris  plrnirjur  C/irisfi  Dnniini  f/rsfd,  adjrctis 
utriniqur  Ji(jnns  r  Veteri  Testanwntn,  ijiuc  (jcstis  illis  respon- 


(')  PÉRATÉ,  V Archéologie  chrétienne,  p.  69,  74,  102,  112  ;  >rARucciii,  Éléments 
d'archéolofjie  chrétienne,  t.  I,  p.  ;ioo-3o0. 
(-)  De  historia  SS.  Imaginum,  II,  17. 


.  \ 


S 


[ 


I  K)       — 

dent,  Paquot  se  trompe  :  dans  les  textes  cités  par  Molanus, 
il  n'est  pas  question  eiicore  d'une  correspondance  entre  l'An- 
cien et  le  Nouveau  Testament. 

5.  —  Les  plus  anciennes  ceuvres  de  la  symbolique  figurative 
qui  nous  soient  parvenues  ne  remontent  pas  plus  haut  que  le 
douzième  siècle. 

La  mosaïque  de  Saint-Géréon,  à  Cologne,  qui  date  du 
douzième  siècle  et  qui  a  été  restaurée  —  pas  très  heureusement 
ni  très  correctement  —  de  1867  ^*  1871,  comprend,  entre 
autres  sujets,  douze  scènes  bibliques  ('):  cinq  de  la  vie  de 
Samson  et  sept  de  la  vie  de  David.  Cette  mosaïque  était  placée 
devant  un  aut<'l:  ces  épisodes  de  l'histoire  de  Samson  et  de 
David  étaient  sans  doute  autant  d'allusions  à  la  vie  terrestre 
de  J.-C.  Mais  les  scènes  de  l'histoire  évangélique  qui  leur  cor- 
resptjudaieiii  dans  la  pensée  des  docteurs  n'avaient  pas  été 
représentées. 

Sur  la  ntlulit  de  Kremsmûnster(-),  l'artiste  a  représenté  la 
Résurrection  et  l'AscensiiMi  «'t,  au-dessous,  des  sujets  em{)run- 
(és  au  r^fn/siohxjus,  dans  les.piels  la  symboIi(pie  médiévale 
reconnaissait  des  allégories  de  ces  deux  épisodes  de  l'histoire 
évangélifjiie  :  la  lionne  ressuscitant  ses  petits,  les  airjles  qui, 
pour  retrouver  leur  \  igueur.  [dongent  dans  une  fontaine,  puis 
volent  vers  le  soleil.  Le  pied  sur  lequel  est  montée  la  jotiila 
est  orné  de  trois  pre'digures,  dont  deux  (Moïse  marquant  du 
ffiii  les  maisons  des  Israélites,  le  serpent  d'airain),  on!  rajtport 
à  la  (  Iruciiixion,  et  dont  la  (i-oisième  (Samson  enlevant  les 
portes  de  (iaza)  coFieerne  la  H«''surrection. 

Le  nord  de  la  l'rance,  la  Wallonie,  le  pavs  de  Meuse  surtout, 
sont  rieli.'s  eu  monuments  Ivpologicpies  du  douzième  siècle. 
L;)  plupart  d«'  ces  uKjnunients  sont  des  croix,  des  autels  por- 
tatifs. C'est  par  la  décoration  de  ces  objets  sacrés  entre  tous, 
la  croix  et  l'autel,  (jue  l'iconographie  typologique  devait 
débuter. 

La  Crucifixion  est  le  fait  ca[)ital  de  l'histoire  évangélique,  le 
sacrement  de  l'autel  est  l'acte  capital  <le  la  liturgi»'.  Xul  sujet 


(')  Aus'm  W'eekth,  Der  Mosaihboden  in  Sanht  Cereon  rw  Coin,  Bonn,  187.3. 
Cf.  I«  rccli lirai  ions  de  Spri.nger  dans  la  Zeitschrifl  Jûr  bildende  Kunst,  IX,  p.  38i, 
d'E^GCLMANN,  dans  Grentboten,  1874,  t.  II,  p.  16^,  el  d' Aus'm  Weerth  lui-même, 
dans  les  Jahrbilcher  des  Vereins  von  Altertumsfreunden  im  Rheinland,  1875,  p.  25y. 

(*)  Rev.  de  l'Art  chrét.,  i883,  p.  38o. 


f^..-'-X-^*- 


—     ii6     — 

n'a  autant  préoccupé  les  contemplatifs  que  ces  deux-là  ;  nulle 
partie  de  Tœuvre  rédemptrice  ne  leur  a  semblé  annoncée  par 
des  prénr,ures  aussi  nombreuses,  aussi  surprenantes,  aussi 
mystérieuses.  Le  pied  de  croix  de  Saint-Bertin  ne  montre  pas 
moins  de  huit  préfuiures  de  la  Crucifixion  (').  Une  plaque 
emaillée,  publiée  par  Didron  (0,  en  montre  douze. 

Les  spécialistes  Q)  attribuent  aujourd'hui  la  croix  de  Saint- 
Bertin  a  l'atelier  du  fameux  émailleur  mosan  Godefrov  de 
Claire,  bourqeois  de  Huy,  né  dans  le  premier  quart  du  dou- 
zième siècle  0).  Au  même  artiste,  ou  aux  artisans  formés  à  son 
école,  ils  attribuent  une  série  d'ouvraqes  émaillés,  croix 
retables,  autels  portatifs,  tous  objets  que  leur  destination 
litun|i(pie  a  fait  orner  de  sujets  symboliques. 

Sur  phisieurs  de  ces  objets,  le\symbolisme  liquralif  semble 

0)  Bro,,ze  doré  du  douzième  siècle,  consené  au  musée  de   ^aml-Onwr  (Annales 

'^    ^rf'  •'     .     ^*  '''""*''   '^'"  ^^*'"^   1*^''*'*^=^'   »'"*^  '^«^♦'  spl.éri.ine  et  un   montant 

parallel.p,,.e<lu,ue,  rouverts  Tune  et   l'autre  de  représentations  tv,K.Iom.,ues  •  sur  la 
base    Mo.se  la..u.t  j^llir  la  soun-e  du  rocher;  le' serpent   dairaiJ  ;  J^il.ib  bén    L 

tau,  -   sur  le  montant,   Isaac  jK.rtant   le  bois  du  sacrifice,  les  espions  Jrtant    la 
Urappe,  la  veuve  de  Sarepta  tenant  deux  bo,s  cn.isés,  les  Israélites  mannrdu    «a 
Toutes  ces  représentations  étaient  des  tvpes  de  la  Crucilixion, 
C-)  Deuxième  moitié  du  douzième  siècle;  cf.  Annales  archèoL,  Mil,  pi.  ,. 


Aboi  oiTrant  Melchisséilech  Abraham 

l'agneau  avec  le  pain  et  le  vin     iK)rtant  le  bélier 


Xoé  avec 
l'arche 

Les  maisons  des 
Israélites  marquées 
•  du  tan 

Moïse  et  le 
serpent  dairain 

Les  enfants  des 

Israélites  marqués 

du  tan 

Isîiîe 


Ascension 


Crucifixion 


Résurrection 


David 


Salomon 


Naac  portant 
I»'  layol 

Jacob  bénit 
Kpinaîm  et  .Manassé 

Moïse  fait 

jaillir  la  source  du 

rocher 

Les  espions  portant 
la  grappe 

La  veuve  de 
Sarepta 


•lérémie 


pl!?,0;  '"'"  ''"'""  "   ^'^■^^•«^"«^•^'   ^^"'^■'•^'^  SchneUarbeiten  des  Mitlelalters, 
V)  J.  Helbig,  L'Art  mosan  (Bruxelles,  1906),  p.  39. 


encore  un  [)eu  incertain  et  hésitant  :  tel  par  exem[)le  le  tri- 
ptyque du  South-Kensinqton  Muséum  ('),  ou  Fautel  portatif  de 
Stavelot,  au  musée  de  Bruxelles  (f).  D'autres  présentent,  au 
contraire,  des  types  bien  choisis  et  bien  ordonnés  :  telle  la  croix 
du  South-Kensinqton  Museum('>),  avec  un  type  à  chaque  bout, 
en  haut  Jacob  bénissant  Epliraïm  et  Manassé  ;  à  droite  les 
maisons  des  Israélites  marcpiées  du  tau\  à  yauche  la  veuve  de 
Sarepta,  en  bas  le  serpent  (rairain. 

Ces  ouvraqes  syinl)oliqii('s  des  émailleuis  mosans  répon- 
daient trop  bien  aux  recherches  allégoriques  où  se  complaisait 
de  plus  en  plus  la  théologie  pour  ne  pas  susciter  des  imitations. 
Elles  semblent  avoir  été  nombreuses,  surtout  en  pavs  rhénan, 
comme  le  prouvent  par  exemph'  l'autel  portatif  de  Miinchen- 
Cladbach  rt  c<'hii  qui  de  la  collection  Spitzer  a  passé  dans  la 


(') 

Vu.N    FvLKE, 

op.  laud.,  i»l.  7 

0- 

Jouas 

vomi  par  la 

baleine 

Les  .\farit; 
au  tombeau 

Hésurrrclion 
de  Lazare  (?) 

Sacrifice                        La  Crucijîxion 
d'Isaac 

Le  serpent 
d'airain 

(--) 

Le  llhri-t 
péchant  (?) 

Vox  F.vi.KE,  op.  laud.,  pi.  78 

La  descente 
auj;  titubes 

Samson 

enlevant  les 

portes  d(>  (Jaza 

Le 

l'orlemenl 

de 

«Toix 

La 

Crucifixion 

Les  Marie 

an 
tombeau 

Isaac 

portant  le 

fa«jol 

Samson 

pllloViUlt 

la  |K»rte 
de  Gaza 

L'Église 

Le  ser[>eiii 
d'airain 

m       t 
la    j 

ïney 

Jon 

VOI 

par 
baie 

Oblation 

de 

Melchissédech 

La 
Synagogue 

Oblation 
d'Abel 

La 
Cène 

Les  Juifs 
demandent  à 
l'ilate  la  mort 

de  J.-C. 

La 
flagellation 

>vl 


(*)  Vo>  P  ALKE,  Op.  laud.,  pi.  70. 


;/ 


ïiPfS5^5P?5B^^^^^- 


—     ii8    — 

collection  Martin  Le  Roy  Q).  Le  centre  de  l'autel  Le  Roy  est 
occupé  par  un  rectangle  de  marbre;  adroite  età  qauche, quatre 
prophètes  prononcent  des  paroles  qui  se  rapportent  au  sacre- 
ment de  Tautel;  en  haut  et  en  bas,  des  préfigures  de  la  Gène 
et  de  la  Crucifixion. 


Oblatioii 
de  Mt'lchissédecli 

David 

Malachie 

Moïse  érige 
le  serpent  d'airain 


Abraham 
sacrifie  Isaac 


Le  Christ  en  croix 

entre  l'Eglise 
et  la  Synagogue 


Oblation 
d'Abel 

Salomon 

Isaïe 

La  récolte 
de  la  manne 


L'autel  de  MiiiK  hen-Gladbach  est  composé  à  peu  près  de 
même. 

6.  —  L'atelier  de  (îodefroy  de  (-laire  n'est  pas  le  seul  atelier 
mosau  du  douzième  siècle  (jui  ait  fait  appel,  pour  décorer  les 
objets  sacrés,  à  raHégorii'  ty[)ologique.  NCidiin  a  vn  lleuric,  a 
l'ombre  de  sa  cathédrale,  une  «'coh'  d'éniailhius,  dont  la  célé- 
brité n'a  pas  été  moindre  que  celle  de  la  Wallonie. 

Erjtre  autres  merveilles  dont  Su(jer  avait  oruf'  ITMjlise  abba- 
tiale de  Saint-Denis,  était  un  (jimiuI  emeilix  d'or  char()é 
d'émaux;  h'  |)ied  était  orru'  (h's  iina()es  des  (juatre  I^vaugé- 
bstes  et  j)iuiait  une  eohunie  ('mainée,  où  l'on  vovail  les  di- 
verses scènes  de  hi  vie  de  Jésus  avec  h'uis  [)[<''li(|ures  :  «  Ledit 
pilier,  dit  un  \ieil  auteur  qui  en  a  paih'  (/ri^isn,  lut  re\estu  de 
toutes  parts  depuis  le  haut  juscpies  au  bas  de  très  excelhiis 
émaux  de  cuivre,  contenant  l'histoire  de  nostre  Sau\eur.  avec 
des  témoignages  des  allégories  (h'  la  fov  ancienne  (-).  >> 

Ce  crucilix  a\ait  été  exécuté  par  une  (h'mi-douzaine  d'or- 
fèvres lorrains  (jui  v  avaient  travaillé  deux  îins(  ). 


(')  N'ti.N  F.vi.KF,  l'/i.  liiiuL,  \K  -îli-L'â  ;  CdUection  Spifcrr  (l\iri>,  1900,  1")  :  Orfr- 
vrerie  relKiieiisr,  |i.  100,  pi.  iv  ;  Marquet  de  Vasselot,  (mI.  raisonné  de  la  coll. 
Martin  Le  Roy,  i'asc.  I,  pi.  I\  ,  p.  (j-io. 

(*)  Doublet,  Hisf.  de  iahhaye  de  Saint-Denis  l'n  Frdiire.  T^nri^,  iCm',  p.  s'i, 
citô  par  l-ABAUTiiE.  Hist.  des  arts  irulnstrirls,  2''  ('(i..  t,  1,  p.  /ji'(. 

(')  Pedf^rn  ueru  quatuor  Euaiuielistis  coinptuni,  et  columnant,  cm  sa/irfa  instdet 
imago,   subtilissinto  opère  ainaltitani,  et  Sa/raforis  lustoriani  <  uni  antiqu.r  lejis 


Nous  ne  possédons  plus  cette  œuvre  insigne  de  l'orfèvrerie 
du  douzième  siècle  ;  mais  nous  pouvons  nous  en  faire  une  idée, 
à  l'aide  d'un  monument  analogue  comme  technique,  prove- 
nance,et  composition,  (jui  a  subsisté  jusqu'à  nous  —  l'ambcm 
de  l'abbaye  de  Klosterneubourg  ('),  près  Vienne,  qui  lut  com- 
mandé, une  cin([uantaine  d'années  après  h'  crucilix  de  Saint- 
Denis,  à  un  orfèvre  lorrain,  et  qui  était  décoré  de  T)!  émaux 
sur  cuivre.  Ces  émaux,  qui  sont  aujourd'hui  disposés  en  retable 
—  cet  arrangement  date  du  quatorzième  siècle —  et  qui  mesu- 
rent cliacun  environ  20  centimètres  de  haut  sur  25  de  large, 
étaient  rangés  verticalem«'nt  trois  par  trois,  celui  du  milieu 
représentant  un  fait  de  l'histoire  évangélique,  ceux  du  haut 
et  du  bas  représentant  d<'ux  préfigures  de  ce  fait,  prises  dans 
l'Ancien  Testament. 

Une  inscription  nous  apprend  le  nom  et  la  patrie  de  l'artiste, 
ainsi  que  la  date  à  laquelle  il  termina  son  travail:  l'ambon 
de  Klosterneubourg  fut  fini  en  1 182,  l'auteur  était  de  Verdun, 
il  portait  le  nom  bien  lorrain  de  Nicolas.  \ul  artiste  n'est  plus 
grand  gjie  celui-là  dans  l'histoire  de  l'émaillerie  médiévale; 
il  est  le  représentant  par  excellence  «le  l'école  des  émailleurs 
de  l;t  \iill.M-  ,ie  la  Meuse,  qui  a  lleuri  au  douzième  siècle  et 
dans  la  {uvniière  moitié  du  treizième,  et  (jui,  en  son  temps,  a 
été  sans  rivale  (-).  C'<'st  le  même  maître  qui  fit  pour  la  cathé- 
drale de  Tournay  la  châsse  Notre-Dame,  achevée  en  1200O); 
c'est  à  lui  (jiie  les  savants  allemands  les  plus  compétents  en 
la    matière  ('}    viennent    de    restituer   la   fameuse    chasse  di's 


a/leyoriaruni  Ir.sfinioniis  desii/natis...  per  plures  aurifahros  Lotharimjos,  ijnan- 
dw/uc  quimpie,  t/uandoque  septeni,  vi.r  duobus  annis  perfectani  habere  piduimus 
{Sugeri  abbatis  S.  Dionysii  liber  de  rebn.s  in  adniinistratione  sua  gestis,  cap.  :\-i, 
p.  igG  dr  l'rdition  des  œuvres  de  SiKjer,  par  Lecoy  ue  La  MARtiiE,  p.iblicalic.iis  de 
la  SocK'lr  de  l'histoire  dr  France).  On  s'étonne  (pie  Sehlosscr  se  s(.il  n'si.pi<-  a  (vrire 
de  cette  cdition  {(Jnellenbuch,  )>.  2G8)  :  «  Lecoy  de  La  Marche  ist  niir  nicht  zn-jan.)- 
lich  .p'w.sen.  Ce  leMe  a  été  souvent  cité  :  cf.  A.  uu  Sommekard,  Les  Arts  au 
Moyen  Age,  1.  IV,  p.  (io. 

(i)  Der  Altariinf'safc  iin  Cborberrenstifte  en  KIosferneubnrg,  ein  Eniailwerk 
des  XU.  Jalirhunderts,  angefrrtigt  von  Xikolnus  nus  Verdun,  anfgenonvnen  und 
i/an/estr/lt  von  A.  CamesÙna,  bèsclirieben  und  erlautert  von  (i.  Heider,  Vienne, 
iHGo.  —  .Mi<iix  encore,  Der  Verduner  Altar,  i»ar  K.  Drexler,  Vienne,  igo.'i,  i  vol.  f". 

{■)  Sur  Nicolas  de  V.-rdun  et  les  émailleurs  uiosans,  voir  en  dernier  lieu  les  j.acjcs 
dont  M.  Lalhem,  professeur  à  l'Université  de  Liè()e,  a  enrichi  l'ouvrarjc  iM)Sthume  de 
J.  Hei.bio,  L'art  niosan  (iiruxelhs,  Van  0<'st,  u,oO.  in-A),  t.  1,  p.  92  et  suivantes. 

(1)  Cf.  Ci.o<>UET,  La  Châsse  de  X.-D.  de  Tournay,  dans  la  Revue  de  l'Art  chré- 
tien,   iHl)'!. 

(^)  \...N  Falke,  dan-  In  Zritschrift  fur  christlicke  Kunst,  1906,  fascicule  0. 


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120       

Trois-Rois  (lu  trésor  de  la  ratliédiah'   .le  Coloynr,  (|Lii,  jus- 
(jifici,  avait  été  adribuée  à  Tart  coloriais. 

Oc  ces  chefs-d'œuvre,  celui  dont  s'euonju.'illit  Kloslernru- 
Imunj  est  le  [)lus  merveilleux,  uon  seulement  [)ar  la  heauté  du 
dessiu  et  i)ar  riiahil.Mé  du  travail,  mais  pai'  l'iu.jéuiosité  du 
symbolisme. 

Xous  avoFis  vu  que  sur  les  émaux  rhéuaus  de  .Nrfirulieu- 
(^dadbacli  et  de  la  colleetiou  Le  Uov  (  ),  conuue  sur  la  pla.nie 
émaillée  publiée  par  Didrou  (^),  l'autitvpe,  .p,i  forme  le  sujet 
prmcipal  et  central— CÙFie  ou  Cruciiixi.ui  -est  aecompa.|né 
non  seulement  de  ses  tvpes,  mais  des  prophètes  (pd  l'ont 
amioncé.  Sur  Tambou  de  Klosterneubourrj,  à  chaque  scène  de 
Thistoin'  évanqélique  assistent  deux  prophètes,  teiuiul  des 
phylactères  où  sont  écrites  des  prophéties  couqrueutes. 

11  y  a  plus.  Les  théoloqiens  du  Moyen  A«|e,  à  la  suite  .les 
Pères,  divisaient  en  deux  [)arlies  l'histoire  du  peuple  de 
Dieu(-)  :  la  prendère  allait  .rAbraiiam  à  Moïse,  la  seconde 
prenait  1  histoire  des  Juifs 


Ouaud  sur  le  mont  Siiia  la  Loi  Iciii-  fut  d 


nlliK'O, 


et  allait  jusqu'à  la  prédication  de  Jean-Bapti^tr,  <.u  jus.prà 
rAnnonciation  de  Marie.  Autreuu'nt  dit,  le  pnq»lr  de  Dieu 
avait  vécu  d'abord  dans  l'attente  de  la  Loi,  anfr  ln,em,  puis 
sous  le  rèqj.e  de  la  Loi,  sub  Ir,,,-.  Sur  l'ambou  de  Klosterneu- 
jjourq,  les  deux  préiiqures  qui  accompagnent  chaque  fait  de 
1  histoire  evan.jélique  sont  choisies,  l'une  dans  l'histoire  anté- 
rieure, Fautre  dans  l'histoire  postérieure  à  la  pr..mMlqaiiou  de 
la  L«u.  Celles  de  la  rangée  supérieure  porleni  celte  inscripliou 

Qvn  ^  r ^^i^'^/^' '  '^'^"'^'  *'''  '''  ''*"•'''*'  '"'•'^•■'*^'"'i'»''  l'inscription 
î^VH  LLt.E;  les  représentations  des  faits  évan.|éli,pM>s,  (pu*  lor- 
meut  la  rangée  du  milieu,  portent  l'inscription  S\'H  (dWTIA. 
Si  l'idée  d'associer  prophètes  et  prophéties  aux  piéh.pires  a 
lait  lortune,  comme  le  prouvent  la  iJibUu  /xiuperiin,,  îa  Hofa 


i^)  Supra,  ,..1,8.  C')  Supra,  ,>.  ,,6. 

^sàu    Z  U  '^Z'  'l  r  ''"^'  ^"^''  '''''''"'  '"^  ^'•"""-  '^"f-^-Ue'n  ab  Abraham 

Hs.iaead  Moysem.  Sub  h,je  a  Moysr  usçur  ad  Juannnn.  Inde  jam  ad  Dominum 
et  çu^d.fujd  restât,  trrt,us  dies  W'atùe  est.  Cf.  HuGUES  DE  S v,>t-V.,  tob.  TsZZ 

christ/.  Typologie,  j..  lo.  ri«fwyr  tur 


I 
I 

I 


12  1       — 

Ezechielis  et  les  Conrordantiœ  cari/afis,  au  contraire,  l'idée 
de  diviser  les  préfigures  en  deux  catégories  distinctes,  selon 
qu'elles  élaienl  aulérieures  ou  postérieures  à  la  promubjalion 
de  la  Loi,  n'apparaît  pas  ailleurs  que  sur  l'ambou  de  Kloster- 
ueubourg.  Cette  distinction,  évidemment,  complicpiait  trop  la 
tache  des  alh'gorisles,  (juaud  ils  voulaient  élever  un  ensemble 
aussi  vaste  que  la  Biù//a  /xiu/x'rum,  le  S.  IL  S.  ou  les  Concor- 
dantiœ  caritatis  :  le  nombre  des  préfigures  anf(*  lerjrin  eut  été 
trop  restreint.  Du  reste,  observer  cette  distinction  eût  été  se 
priver  des  [)réfigines  fournies  par  la  (ienèse  antérieurement  à 
Abraham  :  l'auleur  du  .V.  //.  .V.  a  tiré  des  préligures  de  l'his- 
toire de  Caïn  et  AIh'I,  de  .Iiibal  et  Tubalcaïn,  de  Lamech,  de 
Xoé;  celui  de  la  Bihlia  pnupcnini  en  a  tiré  de  riiistoire  d'IIé- 
uoch  et  de  \o<''. 

Une  composition  comme  l'ambon  de  Kloslerneubourg,  (jui 
suppose  une  connaissance  si  profonde  des  prophéties  et  des 
allégories  cachées  dans  l'Lcriture,  n'a  vraisemblablement  pas 
été  (M3n«;ue  j>ar  Nicolas  de  Verdun.  IVieu  ne  nous  [>ermet  de 
prêter  à  cet  artisan  la  science  théologicpie  d'un  Isidore  ou  d'un 
Kaban.  La  chaire  de  Kloslerneuliourg,  le  crucifix  de  Saint- 
Denis,  <.nl  ('lé  seulement  exécutés,  réalisés  par  des  émail- 
leurs  lorrains  :  le  [)lan  général,  le  choix  des  scènes,  leurs 
places  respect ives,  les  prophéties  correspondantes,  tout  cela 
a  du  leur  être  indiqué  par  des  thé(dogiens  (').  Sans  doute 
c'est  Suger  lui-même  (pii  avait  choisi  les  sujets  et  les  inscrip- 
tions du  crucilix  de  Saint-Denis,  de  même  rpie  c'est  lui  qui 
choisit  les  sujets  «M  fournil  les  inscriptions  des  vitraux  (')  et 
(\\\    retable  (')  dont   il  orna  son  église  abbatiale  :  vitraux  et 


I 


(•)  Rapprocher  des  rinaiix  dr  KI<)sl«'rneul)<Mm|  ceux  du  ircsor  de  Sainl-Élicnnc,  à 
Vienne,  publi«'s  ,.;tr  Heider,  dans  les  Mitth.  der  Oulralconimission,  III  fiS^H), 
p.  3o8,  pi.  xn.  Ce  sont  (juatre  panneaux  (pii  n'pn'sentcut  :  i"  Abraham  otrrant  Isaac 
en  sacriUce;  a"  les  espions  rapp<>ri..Ml  la  <irappe  ;  3"  Jacoh  Ix'-nissant  p:phrann  et 
Manassé  ;  4"  Moise  manpianl  du  tau  les  maisons  des  Israélites,  On  ne  sait  de  <piel 
ensemble  i)niviennent  ces  païuieanx.  Connne  les  lypes  (pi'on  y  voit  fujurés  se  rappor- 
tent à  la  Crucifixion,  il  est  croyable  <jue  ces  émaux  décoraient  jadis  un  reFujuairc 
contenant  une  parcelle  <le  la  vraie  Croix.  Trois  de  ces  comjK)sitions  (n"*  i,  2,  4)  se 
retnMivent  à  peu  près  pareilles  dans  la  série  de  KIosterneubouni.  I.a  techniciue  aussi, 
et  le  style,  sont  .identi(iues  de  part  et  d'autre.  On  doit  donc  attribuer  aux  émailleurs 
lorrains  la  série  de  Saint-Étienne. 

(*)  Slt.er,  p.  206,  éd.  Leroy  de  La  Man-hc  (Schlosser,  Quellenbuch,  p.  280). 
Cf.  MÂLE,  J.'Art  religieux  du  treizième  siècle,  •>•*  éd.,  p.  20.'?  et  suiv.  Plusieurs  de 
ces  vitraux  subsistent  encore. 

(^)  Suger,  p.  uj8,  é-d.  Lecoy  de  La  Marche  (Schlosser,  Quellenbuch,  p.  276). 


—       122       — 

retable  étaient,  comme  le  crucifix,  des  œuvres  de  symbolique 
firfurative. 

Ces  productions  capitales,  exécutées  par  les  meilleurs 
artistes  du  temps  pour  la  première  abbaye  de  la  chrétienté, 
datent  du  deuxième  quart  du  douzième  siècle.  Remarquez  le 
rôle  d'initiatrice  qu'ici,  comme  en  tant  d'autres  choses,  paraît 
avoir  joué  la  France  du  Moyen  Age.  La  chaire  de  Klosterneu- 
bourg  est  postérieure  d'un  demi-siècle  au  temps  de  Suqer; 
l'étranger  ne  semble  s'être  engoué  qu'après  nous  du  synd)o- 
lisme  figuratif.  Les  savants  autrichiens  le  reconnaissent  ex- 
pressément :  Die  Umtnnlrtmg  sollte  von  Frankreirh  kominen, 
écrit  >L  Tietze  (^).  Au  douzième  siècle,  l'inlluence  française 
est  sensible  dans  les  parties  les  plus  civilisées  de  l'Allemagne, 
en  Souabe  et  en  Autriche(-).  Trois  poèmes  allemands  du  dou- 
zième siècle,  la  Genèse  de  Vienne  (  ),  le  Marienleirh  ou 
Afarienhed  de  Melk  (0,  le  Moïse  de  Vorau  (>)  témoignent  de 
cette  influence.  En  1142,  quand  lingues  de  Saint-Victor 
s'éteint  à  Paris,  la  nouvelle  de  sa  mort  se  propa(i»'  juscju'en 
Basse-Anlri('lu',  vWe  est  inscrite  dans  les  aiiiialcs  du  couNt-nl 
de  Melk(  ).  Honoré  d'Autun  dédie  im  livre  à  l'abbé  autrichien 
Gotlschalk  ("). 

On  n'insistera  jamais  trop  ^nr  le  rôle  gu»»  la  France  a  joué 
à  cette  époque  dans  la  chrétienté,  n(^n  seulenuMit  par  ses 
chevaliers  et  ses  croisés  —  ges/(t  Dei per  Fnt/icos  —  mais  [)ar 
ses  théologiens  et  j)ar  ses  professeurs,  par  ses  trouvères  et  par 
ses  artisans. 

Le  douzième  siècle  est  le  temps  où  elle  d.jnne  à  l'Église 
saint  Bernard  et  Abailard,  Honoré  d'Autun  et  Pierre  le 
Vénérable,  Hugues  de  Saint-Victor  et  Pierre  de  Troves;  c'est  le 
temps  aussi  où,  lasse  du  style  roman,  elle  crée  le  style  nouveaii 
auquel  la  Renaissance  italienne  a  imposé    le  nom  inexact  et 


(>)  Typol.  Bilderkrnse,  col.  28,  d'après  Hauck,  Kirchengeschichte  DeutscUlands, 
t.  III,  p.  964. 

(*)  W.  ScHERER,  Gescfu'r/ite  der  dnitschen  Dichfung  im  XI.  u.  XI/.  Jh.  (dans  les 
Quellen  iind  Forschnngen  cur  Spruchf  und  Kulturgcsrhichte  der  gcrnum.  Vôlker, 
XII,  Strasbounj,  1K75),  p.  vni  :  .  Vom  Rlicinc  her  wirkon  rnuizosiM^hr  Eintîussp 
auf  Geistlioho,  Spiellouto  und  Ritfrr.  Sie  driiuien  lan.jsam  die  Dcnaii  hinunirr  : 
zuer>t  franzosist'lK-  Thoolo.jic,  daiui  IraFjzôsischcEpik,  ziiletzJ  iranz.isis<-|ie  Lvrik.  * 

(3)  Publiée  par  Massmaan,  Gedichte  des  Xll.  Jahrh,,  I,  235. 

(')l*"blié  par  Strobl  (Vienne,  1870). 

(')  Publié  par  DiE>iER,  Dnitsche  Gedichte.  Cf.  Scherer,  op.  luud.,  p.  46,  50. 

(«3  Monum.  Germnn'up,  Scriptores,  t.  IX,  p.  5o3.  (')  Tietze,  lue.  luud. 


123       ■- — 

injurieux  de  gothique,  mais  que  le  Moyen  Age,  mieux  instruit, 
appelait,  de  son  vrai  nom,  opiis f ranci ffeniim,  le  style  français, 
né  dans  l'Ile-de-France  (').  A  la  même  époque  où  le  style 
qothique  se  répand  dans  l'Europe,  le  symbolisme  figuratif  s'y 
répand  aussi,  et,  comme  pour  rarchitecture  gothique,  le  mou- 
vement svmbolique  part  de  France.  Dans  la  plupart  de  nos 
grandes  cathédrales  du  treizième  siècle,  la  fenêtre  principale 
du  sanctuaire,  celle  qui  se  trouve  au  fond  du  chœur,  est  déco- 
rée d'une  grande  verrière  symbolique,  conçue  selon  la  mé- 
thode figurative.  De  ces  verrières,  la  plus  belle  et  la  plus  cé- 
lèbre est  celle  de  Bourges.  Elle  a  été  magistralement  expliquée 
il  y  a  quelque  soixante  ans,  par  Cahier  ("),  dans  un  travail  qui 
a  été,  jusqu'aux  recherches  de  Heider,  la  meilleure  introduc- 
tion à  l'étude  du  symbolisme  figuratif. 

A  l'imitation  des  cathédrales  françaises,  la  cathédrale  de 
Ganterhurv  fut  ornée  de  vitraux  dont  plusieurs  étaient  des 
productions  du  symbolisme  typologique.  Voici,  par  exemple, 
le  plan  de  la  première  fenêtre  du  côté  nord('): 


David 
prononçant  la  prophétie 
GaudelnuU  rampi  (Fs.  xcv,  12) 

La  verge  d'Aaron 


Habacuc 

prononçant  la  jjrophétio 

O/teruif  rœlos  (Haï»,  ni,  3) 

L'Annonciation 
aux  bergers 


La  statue  vue  en  songe 
par  Nabuchodonosor 

La  Miséricorde 
et  la  Vérité 


La  Visitation 


L'Enfant  Jésus 
au  berceau 

La  Paix  embrassant 
la  .lustice 


Le  buisson  ardent       L'Annonciation        La  loisou  de  Gédéon 

à  Marie 


(»)  Cf.  Dehio,  L'Influence  de  l'art  français  sur  l'art  allemand  au  treizième 
siècle,  dans  la  Revue  archéologique,  iooo,  t.  Il,  p.  2o4  ;  Weese,  Die  Bamberger 
Domsculpturen,  1897  ;  K.  Franck-Oberaspach,  Der  Meister  der  Eccl^sia  und 
Synagoge  uni  Strassburger  Munster,  Dusseldorf,  igoS. 

(*)  Vitrawr  peints  de  Saint-Etienne  de  Bourges,  Paris,  1842-1844.  Cf.  Mâle, 
VArt  religieux  du  treizième  siècle,  a«  éd.,  p.  178. 

(»)  D'après  W.  Sommer,  The  antiquities  of  Canterbury  (Londres,  i64o,  in-4), 
p.  385.  Cf.  Clément  Heatow,  Earhj  stained  glass  in  Canterbury  cathedral  {The 
Burlington  Magazine,  juin  KJ07). 


124      — 

De  la  même  épo(|ue  date  \c  vitrail  du  chœur  de  TérjUse 
abbatiale  de  Saint-Vit,  à  Mûnchen-Gladbacli(').  II  est  divisé 
dans  le  sens  de  la  hauteur  en  deux  parties,  consacrées  Tune  au 
Nouveau,  l'autre  à  l'Ancien  Testament: 


Le  Christ  en  majesté. 

La  Pentecôte. 

La  Résurrection. 

La  Mise  au  tombeau. 

La  Crucifixion. 

La  Flagellation. 

La  Cène. 

Le  Baptême  du  Christ. 

L'adoration  des  Mages. 

L'Enfant  Jésus  présenté 

au  Temple. 
La  Nativité. 

L'Annonciation  à  otarie. 
(Manque.     Sans    doute. 

l'Annonciation   à  Joa- 

chim.) 


La  Vierge  en  majesté. 

Moïse  recevant  les  tables  de  la  Loi. 

Jonas  vomi  par  la  haleine. 

Jonas  jeté  à  la  mer. 

Le  serpent  d'airain. 

Achior  lié  à  un  aihre. 

L'agneau  pascal. 

Le  bain  de  Naaman. 

La  reine  de  Saba  devant  Salomon. 

L'enfant  Samuel  présenté  au  Temple 

Le  buisson  ardent. 
L'Annonciation  à  Ahiaham. 
Balaam  et  l'ange. 


A  Brandebourg,  dans  IT-glise  des  Dominicains,  le  vitrail  de 
la  fenêtre  centrale  du  chœur  représente  les  sujets  suivants(')  : 

L'Ascension 
(dans  la  lunette) 


Jonas    vomi    par    la 

baleine. 

Moïse  avec  les  tables 

de  la  Loi. 
9 


Cham  se  moque  «l 
Noé. 

L'arche  de  Noé. 
Le  buisson  ardent. 


e 


Lu  Uésurrection. 

La  Crucifixion. 

Le     Portement     de 

croix. 
La  Flagellation. 

La  Cène. 

Le  Baptême  de  J.-C. 

La  Nativité. 


Samson  enlevant 
la  porte  de  Gaza. 

Le  serpent  d'ai- 
rain. 

La  veuve  de  Sa- 
repta. 

Klie  bafoué. 

La  manne. 

Moïse     sauvé"   des 

eaux. 
La  verge  d'Aaron. 


(•)  Llemes,  kunstdenknia/er,  t.  III,  4,  p.  .la.  [.1.  v;  Oidtmann,  Giasmnlerei,  II, 
p.  222.  Les  vitraux  de  l'ancienne  église  des  Dominicains  de  Coloync  pn-sentaicnf 
une  typologie  analogue  (Oidtman.n,  op.  laud.,  II,  p.  aa5). 

(-)  Oidtmann,  op.  laud.,  II,  p.  3o*i. 


jjjituAn'  É'«i;aiirfr'-^'^y^ 


I 


120       

Ce  vitrail  est  du  quatorzième  siècle.  Du  quatorzième  siècle 
aussi  datait  la  clôture  du  chœur  de  N.-D.  de  Paris,  où  étaient 
sculptées  les  «  ystoires  »  de  la  vie  de  J.-C,  accompagnées, 
croitHDn,  de  leurs  préfigures  (*). 

Mais  la  clôture  du  chœur  de  N.-D.  de  Paris,  le  vitrail  des 
Dominicains  de  Brandebourg,  sont  postérieurs  au  S,  //.  -S". 
Nous  voilà  loin  du  douzième  siècle.  11  y  faut  revenir  pour  finir 
de  retrouver  les  origines  de  l'ouvrage  dont  nous  parlons. 


(•)  llist.   lut.  de  la  Fr.  au  quatorzième  siècle,  par  J.-V.  Le  Clerc  et  Renan, 
t.  II,  p.  273. 


-.r*" ^'  ""— 


JSÉlMiââk- 


|r^,."«t»fc  ■ 


CHAPITRE  VIII 

LES  LIVRES  TYPOLOGIQUES  A  LMAGES 
DU  OUATORZÏÈME  ET  DU  QUINZIEME  SIÈCLE 

I.  La  Biblid  pauperum  :  que"  cette  appcllaliou  est  erronée.  —  2.  Les  lihrt 
porfativi  pauperu/n.  —  3.  La  B.  P.  non  illustrée.  —  l\.  De  la  li,  P. 
dans  ses  rapports  avec  le  S.  H.  S.  —  5.  La  Rota  Ecechielis.  —  0.  Les 
Concordantiœ  caritatis.  —  7.  Le  Defensorium  virginitatis  beatœ  Ma" 
rix.  —  8.  Que  tous  les  livres  typologiques  à  images  du  quatorzième 
et  du  quinzième  siècle  sont  d'origine  allemande.  —  9.  Les  origines  im- 
médiates de  leur  illustration  sont  dans  les  enluminures  du  douzième  siècle 
(Missel  d'Hildesheim)  et  du  treizième  siècle  (Bibles  moralisées). 

Le  s,  fL  S.  n'est  pas  le  seul  livre  à  images  conçu  selon  la 
méthode  fiffurative,  et  il  n'est  ni  le  plus  étendu  ni  le  plus 
ancien.  Ici,  quelques  renseignements  sur  les  ouvrages  de  ce 
genre  ne  seront  pas  inutiles. 

1.  —  Le  plus  ancien  paraît  être  l'ouvrage  anonyme  que  les 
bibliographes  et  les  bibliothécaires  désignent,  depuis  bicFitôt 
deux  cents  ans,  de  l'appellation  erronée  de  /Jiô/ia  pdiiperum, 

«  La  cathédrale  du  Moyen  Age,  a-t-on  dit  ('),  eût  mérité 
d'être  appelée  de  ce  nom  touchant,  qui  l'ut  doinié  par  les  im- 
primeurs du  quinzième  siècle  à  un  de  leurs  premiers  livres  : 
\'A  Bible  des  pauvres.  »  En  réalité,  ni  les  éditions  incunables, 
xylographiqiies  {f)  ou  imprimées  (>)  du  livre  en  question,  ni 

(')  Mâle,  L'Art  relifjieux  du  treizième  siècle,  2«  éd.,  p.  i. 

(-)  Herje.vu,  Biblia  pauperiun  (Londres,  1809,  40),  réimpression  de  l'édition 
latin*'  à  !\o  groupes,  d'après  un  exemplaire  du  Musée  britannique  ;  PiixNSKr,  Monu- 
ments de  la  xylot/raphie,  t.  II  (Paris,  i883,  /»»),  réimpression  de  la  même  édition, 
d'après  un  exemplaire  de  la  BibIiothè(|ue  nationale  ;  Einsle  et  SchÔ.nbrunner,  lii- 
blia  pauperum  (Vienne,  4">  s.  d.),  réimpression  de  la  même  édition,  plus  fidèle 
que  les  précédentes,  d'après  un  exem[)lairc  de  l'Albertina  ;  Heitz  et  Schheiber, 
Biblia  pauperum  (Strasbourg,  igoS),  réimpression  de  l'édition  latine  à  5o  groupes, 
d'après  l'exemplaire  unique  de  la  Hiblit)tbèque  nationale  ;  Ehwai.d,  Biblia  panpC' 
rum,  deutsche  Ausgabe  von  i^ji  (Weimar,  iyo6);  Kkisteller,  Biblia  pauperum, 
Unicum  der  Heidelberger  Uniuersitats-Bibliotkek  (Berlin,  1906),  réimpression  d'une 
xylographie  à  légendes  latines  manuscrites.  L'exemplaire  d'Heidelberg  a  appartenu 
à  l'électeur  palatin  Othon-Henri  \v  Magnanime  (i5r)«j-i559),  (pii  lui  avait  donné  ce 
litre  :  Das  buech  der  sr/irein  oder  schatzbehalter  des  waren  reicUthums  des  heils 
und  der  ewigen  selitjkheit. 

(^)  Pour  les  éditions  imprimées  de  la  Biblia  pauperum,  cf.  en  dernier  lieu 
SciiuEiuER,  op.  laud.,  pp.  34-38,  en  ajoutant  Peli.echet,  Catalogue  général,  t.  II,  p.  i. 


Il 


—       127      — 

les  manuscrits  illustrés  (')  qu'on  en  coimaît,  n'ont  de  titre. 
D'où  lui  vient  donc  ce  nom  énigmatique  ? 

Lauterbach  (*),  un  des  prédécesseurs  de  Lessing  comme 
bibliothécaire  de  Wolfenbûttel,  avait  remarqué  dans  la  biblio- 
thèque dont  il  avait  la  garde,  sur  la  première  page  d'un  exem- 
plaire de  l'ouvrage  en  question,  une  note  ainsi  conçue  :  hic 
incipitur  bibelia  pauperum  (').  Sans  être  arrêté  par  le  fait  que 
cette  note  était  d'une  seconde  main,  il  crut  qu'elle  donnait  le 
titre  de  l'ouvrage.  Cette  oj)inion  a  été  reçue  par  Meerman  (+), 
puis,  sur  la  foi  de  Meerman,  par  Heinecken  (^)  :  c'est  ainsi 
que  l'appellation  Biblia  pauperum  s'est  imposée  aux  biblio- 
gra[)hes  (^). 

Que  signiliait-elle  pour  l'anonyme  qui  l'iuscrivil  en  tête  dti 

(')  Les  mamiscrits  de  la  Biblia  pauperum  ont  été  décrits  par  Schheiber,  op. 
laud.,  pp.  23-32.  Ajouter  à  ce  cataloyue  :  I.  Mss  illustrés  :  Munich  rqm  297,  34i  ; 
Vienne  370,  3oH.'j;  Pracjue,  Musée  National  XVI  a  C;  —  II.  Mss  non  illustrés  :  Bàle 
AX  118,  37;  Munich  clm.  4358,  12717,  22098,26700,  26847,  sOgoS  ;  Vienne,  4477  ; 
Zweltl,  Slirisbibliolhek,  ms  325,  IT.  47-^2;  Vienne,  Bibl.  imp.,  ms  3o8r),  ff.  46-127 
(date  de  i475).  Deux  mss  illustrés  ont  été  reproduits  en  fac-similé  :  celui  de  Saint- 
Florian  ((Iamesi.n.v  et  Heiuer,  Die  Darstellungcn  der  B.  p.  in  einer  llandsckrift  des 
XIV.  Jahrh.  aufbewafirt  im  Slifte  Saint-Florian,  Vienne,  i863)  et  celui  de  Cons- 
tance (Laib  et  ScnwARZ,  Biblia  pauperum  nacli  dem  Original  in  der  Lijceunis- 
bibliotlieli  eu  Constanz,  i^^  éd.,  Zurich,  1867  ;  2^  éd.,  Friboun|,  1892  j. 

(-)  Mort  en  1701.  Cf.  Me.nzel,  Sckriflstellerlexilion,  \'III,  91. 

(^)  On  croyait  naguère  ce  ms  perdu  (Heitz  et  Schreibkh,  Bibliti  pauperum, 
p.  3i,  n''  23);  Dutuit  {Manuel  de  l'amateur  d'estatnpes,  I,  p.  100)  assurait  qu'il 
avait  été  transporté,  sous  le  premier  Empire,  à  la  Bibliotliè  ]ue  nationale  :  il  le  con- 
fondait avec  l'exemplaire  xylograj)liique  à  5o  groupes,  qui  a  été  transj)orté  par 
Daru,  en  1806,  de  Wolfenbûttel  à  Paris.  En  réalité,  il  n'avait  jamais  (juillé  la 
biblioth('(iue  de  Wolfenbûttel;  M.  Lutz  l'y  a  trouvé  dans  le  ms  2950,  1^  33  &i\\,,  à 
la  suite  d'un  S.  H.  S.  du  (piatorzième  siècle  :  c".  son  article  du  Zentralblatt  fur 
Uibliotheliuyesen,  1907,  pp.  24<>-255.  La  planche  i4oa  de  notre  S.  H.  S.  reproduira 
le  feuillet  ou  se  trouve  la  mention  hic  incipitur  bibelia  pauperum. 

(•)  Orig.  typogr.,  1765,  I,  p.  224:  Figur.e  typiav  Veteris  atque  untitypiae  Novi 
Testamenti  otim  appellabantur  Biblia  pauperum,  ut  constat  e  codice  sœculi  XII 
oel  XIII,  sed  octo  et  triginta  modo  Jiguras  continente,  bibliothecœ  Guelpherby- 
tami',  ut  ad  me  scripsit  illius  pr.pfectus,  vir  longe  humanissimus  atque  doctis- 
simus  C.  B.  J.  Hugo. 

(*)  l'iée  générale  d'une  collection  complète  d'estampes  (Leipzig,  1771),  p.  292  : 
«  Le  pn-mier  livre  d'images  sans  texte  dont  je  parlerai  est  intitulé  Historiée  veteris 
et  novi  Testamenti  (Histoires  du  vieux  et  nouveau  Testament).  En  Allemagne,  on 
l'appelle  la  Bible  des  pauvres.  C'est  le  nom  qui  lui  convient  le  mieux  ;  ces  images 
étaient  faites  pour  donner  une  connaissance  de  la  Bible  à  ceux  qui  n'étaient  pas  en 
état  de  se  p<»yer  un  ms  de  l'Écriture  sainte.  » 

(«)  Les  bibliographes  antérieurs  à  Heinecken  avaient  désigné  la  B.  P.  de  titres 
divers,  qui  en  indiquaient  le  contenu,  d'une  façon  plus  ou  moins  heureuse  :  Typus 
et  antitypuji  V.  et  N.  Testamenti {]iei\x\\i\s,  i"]  10),  Biblia  typico-harmonica  (B'irche- 
rodius,  1735),  llistor'ue  et  vaticinia  V.  Testamenti  (Schelhorn,  1724;  Schœpflin, 
i7(>o),  Figur.e  typiae  Veteris  atque  antitypiav  Xovi  Testament i,  seu  Historiée 
J.  C.  in  Jiguris  (Meerman,  1765).  C.  Sciirelber,  op.  laud.,  p.  10. 


!!*'■: 


—       128       — 

.nanuscrii  de  Wollenbul.el  ?  Pour  répon.lre  à  celle  question, 
I  faut  examiner  es  autres  ouvrages,  assez  nombreux,  auxquels 
le  .Moyen  Age  a  donné  ce  même  nom  de  BibUa pauperum. 

à  i?R7f  ^'"  *■?'"";' ':°"''":e  ^e  vleiUcs  Bibles  latines  antérieures 
alaRéfonnafon(Bâle,  ,009  et  ,5,4,  Lyon,  15,2) contiennent 
parm,  leurs  tables  un  sommaire  bizarre,  en  2,2  hexamètres 
ou  chaque  chapitre  de  la  Bible  est  représenté  par  un  mot 
que  que,o,s  deux.  En  voù.i  le  premier  vers,  qui  .^présente  le 
sept  premiers  chapitres  de  la  Genèse  :  ■ 

Sex.  j.rohibot,  poccant,  Al.el,  Hri.ooh,  archu  fit.  intrant  (■). 

Ce  sommaire,  (|u'un  manuscrit  d'Erfuri  (')  dénomme  très 
exactement  tabnla  cupilulorum  /otias  liibliœ  per  versus  existe 
dans  un  très  .j.and  nombre  de  manuscrits  (0  :  il  est  «lénérale- 
ment  intitulé  liiblia pmipemm  et  attribué  à  Alexandre  de  Vil- 

Un  sommaire  analor,ue  se  trouve  dans  divers  manuscrits  sous 
divers  titres  :  ^.^/,,,  metrica  -  Compendiiim  BMariini  -  Me^ 
monale  B^blue  ~  Index  BMœ{^),  Il  commence  par  ce  vers  : 

Astra  créât  Dcus  et  terram,  mare  rei)let,  Adam  fit. 

écliiTZ7^1%^"  '''/'f '^"  '^"^  Schlitpacher,  celui  qui  a 
écrit  en  i44i  la  Sumniula  hu marne  saluât innis 

Le  nom  de  Biblia  pauperam  désigne  encore  un  abréqé  de  la 
Bible  en  prose  commençant  par  les  mots  :  In  principio  creavit 
Deas  cœlum  et  terrant  Q),  et  une  généaloqi/  biblique,  corn- 
mençant  par  les  mots  :  Considerans  sacrœ  scnpturœ  pro^ 
/œUatem  Elle  est  formée  de  tableaux  généalogiques  qui  vont 
d  Adam  a  Jesus-Christ,  et  dans  lesquels  sont  inlerca  ées  ^é 

ZTiTv-         rt''^'!''^  »-  P'"^  -tables.  On    l'attribue 
'^'''^'  "  ^^''''  ^'  P^^tevm,  tantôt  à  un  Franciscain  anonyme. 

(^)  i>ar  exemple  à   Paris,   bibl.  sJeGeZtT'^'li,  T'         r 
'les  dép.  I,  p.  3;    Bàle  A  V  II  .,  8-  A  IX    ^     aXI  Tfi-  r  ^'      TT   ^"'^  ^'''' 

Q  i5i,  36;  Huhcnfurt  XGI,  7;  Lilienfeld  iA5    a     M..nil     '     ô,^    f  '  ^'  ^  '9.  2; 

3070.  etc.;  Sain.-Florian  Xl[\TZl  ^^^  ''  ^''""'^^  ^'J™  ^^'>  '^^  '^'  3oio. 
(|)  Augsbourtj,  ,0  ,3,  i  ;  Meik,  606;  Munich  chn  O82,  443o.  87.5    elc 
C»)  Hanovre  9,  i  ;  Munich  chn  9068.  '     ' 


—       12g      — 

Parmi  les  ouvrages  faussement  attribués  à  saint  Bonaven- 
lure,  figure  une  /h7)/ia  pauperum  qui  est  une  concordance 
«  réelle  »  de  la  Bible,  c'est-à-dire  que,  sous  des  titres  tels  que 
de  abstinentia,  de  acedia,  sont  reproduits  les  passages  scrip- 
turaires,  exempta  sacrœ  scripturœ,  qui  se  rapportent  au  sujet 
déterminé  par  le  titre  Q),  Ce  pseudépigraphe  est  la  reproduc- 
tion, avec  quelques  légères  dilTérences,  d'un  des  ouvrages  les 
plus  célèbres  du  Moyen  Age,  le  Liber  de  Kxemplis  sacne  scrip- 
turx,  composé,  à  la  fin  du  treizième  siècle,  par  le  Dominicain 
français  Nicolas  de  Hanapes  {f).  Une  concordance  analogue  se 
trouve  dans  divers  manuscrits  sous  divers  titres  :  Antonii 
Rampegoli  repertorium  biblicum  ordi'ne  alphabetico,  Biblia 
aurea  sive pauperum,  Direriorium  BibliœQ).  Elle  a  été  impri- 
mée en  147C.  L'auteur  est  un  Génois,  Antonio  da  Rampegolo, 
Augustin,  qui  vivait  au  début  du  quinzième  siècle. 

Toutes  ces  Biblix  pauperum  ont  pour  caractère  commun 
d'être  des  résumés  mnémoniques  et  des  ouvrages  à  bon  mar- 
ché, destinés  à  tenir  lieu  d'une  Bible  complète  pour  des  per- 
sonnes peu  fortunées, />aM/>^'r<?,v,  qui  n'avaient  pas  de  quoi  s'en 
acheter  une.  De  quels  pauperes  s'agit-il  ?  De  ceux  que  nous 
appelons  aujourd'hui  les  pauvres  ?  Assurément  non  :  au  Moyen 
Age,  les  pauvres  ne  savaient  pas  lire;  eussent-ils  su  lire,  on  se 
demande  quel  profit  ils  auraient  tiré  des  ouvrages  dont  nous 
venons  de  parler.  Résumés  de  la  Bible,  concordances  et 
généalogies  bibliques,  toutes  ces  Bibliie  pauperum  devaient 
être  destinées  à  des  clercs  :  les  pauperes  dont  il  s'agit  sont 
les  pauvres  clercs,  qui  n'avaient  pas  de  quoi  se  constituer  une 
«  librairie  »  :  la  tabula  per  versus  leur  tenait  lieu  de  Vulgate  ; 
la  Concordance  morale  de  Nicolas  de  Hanapes  leur  tenait  lieu 
de  Bible  moralisée. 

«  On  voit  naître  au  treizième  siècle  plusieurs  abrégés,  ou 
sacrés  ou  profanes,  destinés  à  la  foule  de  ceux  qui  ne  pou- 
vaient pas  acheter  les  grandes  encyclopédies,  comme  celle  de 
Vincent  de  Beauvais.  A  la  lin  du  douzième  siècle,  les  écoliers 


(')  Ue.TpHcit  indique  très  bien  la  méthode  et  la  destination  de  l'ouvrage  :  e.rpfi- 
rant  exempta  sacrœ  scriptar/f  onlinata  secundwn  alphabetum,  ut  possint  quœ 
saut  nccessavia  in  materiis  sermonum  et  pnedicationum  Jacilius  a  prwdicatoribus 
inveniri  (Bonavektdic«  opéra,  édit.  de  Lyon,  1668,  t.  VII,  p.  434). 

(*)  Nicolas  de  Hanapes  fut  le  dernier  patriarche  latin  de  Jérusalem  ;  il  périt  a  la 
prise  d'Acre,  en  1291  (Hist.  litt.  de  la  Fr.,  t.  XX,  p.  01-78). 

(3)  Erfurt  F  16;  Munich  clm  6179,  7^73.  9  734,  i34io,  i5557,  etc. 


PERDRIZET,    KTUDE    SUR    LE    S.    H.    S. 


9 


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—     i3o     — 

de  Paris  et  d'Orléans  avaient  cntro  les  mains  un  abrégé  de 
droit  canonique  et  de  droit  civil  appelé  Liber  pauperiini  (').  » 
Vers  1270,  un  Dominicain,  Nicolas  de  Biard,  compose  un  !)ic~ 
tionnarius  panperum  omnibus  prœdicatoribus  pernecessarius , 
qui  est  un  répertoire  de  lieux  communs  à  Tusage  de  la 
chaire  (*).  Un  manuel  de  métaphysique,  attribué  à  Albert  le 
Grand,  est  intitulé  Philosophia  paupenim,  siue  isagoge  in 
iibros  Aristotelis  (^).  Le  Prémontré  Pierre  de  Kaiserslautern, 
qui  vivait  dans  la  première  moitié  du  quatorzième  siècle,  au- 
rait écrit  qiioddam  chnmiron  t/iiod  Joannes  Pa/.eoni/doriis  ait 
vocari  Biblia  panperum  {f).  Dans  un  programme  d'enseiqne- 
ment  adressé  à  Philip[)e  le  Bel,  Pierre  Du  Bois  proposait  la 
rédaction  de  manuels  abrégés  destinés  d.\x\  pauperes,  c'est-à- 
dire  aux  étudiants  pauvres  et  aux  élèves  peu  fortunés  :  fuec 
abbreviata  et  extracta  forent  libri  portativi paupei'um  et  etiam 
eorum  qui  circa  alias  scientias  occupati,  ut  circa  philosophiam 
et  theologiam,  solitum  et  necessarium  studium  ad  notitiam  ma- 
gnorum  voluminum  non  apponerent  (>).  Dans  sa  Schedula, 
Théophile  décrit  un  procédé  de  niellure  sur  cuivre,  imitant  à 
bon  marché  la  niellure  d'argent  ;  et  il  ajoute  que  ce  procédé 
économique  s'emploie  avantageusement  pour  la  reliure  des 
livres  destinés  aux  pauvres  clercs  :  ornantur  etiam  libri  pan- 
perum (f). 

Ces  preuves  suffisent,  je  crois,  pour  établir  que  les  libri  pan- 
perum du  Moyen  Age  étaient  les  manuels,  généralement  suc- 
cincts, des  clercs  peu  fortunés.  Ce  point  acquis,  le  titre  de 
Biblia  panperum  convient-il  pour  le  livre  à  images  qui  m'a 
forcé  d'entrer  dans  ces  longues  explications  ?  Je  ne  le  crois 


(•)  J.-V.  Le  Clerc,  dans  VHist.  litt.  de  la  Fr.,  t.  XX,  p.  65,  d'après  Lebeuf, 
Dissertations  sur  l'histoire  ecclésiastique  et  ciuile  de  Paris,  t.  II,  p.  2i5.  Ce 
Liber  pauperum  ëtail  en  grande  partie  un  abrégé  de  Gratien. 

{-)  Il  a  été  édité  à  Paris  en  1A98  (4®)  et  i5i2  (8»),  à  Strasbourg  en  i5i6  (80). 
CL  Lecot  de  la  Marche,  La  chaire  chrét.  au  M.  A.,  2«  édit.,  p.  i35  et  ôaS. 

{})  Albertus  Magnus,  Opéra,  édil.  de  Lyon,  i65i,  t.  XXI. 

{*)  Le  Paige,  Bibtiotheca  Prxmonstratensis  Ordinis  (r*aris,  i633),  p.  307. 

(^)  De  recuperatione  Terrer  Sanf.r,  dans  Boncars,  Gesta  Dei per  F/ancos,  161 1, 
t.  II,  p.  338,  cité  par  Renan,  dans  ses  Études  sur  la  politique  religieuse  de  Phi- 
lippe le  Bel,  p.  337. 

(«)  Diuersarum  artiuni  schedula,  1.  III,  ch.  71,  cité  par  Ambr.  Firmin-Didot 
dans  son  Essai  tijpographique  et  bibliographique  sur  Ihist.  de  la  gravure  sur 
bois  (Paris,  i863),  col.  i3,  et  d'après  Didot,  par  Guibert.  Les  origines  de  la  Bible 
des  pauvres,  dan-»  la  Revue  des  bibliothèques,  1906,  p.  3 16. 


—     i3i     — 

.lon.  chacun  lonet^     ,17"^'  7""  "''^ '^  ^''  ^oC^),  e, 
d'un  triptyque,  en   ro  s  1     l?/      "ù"  "  '^''''^''  ^  '=»  ''«?»" 

prophètes  on  buste''..„::;.:ria  ;;,rS:;,e'dr^'  \"^'" 
deux  en  bas.  Ouelle  n.,P  c^ii  i     «   •   .  ^^"^'^^'^»  «eux  en  haut, 

ornent  les  divc^rij  ^  'ie  ,a  tïr  '"  """^""''^^  ^"' 
■soi.  le  r.le  ,ue  les  dessins  „„  putvo  " Cl^;- ''"'  ''"'^ 
au  Moyen  Age  ('),  on  croira  .lillLlome.  ,  ou'u  .  n    '^"""'""• 

i.:^sri,  z^:.::r  '--v--'"  ^"""Sio^u-s 

''•autan,  pln.^  ^fe  '^St/rKr/Srr  ''  '-"'  = 
forment    pas    un   mam.^.rif    •    i  i  panperum   ne 

quelques  'd.V.i.'IL  TZZ^tl^tl'  .•T^''^'"''"^-"' 

u-aJan.aisd,l,...eaho.dai>;:lî   :,i  :   it  '""  '^  '"'^ 

Co„„nen.  don,-  expliqnerons-nous  qu'au  dXtdu  n„l      • 
s-ecle,  ,-,.|,e  .ncntion  yji  p„  ,xi,^  écrit,   p„.-,,^     .,'''"-'"'*' 

de  ^^•olfenLa.tel  :  /,.  Jp,::'â2  ;:,:;::^:::  ^'^''"^^^^^^'^ 

crif;  ,^  I^"'""  '■'"""''■'■  ''^'"9'"^''  "  •■«"'  «'«voir  que  les  manus 
crus  (le  I  ,)uvrage  coniinunénienl  aniinU    ^'       -  manus- 

Guelpherbvtcnsis    Ihhl.n  1         '^'       '     '^P'"'"'  '•""''  """^'  du 

les  ...anus;.rit     1  l'usât    et'^rjf  r'"'  '""   ^'   ^•^"■^-   ^'^•''-  ^ 
On  n,.  s'est  occu, ,"   ,s„,Vf,  i  ZT  "  '""^  '"-"•«"ous. 

in.ér.,   pour  l'i/on';?a  ili^^  ^'urrhiSe' d'T '^ 'r-- 
seconds,  qui  n'ont  pas  encore  annelé  l'I        r  ""''•  ^^' 

'■eproduire,  sans  ilInstratio^aucTe   /es  '''"''  "  ''T""  * 
^^-a-ions  des  u.anuscrir;::V;riStr,rS- 

^vlographiques  et  tvp<K,raphiq„es  coZ,e„ii  m  -   '  ^'""^  'J™P"-  Les  éditions 

(*)  Cf.   Lebeuf,   Dissertations   niir  /'h;.f^-  ,.  ■ 

'•.".  p.  .33  :  .  Comme  les  liv^s  coûta  "m  be/"  ":"'^"'  "  ''""'  '''  ^'"•«. 
n-etait  pas  usitée  comme  à  prése,^,,  |  "  a^i  ZT''  '  'Z'"  "'  1"'  '»  •J^='™'-é 
peaux  étendues,  sur  les  unes  des  mêles  étaient  re:;^  """?■ ''''  ''''"^"  *  'J^»""" 
h..lo,res  et  flénéalogies  de  l'ancien  TesiamenTe?  ''P.?'""'""  <■"  fo™e  d'arbre  les 
«  des  vices.  On  peu,  voir  un  môdèl'  de  c,"  arlre^H  "'r'  '"'"''°3- d«  vertus 
Sa-nt-Mctor.  Pierre  le  Poitevin,  chancelier  de  Vole  A"'  !,  ""o""'"  «"^  ""9""  "e 
ua  nécroloye,  pour  avoir  inventé  ces  espaces  d'el'T,'  ^"'"^  "'  '»"«■  «i»"^ 
duuts  et  en  avoir  fourni  les  cl««s    .  "*  «■''«"P"  *  I  "sage  des  pauvres  étu- 


■v^ 


l 


l32      — 

page  de  la  Btblia  pauperum  illustrée  porte,  en  effet,  les 
légendes  snivantes  : 

1°  Au-dessus  des  deux  types,  deux  résumés  du  passage 
biblique  auquel  le  type  est  emprunté  ; 

2°  Sur  les  banderoles  des  prophètes,  les  prophéties  relatives 

àl'antitype; 

3^  Sous  chaque  type  et  antitype,  un  hexamètre  qui  donne 
Texpliralion  de  la  scène  représentée. 

Soit,  par  exemple,  la  première  composition  de  la  Diblia 
pauperum  illustrée.  Le  sujet  on  antitype  est  T Annonciation 
à  Marie  ;  les  types  sont  la  Tentation  d'Èye  et  la  Toison  de 
Gédéon.  En  haut,  Isaïe  et  David.  En  bas,  Ézéchiel  et  Jérémie. 
Les  légendes  explicatives  sont  les  suivantes  : 

Tentation  d'Eve.  —  Logitur  in  Gonosi  (IH,  i4)  quod  Domimis 
dixit  serpenti  :  Siipor  pectiis  tuinn  gradieris.  Et  postea  ihidtMn  le- 
gitur  de  serpente  et  muliere  (III,  i5)  :  Ipsa  conteret  caput  tiiiiin;  et 
tu  insidiaberis  calcaneo  ejiis.  Nam  istud  in  anniintiatione  beatie 
Mai-itP  Virginis  adimpletiini  est. 

Toison  de  Gédkon. —  Item  legitur  in  Libro  Jiidicnm(VI,  37)qii<)d 
Gedeon  petivit  sigmim  victoriie  in  vellere  per  pliiviam  irrigando. 
Quod  figurabat  Virginem  gloriosam  sine  corruptione  corporis  im- 
pnegnandam  ex  Spiritus  Sancti  infusione. 

Tentation  d'Ève.  —  Vi[)era  vim  perdet,  sine  vi  pariente  puella. 

Annonciation.  —  Virgo  salutatur,  innupta  maneiis  gravidatur. 

Toison  de  Gédéon.  —  Hore  madet  velliis,  manet  tamen  arida  telliis. 

Isaïe,  vu,  i4.  —  Ecce  virgo  concipiet  et  pariet  lilium,  et  vocabitur 
nomen  ejus  Emmanuel. 

David,  Ps.  lxxi,  6.  —  Descendet  siciit  pluvia  in  vellus,  et  siciit 
stillicidia  stillantia  super  terram. 

Ezéchiel,  xliv,  2.  —  Porta  han^  claiisa  erit  :  non  aperietiir. 

Jérémie,  xxxi,  22.  —  Greavit  Dominus  novuin  super  terram  :  fe- 
inina  circuindabit  virum. 

On  comprend,  par  cet  exemple,  de  quoi  se  composent  les 
chapitres  de  la  Biblia  pauperum  non  illustrée  :  chacun  est  un 
assemblage  de  textes  prophétiques  et  de  courts  résumés  de 
récits  bibliques  :  le  symbolisme  figuratif  fournit  le  fil  qui 
réunit  les  grains  de  ces  mystiques  colliers. 

Chacune  des  trois  scènes  dont  la  réunion  constitua'  un  groupe 
a  pour  titre  un  hexamètre,  généralement  léonin.  M.  Guibert(') 


(»)  Art.  laud.,  p.  3i4. 


—     i33     — 

a  donné  de  bonnes  raisons  de  croire  que  ces  titres  doivent 
être  empruntés  à  VAurora  de  Pierre  Raie. 

Maintenant  que  nous  avons  fait  connaissance  avec  les 
B^ô/LT  pauperum  non  illustrées,  revenons  à  l'annotation  du 
Ouelplierbytensis,  hic  incipitur  bîbelia pauperum. 

Je  ne  doute  pas  que  si  Fauteur  de  cette  annotation  a  dé- 
nonrimé,  à  tort,  Biblia  pauperum  Touvraqe  illustré  dont  nous 
parlons,  c'est  à  cause  des  exemplaires  non  illustrés  de  cet 
ouvrage,  qui,  eux,  méritaient  tout  à  fait  cette  appellation  mo- 
deste.  II  en  est  allé  de  la  Biblia  pauperum  illustrée  comme  du 
A  //.  6.:  les  exemplaires  illustrés  du  Spéculum  coûtant  fort 
cher,  on  en  fit,  à  l'usage  des  pauvres  clercs,  des  copies  sans 
•Nustrations  et,  même,  des  résumés  qui  ne  comptaient  que 
(pielques  centames  de  lignes  :  nous  avons  parlé  plus  haut  de 
ces  compendia  ou  summuhr  du  Spéculum, 

La  table  n.éme  du  Spéculum  —  le  proœmium,  comme  rap- 
pellent les  manuscrits  — qui  en  3oo  li(|nes  résumait  Touvraqe 
avait  été  composée  non  pas  tant  pour  servir  d'index  de  Pou- 
vrage  a  ceux  qui  possédaient  le  Spéculum,  que  pour  tenir  lieu 
tin  Spéculum  complet  à  ceux  qui  ne  i>ouvaient  acheter  un  livre 
aussi  coûteux.  Vexplicit  An  proœmium  est  très  net  là-dessus  : 

Et  sic  terrninantnr  capitula  libri  hujus  et  voliiminis. 
Pni'dirtiim  proœmium  de  contontis  hujus  libri  coinpilavi, 
Et  propter  pauperes  prœdicatores  appoiiere  curavi, 
Qui  SI  forte  iiequiverint  totum  librum  eomparare, 
Si  sciant  historias,  possimt  ex  ipso  proœinio  pnedi(;are(»), 

c'est-à-dire,  comme  traduit  Miélot  dans  son  «  cler  françois  )>  • 
«  J  ay  fait  et  compilé  la  table  cy-dessus  prémise  des  choses 
qni  sont  contenues  en  ce  petit  livret.  Et  l'av  ainsi  voulu  mettre 
pour  contemplation  des  povres  prescheurs  qui  par  aventure 
nont  de  quoy  pour  acheter  tout  le  livre.  Car  se  ils  scevent 
bien  les  histoires,  ils  pouvront  prescherà  l'ayde  deceste  petite 
table,  qui  j)rocède  selon  les  chapitres  du  livre    » 

On  réservera  donc  l'appellation  de  Biblia  pauperum  aux 
exemplaires  non  illustrés  de  l'ouvrage  qu'on  avait  accoutumé 

^LLLn    ntr    "*'  """'''  ^^''f'^9''   P-    24),   plusieurs    crudits   (par   exemple 
S.   H.   S.  sans  1  avoir  lu  et  qu.   n'en   connaissaient  que    es   extraits  nubuTs   nar 


t 


—     i34    — 

jusqu'ici  de  désigner  de  ce  nom.  Mais  comment  appeler  Tou- 
vrage  illustré  ?  Gomment  Tappelait  le  Moyen  Age  ? 

Il  existe  à  la  Bibliothèque  royale  de  Munich  un  manuscrit  non 
illustré  (')  qui  contient,  entre  autres  choses,  le  résumé  des  pré- 
figures du  ^\  /y.  .V.  et  de  la  soi-disant  BiMa  pnitperiim.  Ce 
résumé  commence  ainsi  :  Sequitiir  summiilu  fujararum  Xovi 
Testamenti  tracta  a  spernlo  humawF  saivationis  ac  a  biblia 
picta.  M.  Lutz  pense  que  cet  incipit  nous  a  conservé  le  titre 
véritable  de  la  soi-disant  Biblia  panperum  (^).  En  tout  cas, 
il  nous  apprend  (pfen  1470,  date  à  laciuelle  fut  copié  ce  ma- 
nuscrit, les  Bénédictins  de  Wessobrunn,  auxquels  le  manus- 
crit appartenait,  désignaient  la  soi-disant  Biblia  panperum 
illustrée  du  nom  de  Biblia  picta,  qui  convient,  en  effet,  très 
bien  au  livre  à  images  dont  il  s'agit. 

4.  —  Le  manuscrit  de  Wessobrunn,  qui  résume  à  la  suite 
6\  //.  S.  et  B.  P,,  nous  amène  à  rechercher  les  rapports  de  ces 
deux  ouvrages. 

La  B.  P.  a  le  même  objet  que  le  S,  IL  S.,  et  à  peu  près  le 
même  plan.  Elle  aussi  raconte  l'histoire  de  la  chute  et  du  salut 
humains,  suivant  la  méthode  typologique.  Aussi  les  deux 
ouvrages  ont-ils  été  souvent  |)ris  l'un  pour  l'antre.  Certains 
manuscrits  de  la  B.  P.  ont  été  intitulés  Spéculum  humame 
saluationis,  non  seulement  par  des  bibliothécaires  moder- 
nes (J),  mais  au  seizième  siècle  (f). 

Le  cabinet  des  Estampes  de  Berlin  possède  une  B,  P,  illus- 
trée, du  quatorzième  siècle,  à  trente-quatre  groupes,  où  la 

(')  CIm.  22098.  Papier,  folio.  Contient  en  outre  des  sermons  de  ^'icolas  de  Din- 
kelsbulil  sur  les  Évangiles  de  tous  les  dimanches  de  l'année  ;  un  traité  des  Sacrements, 
extrait  du  quatrième  livre  des  Sentences,  de  Pierre  Lombard  ;  un  traité  De  quatuor 
noiu'ssimis,  de  Frère  Etienne,  moine  de  Sainte-Dorothée  de  Vienne. 

(*)  Dans  Lutz-Perdrizet,  Spéculum  humaïue  salvationis,  p.  xiii. 

(')  lierlin,  cabinet  des  Estampes,  78  D  2  :  iste  Liber  intitulatur  Spéculum 
human,T  .sa/vationis.  CL  Schreibfr-Hettz,  op.  laud.,  p.  29,  n»  6.  Munich,  c<jm.  297. 
Cf.  Die  deutschen  Handschriften  der  k.  llof-  und  Stnatstnbliottiek  zu  Munchen 
(Munich,  1866),  p.  4i  ;  Vienne,  bibl.  imp.,  3o85  :  cf.  Tah.  cod.  manuscr.  bibl.  pal. 
Vindob.  (Vienne,  1868),  t.  II,  p.  198,  Spéculum  humamp  saloationis  germanice 
versum.  Cette  indication  erronée  du  Catalogue  de  Vienne  a  passé  dans  les  listes  de 
PoppE  (n"  107)  et  de  LP  (n»  223). 

(<)  Munich,  clm.  4523  et  19^1  A-  L'ne  autre  preuve  de  cette  confusion  est  le  titre 
que  porte  la  B.  P.  non  illustrée  contenue  dans  le  ms  32.'»  de  la  Stiflsbihliothek  de 
Zwettl  {Handschriflenverzeichnig,  t.  I,  p.  412),  1^  47  :  Spéculum  Salvatoris. 
In  isto  tractatu  continentur  LXXll  hystorig  cum  auctoritatibus  et  concordanciit 
théologie  et  sacre  scripture  et  cum  versibus  qui  comprehendunt  easdem  historin* 
et  dicilur  vel  appellatur  vel  intytulatur  iste  traclatus  Spéculum  Salvatoris. 


—     i35    — 

reine  de  Saba,  qui  dans  le  troisième  groupe  préfigure  les  rois 
Mages,  est  appelée  Sibylla;  or,  la  B.  P.  ne  parle  point  de  la 
Sibylle  ;  l'auteur  du  manuscrit  de  Berlin  devait  connaître  le 
S.  H.  S,,  où  l'entrevue  de  la  Sibylle  et  d'Auguste  est  racontée 
et  illustrée,  au  chapitre  de  la  Nativité. 

La  B.  P,,  sous  sa  forme  la  plus  ancienne,  c'est-à-dire  la  B,  P. 
à  trente-quatre  groupes,  semble  antérieure  au  S.  IL  S.  On  peut 
la  dater  du  début  du  quatorzième  siècle.  Le  succès  qu'elle  ren- 
contra dut  susciter  des  imitations,  dont  le  .S'.  H,  S.  paraît  avoir 
été  la  plus  réussie,  ^ova  compilation  dit  de  son  ouvrage  l'au- 
teur du  S.  IL  S, 

bicipit  proœmiimi  cujusdam  novœ  cortipilationis. 

La  vetas  compilatin,  (pie  le  S,  ILS.  a  voulu  remplacer,  doit 
être  la  B,  P.  La  typologie,  dans  celui-là,  était  plus  abondante, 
plus  ingénieuse  et  plus  nouvelle  que  dans  celle-ci.  Le.V.  //.  S. 
avait,  sur  la  B.  P.,  cette  supériorité  de  comporter  un  texte 
étendu  et  un  nombre  presque  double  de  concordances.  Pour 
maintenir  sa  propre  vogue  et  participer  à  celle  du  livre  qu'elle 
avait  inspiré,  la  B,  P.  fut  obligée  de  beaucoiq)  enqjrunter  au 
6^  //.  .V.  .•  les  exemplaires  manuscrits  à  38,  4 1  et  48  groupes, 
les  xylographies  à  4o  et  5o  groupes  sont  les  résultats  de  ces 
emprunts,  dans  le  détail  desquels  il  serait  trop  long  d'entrer. 

Nous  venons  de  dire  quelques  mots  de  l'influence  du  S.  H,  S, 
sur  la  B,  P.  L'influence  réciproque  de  la  B,  P.  sur  le  S,  IL  S. 
est  attestée  par  des  manuscrits  du  Sfjcculum,  tels  que  Munich 
clm  3oo3,  où  chaque  chapitre  est  précédé  d'une  miniature 
unique,  qui  rappelle  plutôt  les  illustrations  compliquées  de  la 
B.  P.  que  les  «  histoyres  »  beaucoup  plus  simples  du  Spécu- 
lum :  au  milieu,  le  «  fait  »  du  chapitre;  tout  autour,  quatre 
prophètes  en  buste,  deux  en  haut,  deux  en  bas,  avec  leur  nom 
et  la  prophétie  appropriée  au  fait  correspondant.  Par  exemple, 
la  miniature  du  chapitre  VII,  qui  représente  rincarnation,  est 
cantonnée  des  bustes  de  David  et  de  Jérémie,  d'Ezéchiel  et 
d'isaïe  ;  ce  sont  les  mêmes  prophètes  et  les  mêmes  prophéties 
que  dans  le  groupe  de  la  B,  P,,  qui  est  consacré  à  l'Incarnation  : 

David,  Ps.  lxxi,  0.  —  Dcscendet  sicut  pluvia  in  vellus. 
Jérémie  xxxi,   22.   —  Crcavit  Dominus   novum   super  terram  : 
femiua  circumdabit  virum. 
KzÉCHiKL  xLiv,  2.  —  Porta  hœc  clausa  erit  :  non  aperietur. 
IsAÏE  vu,  14.  —  Ecce  virgo  concipiet  et  pariet. 


—     i36    — . 

Heinecken(»)  dit  avoir  vu  à  Osnabruck  une  B.  P.  qui  por- 
tait ïe  titre  de  S.  H.  S.  Le  même  titre  a  été  mis,  au  quinzième 
siècle,  en  tête  de  deux  B,  P.  de  Munich  (^).  Les  deux  ouvrages 
ont,  en  effet,  de  si  grandes  analogies  que  de  telles  confusions 
ne  sauraient  surprendre.  Mais  c'est  abuser  du  droit  qu'un  éru- 
dit  a  de  proposer  des  hypothèses,  que  de  prendre  prétexte  de 
ces  confusions  pour  supposer,  comme  l'a  fait  M.  F.  Falke,  que 
le  nom  primitif  de  la  B.  A  aurait  bien  été  S\  II.  S.,  et  que 
l'ouvrage  que  nous  appelons  communément  S.  II.  S.  serait  la 
forme  développée  de  la  /y.  P.  :  que  celle-ci  serait  l'archet vpe 
de  celui-là,  ce  qu'on  pourrait  appeler  V  Urspieffel  Q). 

Si  le  S.  H.  S.  et  la  B.  P,  sont  des  ouvrages  congénères,  ils 
présentent  cependant  quelques  différences  (pi'il  vaut  la  [)eine 
de  relever.  Nous  avons  déjà  noté  celle-ci  que,  dans  le  Spécu- 
lum, les  images  ont  moins  d'importance  que  le  texte,  tandis 
que  la  B.  P.,  au  contraire,  est  avant  tout  un  recueil  d'images. 
Mais  on  trouve  des  différences  plus  profondes  si  l'on  étudie  de 
quelle  façon  l'un  et  l'autre  ouvrage  racontent  l'histoire  de  la 
Rédemption.  La  B,  P.  commençait  cette  histoire  avec  l'Annon- 
ciation à  Marie.  Mais  comment  comprendre  l'histoire  de  la 
Rédemption  sans  l'histoire  de  la  Chute?  La  li.  P.  est  donc 
bien  obligée  de  parler  de  la  Chute.  Elle  fait  de  la  Tentation 
d'Eve  l'une  des  préfigures  de  l'Armonciation.  Or,  il  est  clair 
que  si  la  Chute  d'Eve  a  rendu  nécessaire  rincarnatiori,  elle 
n'en  est  pas,  au  sens  strict  du  mot,  une  préfigure.  Du  reste,  la 
Tentation  n'est  que  le  troisième  acte  du  drame  de  la  Chute  : 
le  premier  acte  est  le  «  Trébuchement  »  de  Lucifer  et  de  ses 
compagnons;  le  deuxième,  la  Création  de  l'homme  mis  au 
monde  par  Dieu  pour  «  réparer  »  la  chute  des  mauvais  anges. 
Le  *S'.  //.  S,,  qui  commence  l'histoire  de  la  Chute  au  Trébu- 
chement de  Lucifer,  qui  montre  la  Création  de  l'homme,  et 
qui  raconte  la  Chute  d'Eve  à  sa  place  chronologique,  sans  en 
faire  une  préfigure  de  l'Incarnation,  enseigne  donc  une  théo- 
logie plus  exacte,  plus  complète  et  plus  profonde  que  la  B,  P, 

A  d'autres  égards,  celle-ci  paraît  supérieure.  Toutes  ses 
préfigures  sont  prises  dans  la  Bible  ;  les  fables  rabbiniques, 
l'histoire  profane  n'en  ont  fourni  aucune.  Parmi  les  «  faits  « 

(*)  Idée,  p.  293. 

Ô)  Cira  4523  et  19414.  Cf.  Tietze,  op.  laïuL,  col.  4o. 

(3)  Zar  Entwicklung  und  sum  Vei'stiindnis  des  S.  H.  S.,  dans  Zentnilblatt  fur 
BibUothekwesen,  1898,  p.  4ao 


-      137      -- 

de  l'histoire  évangélique,  un  seulement  provient  des  Apocrv- 
phesrla  Chute  des  idclcs  d'Égvpte,  qui  forme  le  fait  du 
groupe  VI  ('). 

La  B.  P.  n'est  pas  seulement  plus  «  bibhque  »  que  le  Spé- 
culum, elle  est,  dans  sa  typologie,  plus  traditionnelle,  plus 
conservatrice.  On  est  étonné,  quand  on  s'est  familiarisé  avec 
I  exégèse  allégorique  et  avec  l'art  symbolique  du  Moven  Age, 
de  ne  pas  retrouver  dans  le  Spéculum  des  préfigures  qu'on 
peut  appeler  classiques,  tant  les  docteurs  et  les  prédicateurs  les 
avaient  expliquées,  tant  les  artistes  les  avaient  représentées,  le 
Sacrifice  d'Isaac,  par  exemple,  l'Ascension  d'Hénoch,  les  Israé- 
ites  marqués  du  tau,  eux  et  leurs  maisons,  Jacob  bénissant 
les  fils  de  Joseph  de  ses  bras  en  croix,  la  Femme  de  Sarepla 
tenanl  deux  bois  croisés,  le  Serpent  d'airain  érigé  au  désert. 
Ces  histoires  mystérieuses,  aux({uelles  la  foi  chrétienne,  de- 
puis les  temps  les  plus  lointains,  avait  prêté  un  sens  émou- 
vant, l'auteur  du  S.  IL  S.  les  a  négligées.  C'est  d'autant  plus 
remarquable  que,  parmi  ces  histoires,  plusieurs  avaient  été 
expliquées  par  l'Évangile  même  :  telle  l'histoire  du  Serpent 
d'airain,  qui  déjà,  dans  l'Évangile  selon  saint  Jean,  est  donnée 
comme  une  préfigure  de  la  Crucifixion. 

Autre  différence  :  la  B.  P.  consacre  plusieurs  de  ses  groupes 
aux  miracles  du  Christ;  elle  insiste,  autrement  dit,  sur'ce  qu'il 
y  a  eu  de  consolant,  de  bienfaisant  et,  pour  parler  comme  les 
Grecs,  de  «  philanthrope  »  dans  la  mission  du  Christ.  L'auteur 
du  *S'.  //.  .y.  est  un  Dominicain  impitoyable  et  fanatique,  préoc- 
cupé de  détailler  jusqu'à  l'horreur  fes  tortures  et  jusqu'à  la 
nausée  les  outrages  de  la  Passion.  Pour  satisfaire  sa  haine 
féroce  des  Juils,  c'est  aux  Juifs  mêmes  qu'il  emprunte  les  armes 
dont  il  les  perce.  Évilmérodach  coupant  en  trois  cents  mor- 
ceaux le  cadavre  de  son  père;  Hur  mourant  étoulfé,  ou  noyé 
—  je  ne  sais  comment  dire  —  sous  les  crachats  des  Juifs,  voilà 
les  histoires  qu'il  insère  dans  l'Évangile.  11  est  bien  de  cette 
lignée  redoutable  d'écrivains  féroces  et  souillants  qui  com- 
mence à  Epiphaiie  et  qui  se  continue,  de  notre  temps,  avec  les 
héritiers  de  Veuillot,  les  gens  de  la  Libre  Parole  et  des  Croix. 
Si  les  miracles  qui  ont  rempli  la  «  vie  publique  »  du  Christ 
sont  passés  sous  silence  par  l'auteur  du  S.  H.  S.,  il  s'est  complu 


(>)  Dans  les  exemplaires   à   34  et  à  4o  groupes  ;  groupe  X  de  l'exemplaire  à 
5o  groupes.  '  '^ 


—     i38    — 

en  revanche  à  parler  de  la  Vierge,  à  raconter  sa  l«îgende,  à 
exposer  le  rôle  de  Marie  dans  Fœuvre  de  la  Rédemption.  La 
niariologie  ne  tient  pas  moins  de  huit  chapitres  dans  le  SpeciH 
liim.  Elle  est  à  peu  près  absente  de  la  B.  P.  A  cet  égard,  le 
S.  //.  .S',  est  plus  représentatif  de  la  piété  catholi(jue  que  la 
/y.  P. y  et  l'on  comprend  qu'un  pareil  livre,  où  il  était  tant  ques- 
tion de  la  Vierge  Marie  et  si  peu  de  l'Evangile,  n'ait  pas  eu  de 
lecteurs  dans  les  Églises  évangéliques;  la  P.  I\,  au  contraire, 
n'était  pas  antipathique  aux  Prote^ilanis  :  elle  édifiait  l'un  des 
protecteurs  de  la  llciormation  naissante,  le  palatin  Othon- 
Henri(0. 

Aucun  témoignage  extérieur,  aucun  indice  interne  ne  per- 
met de  faire  sortir  la  B.  P.  de  l'anonymat  où  son  |)ieux  au- 
teur a  sans  doute  voulu  qu'elle  restât.  Tandis  (jue,  dès  les 
premières  lignes  du  ^S".  //.  .V.,  on  devine  (jue  l'ouvrage  est 
d'origine  monastique;  tandis  qu'à  le  lire  en  entier,  on  y  trouve 
des  preuves  certaines  de  l'origine  dominicaine,  dans  la  B.  P. y 
au  contraire,  l'orgueil  monastique  ne  se  marque  nulle  part.  11 
est  vrai  q^ue,  dans  l'édition  xylographi(jue  à  quarante  groupes, 
Elie  et  Elisée  sont  plusieurs  fois  représentés  comme  des 
moines  (*),  avec  la  tonsure  et  les  habits  monastiques,  et  en 
Dominicains,  puisque,  sur  la  robe,  ils  ont  un  scapulaire  et  que, 
dans  l'exemplaire  de  la  Bibliothè(jue  nationale,  dont  les  gra- 
vures ont  été  coloriées  au  (juinzième  siècle  ('>),  robe  et  sca- 


(')  Cf.  supra,  p.  127,  noie  2. 

(*)  Noter  surtout,  yroupe  XXllI,  Elisée  hafoné  par  les  enfants  de  Béthel ; 
groupe  XXIV,  Elie  et  la  veuve  de  Sarepta  ;  groupe  XXXII,  Ascension  d'Elie; 
sacrijice  d'Élie  sur  le  (^arniel. 

(')  Exposition  de  la  galerie  Mazarine  n"  1.  M.  Guibert  {Revue  des  Bibliothèques, 
1905,  pp.  3 12-320),  qui  a  le  mérite  d'avoir  le  premier  attiré  l'attention  sur  le  cos- 
tume d'Elie  et  d'Elisée  dans  la  B.  P.  à  4o  planches,  et  sur  l'exemplaire  colorié  de 
la  galerie  Mazarine,  attribue  aux  Carmes  l'édition  à  ^o  planches,  jiarce  (jue,  dans 
l'une  des  gravures  de  cette  édition  (groupe  XXXIV),  Elisée  lui  a  |iani  vêtu  en 
Carme.  J'ai  examiné  la  gravure  en  question,  dans  l'exemplaire  de  la  Mazarine  ; 
je  ne  crois  pas  (|u'Élisée  y  |x>rte  l'habit  du  Carmrl.  Étant  donné  que,  dans  les  gra- 
vuTcs  de  l'édition  à  4o  i>lanches  où  le  costume  d'Elisée  ne  saurait  faire  doute,  ce 
costume  est  celui  des  Dominicains,  c'est  l'influence  des  Dominicains  (jui  se  fait 
sentir  dans  cette  édition,  et  non  l'influence  des  Carmes.  Il  est  vrai  qu'Élie  et  Elisée 
paraissent  jusqu'à  neuf  fois  dans  les  80  préfigures  de  la  B.  P.  à  ^o  groupes,  et  que 
le  Carmel  regarde  Elie  et  Elisée  comme  ses  pères  spirituels  ;  mais,  comme  le  recon- 
naît M.  Guibert  lui-même  (op.  cit.,  p.  824)»  il  n'y  a  pas  à  faire  état  |M>ur  son 
lni)Olhèse  de  la  grande  place  que  tiennent  dans  la  B.  P.  Élie  et  Elisée  :  ces  deux 
personnages  de  l'Ancien  Testament  n'ont  pas  intéressé  les  Carmes  seulement  :  tout 
le  Moyen  Age  a  rêvé  d'eux,  |»anN»  que  la  Bible  les  lui  représentait  comme  les  thau- 
maturges par  excellence  (cf.  Mvurv,  (Croyances  et  légendes  du  M.  A.,  p.  116J. 


pulaire  sont  restés  blancs,  tandis  que  le  manteau  a  été  peint 
en  noir.  Mais  que  conclure  de  là  ?  Que  les  Dominicains,  au 
milieu  du  quinzième  siècle,  ont  tâché  de  s'approprier  la  B,  P. 
et,  par  jalousie  pour  les  Carmes,  de  travestir  en  frères  Prê- 
cheurs Élie  et  Elisée.  Mais  cette  constatation,  si  piquante 
qu'elle  soit,  ne  préjuge  rien  de  l'origine  de  la  B.  P.  elle-même, 
car  ce  livre  a  été  composé  environ  un  siècle  et  demi  avant 
d'être  reproduit  par  la  gravure  sur  bois. 

5.  —  Quoique  la  Bib/ia  pniipcrum  et  le  S.  II.  S.  dussent, 
dans  l'intention  de  leurs  auteurs,  être  ornés  d'illustrations,  un 
bon  nombre  d'exemplaires  de  l'un  et  de  l'autre  livre  ne  don- 
nent (jue  le  texte  seul,  sans  images.  Cette  circonstance  nous 
permet  de  rapprocher  de  ces  deux  ouvrages  un  opuscule  non 
illustré,  (jui  énumère  sommairement  les  faits  du  Nouveau  Tes- 
tament, avec  leurs  types  dans  l'Ancien  Testament,  le  nombre 
des  types  variant  suivant  les  faits  et  suivant  les  manuscrits. 
Cet  opuscule  qui,  d'après  les  endroits  où  il  s'en  trouve  des 
copies,  est  d'origine  allemande  et  que  certains  manuscrits 
attribuent  à  Albert  le  (irand('),  n'a  jamais  été  imprimé.  Il 
porte  des  noms  divers,  suivant  les  manuscrits  :  Aurora  mi- 
nor  ('),  par  opposition  à  V Aurora  major  de  Pierre  Raie, 
Biblia  pauperum  de  operibus  Christi  Q),  Liber  figur arum  (^), 
liota  Ezechielis  (5),  Boia  in  mcdio  rotiP  (^).  Le  titre  par  lequel 
nous  préférerions  le  désigner,  si  ce  n'était  prêter  à  des  confu- 
sions, serait  celui  de  dom^ordancea  de  l Ancien  et  du  Nouveau 
Testament,  que  lui  donnent  trois  manuscrits (").  Nous  lui  gar- 
derons donc,  faute  de  mieux,  le  titre  bizarre  de  Bota  Eze- 
chielts,  {\\\\\  porte  dans  un  manuscrit  de  Baie,  et  qui  a  son 
origine  dans  \m  passage  fameux  d'Ézéchiel  Q), 


(')  Munich,  clm.  4627  (jwrchemin,  (juatorzième  siècle);  Saint-Florian,  XI  82,  5  : 
Biblia  pauperum,  quatn  edidit  Albert  us  Magnus... 

(*)  Ms  de  Saint-Floriau  :  Earplicit  Biblia  pauperum,  qu;p  alio  noniine  dicitur 
Aurora  minor.  C'est  l'opuscule  que  Schreiber  (dans  Heitz,  Biblia  pauperum,  p.  10) 
confond  avec  le  résumé  mnémonique  Sex,  prohibet,  etc.  11  fait  suite,  dans  le  ms  de 
Saint-Floriau,  à  V Aurora  de  Pierre  Haie. 

(^)  Munich,  clm  9025.  {*)  Munich,  cira  18728.  («)  Bàle  AX  i35. 

(«)  Munich,  clm  A  627;  Zwettl,  325,  4  (papier,  (piatorzième  siècle). 

(')  Id.  :  Rota  in  medio  rot.r...  ExpUciunt  conrordanti/r  per  manus  Alberti 
sacerdotis  scriptfe  et  complétée  anno  MCCCXXX.  Zwettl,  25A,  7  (papier,  commen- 
cement du  (juatorzième  siècle);  Incipiunt  concordantiœ  V.  et  N.  T.;  Wilhering, 
X  i36,  5. 

(•)  1,  i5. 


Il 


—    i4o    — 

Voici,  à  titre  d'exemple,  d'après  le  manuscrit  de  Bâle,  le 
chapitre  de  la  Rota  qui  traite  de  l'Annonciation  à  xMarie  : 

De  anniintiatione  Dominica  (f.  i34) 
Gen.  XVIII.  —  Annuntiatur  AbrahcT  nativitas  Isaac  per  angelum. 
Ge.n.  VIII.  —  Venit  columba  vespere  portans  ramuiii  oliv;e  viren- 
tein. 

Gen.  XXIV.  —  Rebecca  descendit  ad  fontem  et  irnplevit  hydriain. 
JuDic.  XIII.  —  Praedixit  angélus  ortum  Samsonis  parentibus. 
JuD.  VI.  —  Datiir  signuni  victoriîc  Gedeoni  in  vellere. 
Ez.  xLiv.  —  Vidit  Ezechiel  portarn  elausain. 
^  Heg.  X.  —  De  throiio  cbunieo  Salomonis  régis. 
4  Reg.  II.  —  Ait  Eliseus  :  Afferte  mihi  vas  noviim. 
4  Reg.  IV.  — Eliseus  divertit  ad  cenaculinii  parvuin  et  re«juievit  ibi. 
Ex.  XVI.  —  Servatur  mauna  in  uniaaurea. 

EsTHER  V.  —  Osculatur  Estlier  sumniitatem  virgaî  Assueri  régis. 
EsTHER  VII.  —  Surrexit  rex  de  convivio  et  inti'avit  hortuin  arbo- 
rilms  consituni. 

In  nntiiris.  —  Rhinocerus  dormit  in  sinu  virginis. 

La  fin  de  ce  chapitre  montre  que,  parmi  les  figures  énumé- 
rées  dans  la  Hota,  quehiues-unes  sont  empruntées  non  à  l'An- 
cien Testament,  mais  à  l'histoire  naturelle.  J'en  citerai  deux 
autres  exemples  : 

/>  0.SV7//0  (Du  baiser  de  Judas):  Joab.  Amusa.  (In  naturis) 
elepfmns  cadit  in  marins  venatornm. 

De  crncifixione  :  AbeL  Abraham  ojjert  Isaac.  Dno  viri por- 
tant  botrum.  Samson.  Pellicanus. 

6.  —  On  chercherait  vainement  dans  hi  B.  I\  des  préfigures 
empruntées  aux  libri  miturahs.  Le  S.  II.  S.  a  fait  une  pré- 
figure de  l'histoire  de  l'autruche  délivrant  son  poussin  au 
moyen  du  rhamir;  mais  cette  histoire  ne  provient  pas  des  fibri 
natnrairs,  elle  est  d'origine  haggadique.  Il  était  réservé  à  un 
Cistercien  du  quatorzième  siècle  d'intégrer  l'histoire  naturelle 
dans  l'exégèse  typologique. 

Nous  voulons  parler  du  livre  composé  vers  i35o,  sous  le 
titre  de:  «  Concordances  (')  de  l'amour  de  Dieu  »,  Concor- 

(»)  Il  se  peut  que  ce  titre  soit  une  réminiscerire  de  celui  que  Joachim  de  Flore 
avait  donné  à  son  fameux  ouvrage,   Liber  concordia'  V.  et  N.  T.  Sur  le  livre  de 
Joachim,  cf.  Engei.hardt,  Kirchengeschichtliche  Ahhandlungen  (Erlangen,  i83a). 
pp.  99-i5o:   Renan,  Nouvelles  études   d'hist.  religieuse,  pp.  217.322;  Gebhart 
L'Italie  mystique,  p.  49  et  suivantes. 


-    i4i    - 

dantiœ  Q)  caritatis  {%  par  Ulrich,  abbé  de  Lilienfeld.  Pour 
donner  idée  au  lecteur  de  ce  livre  singulier,  nous  ne  saurions 
mieux  faire  que  de  céder  la  parole  à  Ulrich  lui-même,  qui  s'est 
exprimé  en  ces  termes  sur  son  dessein  (5)  : 

Notitia  (4)  hujus  libri,  qui  Concordantiœ  caritatis  appellatur 
talis  est.  1 1  » 

In  supremo  cireulo  primi  folii  semper  ponitur  evangelium,  et  juxta 
illud  quatuor  auctoritates  de  prophetis  cum  ipso  evangelio  concor- 
dantes. Sub  quo  duœ  iiistoriae  Veteris  Testamentis  ponuntur,  et  sub 
illis  duœ  naturae  rerum,  ad  ipsum  evangelium  similitudinaii'e  perti- 
nentes. Et  semper  sub  qualibet  materia  unus  versus,  qui  déclarât 
ipsam  materiam  et  exponit.  Et  in  opposito  folio  oiiinis  pictur»  ex- 
I)ositio,  qualiter  evangelio  concordent,  singula  cuni  sua  moralitate 
conlinctur. 

Iste  enim  totiis  liber  per  griseuni  monachum,  Ulrigum  nomine, 
quondani  abbatein  in  Campo  Lilionini,  ex  i»arvitate  sui  ingcnioli 
propter  simplicitatem  et  penuriam  pauperum  clericorum  multitu- 
ilinem  librorum  non  habentiuin  est  specialiter  compilatus,  quia  pic- 
turfe  sunt  libri  simplicium  laicorum. 

Dividitur  auteni  iste  liber  in  duas  parles,  videlicet  de  tempore  et 
de  Sanctis.  De  tempore,  quia  ponuntur  ibi  omnia  evangelia  doini- 
nicalia  et  ferialia  totius  aniii,  quibus  tamen  habentur  evangelia  piu- 
pria  et  leguntur.  De  Sanctis  vero  semper  ponitur  ibi  illius  Sancti 
passio  et  concordantiai  sub  eodem.  Postea  autem  communia  Sanc- 
torum  sunt  posita  et  deeem  pra^cepta  cum  concordantiis,  in  dextra 
parte  pi-cTcepta  servantibus  quid  reniunerationis,  in  sinistra  traiis- 
gredientil)U.s  quid  punitionis  sentiant,  assignatur.  Ponuntur  et  post 
haec  plura  notabilia  satis  pulchra.  Et  in  toto  libro  una  historia 
pluries  quain  semel  nullibi  fore  cognoscatur.  Sed  in  Adventu  Do- 
mini  de  tempore,  et  de  Sanctis  Andreae  apostoli  inchoatur. 

Precor  ergo  te,  o  leotor,  quatenus  mei  compilatoris  habere  di- 


(»)  Concordantiœ,  et  non  Concordant ia,  comme  l'a  désigné  Heider,  par  erreur 
de  lecture  {Beitrûge  sur  christl.  Typologie,  p.  37). 

(>)  Le  mol  caritas,  dans  le  latin  d'église,  signifle  l'amour  du  fidèle  pour  Dieu 
(Mâle,  L'Art  religieux  du  M.  A„  a^  édit.,  p.  i44). 

(î)  Sur  les  Concordanti.T,  voir  les  Beitrûge  de  Heider  et  le  savant  mémoire  de 
TiETZE,  Die  typologischcn  BUderkreise  des  Mittelalters  in  (Ester reich,  col.  67-69, 
avec  un  appendice  (col.  79-88)  donnant  la  typologie  biblique  des  106  «  cx)ncordances  »  ;' 
il  est  regrettable  que  Tietze  ait  laissé  de  côté  la  typologie  empruntée  aux  libri 
nafurales. 

(*)  Notitia,  lecture  certaine.  Heider  a  lu  Natura.  Les  lectures  de  Heider  ne  sont 
pas  toujours  exactes  :  nous  nous  en  sommes  aperçus,  M.  Lutz  et  moi,  en  colla- 
tionnanl,  pfuir  notre  édition  du  .V.  //.  S.,  les  extraits  assez  étendus  qu'il  avait  pu- 
blics de  ce  livre  dans  ses  Beitrûge. 


1^2       

gneris  memoriani  apud  Doum.  Et  si  forte  aliqua  minus  hene  aut 
plene  dicta  invoneris,  emendare  ac  caritalivo  corrigere  non  obmittas. 
Valetudinem  opto  omnibus  legentibus  et  salutem.  Amen. 

Ainsi,  le  livre  d'Ulrich  est  formé  d'autant  d'ensembles  lypo- 
lofjiques  qu'il  y  a  de  dimanches  et  de  fêtes  dans  l'année,  en  tout 
cent  cinquante-six.  Chacun  de  ces  ensembles  est  une  «  con- 
cordance ».  L'ouvrage  s'appelle  donc  Concordant ûv,  au  pluriel. 
Chaque  a  concordance  »  montre,  à  côté  d'un  f\iit  de  l'Évan- 
gile, deux  préfigures  tirées  de  l'Ancien   Testament  et   deux 
figures  tirées  de   l'histoire   naturelle.  Chacune   comporte  un 
texte  étendu,  qui  occupe  le  verso  d'un  feuillet.  Le  recto  qui 
fait  face  à  ce  verso  porte   l'illustration  correspondante,  nne 
grande   composition    à    compartiments    munis    d'inscriptions 
explicatives  :  en   haut,  le   fait   évangélique  ;   au-dessous,    les 
(leux  préfigures  bibliques;  en  bas,  les  deux  figures  prises  de 
l'histoire  naturelle.  Telle  est  la  disposition  que  présentent  les 
exemplaires  illustrés;  on  n'en  connaît  que  trois,  dont  un  entré 
naguère  à  la  Bibliothèque  nationale  (').  Les  exemplaires  non 
illustrés  sont  beaucoup  plus  nombreux. 

7.  —  Les  Conrordances  de  l'abbé  Ulrich,  où  les  fables  des 
libri  natiira/es  s'allient  de  si  étrange  façon  à  l'exégèse  tvpolo- 
gique,  nous  amènent  à  dire  quelques  mots  d'un  autre  produit, 
non  moins  curieux,  du  genre  auquel  appartient  le  S.  //.  .V. 

«  Pourquoi  une  vierge  ne  peut-elle  enfanter?  Une  poule  ne 
fait-elle  pas  des  œufs  sans  coq?  Qui  les  distingue  par  dehors 
d'avec  les  autres?  Et  qui  nous  dit  que  la  poule  n'y  peut  former 
ce  germe  aussi  bien  que  le  coq?  »  Ces  questions  déconcertantes 
se  lisent  dans  les  Pensées  de  Pascal  (').  Je  ne  vois  pas  (jue  les 
éditeurs  se  soient  risqués  à  les  commenter. 

a  L'enfant  [Gargantua]...  sortit  par  l'aureille  senestre...  Je 
me  doubte  que  ne  croyez  asseurement  ceste  estrange  nativité. 
Si  ne  le  croyez,  ie  ne  m'en  soucie,  mais  ung  homme  de  bien, 
ung   homme  de  bon   sens  croit  tousiours  ce  qu'on  luv   dicl 

(')  Ms  Lilieiifeld  i5i  (c'est  le  ms  original;  Heider  l'a  étudié  dans  ses  Beitrâffe); 
—  Bibl.  du  prince  de  Liechtenstein,  à  Vienne  (parchemin,  t^,  quinzième  siècle);  —  Bibl! 
nat.,  lat.  nouv.  acq.  2129  (pai^ior,  f»,  avec  ce  colophon  :  ujjinitus  est  iste  liber 
per  Joannem  Jnralller  presbyterum  in  sua  domo  Wienne  dicta  do  der  WolJ} 
den  Gensen  predigt  [cf.  le  coin  du  vieux  Strasbourg  wo  der  Fac/is  den  t'nten 
predigt]  anno  domini  lijî). 

(')  Éd.  Havet,  t.  II,  p.  97. 


—       143      -^ 

et  qu'il   trouve  par  escript.  Ne  dict  saint  Paul,  prim,    Co- 
rinih.  XI II  :  (Viaritas  omnia  crédit?  Pourquoy  ne  le  croiriez- 
vous?...  Est  ce  contre  nostre  loy,  nostre  fov,  contre  raison, 
contre  la  saincte  escriplure  ?  De'^ma  part,  je  ne  trouve  rien 
escript  es  bibles  sainctes  qui  soit  contre  cela.  Mais  si  le  vouloir 
de  Dieu  tel  eust  esté,  diriez-vous  qu'il  ne  l'eust  peu  faire?... 
Je  vous  Ay  que  a  Dieu  rien  n'est  impossible.  Et,  s'il  vouloit, 
les  femmes  auroyent  doresnavant  ainsi  leurs  enfans  par  l'au- 
reille. Bacchus  ne  feut-il  pas  engendré  par  la  cuisse  de  Jupi- 
ter?... Mais  vous  seriez  bien  dadvanlaige  esbahvs  et  estonnez 
si  je  vous  expousoys  présentement  tout  le  chapitre  de  Pline, 
auquel  parle  des  enfantemens  estranges  et  contre  nature  Q.  » 
Peut-être,  pour  comprendre  la  pensée  que  Rabelais  avait 
derrière  la  tôle  en  écrivant  ceci,  et  pour  rattacher  les  questions 
de  Pascal  aux  raisonnements  analogues  des  mystiques  anté- 
rieurs, conviendrait-il  de  relire  l'ouvrage  composé,  au  début  du 
quinzième  siècle,  par  Franz  de  Retz,  Dominicain,  professeur 
de  théologie  à  l'Université  de  Vienne,  de   i385  à   \l^\\,  sous 
ce  titre  :  Defensoriiini  inuio/at,e  virginitatîs  l)catœ  Mariœ  Q\ 
C'est  un  livre  à  images,  reproduit  au   milieu  du  quinzième 
siècle  par  la  xylographie  0)  et  l'imprimerie  (+),  et  qui  a  inspiré, 
connue  le  .V.  //.  S.  et  la  B,  P., d'ailleurs  beaucoup  moins  fré- 
quemment que  ces  deux  ouvrages,  l'art  symbolique  du  quin- 
zième siècle  (î).  L'auteur  s'est   proposé  de   rechercher  dans 
l'histoire  humaine,  tant  profane  que  sacrée,  et  dans  l'histoire 
naturelle,  tous  les  faits  qui  lui  paraissent  aussi  invraisembla- 
bles, et  pourtant  aussi. vrais,  que  la  virginité  sans  lésion  de  la 
Mère  de  Dieu.  Si  la  vestale  Tuscia,  demande-t-il,  a  pu,  comme 
le  raconte  saint  Augustin,  porter  de  l'eau  dans  un  tamis,  pour- 
quoi Dieu  n'aurait-il  pas  pu  être  enfanté  par  une  vierge  (^)? 

(')  Rabelais,  Gargantua,  I,  6. 

(*)  Pour  le  Defensorium,  cf.  le  travail  défmitif  de  J.  von  Schlosser,  Zur  Kenntnis 
der  kunstlcrischen  Uebertieferang  im  spàten  Mittelalter,  dans  le  Jahvbuch  der 
kunsthist.  Sammlangen  de  Vienne,  1902,  pp.  287-813,  pi.  XVI-XXIII. 

0)  Blockbàcher  de  Fr.  Walthern  (1470)  et  de  J.  Eysenhut  (1471);  celui-ci  repro- 
duit par  J.  VON  ScHLOssER,  op.  laud.,  pi.  XVIII-XXIII. 

(*)  A  Wurzlwunj,  chez  G.  Hcisscr  (1475-1480). 

(')  J.  VON  ScHLOssER,  op.  loud.,  pi.  XVI-XVII. 

(•)  J.  VON  Schlosser,  op.  laud.,  pi.  XX,  p.  3o8.  Si  cribro  virgo  Thuscia  aquam 
portare  valet,  eur  procrenntem  omnia  virgo  non  generaret  ?  Augustinus,  De  eivi- 
(tate)  Dt'i.  Les  <juattrt)ccntistes  italiens  ont  souvent  représenté  l'ordalie  à  laquelle 
fut  soumise  la  vestale  Tuscia  (Perdrizet-Jeak,  La  galerie  Campana,  p.  27,  n0  222), 
le  Defensoriani  nous  fait  comprendre  pourquoi  ;  c'est  que  les  mystiques  avaient 
reconnu  dans  celte  histoire  une  préflgurc  de  la  virginité  immaculée *de  Marie. 


m 


-    i44    - 

Si  le  lion,  par  son  rugissement,  peut  ressusciter  ses  petits, 
pourquoi  le  Dieu  de  vie  n'aurait-il  pas  pu  être  enfanté  par 
une  vierge  (')  ?  Et  ainsi  de  suite.  Sous  ces  raisonnements  par 
analogie,  on  reconnaît  sans  peine  la  ty[)ologiede  nos  figuratifs. 
On  voit  d'ailleurs  que,  si  le  Defensorium  rappelle  \c^  Conror- 
dantiœ  par  la  façon  dont  il  entend  l'histoire  naturelle,  il  se 
rattache  au  S.  IL  S,  par  l'usage  qu'il  fait  de  l'histoire  profane. 
De  même  que  dans  certains  manuscrits  les  (Umcorduntue 
voisinent  avec  le  .S'.  //.  S.,  de  même  sur  les  murs  du  cloître 
de  Brixen  le  S.  //.  .V.  et  la  B,  P.  voisinent  avec  le  Defenso- 
rium (^)  :  ils  y  sont  peints  à  fresque,  non  seulement  leur  illus- 
tration, mais  leur  texte.  On  ne  saurait  souhaiter  une  preuve 
plus  sensible  de  la  connexitë  qui  unit  le  Defensorium  aux  j»ro- 
duits  antérieurs  de  la  littérature  symbolique. 

8.  — Jetons  maintenant  un  regard  d'ensemble  sur  cette  lit- 
térature, qui  commence  vers  l'an   i3oo  avec  la  B.  P,  pour 
aboutir,   quelque   cent  années  après,   au  Defensorium.  Elle 
nous  apparaît  comme  un  genre   essentiellement    monastique 
et  germanique.  L'auteur  des  Conrordantiie,  Ulrich  de  Lilien- 
feld,  l'auteur  du  Defensorium,  Franz  de  Retz,  l'auteur  probable 
du  Spéculum,  Ludolphe  de  Saxe,  sont  des  moines  allemands. 
Tous  les  exemplaires  du  Concordantise  et   de   la  Hotu   sont 
allemands.  De  même,  la  plupart  des  marmscritsdu  S.  II.  S.  et 
de  la  /?.  P.,  et  les  plus  anciens.  Ainsi  s'explique  la  médiocrité 
artistique  de  ces  manuscrits.  Le  seul  exemplaire  de  la  B.  P. 
qui  paraisse  avoir  une  valeur  d'art  semble,  même  aux  savants 
allemands,   d'origine   française  (9.  Je    connais  jusqu'à    deux 
manuscrits  du  S.  II.  S.  du  quatorzième  siècle,  dont  les  minia- 
tures ne  soient  pas  désagréables  à  voir:  ce  sont  deux  manu- 
scrits italiens  (ou  français  ?)  conservés  à  Paris  (»).  L'illustration 

(')  J.  VON  ScHLOSSER,  Op.  luufi.,  pi.  XXIII.  p.  809.  Lco  sî  ruffUu  prolem  siisc:- 
tare  valet,  car  VUam  a  Spiritu  virgo  non  generaretf  Ysi{dorus)  XII >  ethuinio- 
logiarum)  ca(pitulo)  AT/o,  et  Alanus  in  de  planctu  naturw  prosa  prima. 

(-)  Le  Defensorium  de  Brixen  est  reste  ignoré  de  J.  von  Schlosser;  et  le 
«  Dombeneficiat  ».  Walcheggek,  qui  a  publié  les  inscrif>lions  de  cette  fresque  (c*. 
sa  brochure,  Der  Kreuzgang  am  Dnm  ru  Brixen,  i8<j5,  p.  ii3),  se  serait  mieux 
tire  de  sa  tâche,  s'il  avait  connu  l'ouvrage  mysticiue  dont  la  fresque  de  Brixen  est 
la  reproduction. 

(•«)  Jadis  dans  la  bibliothèque  des  Condé,  aujourd'hui  à  La  Hâve,  Muséum  Meer- 
mano-Westreenianum.  Le  frontispice  de  l'ouvrage  de  HEiT^-Sr.HREiBER,  Bihiia  pau- 
perum  (cf.  pp.  a6  et  82)  reproduit  en  grande  dimension  une   j^ge  de  ce  manuscrit 

{*)  Bibl.  nat.,  lat.  9084  ;  Arsenal,  lat.  ôgS. 


—      145      — 

du  S.  If.  S    ne  donne  naissance  à  de  belles  séries  d'enlumi- 
nures que  lorsqu'elle  est  proposée  comme  thème  aux  a     s  es 
de  Flandre   La  miniature  allemande  du  treizième  "du  oua- 
orz^eme  siècle  fait  œuvre  de  métier  seulement;  elle  pj  ' 
beaucoup    mais  ses  productions  sont   d'une  technique  nros 
sière  et  négligée  :    telle  est  l'aonréciatinn   rm.       ^       '' 
M   HaseloffCÔ  les  "-nuscrils  ilE  'd        Tp  I^Th  S 

consiste  le  plus  souvent,   non  pas,  à  proprement  parler    en 
mnnatures,  mais  en  dessins  à  la  plumée),  parfoi     cXiis 
c  est-a-dire  relevés  de  gouache.  ^^i^^nts, 

9.  —  Le  .9  //.  S     les  Concordantiœ  caritatis,  datent  du 

ireiz  .  me.  Ma.s,  dos  la  fin  du  douzième  siècle,  on  voit  paraître 
des  hvres  a  .mages  qui  préludent,  si  Ion  peu.  ainsi'di.e    à 
ceux  dont  nous  venons  de  parler,  nihlio  p„ï,,er„n,,  S.  H  S 
tZT  !     u  ''"'""'"'  "'""  '^'"'-'''""^''^nsoriL  oirginî. 
Tmo  e     A      7''-  '""'''  "'  productions  ,,ui  attestent  le  goût 
fi^nll  •      .   •'V'""'""'  P°"''  '•=  ^J'n'^"li«'ne  méthodique,  mé- 
l.culenx  et  outre,  soûl,  nous  venons  de  le  voir,  d'origine  aile- 
.nande.  „  est  .ntéressant  de  noter  que  les  enlum'inures'de  la    n 
du  douzième  s.ecle,  qu.  annoncent  ces  ouvrages  de  la  patience 
germanique,  son.  un  travail  allemand.  Elles  ornent  u^  n^Z 
exécute  a  H.ldeshe,m(0.  Chacune  Ibrme  un  ensemble  compli- 
qué. La  parlie  centrale  représenle  l'un  des  fai.s  principaux  de 
Ins.one  évangéhque.  Le  res.e  représen.e  les  préfigure    de  ce 
fau  e.  les  prophètes  qui  l'on,  prédi.  :  chaque^,roph^;  lient 
"ne  ba,u^e.ole  où  est  inscrite  la  prophétie  app.'opL.  Voie 
a  ...re  d  exemple    la  description  et  le  plan  d'une  de  ces  mU 
•nal.ires  (.).  La  p  us  grande  par.ie  de  la  miniature  est  occupée 
par  une  cro.x  la.u.e  divisée  en  cinq  par.ies,  les  quatre  coin! 


(')  Histoire  de  VArl.  en  cours  chez  Colin,  t.  II,  i,  p.  367 
puS/lc'L™:;-'!"'""  '"  """"•'"'  ""  •'»"--'"  de  Séle'sta.,  don.  nous  avons 

PERDRIZKT,    ÉTUDE    SUR    LE    S.    H.    S. 


10 


tfm  iJBlBtfiiiji  è 


H    »•• 


—    i40    — 

de  forme  rectangulaire  et,  au  centre,  un  carré.  Dans  le  carré 
central  on  voit  les  saintes  femmes  s'approchant  du  tombeau; 
Tune  porte  une  banderole  où  sont  ces  mots  :  Qnis  reuolvet 
nobis  Ifipidem  ?  Un  ange  apparaît  ([ui  Iciir  dit  :  JesuSy  qnem 
qiiœritis,  non  est  hic,  sed  siirrexii.  Derrière  l'ange,  dans  le 
coifi  de  gauche,  les  gardiens  du  tombeau,  endormis.  Derrière 
les  saintes  femmes,  dans  le  coin  de  droite,  Isaïe  ([ui  dit  :  Erif 
sppiilchriwi  ejus  gloriosiini  (Is.  xi,  lo).  Dans  le  coin  supérieur, 
au-dessus  du  sépulcre,  le  Psalmiste  (^),  que  la  main  de  Dieu 
fait  ressusciter  :  la  main  de  Dieu  tient  une  banderole  où  Ton 
lit  :  Kxsurge  gloria  mea  (Ps.  lvi,  9);  le  Psalmiste  répond  par 
la  fm  du  même  verset  :  Kr surgain  diliiculo.  Dans  le  coin  infé- 
rieur, le  phénix  dans  son  nid,  sur  lui  arbre,  faisant  pendant 
au  Psalmiste.  La  croix  est  cantonnée  de  (piatie  préfigures  de 
la  Résurrection  :  Elisée  ressuscitant  l'enfant,  Samson  erdevani 
la  porte  de  Gaza,  Banaias  déchirant  la  gueule  du  lion,  David 
égorgeant  Goliath. 

Le  P.  Beissel  et  M.  Haselolf,  qui  ont  fait  connaître  le  missel 
d'Hildesheim,  ont  vu  dans  les  miniatures  de  ce  curieux  ma- 
nuscrit une  première  idée  de  la  Biblia  pnupcrum.  Ce  n*est  pas 
exact  tout  à  fait,  car  il  nV  a  pas  dans  la  BibUn  pauperuni  de 
types  empruntés  à  l'histoire  naturelle.  Le  phénix  de  la  minia- 
ture que  nous  décrivions  tantôt  annonce  l'éléphant  pris  par  les 
chasseurs,  qui,  dans  la  Kota  Ezechielis,  symbolise  le  baiser 
de  Judas  ;  mais  surtout  il  annonce  les  allégories  puisées  dans 
l'histoire  naturelle,  comme  on  en  trouve  à  toutes  les  pages 
des  Concordantiœ  raritatis.  En  somme,  le  missel  (PHildesheim 
annonce,  d'une  façon  générale,  toute  cette  série  des  livres  sym- 
bolirpies  à  images,  dont  la  Bihlia  pauperum  paraît  le  plus 
ancien  et  dont  la  vogue  a  été  croissante  au  ([uatorzième  et  au 
quinzième  siècle. 

L'histoire  de  la  miniature  au  treizième  siècle  permet  de 
comprendre  encore  mieux  comment  s'était  lentement  j)réparé 
le  terrain  où  sont  finalement  écloses  ces  Heurs  singulières  du 
symbolisme  médiéval. 

Dans  un  psautier  du  treizième  siècle,  qui  provient  du  couvent 
de  Wôltingerode,  près  Goslar  en  Thuringe,  et  (jui  est  conservé 


(»)  Beissel  {loc.  laud.)  et  Hareloff,  dans  V Histoire  de  l'art  d*A.  Michel,  II,  t, 
p.  539,  disent  :  «  un  homme  ».  Mais  cet  ■  homme  »  est  nimbé,  comme,  sur  la  même 
miniature,  les  «  types  »  du  Christ,  Elisée,  Samson,  David,  Isaie. 


ti.ïoT'"""'  "  "■°"'''""'=  «  histoire  plainne  „  composée 

L'E(jlise 


Le  serpent 
d'airain 

Oblation 
d'Abel 

Les  maisons  dos 

Israélites 
marquées  du  ian 


LA 
CRUCIFIXION 


La  grappe 
de  Chanaan 

Oblation 
«le  Melchissédech 

Abraham 
sacrifie  Isaac 


La  Synagogue 

wi7''-"i '"'  ^\^''''''^orouç,h  (0,  qui  date  du  milieu  du  trei- 
zième s.ecle,  renferme  n.g  petites  miniatures,  qui  montren   la 

ZTIT"  .7  ''r  '^«^'-"-'«'  e.  don,  chacune  est  a  xom- 
pagnée  d  une  éqende  en  vers  latins.  Par  exemple,  la  nreu.ière 
page  pemte  (!■■  ,o)  montre  l'Annonciation  en  ,e<  ard  du  buis- 

Se^r^oÏ-rt",;"'  '"''V'!  ''■  ""''''''  'ï-  -«  -'"'«•"- 
n  aient  olFea  beaucoup  d'analogie  avec  les  grandes  peintures 

ham    n  '  ;^o^  r  ""  ""•"'""'*  "^^  '''''^'"''  ^'^cle  (Chelten- 

lam    n    ,,059)  qui  contient  une  collection  de  t//a/Un  v.-rs 

L  auteur  de  celte  collection,  sans  doute  un  Cistercien    pro- 

sou^enl  c.t^  contre  I  imagerie  monstrueuse  do  formes  et  vide 
de  sens  que  lart  roman  avait  introduite  dans  les  ,'.ql Les 

tuor,  ceutauros  pharetrafos,  Chnnœram,  ut  Jlngunl  pl,;,sio- 

1».  41;  Mâle,  L  Art  religieux,  a"  éd.,  j».  C7.  ^     /^    V  «-*  *«''  ^e  M.  A., 


—     i48    — 

logiy  fabidosa  mil  pis  et  galli  ddndia,  st'mins  tibicines  et  ono^ 
scelid(tSj  uel  certe  rontemplari  (jesta  Putriarcharnm,  Legis 
rœrimonias,  prœsidid  Judirum,  ft/piros  liegum  actus,  rerta- 
niiFia  Prophetarum,  Macchahœoruin  triumphos,  opéra  Do- 
mini  Saluatoris  et  jam  covuscantis  Evutigelii  reuelata  nii/s- 
teria  ?  Ad  informandani  pirto/um  ope/am  in  ecciesiis,  ubi 
pingi  permittiftir,  digerit  prœsens  râla  mus  adapttttiones  qiias- 
dam  rerum  gesiariim  ex  Veteri  et  Novo  Testamento,  ciim 
superscriptione  binoriim  versoruni,  qui  rem  gestam  Veteris 
7  esta  menti  brevder  eliiridant,  et  rem  \ovi  convenienter 
adaptant  ('). 

Plus  importantes,  pour  ([ui  veut  savoir  les  oriçjines  des  livres 
tvpologiques  illustrés  du  quatorzième  siècle,  sont  les  Bibles 
moralisées  du  treizième.  Les  recherches  de  Heider  (^),  de 
Léopold  Delisle(')  et  de  Haseloir(+)  ont  appelé  l'attention  sur 
ces  œuvres  colossales  de  Tenluminure  rran(;aise.  Le  texte  des 
Bibles  moralisées,  en  latin  dans  certains  manuscrits,  en  Fran- 
çais dans  d'autres,  est  formé  d'extraits  bibliques,  accompaqnés 
d'explications  allégoriques.  Il  n'a  du  reste  qu'une  importance 
secondaire  :  la  plus  grande  partie  du  feuillet  est  laissée  à  l'il- 
lustration ;  un  nombre  prodigieux  de  miniatures  —  environ 
cinq  mille,  à  raison  de  huit  par  pages  —  illustraient  l'ou- 
vrage. Le  plus  souvent,  l'allégorie,  expliquée  dans  le  texte  et 
figurée  par  la  miniature,  est  purement  morale  :  ainsi  le  texte 


(')  PiTRA,  Spir.  Solesm.,  t.  III,  p.  lxxv  et  626.  Cf.  I/ist.  litt.  de  lu  Fr.,  I.  XXXI, 
p.  214.  M.  Dclisie  a  sujiialé  encore  (Ilist.  litt.  de  la  Fr.,  t.  XXXI.  p.  79a)  deux 
pièces  de  vers,  en  tête  d'un  exemplaire  de  VHistorin  scholiisticii,  à  la  bibliotlu-qne 
de  lirioude,  l'une  sur  les  préflcjures  de  la  Vienje,  l'autre  sur  les  pn'-liuures  du  Christ. 
La  prenaière  commence  ainsi  : 

A  muiuli  principio, 

Christi  generatio 

Sub  liquris  lattiit. 

yuid  est  hortus  vohiptalis 

De  quo  fous  egn^litur. 

>'isi  Mater  pietatis 

L)e  qua  Christus  nascilur  ? 

Un  poème  analocfue  sur  les  préfigures  de  la  Vierge,  plus  connu  que  celui-là,  est  la 
Laus  beat.T  Virginis  Mariœ,  dont  les  Franciscains  ont  grossi  le  fecueil  des  Œuvres 
de  saint  Bonaventure  (éd.  de  Lyon,  1668,  t.  VI,  p.  t^ùS). 

(-)  Beitrage  cur  christ/.  Typologie,  p.  33-30.  Heider  s'est  surtout  attaché  à 
montrer  l'intérêt  des  Bibles  moralisées  pour  l'histoire  de  la  méthode  typologique. 

(*)  Libres  à  images  destinés  à  l'instruction  religieuse  et  au.v  exercices  de  piété 
des  laïques  {Hist,  litt.  de  la  Fr.,  t.  XXXI).  Il  est  bien  regrettable  que  ce  savant 
travail  sur  des  livres  à  images  st>it  lui-même  dépourvu  d'images. 

(*)  Dans  Y  Histoire  de  l'art  d'A.  Michel,  t.  II,  i,  p.  337  et  suiv. 


—     i49    — 

de  la  Genèse  (\,  g-ro)  sur  la  séparation  de  la  terre  ferme  d'avec 
les  eaux  salées  de  la  mer  est  expliqué,  selon  la  méthode 
moralisante,  par  la  séparation  de  l'Église,  /irma  Ecrlesia 
d  avec  le  monde  et  ses  péchés,  amaritudinès  mundi ;  et  en 
regard  de  cette  explication,  le  miniaturiste  représente  le 
(.réateur  séparant  la  mer  de  la  terre  et,  au-dessous,  l'Église 
sous  la  figure  d'une  religieuse,  dans  une  attitude  attristée, 
entre  des  Juils  qui  l'insultent  et  des  amants  sans  vergogne. 
Telle  étant  la  méthode  d'allégorie  que  Pauteur  a  généralement 
suivie,  l'ouvrage  est  appelé  à  juste  titre  Bible  moralisèe.  Mais 
souvent  aussi,  la  méthode  employée  est  celle  du  svmbolisme 
typoIogi({ue  ;  et  Ton  retrouve,  en  feuilletant  la  Bible  mora- 
Itsee,  la  plupart  des  préfigures  consacrées  de  l'histoire  évan- 
gélique. 


^ 


CHAPirUE  IX 


INFLUENCE  ICONOGRAPHIQUE  DU  S,  //.  S. 


I.  L'influonce  du  S.  H.  S.  se  fait  sentir  sur  l'art  transalpin  dès  le  milieu 

(lu   quatorzième  siècle  :    vitraux   de   Mulhouse   et   de   Saint-Alhan.   

2.  Pourquoi  le  S.  H.  S.  n'a  pas  influé  sur  l'art  italien.  —3.  Les  fresques 
de  Brixeii.  —  4.  Influence  sur  l'art  eyckien  (triptyque  Hellepulte,  Très 
Belles  Heures  de  Turin)  sur  l'art  flamand  issu  des  Van  Kyck  (retable 
de  la  Nativité,  par  R.  de  La  Pasture  ;  retable  du  saint  sacrement,  par 
Dirk  Bouts),  sur  l'art  fraueo-flainand  (tapisseries  de  Saint-Bertin,  de 
La  Chaise-Dieu  et  de  la  cathédrale  de  Reims)  et  sur  l'art  allemand  (pein- 
tures de  Conrad  Witz  au  nmsée  de  Bàle).  —  5.  L'influence  indirecte  du 
S.  H.  S.  sensible  jusque  dans  la  première  moitié  du  dix-septième  siècle. 


1.  —  Nous  avons  déjà  dit  que  les  manuscrits  du  S.  11.  S, 
sont  pour  la  plupart  ornés  de  miniatures,  quatre  par  cha- 
pitre, représentant  :  Tune  le  fait  de  Tlnstoire  évanqélique,  les 
trois  autres  les  trois  préfigures  de  ce  fait.  Les  chapitres  com- 
mençant au  verso  des  feuillets  et  finissant  au  recto  suivant,  le 
livre  ouvert  montre  toujours  un  chapitre  entier  :  il  offre  aux 
yeux,  d'un  coup,  Tun  des  faits  capitaux  de  l'histoire  de  la  Ré- 
demption, suivi  du  cortège  de  ses  préfigures. 

Un  manuscrit  du  S.  //.  .V.  contient,  quand  il  est  complet, 
192  miniatures.  On  peut  imaginer  de  quelle  commodité  était 
un  tel  répertoire  pour  les  artistes,  et  même  pour  le  clergé  qui 
avait  à  tracer  des  programmes  aux  artistes.  L'art  religieux  s'est 
approvisionné  de  sujets  symboliques  dans  le  N.  //.  S,  dès  le 
milieu  du  quatorzième  siècle,  dès  que  le  .V.  //.  .V.  a  été  répandu. 

Les  vitraux  de  Mulhouse  en  sont  utie  preuve  péremptoire(')  : 
co  qui  assure  en  effet  aux  verrières  de  Saint-Ktienne  une  men- 
tion dans  l'histoire  générale  de  l'art  du  Moyen  Age,  c'est 
qu'entre  tant  d'autres  (euvres  inspirées  du  S,  //.  S.,  nous 
n'en  connaissons  pas  d  aussi  anciennes.  La  Bibliothèque  rovale 
de  Munich  possède  sinon  le  manuscrit  dont  les  miniatures  ont 

(»)  Cf.  J.  LuTZ,  LfS  Verrières  de  l'ancienne  èylise  Sdint-Étienne  de  Aful/iouse 
(Mulhouse,  MoiiiinijtT,  1906). 


TOI 


ser\'i  de  modèles  aux  auteurs  de  ces  verrières,  du  moins  un 
manuscrit  tout  à  fait  pareil  (')  :  les  personnages  y  sont  groupés, 
costumés  de  la  même  façon,  ils  y  font  les  mêmes  gestes,  bref, 
tout  est  identique,  jusqu'aux  plus  menus  détails,  dans  les 
miniatures  de  ce  manuscrit  et  dans  les  vitraux  de  Mulhouse. 

Une  autre  preuve  de  la  prompte  influence  du  Spéculum  sur 
les  arts  figurés  est  donnée  par  les  vitraux  de  l'abbaye  de 
Saint-Alban,  en  Angleterre  ;  ces  vitraux  sont  détruits,  mais 
un  chronicjueur  nous  en  a  conservé  les  inscriptions  explica- 
tives p.  Ceux  qui  étaient  consacrés  à  l'histoire  évangélique 
antérieure  à  la  Cène  étaient  disposés  selon  la  méthode  typo- 
logique, mais  ils  n'avaient  pas  de  rapport  avec  le  Spéculum  : 


1.  Sa ra grosse d'Isaac.         L'Incarnation. 


2.  Chute  des  murail- 

les de  Jéricho. 

3.  Moïse     fait     sortir 

une    source     du 
rocher  d'Horeb. 

4.  Klisée  rend  douces 

les  eaux  saumà- 
tres  do  Jéricho. 


Chute  du   temple  de 

la  Paix,  à  Roine{^). 

Lafontaine  d'huileÇ^). 


Jésus  change  F  eau  en 
rin,  aux  noces  de 
Cana. 

Etc. 


AniHî   grosso    de    Sa- 
muel. 
Chute  des  idoles  d'É- 

La  veuve  do  Saropta 
donne  à  boire  à 
Élie. 

Moïse  fend  les  eaux 
de  la  mer  Uougo. 


(«)  Clm  23433  (LP,  II"  107). 

(-)  ScHLOSSER,  Que/lenburh  sur  Knnstgeschirhte,  p.  317.  Cf.  Schkeiuer,  Biblia 
ptiuperum,  p.  9. 

y)  SchnMber  rruit  ^\\\\\  s'a«jit  d«'  la  IV-sonlation  au  Temple;  il  n'a  pas  compris  le 

tituhis  de  c«'ttc  verrière,  hic  pitrif  ut  Vinjo,  templum  Pucis  mit  ultro.  Cl'.  Ilist. 

Schol.,   in   Evan.j.,   cap.   V  (de   Naliv.   Salv.),   additio    i    :   Ronur  templum  Pacis 

corruit,   et   mieux  encore,  Leg.  aurea,  cap.  VI  (de  Nativ.  J.  C),  p.  42  Grasse  : 

Romie,  ut   tettutur  Innocentius  papa  tertius,   duodecim  unnis  puœ  fuit,   if/itur 

Romani  templum  Paris  pulcherrinmm  ronstruœerunt  et  ibi  statuam  ' Romuli  po- 

surrunt.  Consulentes  nutem  Apollinem,  quantum  dururet,  acceperunt  responsum, 

(/uousque  rirf/o  pareret.  Hoc  autem  audientes  dia-erunt  :  err/o  in  .Hernum  durabit. 

Impossibile  enim  crediderunt,  quod  unqaam  pareret  uinjo.  Unde  in  foribus  f empli 

titulum  scripserunt  :  Templum  Pacis  ;eternum.  Sed  in  ipsa  nocte  qua  virgo  pepc- 

rit,  templum  funditus  corruit;  et  ibi  est  modo  ecclesia  sanrt/r  MariiP  Novie.  Le 

texte  d'Innocent  III,  auquel  renvoie  la  Légende  dorée,  est  le  deuxième  sermon  sur 

la  Natu-ité  (/*.  A.,  CGXVII,  457).  Cf.  encore,  yiour  les  miracles  qui  eurent  lieu  lors 

de  la  Nativité,  le  Catalogus  Sanctorum  de  I'ktrls  de  Natalibus,  1.  11,  ch.  i. 

(*)  Schreiber  croit  <|u'il  s'agit  du  jeune  de  Jê<,us  au  désert.  Le  titulus  de  cette 
verrière  était  pourtant  cUir  :  fons  olei  Roma-,  cibet  ut  populum,  Jîuit  hicque.  Cf. 
Hist.  Schol.,  m  Evang.,  cap.  V,  add.  :  fons  olei  erupit  et,  mieux  encore,  Leg.  aur., 
rap.  M,  p.  43  Grasse  :  Rom^e,  ut  attestatur  Orosius  et  Innocentius  papa  tertius', 
fons  aqure  in  liquorem  olei  uersus  est  et  erumpens  usque  in  Tibrim  projluœit  et 
toto  die  illo  largissime  emanauU.  Prophetauerat  enim  Sibylla  quod,  quando  erum- 
peret  fons  olei,  nasceretur  Salvator. 


I    i""aiiliw<it-i  A 


132 


Mais,  à  partir  de  la  Gène,  les  vitraux  de  Saint-Alban  em- 
pruntent leur  typologie  au  Spernlum. 


17.  La  maiine. 


18.  Saûl  tâche  de  tuer 

David. 

19.  Samson     est     en 

butte  aux  inju- 
res des  Philis- 
tins. 

20.  Lamech   est  mal- 

traité par  ses 
deux  femmes. 

21.  Los    envoyés     de 

David  outragés. 

22.  ?(^) 

23.  Jérémielapidé('). 

24.  Mort  d'Éléazar 

{Spec.  XXIV). 
20.  Jacob  pleure   sur 
la  robe  de  Jo- 
seph. 

26.  Joseph    descendu 

dans  le  silo. 

27.  Jonas  vomi  par  la 

baleine. 

28.  Daniel     dans     la 

fosse  aux  lions. 

3i.  La   loi    donnée  à 
Moïse. 


La  Cène  (Spec.  XVJ). 


Judas  trahit  Jésus  par 

un     baiser    (Spec, 

XVIII). 
Jésus  est  injurié  par 

les     Juifs     (  Spec, 

XIX). 

Jésus    est  Jlagellé 
{Spec,  XX). 

I^e  couronnement  (Vé- 

pines  {Spec,  XXI). 
Le  portement  de  croix 

{Spec.  XXII). 
La  crucifixion  {Spec, 

XXIII). 
La  mise  au  tombeau 

{Spec.  XXV). 
Marie  pleure  sur   le 

cadavre    de    Jésus 

{Spec.  XXVI). 
Le  Christ  aux  limbes 

{Spec.  XXVII). 
La  résurrection  {Spec, 

XXXII). 
Le  Christ  délivre  des 

limbes  Adam  et  Eve 

{Spec.  XXVIII). 
La  Pentecôte  {Spec. 

XXXIV). 


Melchissédech  donne 
à  Abraham  le  pain 
et  le  vin. 

Amasa  tue  Joab  par 
trahison. 

Hur  est  conspué  par 
les  Juifs  ('). 


Achior  est  battu  de 
verges. 

Séméi  outrage  David. 

Isaac  porte  le  bois  du 

sacrifice. 
Isaïe  scié  en  deux  (♦). 

.Mort  d'Absalon  {Spec. 

XXV). 
Adam  et  Eve  pleurent 

Abel. 

Jonas  avalé  par  la  ba- 
leine. 

Samson  enlève  les 
portes  de  Gaza. 

Les  trois  jeunes  gens 
dans  la  fournaise. 

La  tour  de  Babel. 


(')  Hic  siibsannatnm  hdit  plehisqae  sacrattwi  :  lulit  fait  le  vers  faux,  et  l'on  ne 
comprend  pas  sacratum;  le  sens  devait  être  :  Hur  subsannatnm  tiilit  plebisqne 
sputumentiun. 

(-)  Le  titulus  de  cette  verrière  est  ainsi  rapporté  :  hicqiie  fenmt  alii,  pro  uita 
solet  recreari,  ce  qui  ne  si(|niiie  rien.  D'après  le  Spéculum,  U  devait  s'agir  des 
espions  hébreux  portant  la  «jrappe. 

(3)  Le  sujet  est  étranger  au  Spéculum,  comme  à  la  Biblia  pauperum. 

{*)  Le  titulus  doit  se  lire  :  hic  serra  cecidit,  Isaias  ac  requievit.  Les  éditeurs 
donnaient  Sarra,  comme  s'il  s'agissait  de  la  femme  d'Abraham. 


—     153     — 

Les  groupes  29  et  3o  ne  sont  pas  pris  du  Spéculum,  Le 
vingt-neuvième  représentait  le.Vo/imr  ta nf/err, entre  le  buisson 
ardent  et  l'apparition  des  trois  anges  à  Abraham  {trinus  apparet, 
sed  iJeus  unus).  Le  trentième,  qui  représente  l'Ascension  du 
Christ  entre  l'Ascension  d'Hénoch  et  celle  d'Élie,  se  retrouve 
dans  Tambon  de  KIosterneubourg  et  dans  \di  Biblia  pauperum, 

2.  —  L'Italie  ih'a  jamais  beaucoup  donné  dans  la  svmbo- 
lique  figurative  :  au  Campo  Santo  de  Pise,  aux  murs  de  la 
Chapelle  Sixtine  les  peintres  du  Quattrocento  (^),  au  plafond 
de  la  Sixtine  Michel-.\nge,  aux  Loges  du  Vatican  Raphaël, 
ont  raconté  l'histoire   du   peuple   de   Dieu   et  la  genèse  du 
monde,  sans  en  montrer  la  concordance  avec  l'histoire  de  la 
Rédemption,  de  même  que  Duccio,  au  retable  de  Sienne,  et 
Giotto,  à  l'Arena  de  Padoue,  ont  raconté  l'histoire  évangé- 
lique  sans  en  montrer  les  correspondances  cachées  dans  l'An- 
cien Testament.  A  cet  égard,  l'art  religieux  de  l'Italie  se  rap- 
j)roche  beaucoup  plus  de  celui  des  Orientaux  que  de  l'art  du 
Nord(^).  L'art  bvzantin  en  effet,  s'il  n'a  pas  contplètement  né- 
gligé le  symbolisme  figuratif,  ne  lui  a  jamais  accordé  beaucoup 
de  place  dans  la  décoration  murale  des  églises,  ni  dans  l'orne- 
nientation  des  objets  liturgiques,   ni  dans  l'illustration  des 
manuscrits.  Le  symbolisme  figuratif,  dans  l'art  byzantin,  est 
sous-iMitendu  plus  souvent  que   formellement    exprimé;  il  y 
est,  en  quelque  sorte,  à  Tétat  latent;  on  Ty  devine  à  certains 
détails,  la  Théotocos  qui  apparaît  dans  le  buisson  ardent  (>) 
on  dans  la  toison  de  Gédéon  (^)  ou  au-dessus  de  l'arche  d'al- 
liance (>)  ;    il   inspire   certains    rapprochements,    l'Ascension 
d'Elie  peinte   à  côté  de  l'Ascension  du  Christ.  Mais  jamais, 
que  je  sache,  l'art  byzantin  n'a  produit  d'ensembles  typologi- 
ques analogues  aux  verrières  de  Mulhouse  ou  de  Saint-Alban, 
aux  émaux  de  KIosterneubourg,  aux  miniatures  de  la  Biblia 
pauperum  ou  du  Spéculum, 


(')  «•  La  dernière  Biblia  pauperum  traduite  en  œuvres  d'arl,  écrivent  Laib  et 
ScHWARz  {Biblia  pauperum,  Zurich,  1867,  P-  8;  Fribourg,  1892,  p.  10),  se  trouve 
dans  les  pcmlures  de  la  chapelle  Sixtine.  »  Cette  assertion  est  à  tout  le  moins  sur- 
prenante. 

(-)  •  Die  christliche  T^-pologie  gehôrt  trotz  ihrer  antiken  Wurzeln  so  gut  wie 
auss<Mdiesslich  dem  Westen  an  »  (J.  von  Schlosser,  dans  le  Jahrbuck  der  Kunst- 
sammlungen  des  allerh.  Kaiserhauses,  lyoa,  p.  298). 

(3)  DiDRON,  Manuel  d'iconographie  chrétienne  (Paris,  1 845).  p.  94.  Cf.  S.  H.  S., 
ch.  VIL  (*)  DmaoN,  op.  laud..  p.  io3.  (»)  DmaoN,  op.  laud.,  p.  t^. 


— ^     i54    — 

3.  —  Les  illustrations,  dont  le  Miroir  était  orné,  expliquent 
en  partie  sa  popularité  :  les  illettrés,  qui  n'en  pouvaient  lire 
le  texte,  en  comprenaient  du  moins  les  enluminures.  Mais  un 
aussi  bel  ouvrage,  en  grand  in-folio,  décoré  de  près  de  deux 
cents  miniatures,  coûtait  fort  cher.  Pour  meltre  à  la  portée  de 
tous  ce  livre  merveilleux,  qui  rendait  visible  et  compréhen- 
sible aux  plus  simples  la  concordance  secrète  des  deux  Tes- 
taments, les  gens  de  Mulhouse  trouvèrent  le  bon  moyen  :  ils 
choisirent  comme  modèles,  pour  les  vitraux  de  leur  église 
paroissiale,  les  miniatures  du  Miroir,  Gel  exemple  devait  être 
suivi  un  peu  partout,  dans  les  pays  du  Nord;  ou  plutôt,  de 
tous  côtés,  on  a  eu  la  même  idée.  A  Brixen,  en  Tyrol,  le  cloître 
attenant  à  la  cathédrale  fut  décoré,  au  quinzième  siècle,  de 
fresques  qui  reproduisent  Tillustration  traditionnelle  du  Mi- 
roir, et  le  texte  du  livre  est  peint  à  côté,  sur  le  mur  :  c'est 
un  Miroir  à  fresque,  comme  les  verrières  de  Mulhouse  for- 
ment un  Miroir  sur  verre  ('). 

'  ■*•  —  -^u  début  du  quinzième  siècle,  le  maître  enlumineur 
des  Très  Belles  Heures  (')  du  duc  de  Berry,  —  ce  manuscrit 
splendide,  chef-d'œuvre  de  l'art  flamand,  brûlé  à  Turin  il  y  a 
quelques  années,  —  s'était  inspiré  de  l'illustration  du  Miroir. 

Comme  M.  Durrien,  (jui  a  édité  ce  manuscrit,  n'en  a  pas 
bien  compris  toutes  les  miniatures,  faute  de  savoir  à  quelle 
source  avait  puisé  l'enlumineur,  nous  croyons  devoir  expliquer 
ici  celles  qui  sont  empruntées  au  Speculiim. 

F°XV1.  Grand  tableau.  —  Jésus  est  couronné  d'épines, 
bafoué  et  conspué.  Gf.  Spec.  XIX,  i,  XX,  i  et  XXI,  i. 

Lettre  ornée.  —  D'après  Durrieu,  a  les  Philistins  se  plai- 
gnant à  David  devant  le  roi  Achis;  sujet  qui  est  rapproché  du 
couronnement  d'épines  dans  la  Biblia  pauperurn  ».  Il  doit 
s'agir  soit  de  Hur  conspué  par  les  Juifs  {Spec.  XIX,  2),  soit 
de  David  insulté  par  Séméi  {Spec.  XXI,  3). 

Frise.  —  D'après  Durrieu,  «  la  mère  de  Salomon  couron- 
nant son  fds  )).  L'artiste  avait  certainement  en  vue  l'histoire 


(»)  Walchegger,  Der  Kreuzgang  um  Dom  tu  Brixen,  1895.  Les  fresques  du 
cloître  du  couvent  d'Emmaiis,  à  Prague,  témoignent  d'une  influence  beaucoup  moins 
directe  du  S.  //.  S.  (cf.  Neuwirth,  Die  Wandgemûlde  im  Kreazgunqe  des  Emaas- 
klosters,  Prag,  1898). 

(*)  Publiées  en  igoa  par  M.  Ddrrieu  à  roccasion  du  jubilé  de  M.  Léopold  Delisle. 
Malheureusement,  celle  publication  n'est  pas  dans  le  commerce. 


- —     i55    — 

d'Apamène,  qui  est  au  chapitre  XXI  du  Spéculum  la  première 
préfigure  du  couronnement  d'épines. 

F<>XVTI.  Gaand  tableau.  —  Jésus  est  dépouillé  de  ses  vête- 
ments et  lié  à  la  colonne.  Cf.  Sper.  XX,  i. 

Lettre  ornée.  —  Job  en  butte  aux  reproches  de  sa  femme 
et  aux  atta(|ues  du  diable.  Gf.  Spec.  XX,  4. 

Frise.  —  Gham  dévoilant  la  nudité  de  Noé.  Gf.  Spec. 
XIX,  3, 

F°  XVIII.  Grand  tableau.  —  Le  portement  de  croix.  Gf. 
Spec.  XXVII,  2. 

•  Lettre  ornke.  —  Les  espions  rapportent  de  Ghanaan  la 
grappe  de  raisin.  Gf.  Sper.  XXII,  4. 

Frise.—  Isaac  portant  le  bois  du  sacrifice,  suivi  d'Abraham, 
qui  tient  une  épée,  Q{.  Sper.  XXII,  2. 

F°  XIX.  Grand  tableau.  —  Le  Ghrist  cloué  à  la  croix  cou- 
chée. Gf.  .S>'c.  XXIII,  I. 

Lettre  ornée.  —  «  Deux  forgerons  dans  leur  atelier»  (Dur- 
rieu). Ges  deux  forgerons  sont  Jubal  et  Tubalcaïn.  CL  Spec. 
XXIII,  2. 

Frise.  —  Isaïe  scié  en  deux.  Gf.  Spec.  XXIII,  3. 

vvv  '^'^*  ^'^-^^^  tableau.  —  Le  coup  de  lance.  Gl.  Spe.c^ 
XX\ ,  I , 

Lettre  ornée.   —  Gréation  d'Eve,  d'après  la  Biblia  pau- 
perunt. 

Frise.  —  Mort  d'Absalon.  Gf.  Spec.  XXV,  3. 

F^^XXI.  Grand  tableau.  —  La  descente  de  croix.  Gf.  Spec. 
XXVI,  I.  ' 

Lettre  ornée.  —  La  tunique  de  Joseph  apportée  à  Jacob. 
Cf.  Spec.  XXVI,  2. 

Frise.  —  Adam  et  Eve  pleurant  sur  la  tombe  d'Abel. 
Cf.  Spec,  XXVI,  3. 

Durrieu  n'a  pas  remarqué  la  mâchoire  d'âne,  qui  est  placée 
sur  la  tombe  fraîchement  creusée  d'Abel  :  c'est  la  mâchoire 
avec  laquelle  Gain  aurait  tué  son  frère.  Les  monuments  figurés 
du  quinzième  et  du  seizième  siècle,  qui  montrent  Gain  tuant 
Abel  avec  une  mâchoin'  d'âne,  sont  légion.  G'est  ainsi  que  la 
scène  est  re|)résentée  sur  le  retable  de  l'Agneau  mystique  (^), 
et  par  certains  illustrateurs  du  S.  //.  S.  Q),  notamment  par 


(')  Kammerer,  Hubert  und  Jun  van  Eyck,  fig.  19. 
(»)  Ch.  XVIII,  4e  illustration. 


i 

i 


—     i56    — 

railleur  du  Blockbnrh,  dont  Borjoau  a  publié  le  fac-similé.  Je 
ne  sache  pas  qu'on  ail  jamais  dil  sur  quel  lexle  les  arlistes 
du  Moyen  Age  se  Ibndaienl  pour  armer  Gain  d'une  mâchoire 
d'âne  ('). 

F°  XXIII.  Grand  tableau.  —  «  Une  cérémonie  religieuse 
dans  une  église.  »  (Durrieu.)  Des  prêtres  se  dirigent  en  pro- 
cession vers  le  chœur,  à  travers  la  nef.  D'autres  font  la  haie. 
Tous  ont  la  tonsure  en  couronne  :  il  s'agit  donc  non  de  sécu- 
liers, mais  de  réguliers  ;  et  la  cérémonie  se  passe  non  dans 
une  cathédrale  ou  dans  une  église  paroissiale,  mais  dans  la 
chapelle  d'un  grand  couvent.  Ainsi  s'explique  le  petit  nombre 
des  spectateurs.  D'après  les  préfigures  représentées  dans  la 
lettre  ornée  et  dans  la  frise,  le  grand  tableau  a  certainement 
rapport  à  la  fête  de  la  Pentecôte.  La  procession  représentée 
sur  le  grand  tableau  doit  se  diriger  vers  Tautel  au  chant  du 
Veni  Creator  qui  est  au  bas  de  la  page.  L'Esprit-Saint,  sous 
la  forme  d'une  colombe,  descend  de  la  voûte,  comme,  par 
exemple,  dans  la  miniature  de  Bourdichon  qui  représente  la 
Peniecôie  (Heures  (r Anne  fie  Brefaffne,  éd.  Berthaud,  pi.  23). 
Pour  la  colombe  dans  la  représentation  de  la  Pentecôte, 
cf.  DiDRON,  Manuel,  p.  2o5. 

Lettre  ornée.  —  Moïse  recevant  les  tables  de  la  Loi.  Cf. 
Spec.  XXXIV,  3. 

Frise.  —  Miracle  d'Elisée.  La  veuve  et  ses  deux  fils  remplis- 
sant d'huile  les  vases  empruntés  aux  voisins  ('\   Cf.   Snec. 

XXXIV,  4. 

F«  XXVII.  Grand  tableal.  —  La  Cène  {Spec.  XIV,  2).  Vn 
seigneur  reçoit  la  communion  dans  une  chapelle  d'église. 

Lettre  ornée.  —  La  récolte  de  la  manne.  Cf.  Spec.  XVI,  4. 

Frise.  —  Melchissédech  et  Abraham. 

V'  XXVIII.  Grand  tableau.  —  Dieu  le  Père  imploré  par  le 
Christ  et  la  Vierge,  qui  lui  montrent,  l'un  ses  plaies,  l'autre 
son  sein  nu.  Cf.  Spec.  XXXIX,  i  et  3. 


(»)  Faustinus  Arevalus,  dans  son  commenUire  sur  Isidore  (/*.  L.,  LXXXIII, 
i3i),  écrit  :  Quo  instrument  o  occisus  fuerit,  incertain  est.  Pic  tores  mandibula 
armutum  Cainum  contra  fratrein  plerumque  eœhihent,  sed  nullo  prorsus  J'unda- 
niento.  Peut-être  ne  voulait-on  pas  mettre  entre  les  mains  de  Gain  un  instrument 
en  fer,  parce  que  le  meurtre  d'.Vbel  est  antérieur  à  Jubal  et  à  Tubalcain,  qui  inuen- 
tores  artis  ferrariie  eœstiterunt  {S.  H.  S.,  XXI II,  34). 

(»)  IV  Rois,  rv-,  5  :  Clausit  imilier  ostiuni  super  se,  et  super  fîlios  suas  :  illi 
ojjerebunt  vasu,  et  illa  infundebat. 


Lettre  ornée.  —  «  Le  lépreux,  guéri  par  le  Christ,  se  mon- 
trant au  prêtre.  »  (Durrieu.)  Il  s'agit  en  réalité  d'Antipater 
montrant  ses  blessures  à  César.  Cf.  Spec.  XXXIX,  2. 

F'rise.  —  «  La  reine  de  Saba  devant  Salomon.  »  (Durrieu.) 
C'est  exact,  semble-t-il  :  mais  on  doit  remarquer  que  l'artiste 
a  fait  une  confusion  :  il  aurait  dô  représenter  Esther  devant 
Assuérus;  telle  est,  en  effet,  la  deuxième  préfigure  du  chapi- 
tre XXXIX  du  Spéculum. 

F°XX1X.  Grand  tableau.  —  La  «  Pietà  ».  Cf.  Spec.  XXVI,  i . 

Frise  (il  n'y  a  pas  de  lettre  ornée).  —  «  Une  dame  traver- 
sant un  fleuve  dans  un  paysage.  »  (Durrieu.)  Il  doit  s'agir  du 
retour  de  Noémi  à  Bethléem,  après  la  mort  de  ses  deux  fils 
Cf.  Spec,  XXVI,  4  (d'après  Ruth.  chapitre  I). 

Castan  avait  le  premier  reconnu  et,  depuis,  M.  Durrieu  (»)  a 
donné  de  bonnes  raisons  de  croire  que  les  Très  Belles  Heures 
ont  dû  être  peintes  par  l'un  des  frères  Van  Eyck  ou  sous  leur 
influence  immédiate  :  voilà  donc  que  les  Van  Eyck  avaient 
dans  leur  atelier,  comme  répertoire  d'art  symbolique,  un 
exemplaire  du  Miroir.  La  chose  est  certaine  pour  le  plus  jeune, 
pour  Jan  Van  Eyck  :  M.  Mâle  l'a  établi  à  l'aide  de  la  dernière 
œuvre  du  maître,  un  triptyque  qui  lui  fut  commandé  pour 
Saint-Martin  d'Ypres  et  que  sa  mort,  advenue  en  i44o,  l'em- 
[>êcha  de  terminer  (^)  :  la  partie  centrale  représente  la  Vierge 
et  l'Enfant;  sur  les  volets  scmt  des  préfigures  de  la  virginité 
de  Marie,  le  Buisson  ardent,  la  Toison  de  Gédéon,  la  Porte 
close  d'Ézéchiel,  la  Verge  d'Aaron,  enfin  la  vision  de  VAra 
Cœli,  prédiction  de  la  Nativité.  Ces  cinq  sujets  sont  tous  em- 
pruntés au  Miroir.  Le  cinquième  décèle  l'emprunt,  comme  l'a 
montré  M.  Mâle  Q)  :  le  sujet  de  la  vision  de  VAra  Cœli,  qui 
provient  des  Mirabilia  Honuey  a  été  popularisé  de  ce  côté  des 
Alpes  d'abord  par  la  Léijende  dorée,  puis  par  le  Miroir;  c'est 
par  l'intermédiaire  du  Miroir  qu'il  entre  dans  l'art  du  Nord, 
au  temps  des  Van  Eyck. 

A  la  suite  des  Van  Elyck,  leurs  maîtres  à  tous,  les  peintres 
de  l'école  flamande  demandent  au  Miroir  les  sujets  de  maint 

(•)  Les  Débuts  des  Van  Eyc/c,  dans  la  Gaseftr  des  Beaux-Arts,  igoS,  t.  I,  p.  i. 

{')  Ce  tripty(jne,  .pii  appartient  aujourd'hui  a  M.  Hellcputte,  membre  de  la  Chambre 
des  reprt'sentants  de  Hel(,i(|ne,  a  et.-  publié  dans  la  Revue  de  l'Art  chrétien,  1902, 
pi.  I  et  II,  et  dans  le  Burlington  Mngarine,  juin  1906,  p.  190.  Cf.  Mâle,  Revue  de 
l  Art  ancien  et  moderne,  septembre  1900,  p.  196. 

(^)  Revue  de  l'Art  ancien  et  moderne,  septembre  igoô,  p.  196. 


» 

Je 


—     i58    — 

triptyque.  Le  symbolisme  figuratif  convenait  admirablement 
pour  des  triptyques  :  sur  le  panneau  central,  le  peintre  repré- 
sentait un  des  faits  principaux  de  l'histoire  de  la  Rédemption  ; 
sur  les  volets,  les  préfigures  de  ce  fait.  Quand  Roger  de  La  Pas- 
ture  reçut,  en  i46o,  la  commande  de  son  fameux  retable  de  la 
Nativité  —  aujourd'hui  à  Berlin  Q)  —  il  ne  chercha  pas  bien 
loin,  écrit  M.  Mâle(^),  le  sujet  de  ses  deux  volets  :  il  ouvrit 
son  manuscrit  du  Miroir,  à  la  page  de  la  Nativité,  et  y  prit, 
pour  un  des  volets,  la  vision  de  VArti  Cœh\  pour  Tautre,  les 
Trois  Mages  contemplant  l'étoile  où  resplendit  l'imafie  d'un 
enfant.  Un  peu  plus  tard,  en  1467,  quand  Thierry  Bouts  pei- 
gnit pour  Saint-Pierre  de  Louvain  son  chef-d'œuvre,  le  retable 
de  la  Cène('),  il  emprunta  au  Miroir  les  trois  préligures  de 
l'eucharistie,  Melchissédech  offrant  à  Abraham  le  pain  et  le  vin, 
les  Israélites   mangeant  l'agneau  pascal  avant  de  quitter  la 
terre  d'Egypte (4),  la  récolte  de  la  manne;  et  comme  il  lui  fal- 
lait quatre  prtiigures,  un  théologien  lui  suggéra  de  peindre 
Élie  au  désert,  nourri  de  pain  et  de  vin  par  les  anges  (Q. 

Au  musée  de  Berlin  {%  un  tableau  du  ([uinzième  siècle, 
qu'on  croit  être  une  copie  d'une  œuvre  perdue  du  maître  de 
Mérode,  sans  doute  du  volet  d'un  retable,  représente  Tomyris, 
reine  des  Massagètes,  plongeant  dans  un  vase  rempli  de  sang 
la  tête  de  Cyrus.  Le  visage  de  Tomyris  a  une  expression  sin- 
gulière de  tranquillité  et  même  de  douceur;  et  cela  n'avait  pas 
laissé  d'embarrasser  les  critiques,  jus([u'à  ce  (ju'un  éminent 
connaisseur,  M.  Hulin  (7),  leur  eut  appris  que  la  reine  Tomyris 

(')  Photographie  HanfsUlmjl,  Berlin,  n^»  209. 

(-)  Revue  de  l'Art  ancien  et  moderne,  septembre  1905,  p.  197. 

(3)  Saint-Pierre  de  Louvain  n'en  a  gardé  que  le  panneau  rentrai  {Brurkmann's 
nUjmentdriicke,  Brùg(je,  n"  36).  Les  volets  sont,  l'un  au  musée  de  Berlin  (Hanfsiancjl, 
Berlin,  n"*  260,  261),  l'autre  à  la  pinacothè»iue  de  Munich  (Hanfstângl,  Munchen,' 
no»  256,  257). 

(^)  Comment  M.  S.  Keinach  a-t-il  pu  écrire  (ju'il  s'agit  de  i  la  Pàque  célébrée 
par  une  famille  juive  du  temps  de  Jésus  »  {Répertoire,  II,  23)? 

(»)  Un  vitrail  du  seizième  siècle,  dans  le  chœur  de  l'église  de  Pont-Sainte-Maric, 
près  Troyes,  représente  la  Cène,  avec  (piatre  préBgures  ;  les  trois  du  Spéculum, 
plus  Abraham  recevant  les  anges.  Un  triptyque  de  Pierre  Pourbus.  dans  la  cathédrale 
de  Bruges,  peint  en  ijôg  jwur  la  confrérie  du  Saint-Sacrement,  représente  au  milieu 
la  Gène,  sur  le  volet  de  gauche,  Melchissédech  offrant  à  Abraham  le  pain  et  le  vin, 
sur  le  volet  de  droite  Élie  au  désert,  nourri  de  pain  et  de  vin  par  les  anges  (Lafe- 
NESTRE  et  RiGHTE>BERGER,  Lti  Belgique,  p.  343). 

(•)  Verzeichnis\  p.  2A2  ;  Jahrb.  der  k.  preuss.  SammL,  A'IX  (1898),  p.  104. 

C)  Bulletin  du  Cercle  historique  et  archéologique  de  Gand,  1901,  p.  222-23<k 
Un  tableau  analogue,  peut-être  l'original  dont  celui  de  Berlin  est  la  copie,  ornait 


ï)longeant  dans  un  vase  rempli  de  sang  la  tête  de  Cyrus  est, 
dans  le  trentième  chapitre  du  Miroir,  une  préligure  de  la 
Vierge  «  victorieuse  du  démon  i)ar  la  part  qu'elle  prend  à  la 
I^assion  de  son  Fils  «  :  la  cruelle  reine  des  Massagètes  du 
moment  cju'elle  préfigurait  la  Vierge  Marie,  devait  perdre' son 
air  de  férocité,  pour  prendre  une  expression  de  sérénité  au- 
guste et  de  douceur  céleste.  A  l'aide  du  trentième  chapitre 
du  Miroir,  nous  restituerons  ainsi  le  retable  perdu  du  maître 
de  Mérode,  dont  la  peinture  de  Berlin  reproduit  un  volet  :  au 
nnheu,  Marie,  tenant  la  croix  et  les  autres  instruments  de  la 
Passion,  et  foulant  aux  pieds  le  Démon;  sur  l'un  des  volets 
Tomyris;  sur  l'autre  Jahel  tuant  Sisera  ou,  plus  probable- 
ment, Judith  tranchant  la  tête  d'Ilolopherne. 

Le  temps  de  Roger  de  La  Pasture,  de  Thierrv  Bouts  et  du 
maître  de   Mérode  est  celui  de   l'invention  de  l'imprimerie. 
Cette  découverte  marque  le  commencement  des  temps  moder- 
nes. Victor  f  fugo  l'a  dit  magnifiquement  :  «  Le  soleil  gothique 
se  couche  derrière  la  gigantesque  presse  de  Mayence(Ô.  »  C^est 
vrai,  mais  à  condition  de  dire  aussi  cjue  le  Moyen  Age  expirant 
s'est  servi,  tant  (ju'il  a  pu,  pour  reproduire  ses  insipides  rado- 
tages, de  l'invention  de  Gutenberg.  Le  Sporulnm  humanœ  sal- 
iKitionis,  Spietjel  der  menschlichen  Behàltnis,  Spieghel  onsor 
nchoudemsae,  qui  était  au  comble  de  sa  vogue  quand  Guten- 
berg inventa  cju   perfectionna  les  caractères   mobiles,  ne  la 
perdit  pas  aussitôt,  du  fait  de  cette  invention  :  tout  au  con- 
traire, l'imprimerie,  à  ses  débuts,  s'emploie  à  le  multiplier; 
on  a  pu  supposer  (|ue  si  Gutenberg,  dans  les  pièces  de  son 
procès,  est  appelé  Spiegelmacher,  c'est  parce  que  son  inven- 
tion, aux  yeux  des  ignorants,  avait  pour  but  de  fabriquer  sur- 
tout des  copies  à  bon  marché  du  fameux  SpiegelQ),  L'impri- 
merie naissante  s'allie  à  l'art  à  peine  moins  nouveau  de  la 
gravure  sur  bois  pour  reproduire  aussi  exactement  que  pos- 
sible les  manuscrits  du  Spéculum  ou  de  ses  traductions,  texte 

jadis  une  salle  de  IVvêché  de  Gand  L'histoire  de  Tomyris  a  été  connue  de  l'auteur 
du  S.  H.  S.  liar  \Hist.  schoL,  hb.  Daniehs,  XIX  {P.  L.,  CXCVIII,  1^74). 

(')  N.~D.  de  Paris,  1.  V,  ch.  II.  Cité  par  Mâle,  L'Art  religieux',  ^f^  éd.,  p.  435. 

{-)  Cf.  Bouchot,  Le  Uure,  p.  23  ;  du  même.  Les  200  incunables  xylographique] 
dadep  des  Estampes,  p  x;  Anatole  Fra>ce,  Discours...  du  Soo' anniuersawe 
de  Gutenberg,  dans  Vers  les  tenps  meilleurs  (Paris,  1906),  p.  39.  Je  dois  dire  d'ail- 
leurs .,ue  I  hypothèse  est  aujourd'hui  généralement  abandonnée  :  cf  Meisner  et 
Luth£r,  Die  Erjindung  der  Buchdruckerkunst  (Bielefeld,  1900),  j).  55. 


—     I  Go    — 

et  miniatures.  Les  bibliofjraplies  n'en  comptent  pas  moins 
d'une  trentaine  d'éditions  incunables  (').  Par  ordre  de  date, 
le  Spéculum  est  un  des  premiers  livres  imprimés,  et  c'est  le 
premier  livre  imprimé  qui  ait  eu  des  gravures.  A  partir  du 
troisième  quart  du  ([uinzième  siècle,  l'imprimerie  Ta  telle- 
ment répandu  qu'on  peut  dire  qu'en  Allemagne,  aux  Pavs- 
Bas,  en  France,  toutes  les  personnes  pieuses  l'ont  lu,  tous 
les  artistes  en  connaissent  les  miniatures  ou  les  gravures  et 
s'en  inspirent.  A  la  fin  du  quinzième  et  au  commencement 
du  seizième  siècle,  le  nombre  des  monuments  figurés  (|ui  en 
dérivent  devient  légion. 

Je  me  bornerai  à  citer  comme  particulièrement  caractéris- 
tiques, les  peintures  de  Conrad  Witz  au  musée  de  Bâle(^),  les 
deux  grandes  verrières  de  la  Passion  à  Vir-Ie-('onite  ('),  la 
«  fenêtre  biblique  »  de  la  cathédrale  de  Berne  (^)  et  |)lusieurs 
des  tapisseries  de  La  Chaise-Dieu  en  Auvergne  (•)  et  de  la  ca- 

(')  Pour  les  difTtTcnfes  ôdilions  du  Spéculum,  cf.  Guuhard,  Xotice  sur  le 
S.  H.  S.  (Paris,  i84o);  Sotheby,  Principia  typoijraphica  (Londres.  i858),  t.  I, 
p.  145-180  ;  t.  II,  p.  78-83;  Brunet,  M(inue/\  V,  47O;  Vo>'  der  Linde,  Geschirhti 
der  Erjindumj  der  Buchdrnckhunst  (Berlin,  188G).  I,  p.  3o(>^i3;  M.  Gossart, 
Les  incunubles  d'oriijine  néerlandaise  conservés  à  la  Bibl.  communale  de  Lille 
(thèse  de  Lille,  1907),  p.  a8. 

(-)  Ciitalotj  der  Gemûlde  ...  in  Busel{^-\\e.  Solavri.jluuiser,  1904),  p.  2a.  Conrad 
Witz,  de  Kottweil  en  Soiiabe,  monnit  vers  i!\kô.  La  vie  et  l'œuvre  de  ce  maître  ont 
été  étudiés  p<^>ur  la  })remière  fois  par  I).  Burckhardt.  dans  la  Festschrift  cum  i>ie/>- 
hundertslen  Jahrestage  des  eicigen  Bandes  zwis'hen  Basel  und  den  Eidgenossen 
(Bàle  it)Oi).  Les  peintures  de  Bàle  sont  re|>roduites,  d'après  la  Festschrift,  par 
Lutz-Pkrdrizet,  Spéculum  human.e  salfutionis,  pi.  128.  Ces  peintures,  qui  sont  les 
fra.jnients  d'un  (jrand  ensemble  ty[>olo«]ique,  représentent  Abraham  recevant  de  Mel- 
chi-sedech  le  pain  et  le  vin,  Aniipater  se  justiliant  devant  César,  les  trois  vaillants 
app«^>rtant  à  David  do  l'eau  puisée  à  la  citerne  de  Bethléem.  Ces  trois  scènes  sont 
empruntées  au  Spéculum,  ch.  XVI,  XXXIX  et  IX.  Je  retrouve  la  dernière  sur  un 
volet  d'un  triptyipie  flamand  du  seizième  siècle  (S.  Keinach,  Répertoire,  t.  II 
p.  i3),  dont  la  partie  centrale,  aujourd'hui  perdue,  devait  représenter  l'Oblation  des 
Maijes.  L'autre  volet  est  conserve  :  il  représente  l'Oblation  de  la  reine  de  Saba.  Le 
peintre  s'était  inspiré,  non  de  la  Biblia  pnuperum,  ou  les  pretiqures  de  l'Oblation 
des  Mages  sont  l'hommaije  d'Abner  à  David  et  l'Oblation  de  la  reine  de  Saba  mais 
du  S.  H.  S.,  ch.  IX. 

(*)  Département  du  Puwie-Dôme.  Ces  verrières  datent  du  seizième  siècle.  Celle 
du  midi  représente  les  scènes  de  la  Passion,  et  celtes  du  noni  les  Ogures  de  la 
Passion.  Cf.  Mài.e,  Rerue  de  l'Art  ancien  et  moderne,  septembre  igoô,  p.  ao4. 

(*)  Fin  du  quinzième  siècle.  Le  symbolisme  de  cette  v.rriere  provient  à  la  fois 
de  la  B.  P.  et  du  .S'.  //.  S.  Ainsi,  le  .jrou|>e  VI 11  (Lamech  injurié  par  >es  deux 
Femmes,  la  Flagellation,  Achior  attaché  à  un  arbre  par  les  frondeurs  d'Holopheme) 
est  inspiré  par  le  chap.  XX  du  A".  //.  S.,  tandis  que  le  groupe  IX  (le  serpent  d'ai- 
rain, la  Cruciûxion,  Abraham  sacrifiant  Isaac)  est  inspiré  par  la  B.  /'. 

{')  Déjà  Jubinal  qui,  en  1837,  *J«'»^  î*»^^  Anciennes  tapisseries  historiques,  a  publié 
celles  de  La  Chaise-Dieu,  avait  ren^npié  les  res>emblances  que  plusieurs  pr»->entaient 
avec  les  miniatures  du  Spéculum  :  t  II  existe,  écrivait-il,  un  manu^iTit  italien  a  la 


I 


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—     161     — 

thédrale  de  Reims  Q).  Beaucoup  de  ces  monuments  ont  péri, 
non  des  moindres:  un  manuscrit  de  la  bibliothèque  de  Saint- 
()mer(^),  (|ui  renferme  les  miniatures  du  Miroir  sans  le  texte, 
porte  cette  indication  :  Chy  sensieul  le  contenu  de  la  fapis.serie 
de  Satnl-Berfin  en  Snint^Aumer,  ce  qui  signifie  que  l'abbave 
de  Sanit-Bertin,  Tune  des  plus  riches  de  la  France  du  Xord, 
possédait  une  séwe  de  tapisseries  symboliques  inspirées  du 
Miroir.  Même  plus  tard,  en  pleiii  triomphe  de  l'italianisme,  au 
début  du  dL\-septiènie  siècle,  telle  tapisserie,  comme  celle  de 
l'église  Saint-Vincent,  à  Chalon-sur-Saône  ('),  est  conforme 

BiWi<,thèque   de    l'.Vrsenal   [Martlv,  Catalogue,  t.   I,  p.  445],  dans   les  miniatures 
tluquel  on  rctn.uve  en  quelque  s«.rte,  sur  une  échelle  minime,  la  plunart  des  tapis- 
series de  La  Cha.se-Dieu.  ,,  M.  Mâle  a  déterminé  avec  précision  ces  ressemblances  • 
cT  Congres  archéologique  de  France,  AA'A7«  session  tenue  au  Pug  en  1004,  p.  402 
et  la  Remie  de  l'Art  ancien  et  modernf,  septembre  igof),  p.  200. 

(•)  MÂLE,  dans  la  Revue  de  l'Art  ancien  et  moderne,  septembre  ujo5,  p.  200. 

(-)  Catalogue  général  des  manuscrits  des  bibliothèques  publiques  des  déDurfe- 
ments  (V-Arii,  1861),  1.  IJI,  p.  <^.  ^  ^ 

rS^  ^ff  ^^''"•^-"'•'*  "-^  '''^  -i'-'*  décoratifs   à  FExposition  universelle  de  igoo 
(Pans,  librairie  de  la  Gazette  des  Beaux-arts),  p.  i5i-i53.  Elle  fut  faite,  au  commen- 
cement du  dix-sept.eme  siècle,  |K,ur  un  pmcureur  n)val  nommé  Hugon,  qui  en  déco- 
rait la  façade  de  sa  mais^.n  le  jour  de  la   Fête-Dieu.   En  voici  la  description.  Dans 
un   encadrement    architectural  de   style   Renaissance,   cinq   tableaux  sont   ménagés 
Dans  celui  du  mdieu,  deux  anges  à  l'autel  :  ils  y  posent  chacun  un  grand  chandelier 
en  même  temps  (pi'il.s  tiennent  ouvert  le  voile  d'un  tabernacle  placé  derrière  l'autel  •' 
1  ostensoir,  iju'ils  .mt  dû  sortir  de  ce  tal»eniacle,  resj.lendil   sur  l'autel.   \  droite    le 
procureur  Hugon  et  M-n  Uls,  à  gauche  sa   femme  et  sa  fille.  Dans  le  compartiment 
de   droite,   en   haut,   Jésus  distribue   la  communion   aux  apôtres.  Judas,  très  laid 
tenant  la  bourse,  s'échappe  à   la  dérolx-e  :  cf.  Spec.  XVII,  3.  4  et  Mistere  de  la 
Passion,  V.  182G3  sq.  Au-<Jessous,  cette  inscription  : 

Le  sacrifice  de  son  rorp«i  prérieuix 
Institua  I)i«'u  en  sa  kiy  «le  i|ra<e 
Soubz  espèces  de  paiii  «t  vin,  pour  mieulx 

De  ce  mistére  entendr»-  l'efficace.  (.ifathei,  XX  P?»  capitulo) 

Dans  le  compartiment  aunlessous  du  pn-cédent,  les  Juifs  mangent  l'a.ineau  pascal. 

.\u-desscus,  cette  inscription  :  •  1  • 

L'ainn»"aii  pasclial  immolé  sans  macule 

Par  les  Juifs,  aux  Chn«tiens  signilie 

Le  vrai  aiqneau  JesUN  sans  tacne  nulle 

Par  sacrement  contenu  soubz  Ihostie.  (Exodi,  XII-  capitulo) 

Dans  le  comiKirtiment  de  gauche  en  haut,  Melchissedcch  offrant  a  Abraham  le  pain 
et  le  \\n  (le  troisième  vers  du  (piafrain  est  faux)  : 

Melchissedcr.  qui  fut  grant  prestre  et  roy, 

A  .\bratiam  venant  (i'a\oir  victoire 

Pain  et  vin  jadis  offrit,  parquoy 

Du  sacrement  nous  denotoit  l'ilistoire.  (Genesis,  XIIIIo  capitulo) 

Dans  le  compartiment  au-dessous  du  pn-cédent,  les  Hébreux  récoltant  la  manne. 
Au-dess<jus  cette  inscription  : 

Tous  les  Juifs  au-dessus  quarante  ans 

Nourris  de  mann>>  fun-nt  delicieulx  ; 

Figure  était  qu'aprez  ung  certain  temps 

[Nourris  serions]  d'ung  pain  venant  de^  cieulx.  {Exodi,  X  VI^  capitulo) 

PERDRIZET,    ÉTUDE    SUR    LE    S.    H.    S.  ,  , 


/, 


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-^^^fc^s»?       t  '^,j^^^<if;é:^t:  ^m^A^m^^i^-mii^'âm 


^i^f'^'^iili^Mm^m^^mmmmmmmm 


ii;:.m^^i^»^g^^f^. 


162       

encore  au  symbolisme  du  Miroir;  el  dans  la  peinture  flamande 
de  la  même  époque,  dans  l'œuvre  de  Ruhens,  on  peut,  sans 
paradoxe,  trouver  sinon  des  emprunts  directs  au  Spéculum, 
du  moins  des  réminiscences  de  ce  livre  Tameux.  Nous  en  avons 
donné  une  preuve  curieuse  en  étudiant,  dans  notre  onvrage 
sur  la  Vienje  de  Miséricorde,  le  thème  iconograj)hique  de 
la  Vierge  qui  montre  à  Jésus,  pour  le  fléchir  en  faveur  des 
hommes,  la  mamelle  dont  elle  l'a  nourri.  Paulus  Pontius  a 
gravé,  d'après  un  tableau  de  Rubens,  aujourd'hui  en  Angle- 
terre, l'histoire  de  Tomyns  plongeant  dans  un  vase  d<'  sang  la 
této  de  Cyrus(»).  Le  peintre  classicjue  et  romain  par  excellence, 
Nicolas  Poussin,  ne  devait,  pas  plus  qu«'  Uuhens,  échapper  à 
l'influence  de  l'iconographie  traditionnelle  cpie  le  Spcrulnm 
avait  inculquée  deux  cents  ans  auparavant  à  l'art  du  Non!  :  il 
a  peint  deux  fois  riiistoire  du  petit  Moïse  brisant  la  couronne 
de  Pharaon  (-). 


(•)  RoosES,  L'Œuvre  de  Ruhens,  t.  V,  pi.  252. 
(*)  RÉVKiL,  Musée  religieux  (Paris,  i836),  I,  ^i. 


'u 


CONCLUSION 

Le  symbolisme  %„ralif  est  bien  oublié  aujourd'hui   Le  ca 
I hobcsme,  qu.  a  la  ,,réle.,liou  de  ue  pas  cl  annc    mais  o;^ 
chauçie  cepeudan,,  con.me  toute  cl.ose  en  ce  mond;  Te  par  ë 

IMso,,,..  ,u,  Ulis  oire  unwerseltr,  expliquait  ce  qu'il  anne- 
l^n.  la  «  su,le  de  la  reliqion  ,.,  sans  même  Taire  allusio  Tla 
concordance  mystique  des  deux  Testaments.  La  mélho  le  fi„u 
rat.ve  ava.t  ravi    par  son  ingéniosité  et  par  la  s  "nétH    de  ses" 
constructions,  l'esprit  sul,iil  du  Moyen  A<,e-  son  »rl.i  ! 
pouvait  o,r,.yer  des  esprits  qui   n'i^aie'^il^r    f  t ' 'e  la' 
cru.que  uMlelInsto.re.  Je  me  d-nn.M.lais,  l'an  dernier  f     au 
mon.en    ou  alla.t  paraître  la  rééd.t.on  du  S.  II.  S.,  qud  ac  ûei" 
let   ,   ,c,sn.e  réserva,,  a  .-e  pauvre  luTe,  dont  i^'é,    ,  dÏ 
lect.   j.id.s   J,.vprnnais  la  crainte  qu'il  ne  fil  qrise  mine  à  ce 
■evenaM,.,le  ne  n,e  trompais  pas.   M.  l'abbé  Le  av    ,      fes^eur 
<.  llnsn,,,,  .a.holique  de  Paris,  s'est  hâté  de   désavouer  le 
Sprr.Uun    conwne  „  le  pr,„|„i,   .p,,,,,.  ,.,.^i^,,  d  ,  s^fnbo 

l.sme   »,   laquelle  aurai,   «  coïncidé  avec  la  .lécadence"  de  h 
scolast>q„e  :   de  par,  et  d'au.re.  ,nè,„e  rechercl.e  d    s  btilitl 
|'<^-  travail  laboneux  P<>ur  renouveler  et  fausser  les  formul  s 
stécie'er»  •'^'•^"■'--'^'"-'^'-tiq-duq-to.S 

sur îe'sv' '''"/"  "''  ''"'■•'•'•  '.•"^'''  ^"^"^  «-xpnmé son  opinion 

surlcsu/et  "■"  "  '"'■'""'"'• '"'^^  P-I-es  conclusions 

Cn„vie„t-il  dabord  d'établir  un  rapport  entre  la  scolasti.iue 
et  le  syn.bohsn.c  l„|„ra,i|-.'  Je  ne  le  pense  pas.  Ce  qui  c.ra' é 
nse  fonc.ren.en,    la  scolas,ique,   a' quelque  époq^J  e    dans' 
-l-^lque  production  qu'on  la  considère,  qu'on  prenne  le   Jl" 
'--W.z,ème  siècle  ou  les  cours  del  thon'stes  d'aufoû;: 

(')  L'Art  symbolique  au  Moyen  Age,  p.  20. 

(0  Heuue  critique,  numéro  du  11  nov.  1907,  p.  379. 


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—     i64     — 

d'hiii,  c'est  la  confusion  qu'elle  établit  entre  la  raison  et  Tau- 
torité  (').  Oui  dit  science,  philosophie,  (ht  raison  ;  qui  dit 
théologie,  dit  autorité.  La  scoIasti(|ue  a  cru  pouvoir  soumettre 
à  l'autorité  la  science  et  la  philosophie,  cpii  ne  relèvent  que 
de  la  raison,  et  introduira  la  raison  et  le  raisonnement  dans  la 
théologie,  ([ui  est  aftaire  d'autorité.  C'est  pounjuoi  l'œuvre  de 
la  scolaslifpie  est  une  œuvre  absurde  et  vaine,  aussi  iimtile  et 
encombrante,  dans  le  bilan  de  la  pensée  humaine,  que  l'astro- 
logie, par  exemple,  ou  roccultisme.  La  scolasti(pie  est  une 
fausse  science,  une  fausse  philosophie,  une  fausse  théologie. 
11  n'y  a  pas  eu,  au  quatorzième  siècle,  perversion  de  la  scolas- 
tique,  car  la  scolastiqne  a  été  toujours  pervertie. 

Le  symbolisme  figuratif  relève  non  de  la  scolastiqne,  mais 
de  la  mystique.  Il  ne  raisonne  pas,  il  iap[)ro(ln';  il  ne  démon- 
tre pas,  il  montre;  sa  méthode  n'est  pas  le  svllo.jisine.  mais 
rintuitioii.  L'Ancien  Testament  racontait  que  .louas  fut  vomi 
par  la  baleine  ;  h^  Nouveau,  que  Jésus  sortit  vivant  du  sé- 
pulcre. Le  mysli([ue  rapproche  les  deux  faits  :  leur  analoqie 
le  convainc  que  l'un  a  été  la  lignn»  d»^  l'antre. 

Symbolisme  figuratif  et  scolastiipn' ont  «mi  A  la  mémo  épo.nie 
leur  floraison,  mais  leur  histoire   ]\'rs\    pas   la   uié/ue.    Car  le 
symb(^lisme  liguratif  dat.-  de  plus  haut  (|ue  la  scolasfi(jur,  et 
son  influence  s'est  raleutic  plus  tôt.  La  scolasti(ju.'  n'csi  poiut 
morte  :   elle  est  encore  de  nos  jours  riiispiialiie.'  At^  la  théo- 
logie  eatholi(|ue.   Ou   ue  peut   eu   dire  autant    <lu    svuibolisme 
figuratif.    Deux   auteurs   catholi(|ues,    Laib    .'t    S(  hwar/  (-). 
s'étoiment  (pie  des  ouvrages  comme  la  //.   /^  et  le  S.  //.  S. 
aient  été  si  vite  oubliés  après  l'iiiveutioude  rin)|»rimeri»',    et 
ils  se  demandent   la  raison  de  ce  discrédit  :  a  II   s'e\|«li.pie, 
disent-ils.  par  les  mêmes  causes  (jui  ont  fait  le  suceès  de  ces 
livres  au  Moyen  Age  :  la  //.   />..  le  X.  //.    s.  ,Mireut  la  vo.pie 
quand  la  mvsticité  n'agissait  la  pensée  et  Tart,  ils  tombent"  eu 
oubli  à  partir  du  moment  où  l'espiit  néo-païeu  prend  le  des- 
sus.  ))   Par  esprit   néo-païen,   entendez   l'esprit    moderne,   ipii 
apparaît  au  seizième  siècle,  et  gui.  comme  le  .j.-uie  anti.jue, 
son   prtvurseur  et   son  maître,   n'admet   (jue   le   raliouuej.    Le 


(  •)  Cf.  Pam^.l,  Fragment  (Tan  traité  sur  le  Vide  {Pensées,  ëdit.  Havct,  2»  edit 
t.  n,  p.  267)  et  BRu.Nse.HvuG,  introd.  à  son  edit.  des  Pensées,  t.  I,  p.  ixxxtv.     '    ' 

{')  Bibjia  pauperum  nach  dem  Original  in  der  Lyceiwishibliothék  :u  Constant 
if«^  edit.  (Zunch,  1867),  p.  8  ;  a*  ëdit.  (Fnbounj,  1893),  p.  10. 


*ammf.-m 


—     1 65    — 

Moy(m  Age  avait  cru  que  la  lettre  tue,  que  s'attacher  an 
sens  littéral  des  Ecritures,  c'était  judaïser.  A  partir  de  la  Re- 
naissance  et  de  la  Réforme,  le  sens  littéral,  historique,  reprend 
ses  droits,  aux  dépens  du  sens  mvstique  et  spirituel 

Au  dix-septième  siècle,  il  est  Vrai,  dans  un  milieu  très  spé- 
cial du  catholicisme,  le  symbolisme  figuratif  persiste  dans  son 
intransigeance,  pour  des  raisons  (pi'il  est  facile  de  démêler 
h^ritier,  en  tant  de  choses,  du  mysticisme  médiéval,  disciple 
idHe  de  saint  Augustin,  qui  s'était  tant  préoccupé  de  la  tvpo- 
logie  de  1  Ancien  Testament,  le  Jansénisme  voit  bien  que  les 
hgures   sont   une    partie    essentielle    du    dogme    catholique. 
L.Apohrfir  de  Pascal   devait   comporter  un  'chapitre   sur   les 
ligur(^>s.   A    !  inverse    des    scolastirpies,    Pascal    avait  compris 
qne    la    démonstration    d,'    la    reli(|ion    catholique    était    une 
(luestion  d'autorité,   et   que   la   premi(^re  autorité  à  alléguer, 
c  était   I  Ancieu  Testament,  interprété,  non  quant  à  la  h'ttre, 
mais  (piaut  au  seus  caché. 

A  la  vérité,  Pascal  se  proposait  de  «  parler  contre  les  trop 
grands  figuratifs  »  (').   <c  H  v  a,  dit-il.  des  figures  claires  et 
démonstratives,  mais  il  y  en  a  d'autres  (p.i  semblent  un  peu 
tirées  par  les  cheveux  )>  {%  On  peut  croire  qu'il  en  eût  trouvé 
plus  dune  de  celles-ci  dans  le  Spéculum,  s'il  l'avait  lu.  Mais 
Ini-uu^me  ne  s'exposait-il  pas  à  sa  propre  criti(pie,  quand  il 
nv.»unaissait   dans   a  .loseph   innocent,  en  prison  entre  deux 
.rimmels,  Jésus-CJuist  en   la  croix  entre  deux  larrons  (3)  »  ? 
Vm   Uns   pns,.   !..   principe  que  l'Ancien  Testament    est    liqu- 
ratil,    comment    d.'vi.lr,-    qne    telle    figure    est  «  démonstra- 
tive )),  et  telle  autre  ..   tirée  par  les  cheveux  »  ?  La  méthode 
ligin-ative  se  meut,  par  déliniti.m.  dans  l'arbitraire.  Un  mys- 
'"!"♦'  "';   l>''"t  donc,  sans  inconsé(picnce,  taxer  de  subtilité  le 
•S.  IL  S.  :  ,1   sé.lifiera,  au  contraire,  à  détailler  cette  cons- 
tructKui  SI  bien  ordonnée.  Tout  au  plus  aura-t-il  le  droit  de 

(•)  Pensres.  .-iit.   lfnv..l,  |.  H,  p.   ,-5.  ^.^  j^j      ^^  ^^    ^^  ^^ 

('j  Id.,  t.  II.  j..  :>    L.-s  mvsliques  n'avaient  pas  attendu   Pascal  pour  insister  sur 

i^«Z  ;"r","?T''"'"  t:  '''"'"'■''  ^^  '^^'^P''  «-'^  ^'^"^  <^^  Jésus  :  dans  le 
Mutere  du  \ lel  I.stament,  D.eu  expl,.,ue  j>ourquoi  il  pennet  que  le  fils  de  Rachel 
soit  injustement  persécuté  par  ses  frères  ;  '  i 

C'est  seulement 
l'oiir  firfurfr  Ips  K'«rrip(ures 
Kl  niuutrcr  par  grosses  ligures 
L'en^-Ae  que  les  Juifs  auront 
Sus  mon  filz.  quand  ils  penseront 
Ou"il  sera  leur  n.y.  leur  seigneur  (v.  i6936-i6j',2). 


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—     i66     — 

regretter  que  l'auteur,  mal  instruit,  comme  on  Tétait  de  son 
temps,  de  l'histoire  sainte,  ait  confondu,  avec   les  récits  de 
TAncien  Testament,  des  légendes  apocr\'phes  dont  plusieurs 
provenaient  des  rabbins.  Mais  cette  résme  est  de  peu  d'im- 
portance. Ce  qu^il  laut  comprendre,  c'est  que  le  svmbolisme 
hquratif  est,  pour  le  catholique,  un  mode  non  seulement  licite 
mais  obligatoire  d'exégèse.  On  conçoit,  à  la  rigueur,  le  catho^ 
licisme  dégagé  de  la  scolastique,  on  ne  le  conçoit  pas  affranchi 
du  symbolisme  préliguratif.  Jésus-Christ  n'a  point  fait  de  syl- 
logismes ni  confondu  la  raison  et  la  foi.  Mais  il  a  dit  .pfil  était 
venu  pour  accomplir  les  prophéties,  et  le  Nouveau  Irstamcril 
[ait  déjà  du  Christ  ressuscité  l'antitvpe  de  Jonas.  Le  svmbo- 
lisme (igiiratir  a  donc  pour  lui  l'autorité  de  rÉvan.)il,>'    Il  a 
aussi,  l'autorité  des  Pères,   ceux  des  premiers  siècles,  saint 
Augustin  en  tête,  et  ceux  de  la  seconde  période  du  christia- 
nisme, Isidore,  llahan  Maur   et,  à  leur  suite,  tous   les  doc- 
teurs du    Moyen  Age.  Le   catholicisme,    pour   être    vraiment 
immuable,   serait   donc   obligé    de    i)ratiq.ier   ce    symbolisme 
comme  la  méthode  la  plus  profonde  d'inlerprétation'  des  livres 
saints.  Mais  le   (ail   .pi'im   prêtre  d'aujourd'hni    a    pu     «Tune 
façon  désinvolte,  le   jeter  par-dessus  bord,  prouve  assez  que 
ce  mode  d'exégèse  semble  suranné  à  d'autres  encore  .praux 
espritsallranchis,  et  que  le  catholicisme,  sur  ce  point  omime 
sur  d'autres,  accomplit  insensiblement,  sourdement,  sons  l'ac- 
tion lente  des  idées  extérieures,  une  Inévitable  évninth.n. 


*--^.^-^^.  .■m,.-^'^0-  ■^*-^-- mm^-m^„^m^^%^ 


»;r.a«iM,«.^a((i&BH(8M)i  'mstifmt.É'^ifHm 


'^^im.^^mmsâ«mmmmimm-^^^mm^ 


APPEiNDICE 


DE  QUELQUES  LEGENDES  BIBLIOGRAPHIQUES 

RELATIVES  AU  S.  //.  6^. 


^1 


us.  //.  s.  faussement  aUribur  :  i-  à  Conrad  d'Alzey;  -  2-  au  monachus 
Joanuf's,  B.mkmIicIui  du  treizième  ou  du  (juatorzièmc  siècle  ;  —  3»  : 
f rater  Amandus. 


au 


Le  S.  //.  S.  est  l'un  des  [)romiers  livres  que  la  xvloyraphie  et  la 
tvpofjraphiese  soient  employées  à  reproduire,  l'un  des  plus  anciens 
Wnrh/mc/trr  pour  lesquels  les  graveurs  du  quinzième  siècle  aient 
taille  leurs  formes.  Aussi  a-t-il  occupé  tous  les  érudits  —  et  l'on 
sait  s'ils  sont  nombreux  —  qui  se  sont  consacrés  à  l'étude  minu- 
tieuse et  ardue  des  livres  et  gravures  incunables  :  avec  les  ouvrages 
qui  parlent  du  Spéculum,  il  y  aurait  de  quoi  remplir  de  livres  toute 
une  bibliothèque,  et  de  i)ibliograpliie  plusieurs  pages  de  thèse.  Mais 
les  bil)li()graphes  sont  d'étranges  gens.  Ces  incunables,  dont  ils  étu- 
dient à  la  loupe  les  caractères  et  les  fdigranes,  dont  ils  comptent  et 
mesurent  les  lettres,  les  lignes,  les  interlignes  et  les  feuillets,  ils  ne 
se  soucient  {.as  souvent  de  b's  lire.  Je  crois  bien  que,  depuis  trois 
siècles,  personne  n'avait  relu   attentivement   le   Spéculum.   Si    les 
biblioqraphes  avaient  pris  cette  peine,  ils  auraient  trouvé,  dans  le 
texte  même  du  Spteculum,  des  raisons  intrinsèques  de  ne  pas  pro- 
poser on  propager,  touchant  la  date  rt  l'attribution  de  cet  ouvrage, 
une  foule   d'erreurs  .jue  je  voudrais  taire,    mais   (jue   le  souci  de 
l'exactitude  m'oblige  ii  passer  en  revue. 

1.  -  <  I/.il)bè  Trithème  attribue  la  composition  du  S.  H.  S.  à 
Conrad  de  Altzéia,  (pii  ilorissait  vers  1370.  Cette  hypothèse  est 
assez  vraisemblable.  «  Ainsi  s'exprime  le  plus  récent  auteur  qui  se 
soit  oceuiié  i\u  SfH'culuni  (').  , 

(')  .M.  GossAHT,  Les  incunnh/es  d'origine  néerlandaise  conservés  ii  la  Biblio- 
thèque vomnninale  de  Lille  (tf.èsr  d.-  Lillr,  ujo-j),  p.  2!,.  iJans  le  compto  rendu 
détaille  qui  n  eie  publie  de  la  suiilenanee  de  cette  ihèse  {Annales  du  Nord  et  de 
rEst,  i(,<.7,  pp.  469-471).  t)n  ne  voil  pas  (jue  les  juges  de  M.  (iossart  se  soient 
inscrits  en  faux  conlre  celte  légende  bibliograplucjue. 


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wiitft0mmm<mHi 


—     i68    — 

En  réalité   Trithème  n'est  point  responsable  de  cette  attribution 
erronée.  Kelisons  sa  notice  sur  Conrad  d'Alzey  (■)  : 

milihusaVVormac.ad.sUmle.  natione  teuthonicus,  vir  in  .llvinis  scnlptU 
mu  .tus  et  m  sieculanbus  lit.erls  e(,,T,,ie  .loctus,  ,,hilos„,.h„s.  .ojoi 
mathemat,cus  suo  lompore  inler  Gcrnianos  ccl.berrimus,  ingoni,,  subtilis 
a  obirus  eloqui»,  earmme  ..vceMcns  H  prosa.  Scripsil  ulroque  stlb.  „ua;. 
dam  prœclaraopuscula,  quibus  nomen  suum  uotiûcavit.  E  .nilbus  ..«lal 
volumon  versjbus  et  rithnds  pnichra  varieta.e  Hepic.um,  ,l-  sanctissi„,„ 
et  pur.ss.ma  Dei  yenurico  Maria  H  rédemption,-  .jeneris  hu.uani  nra-„o- 
inlu.n  F,(,urarum  opus  l,b.  F,  Kpis.olannn  a.l  .liversos  bl>.  1,  Carminun, 
quoque  bb.  I;  et  aba  muMa.  Claruil  circa  len.pora  Car„li  qu  ,r(i  in.pera- 
toris,  anno  Diinuni  .MCCCLXX.  ' 

11  n'est  pas  question,  dans  cette  notice,  du  S.  /f.  S.  Visiblement 
(-onrad  est  un  auteur  des  plus  obscurs,  mi^me  pour  Trithème    qui 
ne  sau  même  pas  s'il  fut  prêtre  séculier  ou  moine;  et  toute  1,,  bonne 
volonté  de   rntbème  n'aurait  pas  suffi  h   Luposer  à  l'bistoire  litté- 
raire cette  célébrité  germanique.  ,vr  suo  /,-m,,„rr  inler  Grnnanos 
cj'leb.-rnnms,^  .s.  les  bibliographes  anglais,  John  I,„,li.,  Sothebv  et 
lieijeau(=)  n  étaient  venus  ,i  la  rescousse.  Ce  sont  eux    en  e'det 
qui  ont  proposé  d'identilier  avec  le  .V.  11.  S.  le  IJh.r  ll,,nnu;un  ,/,' 
m„<-t,s.,n,a  Maria  et  rede.npiione  ,,e„.-r,s  Uun,a„i.   Il' est  vrai  ,.ue 
ce  titre  donne  as.sez  bien  lidee  du  contenu  du  Sin-rnlmn    Mais  le 
même  titre  conviendrait  tout  anlanl  .,ix  pro,luits  congénères  de  la 
littérature  tvpologique.  Kn  réalité.,  le  /.,/.,.,■  Il.,urann„  est  m,  ou- 
vrage d-fTerent  de  notre  S,.ec„l,un.  Il  n'a   pas  été  i,„p,.i,„e,  „„«  je 
sache;  les  bibliothèques  allemamles  ,b>ivei,t  en  possé.ler  des  evem- 
plaires  ma„userits(i);  e„    i ',',,.   il  f,„  ,„i,  ,„  ,,.,,,  ,||„„,„„,, 

Henri  de  Stau  ienberg,  le  même  auteur  dont  on  coiin.iit  une  traduc- 
tion du  Spcciilniti  (*). 

ronr!rl  rTÏ''  "'^*"'''  ^"  !"'""'  '^'  i'attnhutio,.  du  Sf^eruhirn  à 
i^onrad  d  AIzey  se  trouverait  dans  le  coloplu.n  d'u„  nianuscrit  dr 
cet  ouvrage  dat.'  de  ,:<-j^  et  d'orif,i„e  alle.nan.le.  .mi  .-sf  eonsorvé 
au  Mu.see   Britannique  0).   Ht^rjeau   a  publie  un  lac-siniile  du  colo- 

departanent  des  rnanusents  du  Musée  Britannique,  une  coilaf.on  de  ce  culuphou 


—       169      — 

phon  en  question,  mais  sans  le  transcrire.  S'il  l'avait  transcrit,  — 
je  veux  dire  s'il  l'avait  transcrit  exactement,  -  il  aurait  vu,  et  le 
lecteur  aussi,  l'inanité  de  cette  prétendue  preuve.  Voici,  en  effet, 
comment  il  ftiut  lire  ce  colophon  :  Anno  Doniinl  millesimo  CC(y 
Ixxouif  xvîj  kalendis  Decembris,  fini'tiis  est  liber  isfe,  per  Ulri- 
cum  sacerdoteni  de  Osterlioven,fd{uni  quondam  Cluinradi  scrip- 
tons,  publia  auctoritate  imperiali  notarii  (»),  c'est-à-dire  :  «  En 
Tan  du  Seigneur  1:^79,  le  17^  des  kalendes  du  mois  de  décembre, 
ce  livre  fut  achevé  (de  copier)  par  Ulrich,  prêtre  d'Osterhoven  (en 
Hasse-Bavière),  fils  de  feu  Conrad,  scribe  et  notaire  impérial.  » 

Une  erreur,  une  fois  lancée,  a  parfois  des  destins  étranges;  non 
seulement  elle  s'obstine  à  ne  pas  disparaître,  mais  souvent  même 
elle  prolifie.  L'erreur  de  Berjeau  a  fiiit  souche  :  il  est  fâcheux  que 
cette  dangereuse  progéniture  soit  parvenue  à  se  nicher  dans  des 
ouvrages  aussi  soignés  et  aussi  méritoires  que  ceux  de  M.  Tietze  (^) 
et  de  M.  Hrrmann  (?).  A  en  croire,  en  effet,  les  deux  érudits  autri- 
chiens, l'abbaye  bénédictine  de  Gries,  en  Tyrol,  posséderait  un 
manuscrit  tUi  S.  II.  S.  on  cet  ouvrage  serait  attribué  h  Conrad 
d  AIzey.  On  va  voir  ce  qu'il  faut  penser  de  cette  assertion. 

En  1877,  dom  Bernard  Lierheiiner,  bibliothécaire  de  Gries,  avant 
trouvé,  dans  la  bibliothèque  dont  il  avait  la  garde,  un  manuscrit  du 
S.  IL  S.  copié  en  1427  par  un  Johannite  nommé  Thomas  d'Au- 
triche (»j.  demanda  aux  conservateurs  de  la  bibliothèque  royale  de 
iMunirh  si  ce  Thomas  était  bie'n  l'auteur  du  ^\  //.  À\  Le  bibliothé- 
caire en  chef  de  Munich,  F6ringer,   lui  répondit  en  ces  termes  (>)  : 

1mm  Thomas  dk  Austhia,  O.  S.  Jo;m.,  koiiimt  weder  in  Aqw  Katalogen 
ùbcr  die  Dnick-  m.d  Ibuidschririen  dt-r  k.  Hof-  und  St;«;.tsl)ibli.>th'ek, 
iiocli  la  riner  .l.r  hier  zijgaiiglicheu  lexikali.sohcn  und  literarqeschirhf- 
IicIki.  Oiiell.ii  vor.  Der  Verfasser  des  bckannlfii,  in  uinnetri.schen  Heirn- 
zedrii  gcschrifiMii.n  Werkes  Spéculum  huinanœ  stdiuitionis,  das  in  der 
k.  Bihiit.thck  in  inehr  .ils  zwei  Dulzend  Handst  liriften  vorhanden  ist,  wird 
allrnihailx-u  Conrad  VON  Alzki  genannt.  Gedrnckt  crseliien  dièses  in  der 
Krtpl  iniintr  voii  hildliclicri  Darstcllunrp'n  he(jleitete  Werk  nur  ini  XV. 
Jahrlnindt'il,  /.nltizt  mit  tiiicr  dcntsclicn  Uei)erse(znng  uni  das  Jahr  1/471 


(')  Ji'  r<-tabli>  l'ortlio.jrai.li.^  v\  la  ponctuation.  Dans  l'original,  la  (icrnière  virgule, 
au  liru  (l'être  aj.n'-s  scri/jforis,  est  après  Clainradi  ;  le  texte  porte  quendam  au  lieu 
àe  qiiondtnn  :  iniblicus...  mitarius  au  lieu  de  publici...  notcirii  ou  de  puhlicum... 
notariuin  :  «  The  good  {iriesl  Ulrich,  remaniue  M.  Herbert,  was  evidcntlv  a  better 
caliigraph<'r  Ihan  lalinisl.   » 

(*)   H.    TiKTZK,    Die   typolog.    Bilderkreise  des  M,   A.  in    Œsterreich  (dans   le 
Jahrburh  der  A-.  /,-.  Zentralamimission,  N.  F.,  II,  2,  1904),  col.  64,  note  4. 
(»)  H.  .1.  Hekman.n,  Die  iUinninierteri  IISS.  in  Tind  (Leipzig,   1905),  p.  49. 
(<)  A  ajouter  à  la  li:,te  de  Ll'. 

(')  Gouununic^lion  de  dom  Hil.irils  Imfeld,  bibliothécaire  de  Gries,  à  M.  Lutz, 
datée  du  a8  novembre  1907. 


/i 


'-mf^vm*   I»    4IIMMI 


Il  <■ 


—     170    — 

zu  Augsburg  bei  Gûnther  Zainer,  Die  angeblich  âltesic,  sogenannlo  xvlo- 
graph,sche  Ausgabe  wurde  i>„  Jahr  ,80,  zu  London  in  Fac.sin.il,.  ,ni,  cYne^ 
t.nle>tung  herausgegeben  durci.  J.  Ph.  Be«.eau.  Cf.  Tb.th.m.us,  DefcrZ 
lonbus  eccles.  ,■  FABWcms,  BiOl.  lat.  m.  „-.,  éd.  Mansi.  '^ 

FCringer  renvovait  son  correspondant  à  la  Bibliothèque  <le  Fabri- 
cius,  qu.  ne  fait  que  reproduire  la  notice  de  Trithème,  et  à  Tri- 
theme,  qu.  ne  d.t  po.nt  que  Conrad  d'Alzev  soit  lau.eur  du  Spe- 
cularn.  Lattnlmtion  à  Conrad  dAlzey  appartient  au.x  biLlioqraphes 

fnsÏriW;  "1  "f"",',*'  t"  '"/  '«  •■"'  de  Fôringer,  dom  LierVi'n 
nscrn.t  sur  la  feuille  de  garde  du  manuscrit  de  Gries  la  note  sui- 
xante  :  (.onraclus  de  Alzei.  dioc.  Mo;,nnl..  circa  ,3;o.  laudalas  a 
Tnllœnuo.  scnpsU  opus  /„c  exhihilam  Sp,.culun>  hun.an*  saiva- 
t.on^s.  comparatumperfratrem  Thomam  deAustria.  Ord.  S.  Jol... 
anno  ,427.  Et  voila  comment  les  énidits  autrichiens  les  plus  ré- 
cents ont  cru  que  le  manuscrit  do  (iries  contenait  la  prouve  de 
I  alliil.utiou  du  Specutnm  à  Conrad  (l'AIzev. 

2.  _  Dans  quelques  manuscrits  latins,  ainsi  que  dans  IT-dilion 

mprimee  a  Aug.sbourg,  chez  Zainer.  vers  .',7,   Miuichard  C),  on 

trouve,  comlnne  avecle  «.-.  //.  .V..  un  Specalun,  V„r,^,  d'un  certain 

de  Jean  ï>cl,l,tpacher,  ,ln„t  voici  Yexplicit  (en  vers  léonins)  : 

Explicil  huniana-que  salutis  suniniula  plane 
A  lue  franc  J,.ham,c.  lui  palcr  (lidinis  aime, 
\"  hcncdicle,  pulo  ipia.si  n.inii.n,  mou.icli,,. 

Du   prftr,-    i„dre,,..   auteur  du    .Sp.ndum  Mari.T.   el    ,1„    frère 
.  oan.  auteur  de  la  .Sununu/..  lierjeau  a  fait  un  écrivain  imaqma.re, 

ve  ,'      i       •    .         '■""  ''"'''"°"  """''•■  "  J-""--  comme  poudr.  auv 
veux    lu  lecteur,   nu  texte  de  Tritl.eme,  la  notice  de  J.,/,a,„„,    1„. 

./r<m(),  jurisconsulte  de  liologne.  qui  mourut  de  la  peste  noire  en 

.^4N  et  qu,  avait  ecnt.  entre  autres   ouvrages,   des   Addi,i..n.-s  n, 

><T  ,A„„    lesquel  es  seraien,,  dapres  Berje^u,  le  Spend,.,,,  M„rur. 

qnon   peut  consulerer.  eu  effet,  comme  une   addilion   au   .V     //     V 

la.t  des  additions  n  es,  pas  le  .V.  //.   s..  ,n,.,s.  ,-,  ,,„,  ,>,,,,  eu 

c.fet.  beaucoup  mieux  de   la  part  d„„  .iurisconsuhe.    le  ^S,^^:dZ 

.   ,</'a«/<.  de     evèque  ,1e  .M,>,Me,  Gu.llaunie  Duranti.  ouvrage  jadis 

m  ux.  a  tel  point  ,|„e   l.„rau„  en  avait  re.u  le  nom  de  «'Spéci - 

lateur.,  :  le  luauuscnt  de.Mun.cl,  ,.|.„  ,;8i7  .-ontient  lesaddituL  de 


(')  Catalogiis,  édif.  cilëc,  r>  cy 


-WTi  r\ 


—   171   — 

Giovanni,  sous  ce  titre  :  Joannis  Andrew  addiliones  s„per  Sneculo 
jadw,aUGudterm,  Duranti.  Quant  à  l'auteur  authenliq^ue  Zsne- 
ralum  Maruv,  nous  no  savons  de  lui  que  ce  qu'il  a  bien  voulu  nous 
dire  dans  son  incipif  : 

Dominrr:,,  ri""r  "•■''"»'. "«^'.".P^'-'O'er,   u.inislrorum  et  pauperum 
uomini  Jesu  Cl.nsti  paupenor  niinister. 

De  cette  formule,  il  faut  peut-être  conclure  que  l'auteur  du  Spe- 
.luT  fT  "°"""'  •'"''"  ?^'''''P-'''e''  «"'«-  de  la  SanJJa 
B"nédi,în  (.).''"'  '"  """"''*  '^'  '"*'"'''  manuscrits,  était  un 

Pour  attribuer  le  Specahm  Mari.-e  à  ce  jurisconsulte  bolonais 
Berjeau  s  appuyait  sur    l'autorité   de  Meerman.  Vérilication   faite, 
.Meennan  n  a  rien  du  ,1e  pareil  (').  Il  attribue  le  S.  H.  S.  au  moinè 
Bénédictin  Jean  (Schlitpacher).  Il  a  confondu  l'auteur  ,lu  S   H   S 
avec  celui  d  un  des  résumés  qui  en  fur.nt  faits.  Et  il  fait  vivre  le 
niome  Jean  au  tr,.izièim.  ou  au  quatorzième  siècle,  alors  que  ce  Jean 
aoedié  sa  Snrnmu/a.  écrite  en  ,14.,  à  J.an  de  Holi,.nstein.  abbé  de 
Samt-Ulrich-Saint,^-Afre,  de  ,!,^  à  i^Sg.  L',.rreur  deMe,.rman  ,-.,ait 
à  signaler,  car  elle  r,pa,aîl  de  temps  à  autre.  Je  la  trouve,  amalga- 
mée avec  des  r,.ns,.ignem..nls  exacts  sur  Jean  .Schlitpacher.   dans 
une  d.'s  dernier.'s  publications  ,onsacré,.s  au  .V.  //.  .V.  .•  „  On  rap- 
porte, écrivait. M.  Dou,lel,.,  ,.„  igoS,  que  le  .V.  //.  S.  fut  écrit"  par  un 
moin,.  Bénédictin     au  tr,iziéme  siècl,.,   et  qu'il   fut  abrégé  par  le 
frère  J,.an.  ,1,.  I  abbaye  Saint-Ulrich-.Sain„.-Afie  à  .\ugsbourg  (>).  . 

3.  ~  n,  manuscrit, lu  Musé,.  Britannique  (4),  qui  ,onti,.nt,  .ntre 
autr..s   choses,    une   copie    ,|„    .s.   //.   s.,   donne  I,.   titre  suivant: 

(■)  Les  Bcncdiclins  s'appelaient  volontiers /,«„/,s,e.s  a,r,sli .■  pmmere,   nar  h„ml 
I..e  chrenenne  e,  ,nonas,„,ue  :  cf.  Sc„„„».„.  nU,  pa„penJ.n.'T    ^ 

Xflâ-    ^"  i""'""'-.".    '•■■   ^-    "■    S.   .le  Flor.„r.  fOand   et   Anvers     igo3)    „     2 

riMitrr:,  H,';]:r,r"  '■""""'^-  '-  "  "'-"'  '"'-"  *  '-"''--^ 

(')  Collon    Ves,asien  E  ,    =   LI'.    58  ;   ,f.    Hrrji.vc,   o,,.   Ia,ul      „     v,    Le  (al 
<•«/««..   Oxford.  (II,  Coll..,,.   „„,„]„,„  „„in,,,ru,n.   kx,   5)  pn.'.d   noie   d,    cmê 

s^Uinl    If  K     ,  T  "f'-  ^-  ' ,"  '"  ""  •'^'"  ""'••  l'™''^"'l>-  "'<^''  ■«„,  and 

■s  kno«n  as  lo  ils  hislorv.   The  allnhulion  o:'  autliorsliip  onlv  oca.rs  in  à  tal.le  „|- 
comenls.  w,.,cl.  fills  a  flv-leaf  a.  ,he  l,e,ji„„i„g.  „   ,.  ap'parenih  com-i^porarv    -i-h 

The     u;:7„r  r  ,"■  '  '■"  "''•  '■  '"  '""  ""'•""""  '•<"'"«'■""•  Xlllraclat^. 


. 


i 


—     172     — 

Liber  fratria  Amancli  scilicet  Spernlnm  hnnianœ  salvationis.  Quel 
est  ce  frère  Arnand  ?  Peut-être  Amand  de  Saint-Ouentin,  Domini- 
cain, qui  vivait  k  Paris  vers  l'Soo.  Mais  nous  avons  vu  que  le  Spé- 
culum devait  être  postérieur  à  cette  date;  et  il  est  incrovablc  qu'un 
Français  ait  pu  qualifier  la  colée  de  mos  alamnnnicus.  Je  croirais 
plus  volontiers  i\\\v  la  mention  en  question  vise  Heinrich  Suso,  qui 
reçut  de  la  Sagesse  éternelle,  ilans  une  vision,  le  suinom  tWAman- 
dus  (cf.  V Encyclopédie  de  Lichtenlierger,  XI,  75C).  Rien,  dans  le 
S.  H.  S.,  ne  justifie  cette  attribution  :  on  n'v  retrouve  nulle  part  la 
trace  des  doctrines  mvstiques  professées  par  Suso.  11  n'en  est  pas 
moins  intéressant  de  noter  qu'au   milieu  du  quinzième  siècle,  le 
S.  H.  S.  était,  en  Angleterre,  attribué  au  docteur  «  Rien-Aimé  «  : 
ce  mvstique  était  un  Dominicain  allemand  du  ((uatorzièmc  siècle  ; 
d  a  vécu  k  la  même  époque,  dans  les  mêmes  villes,  dans  les  mêmes 
couvents  que    l'auteur  probable  du   Spenihim,    i!   ;«   certainement 
comui  Ludolphe  de  Saxe.  Kn  somme,  l'attribution  (bi  Specnlnm  k 
Heinricb  Suso  prouve  que  nous  ne  nous  sommes  pas  trompé  en  cher- 
chant l'auteur  de  cet  ouvrage  parmi  les  docteurs  qui  ont  illustré, 
pendant  la  première  moitié  du  ({uatorzième  siècle,  les  grands  cou- 
vents Dominicains  de  hi  PJnJ/'enf/nsse. 


"Wm 


•**^* 


INDEX  ALPHABÉTIQUE 


t: 


Ahei  tué  par  Caïn  à  coups  de  mâ- 
choire d'âne  i55,  dans  le  champ 
damascène  109;  —  pleuré  par 
Adam  et  Eve  pendant  cent  an- 
nées 81. 

Acedia  21 . 

Acrisia  70-71. 

Adam  créé  dans  le  champ  damas- 
cène  106-109. 

Ar»AM     DK     PhUSKlONK    5f). 

Adoocacie  Soh-f-Uaine  9. 

Agneau  mystique,  relabîc  de   V 

i55. 
Agobari)  archevêque  de  Lvon  79. 
Ahiniauniciis,  sens  de  ce  nriot  87-38. 
Aldpa  nulit(u-is  36. 
Albert  Dûiur  ')2. 

Al.BEHT    I.K    GllANO     I9,    02,    99,     |02, 

i3o. 

Al.KXAM.RE    I>K    VnXEDIFX-    I  28. 
Al.l'HONsi      DE    LiGUORI    2^. 

AiiK indus,  f rater  —  171. 
Arjtipater  se  justilie    devant  César 

7V75,  157.  , 
Apoeryphes  (Evangiles  — )  22,  /16, 

58-66. 
Ara  Ci'li  62. 
Astya(|e,  sonfje  d'  —  74. 
Au(JusTiN  (saint)  2,  10,  2^  33,  72-7,3, 

I 12-1 i3. 
Au<(tisiins,  jalousie  des  —  pour  les 

iJnmiiiieains  '>8-29. 
Aurora  80,   107. 
Aurora  /ninor  139. 
Autruche,  légende  de   1' —  qui  dé- 
livra son  petit   enfermé  dans  un 

vase  de  vrire  99-100. 
AvEHHoks,     Trii.iiiphe    de     Thomas 

d'A(juiii  r\  de  saint   Aiiyustiu  sur 

—  29. 
Avignon,  séjour  de  la  Curie  romaine 

en  —  35. 


Baluze  87. 

Barthéle.my,  auteur  du  De proprîe- 

tatibus  reruin  48. 
Bartolocci  79,  85,  100. 
Beissel  i46. 

Berger  (Samuel),  79,  88. 
Berjeau  126,  168-171. 

Bernard  (saint)  3o,  57;  aj)ocrvphes 
attribués  à  —  14.  ** 

lirrne,  vitrail  Ivpologicjue  de  la  ca- 
thédrale de  —  160. 

Bektkandon  de  la    Bro(^>uière   108. 

Bestiaire  raudois  10 1. 

Biiilc.  les  prêtres  catholiques  en  dé- 
lendent  la  lecture  à  leurs  ouailles 
6S. 

Bibles  moral isêes  148-149. 
Bil; lia  paupenim  1 26-  [ 39. 
Bihlia  picta  i'6f\. 
Bloch  (Isaac)  7(j. 

Boileau-DkspréÀlx  78. 
Bon,EAU  ((îiiles)  19. 
Bon  AVENTURE  4i  ;  apocryphes  attri- 
bués à  saint  ~  i,    148. 
BoscH  (Jérôme)  56. 
BossuET  3i,  i(j3. 

l^H  H.ART    DE    MoNT-SlON    Io6. 
BoLRGAlN    /4' 
BOUTARIC   24.    46. 

Bouts  (Dire le,  Thierrv),  son  tri- 
ptvijuc  du  Saint -Sacrement  à 
bon  va  in  i58. 

Breuguel  le  Vjkux  56. 

Brixen,  fresques  tvpoloqiques  du 
cloître  de  —  144,^54.' 

Bru.net  (G.)  35,  56. 

Brunschvicg  164. 

BuXDORF  8. 

Byzantin,  l'art  —et  la  typologie,  i53. 

CAHn:R  20,    123. 
Carmes  i38. 


^1 


t 


—     174    — 


Cartulaire  de  Sainf-Vicfor  ii. 
Cassiodore  2. 

Catéchisme  de  Cambrai  20. 
Catholicisme,  son  état  à  la  veille  de 
la  Réformation  5  ;   son   évolution 
actuelle  lOO. 
Cavallim,  peintre  romain  63. 
Cihaise-Dieu,    ta[)isseries    tvpoloqi- 

ques  dans  l'église  de  La  —  160.' 
Chalon-sur-Saône,  tapisserie  typolo- 
gique de  —  161. 
Chamir  gg-ioo. 
(.hamp  damascène  106-109. 
Chartreux,  leur  dévotion  pour  saint 
Jean-Baptiste  4o;   les —  ne  peu- 
vent j)asser  dans  un   autre  Ordre 
4i. 
Chevalier  (Ulysse)  3.,  4i. 
Chute  des   idoles   d'Kgypte    devant 

rEnlant  Jésus  GO-t);, 'i.'iy. 
Chute  des  mauvais  anges  50-57,  i3(i. 
Chute    du    temi»le    de    la    Paix,    à 

Home,  lors  de  la  Nativité  i5i. 
Codnis  se  dévoue  pour  sauver  Athè- 
nes <)6-<)8. 
Colée  30.' 
Comhaf   d'Addin    et   d'Ère  contre 

Satan,  apocryphe  éthiopien  7O. 
Concorda ftfiœ  caritutis  i^jo-i42. 
Conrad  Chr.TF.s  02. 
(JoNRAD  d'Ai.zEv  1O7-170. 
Oueilixioii  dQi.  C,  représentée  par 
les  Iraliens  autrement  que  par  les 
artistes  du  Nord  35. 
Cyprien  (saint)  lo-ii. 

David  comparé  à  uu  t  iron  54-55. 
Décalogue  72-73. 

De  e.rèmpUs  Script ww  Sanctœ  g5. 
Df'ff'nsorui/n  inriolatœ  virf/initdtis 

/»'(i/,r  .\[(iri,v  io/|.   i^|3-i44. 
he  laudihiis  hfiiUe  Marier  io2-io3 
Delehayk,  Bojlandistr  i3. 
Delisle  (L.)  iH,  H),  ,47,  ,48. 
De  orfii  et  of^itii  l'itiruin  89. 
niables,    anssi   nombreux    <|ue    les 

poussières  de  l'air  55-57- 
I>ii.RON    I  rO,  i53. 
Diftarnondo  60. 

Dominicains  25-33,  87,  io4,  139. 
Dominique,  vision  de  saint  —  27. 
Doon  de  Maf/ence  30. 

DoUDELET    171 . 

D..uleurs,  les  sept  —  de  la  Vierge,  3,' 

19,  26. 
Dv  Caxge  71. 


DuRANTi  (Guillaume)  19,  52,  170. 
DuRRiEu  154-157. 

Eau  bénite  56. 

ËBERT  i3. 

École  de  Nancy  71. 

Egvpte,  les  idoles  de  1'  —  tombent 
devant  l'Enfant  Jésus  6O-67  ;  idole 
d' —  qui  représentait  une  vierge 
,  tenant  un  enfant  92-93. 

Eléphants,  rendus  belliqueux  par 
,  la  vue  (lu  vin  loo-ioi. 

I>lie  et  Elisée  i38. 

Emailleurs  du  douzième  siècle,  lor- 
rains, wallons  et  rhénans  i  i(>-i2i. 

Engaddi,  les  vianes  d'  —  fleurirent 
dans  la  nuit  (le  la  Nativité  58. 

I^NGELHARDT  92,    1O8.  1 

KiMPHANE  le  moine,  22. 
EeiPHANE  (saint)  90,  92,  137. 
Epi|)hanie  03,  137. 
Erasme  h). 
EsTiENNE  (Henry)  4i. 
Etienne    de    Bourbon,     Dominicain 
,  48,  107. 

Etienne  de  Cîteaux  88. 
Eve,     j)oiir((uoi     créée     d'une     côte 
,  d'Adam  5o. 
Evilmérodach  81-82. 
Ezéchiel,  son  supj)lice  90. 

Falke(F.)  i30. 

FaLKE  (O.    VOllj    I  It»-J  II,. 

Flagellations  du  Yom  Kippour  8. 
Flèches,  vision  des  trois  —  :25.   27- 

28.  '  ' 

Fontaine    d'huile,    une   —    jaillit    à 
^  Home  lors  de  la   Nativité  i5i. 
F(JR1NGER    iCjg. 

France,  son   intUience   sur   la   chré- 
tienté au  douzième  siècle  122-123. 
France  (Anatole)  159. 
Fhvnçois  d'Assise  54- 
Fkanz  von  Hetz   lo'i,  i\A. 

Gailhaho-Bvncel  (de)  53. 

Gervais  deTii.burvOo,  99,  107,  109. 

Gesta  fiotnnnoriiin  35,   Sg,  ()(>,  99. 

Giovanni  i.i  A\r>i\KA  170. 

Giry  12. 

Gnosli(jues  00. 

GODEFROY   DE   Cl.AIRE    I16-I18. 
GODEFROY   DE   VlTERBE  48. 
(ÎOLDSTAUB    10  I. 
GORGIAS  9,    l5. 

Goslar,  évangéliaire  de  —  147. 


:r.'. 


17;) 


GOSSART  (M.)    1O7. 

GozzoLi  (Benozzo),    explication   de 

son  tableau  du  Louvre  29. 
Graf  60,  O2. 

Graphia  aureœ  iirbis  llomir  Oo. 
Grégoire  le  Grand  18,  23. 
Grimm  (Jacob)  37. 
(ÎRIJBEH  4i,  O9. 
GUIBERT(J.)   i3o,    |32,    l38. 
GUICHARD  9. 

GmuiitRMoz  30-38. 

GUTENBERG    1  5(>. 

Haggada  8(),  89. 
Hasei.off  i45-i^|8. 
Havet   (E.),    son    commentaire   des 
Pensées  de  Pascal  cité  08,  87,  97. 
Hébron  107-109. 

Heider  120,  12*1,  123,  i33,  i4i,  i48. 
Hkinecken  127,  i3r». 
Heinricii  Suso  172. 
Hki.mg  1  iO,  119. 
Herbert   1O8-1O9,  '7'- 
Hermann  (H.  J.)  Hjg. 
Hildesheim,  missel  d'  -      145. 
Ilistoria  scholastica  ()8-93. 
nornoiotf'lnita  9. 

HoNORIUS    d'AuTUN     i4,    I7,    I9. 

Hugues   de   Saint-Victor    120,   122. 
Hrr.iN  ({}.      -  DE  Loo)  159. 
Hur  82-83,  i52. 

finitation  de  J.  €.,  35,  53. 
Immaculée  concej)lion  de  la  Viei'ijC 

3o-3i,  io3. 
Immaculée  virginité  de  Marie   102- 

io4,  143. 

Isa  le,  son  supplice  91. 

Isidore   de  Séviu.e  12,   90,   120. 

Isis,  analogie  des  statues  d'  —  por- 
tant Horus  avec  celles  de  la  Ma- 
done 92. 

Italien,  l'art  —  a  peu  donné  dans 
la  typologie  5,  i53. 

Jacobins,   couvent  des  —,    à   Paris 

25. 

Jacques  dj,   \'arazze,   voir  Lètjende 

dorée. 
Jansénisme  i05. 
Jean  de  Bkka,  chroni(jueur  37. 
Jkan  de  Trittenheim,    voir  Trithe- 

MIUS. 

Jean  (Jolein,  Carme  i4. 

Jean  l'Anglais  12. 

Jean  Miélot  2,  9,  24,  32,  i33. 


Jean  Petit  i  10. 

Jean  Schlitpacher  3,  128,  171. 

Jean  Tauler  42. 

JoACHiM  DE  Flore   i4o. 

Joies,  les  sept  —  de  la  Vierge  3. 

JOINVILLE  87. 
JOSÈPHE   75-77,    84. 
JUBINAL    160. 

Juifs,  haine  du  M.  A.   pour  les  — 

7-!b  >'|7-. 
JuLET,  Minime  19. 

Karpelès  79. 

KIostenneubourq.ambon  émaillé  de 

—  1 19-121,  i53. 
Kremsmunster,  la  rotuta  de  —  1 15. 

Laib  et  ScHWARz  12O,  i53,  1O4. 

Lamech  79-81. 

Lnndulpluis  =  Ludolphe  de  Saxe  \  i . 

Lka  (H.  C.)  3o. 

Laurent  (Marcel),  1  ig. 

LeBEUF    I2(),    i3i. 

Lk  Clerc  (J.  V.)  1  10,  129. 

Lecoy  de  la   Marche    17,   25,    107, 

i3o. 
Lé(jende  dorée  53-()7,  io2-io3,  107. 
Lejay  (P.)  5,  i03. 
Lévy  (Emile)  79. 
Litter  figiirarnin  1 08. 
Liltri  wtiui'dlrs  loi,  i4i. 
Ldtri  prjrtatiri  pauperuni  1 3o. 
Liégeois  71. 

LiKRHEiMER  (dom  Bernard)  1O9. 
LoEB  (Isidore)  79. 
Lois  Y  (Alfred)  m. 
Lucie  (sainte)  52. 

Ludolphe  de  Saxe  3(J-40,    i4't,    172. 
LuTz  IX,  127,  i5o,  1O9. 

Mages,  Oblation  des  —  38-39,  ^^'y 
vUnU'  des  —  03-(»4  :  leurs  noms 
<"»5, 

Maître  de  Mérode  159. 

Malchus  44- 

Mâle  (E.)  9,  i4,  i5,  39,  O2,  64,  C7, 

79,  121,  12G,  i4i,  157,  159-1O1. 

Marie,  la  Vienje  —  dans  le    cloître 

du  Temple  22. 
Mariolàîrie  0,  i38. 
Martin  de  Troppau,    auteur    de  la 

tJhronif/ue  Martinienne  59,  61 . 
Meerman  127,  171. 
Messianisme    1 1  i , 
Meubles  et  immeubles,  distinction 

des  biens  —  72-73. 


—     176    — 


Midrasch  Rabha  82. 

Miniature,  Tart  de  la  —  en  Alle- 
magne au  treizième  et  au  quator- 
zième siècle  145-147;  miniatures 
des  Bibles  moralisêes  148-149. 

Mirnbilia  Romœ  60. 

Mistêre  de  lu  l^assion  44. 

Mistére  du   Viel  Testament  77,  85. 

Moïse,  légendes  relatives  à  —  76- 

77,  83-86,  i(J2. 
MoLANUs,     Vanmeulen,     théologien 

de  Louvaiu,  dit  —  ig,  30. 
MoRiN  (dom)  73. 
Mulhous«j,  vitraux  de  Saint-P^tienne 

à  —   i5o. 
Miinchen-Gladbach,    autel     émaillé 

de  —  118;  vitrail  tvpologique  de 

—  124. 

MURATORI  62. 

Musulmans,  leurs  légendes  bibli- 
ques 76,  80,  100. 

Nabuchodonosor,  la  statue  vue  en 
songe  par  —  67  ;  nostalgie  de  la 
femme  de  —  74;  les  deux  —  82. 

Nazaréens,  fragment  de  TÉvanaile 
des  —  46.      ■  '^ 

NrCÉPHORE    18. 

Nicolas  de  Biard  i3o. 
Nicolas  de  Hanapes  gf),  129. 
Nicolas  de  I>ire,  88,  8g. 
Nicolas  de  Verdun  ri8-i?i. 
NoRDEN  10. 

Oesterley  96,  gg. 

OlDTMANN     124. 

Ordres  religieux,  leurs  rivalités  28- 

3o,  139. 
Origène  1 12. 

Othon-Henri,  électeur  palatin    126. 

i38.  * 

Otia  imperialia  60,  99,  107,  109. 

OZANAM    l3. 

Palaia  85. 

Paquot,  annotateur  du  De  historia 

SS  imaginuin  d<'  Molanus  ig,  114. 
l*aradoxograj)hes  98-104. 
Pascal  g7,   142,  i65. 

Passion,  les  sept  stations  de  la 3. 

Pdupt'pes—  les  clercs  pauvres  129. 
f*entecôte,  représentation   de   la  ^ 

i5(). 
Peterborouah,  psautier  de  —  147. 
Petrus  de  Nataubls  109,  i5i. 


Physiologus  99. 

Picturœ   quasi  libri  laicorum    18, 

i4i  • 
Pierre  de  Kaiserslaltern   i3o. 
Pierre    de    Troyes,    dit    Pierre    le 
Mang<»ur,   Petrus   Contestur,    19, 
6g-93. 
Pierre  du  Hois   i3o. 
Pierre  le  Poitevin   128,    i3i. 
Pierre  Martyr  (saint)  3i. 
Pierre   Raie,  Petrus  Riga  80,   107. 
Plane  tus  Magdalenœ  i3. 
Poei'E  4o. 
PouRBus  (Pierre),  son  triptyque  du 

Saint-Sacrement  à  Bruges  i58. 
Poussin  (N.)  162. 
Prague,  fresques  du  couvent  d*Em- 

maiis  a  —  i54. 
Présentation  de  la  Vierge  au  Temple. 

fête  de  la  —  35. 
Pressoir,  le  Christ  au  —  59. 
Prêtres,  qu'ils  sont  supérieurs  eu  un 
sens   aux    j)atriarches,    aux    pro- 
phètrs  rt  aux  anges  53-54. 
Prolftgus  JJibliœ,  prologus  galea- 

tus  98. 
Prologus  du  .V.  //.  S.  2,  21. 
Proœmium  du  S.  H.  S.  3,  34,  47, 

i.'î3,  i3."». 
Projjhèles,   légendrs  sur  leur  mort 
90-g3  ;  les    prophètes    dans    l'art 
typologicpH'    ii(),   1,8,    120,    i35, 
145. 
Prose  rimée  g-iC. 
Pugiojidei  87. 

Quœstiones  heltraicfe  in  libros  Re- 
guni  et  Parfdipoinenon  li), 

Quodlibetica  drcisio  de  v/ldolori- 
bus  Afariœ  ig. 

Haban  Maur  7g. 
Rabelais  142. 

RaIMBAUD    de    f\EILLANNE    12. 

FVvscHi  et  ses  <lescend;tnts  8g. 
Raymond  Martin  et  son  Pugiojidei 

87. 

Réiormation,  ses  causes  reli(|ieuses 

5.  -^ 

Reims,  tapisseries  typologicpi^s  de 

la  cathédrab'  de  --   161! 
Reinach  (S.)  ag,  i58. 
Renan  7,  20,  2g,  78-7g,   i3o. 
Reville  (A.)  57. 
Richard  Simon,  sou  appréciation  de 

V Histoire  scolastiqup  70,  73. 


I 


wï^ 


r    1»iA.VT»îl*ê      ^' ^' 


—   177   — 


Roger  de  la  Pasture,  son  triptvaue 

de  la  Nativité  i58. 
Rota  Ezechielis  139-140,  144. 
Roth  von  Schrfckenstein  36-37. 
Rothschild  (J.  de),  son  édition  du 

Mistére  du  Viel  Testament  79,  80. 

RUBENS    162. 

Rubriijues  du  S.  //.  S.  48,  48,  09, 
96,  98. 

Saba,  l'oblation   de  la  reine  de  

préfigure  de  l'oblation  des  Maaes 
38.  ^ 

Saint-Alban,  vitraux  de  —  i5i-i53. 

Saint-Cyran  53. 

Saint-Bertin,  pied  de  croix  prove- 
nant de  —  1 16  ;  tapisseries  typo- 
logi(|ues  jadis  à  —  161. 

Saint-Denis,  crucifix  émaillé  de  — 
1 18-121. 

Saint-Géréon  de  Cologne,  ses  mo- 
sai(|ues  1 15. 

Saint-Séj)ulcre  io5. 

Sainte-Marie  Majeure  de  R( 
mosaï(ju«'s  1 14. 

Salomon  sur  son  trùiie,  préfigure  de 
rKnfaiit  Jésus  sur  les  (leiioux  de 
Marie  38,  4i 

Sanrti/icatio  in  utero  3o-3 1 . 

Schlosser  (J.  von)  io4,  ug,  143. 
i44'  '5i,  i53, 

ScHMiDT  (Charles)  4i. 

SCHREIBER    (VV.    L.)     126,      127,     l33. 


lome,  ses 


i5i. 


ScHULTz  (Alwin)  3G. 

Scolasti<pie  it)3-i64- 

Sermon,  du  --  au  M.  A.   14-17. 

Serpent   de   la   tentation,   sa   forme 

première  75-76. 
Serpents  mis  en   fuite    par   l'odeur 

du   cyprès  et  de  la  vigne  fleurie 

101-104. 
Sibylle,  entn'vue  d'Ainjuste  et  de  la 

—  Tiburtine  5g-03,  157,  i58. 
Sienne,  statuts  des  peintres  de  —  20. 
Sisamnès  95. 
Sixtine,  fresques  quattmcentistes  de 

la  Chapelle  —  114,  i53. 

SOURY  (J.)   79. 

South-Kensington  Muséum,  émaux 
^  typologiques  du  —  117. 
SpECKLiN  (Daniel)  43. 
Spéculum  beat;v  Mariœ  1, 
Spéculum  beati  Francisci  i. 
Spéculum  de  saint  Augustin  2. 
Spéculum  ecclesiii     ,17, 


Spéculum  judiciale  170. 
Spéculum  majus  i,  26,  gg,  109. 
Spéculum  Mariœ  170-171. 
Spéculum  Saluât oris  i34. 
Spéculum  sanctorum  i. 
Strasbourg,  sculptures  typologiques 

à   la   cathédrale   de   —  43  ;    Lli- 

dolphe  de   Siixe  à  —  ;  autodafé 

de  —  7. 
Stavelot,  autel  de  —  au  musée  des 

Arts  décoratifs  et   industriels  de 

Bruxelles  1 17. 
Stylus  Ysidorianus  12. 
SuGER  118-121. 
Summulœ  du  S.  H.  S.  3,  128,  i33, 

170-171. 
Symbolisme    de    l'art    chrétien    des 

premiers  siècles  114. 

Table  d'or,  légende  de  la  —  95-96. 
Talmud  78. 

Tapisseries  typologiques  de  La 
Chaise-Dieu  160;  —  de  Reims, 
de  Saint-Bertin,  de  Chalon-sur- 
Saône  161. 

Tarbis  ']()-'j']. 

Temple,  vie  de  la  Vierge  Marie 
dans  le  cloître  du  —  22. 

Terre-Sainte,  descriptions  de  la  — 
104. 

Théophile,  citation  de  sa  Schedula 
i3o. 

Thomas  d'Aquin  32,  33,  108,  iio; 
—  source  des  développements 
théologi(jues  contenus  dans  le 
»S'.  H.  S.  5  0-5  2. 

Thomas  (Ant.)  i5. 

TiETZE  122,  128,  i36,  i4i,  169. 

Tomyris  74,   i58-i5g,  162. 

Trentain  grégorien  23. 

7rL's  belles  Heures  deTurin  154-157. 

Trithemius  53,  167-170. 

Trois  anneaua-,  parabole  des  —  87. 

Troyes,  jiiiverie  de  —  au  douzième 
siècle  8g  ;  autodafé  de  —  7. 

Tuscia,  vestale  i43. 

TvLOR  56. 

Typologie,  définition  de  cette  mé- 
thode d'exégèse  2,  no;  ses  ori- 
gines 111-112. 

Ulrich  de  Lilienfeld  4>  i4i« 

Valère  Maxime  g4-<)7. 
Van  Eyck,  les  —  i55,  157. 

A  ERLA1NE     l5. 


-     '78 


Vic-le-Comte,    verrières    typologi- 
ques de  —  i6o. 
Vierge  de  Miséricorde  24. 
Vilis  mobilium  possessio  72. 
Villon  20. 

Vincent  de  Beauvais  i  ,  27),  4;,  99, 
109. 

Viol  des  vierges  02-53. 

Vitraux  typologiques  des  cathé- 
drales du  treizième  siècle    i23; 

—  de  Canterburv  i23;  —  de 
Mùnchen-Gladbach  et  de  Brande- 
bourg 124;  —  de  Mulhouse  34, 
i5o;  —  de  Saint-Alban  i5i-i53; 

—  de  Berne  et  de  Vic-le-Conite 
160;  explication  d'un  vitrail  du 
Mans  67. 


Vnlgaie,  comment  saint  Jérôme  Vu 
laite  79,  88  ;  cimtre-sens  dans  la 
—  ô'),  108. 

Waitz  38. 

Walafried  Strabo  40,  80. 
VValchegger   1 44 . 
Weil  (G.)  70,  ,00. 

WiLAMOWITZ  (), 

WiTZ  (Conrad),  ses  nrintures  typo- 
logigues  du   musée  de  Bàle  iC.o. 
Avôlfflin  i3. 
Wciltingerode,  psautier  de  —  i4G. 

WyZEWA   50. 

4 

Ydschor,  Sépher  Haijaschar  80,  85. 
)  om  Kippour  8. 


Vu,  le  28  janvier  1908. 

Le  Doyen  de  la  Faculté  des  lettres 
de  r Université  de  Paris, 

A.  CROISET. 


VU    ET    PERMIS    d'imprimer 


Le  Vice-recteur 
de  l'Académie  de  Paris, 

L.  LIARD. 


I, 


NANCY,     IMPRIMERIE 


BERGER-LEVRAULT     ET     C'« 


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